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Positions internationales et arabes envers la Syrie

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Il n'est pas nouveau que les positions des organisations internationales et arabes concernant l'agression turque sur le territoire syrien concordent sur des points tels que la condamnation et l'expression d'une « préoccupation profonde ». Personnellement, je ne connais pas la différence entre une préoccupation normale et une préoccupation profonde face à l'escalade de ce que le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, a décrit comme étant la violence aiguë en Syrie.

En fait, ce qui se passe en Syrie n’est pas une violence du tout, et pour appeler les choses par leurs noms, il s’agit là d’une agression militaire systématique turque sur le territoire d’un État souverain, ce qui constitue un comportement inacceptable quelles que soient les justifications et les motivations promues par le régime turc. Nous sommes confrontés à un cas flagrant de violation de la Charte des Nations Unies et du droit international.

Quelles que soient les justifications « commerciales » annoncées par la Turquie, l'objectif est clair : il s’agit d’un programme d'épuration ethnique prévu contre les Kurdes du nord de la Syrie, ouvrant la voie au retour des membres de Daech et facilitant la circulation d'organisations terroristes soutenant l'offensive militaire turque dans le nord de la Syrie !

Les Forces démocratiques kurdes de Syrie affirment avoir plus de 12000 membres de Daech dans sept prisons, dont au moins 4 000 ressortissants étrangers. Les emplacements exacts de ces prisons ont été découverts et certains rapports indiquent que certains d'entre eux sont proches de la frontière turque. Ils tomberont donc inévitablement entre les mains des forces turques qui les emploieront, comme le président Erdogan le voit dans le chantage envers les Etats du monde et dans « l'ingénierie » de la crise syrienne, en fonction des intérêts de ce pays qui a révélé de très mauvaises intentions envers ses voisins arabes.

L'attaque d'Erdogan a ouvert une nouvelle blessure au corps syrien et pourrait offrir aux membres de Daech leur propre revanche pour leur défaite en Syrie, dans laquelle les Unités de protection du peuple (le principal composant de la coalition de milices arabo-kurdes, connue sous le nom de Forces démocratiques de Syrie), a joué un rôle majeur. Le fait que tout le monde connaît et que certains choisissent d’ignorer est que le principal objectif d’Erdogan est d’éliminer les Kurdes, quels que soient les autres effets ou dangers. Il a trouvé l’occasion de réaliser son rêve dans les circonstances actuelles et dans un silence international qui n’est rompu que par des déclarations de condamnation émanant d’un pays ou de l’autre.

Erdogan utilisera les éléments de Daech dans la campagne contre les Kurdes et créera un climat de chaos dans le nord de la Syrie afin de préparer le retour d'organisations terroristes qui ont des relations secrétes avec l'État turc. Les Kurdes, qui gardent des milliers d'éléments de Daech dans plusieurs prisons, vont changer leurs priorités : assurer leur propre défense sera une priorité plus valable que le fait de garder les terroristes, qui pourraient être libérés, ce qui sera une réaction désastreuse pour le dossier du terrorisme en Syrie, et les capitales européennes seront captivées dans un nouveau chantage turc, de peur que le « sultan » libère leurs ressortissants détenus dans des prisons kurdes pour les ramener dans leur pays qui ne veulent pas que ces ressortissants reviennent !

Le monde n’a pas conscience des conséquences de la simple condamnation de l’attaque turque contre le territoire syrien, et la situation internationale a des motivations et des raisons presque inconnues de tous et qui ont contribué à la faiblesse de cette position. Et dans la même mesure, l’action collective arabe n’a pas permis de mettre en place une action efficace contre cette offensive. Les Arabes ont également pris la parole lors de leur réunion d’urgence au Caire, au siège de la Ligue arabe, craignant une épuration ethnique, et ont considéré l'agression turque sur le territoire syrien comme « une violation flagrante des principes de la Charte des Nations Unies et des résolutions du Conseil de sécurité appelant au maintien de l'unité et de l'indépendance de la Syrie, en particulier la résolution n « 2254 » Au terme de sa réunion d'urgence, le Conseil ministériel arabe a considéré l'agression turque comme étant une menace directe pour la sécurité nationale arabe, et la paix et la sécurité internationales, et il a appelé la Turquie à mettre fin à l'agression et à se retirer immédiatement et sans condition de tous les territoires syriens, soulignant que cette attaque contre la Syrie constitue l’épisode le plus récent des offensives turques répétées et inacceptables contre des Etats membres de la Ligue arabe.

Dans la série de descriptions légales et politiques du comportement turc, tout le monde sait que c'est une violation des lois internationales, mais que faire ensuite ?!

Le Conseil ministériel arabe « a décidé d'examiner » des mesures urgentes pour faire face à l'agression turque, notamment la réduction des relations diplomatiques, la cessation de la coopération militaire et la révision du niveau des relations économiques, culturelles et touristiques avec la Turquie. C'est-à-dire qu'il y a une « considération » et non une décision de réduire le niveau des relations diplomatiques avec la Turquie ! Le Conseil de sécurité des Nations unies est appelé à prendre les mesures nécessaires pour mettre fin à l'agression turque et faire en sorte que la Turquie se retire immédiatement du territoire syrien, et exhorter tous les membres de la communauté internationale à agir dans ce contexte.

Curieusement, malgré la traditionnalité de cette déclaration et de ses clauses non contraignantes visant à décourager le comportement turc, même politiquement, nous constatons que le Qatar a des réserves à ce sujet et nous ne savons pas pourquoi. Doha cherchait-il une résolution louant l'agression turque ? Ou veut-il simplement prouver sa loyauté envers le « sultan » et sa subordination à ce dernier, quelles que soient ses obligations assumées liées à son appartenance aux institutions de l'action arabe commune ?


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6 réactions à cet article    


  • Ilan Ilan Tavor aka Massada 15 octobre 08:15

    Il y a certainement un accord secret entre la Turquie et la Russie.

     
    Dans cet accord Erdogan aura sa bande de sécurité qui couvrirait quelques 150km entre Kobane et Ras al Ayn, sur une profondeur de 40km en Syrie et qui lui permettra de ne pas perdre la face aux yeux de son opinion publique.
     
    Et cela donnerait l’occasion à Poutine de remettre à Assad la majeure partie du Rojava, qu’il aurait été bien incapable de récupérer avant l’invasion turque.
     

    Les grands perdants de cette histoire sont bien évidemment les Kurdes mais aussi les Européens, les Américains, les Israéliens et les Arabes sunnites, qui perdent un allié fidèle avec les Kurdes et l’accès à une zone géographique stratégique au cœur du Moyen-Orient.

     

    Mais comme on sait, rien n’est jamais figé dans cette région smiley



      • phan 15 octobre 10:21
        Petite analyse de texte : vous remplacez « Turquie » par « Coalition salafiste soutenue par la bande des quatre (USA,GB,France,Israël) », et vous remplacez « Syrie » par « Yémen », ça donne :
        En fait, ce qui se passe au Yémen n’est pas une violence du tout, et pour appeler les choses par leurs noms, il s’agit là d’une agression militaire systématique salafiste sur le territoire d’un État souverain, ce qui constitue un comportement inacceptable quelles que soient les justifications et les motivations promues par le régime wahhabite. Nous sommes confrontés à un cas flagrant de violation de la Charte des Nations Unies et du droit international.

        Petite piqûre de rappel : Michel Raimbaud « 120 États ont agressé la Syrie »

        • phan 16 octobre 10:28
          Après avoir démoli la Fédération Yougoslave et la Libye, l’OTAN tentait la même opération en Syrie. La force de choc était constituée par un ramassis armé de groupes islamistes (jusque peu de temps auparavant définis par Washington comme terroristes) provenant d’Afghanistan, Bosnie, Tchétchénie, Libye et autres pays. Ils affluaient dans les provinces turques d’Adana et Hatay, frontalières avec la Syrie, où la CIA avait ouvert des centres de formation militaire. Le commandement des opérations était à bord de navires OTAN dans le port d’Iskenderun (Alexandrette).
          Tout cela se trouve effacé et la Turquie est présentée par le secrétaire général de l’OTAN comme l’Allié “le plus exposé à la violence et aux turbulences provenant du Moyen-Orient”.

        • MagicBuster 15 octobre 13:39

          Il y a 2 turquies.

          La première anti kurde et la seconde.

          D’ici peu Ce pays sera coupé en 2. ( et Erdogan surement aussi ).


          • uleskiserge uleskiserge 16 octobre 09:01

            Admirables médias dans leur soutien à la cause kurde !

            Vraiment !

            Médias qui n’ont pourtant jamais bronché quand il s’est agi de l’Irak et de ses millions de morts (directs et indirects : sanctions économiques et bombardements) et de ses millions de déplacés ! Médias qui mettront près de trois ans à communiquer à ceux qui l’ignoraient encore (les médias indépendants d’Internet avaient tenu informés un bon nombre d’entre nous à ce sujet), l’ampleur des victimes de cette vaste ratonnade qu’a été la destruction de l’Irak. 

            Qu’à cela ne tienne...

            Aujourd’hui, bien des années plus tard donc, la raison de l’empathie des médias pour le sort injuste et cruel des Kurdes (sort comparable à celui des Palestiniens) est la suivante : les Turcs sont les méchants et s’ils ne sont pas arabes, ils sont bel et bien musulmans et personne ne veut en entendre parler en Europe.

            En revanche, les Kurdes, s’ils ne sont pas arabes eux non plus et s’ils sont majoritairement musulmans eux aussi mais de langue indo-européenne, à leur sujet, force est de constater ce qui suit : ils ne sont pas nombreux, une poignée ; de plus, l’Europe ne les intéresse pas, excepté comme réfugiés ; et puis enfin et surtout : ils ont non pas la fâcheuse mais bien plutôt l’appréciable habitude, très prisée à l’Ouest, de déranger des pays que ce même Ouest souhaite voir disparaître, ou du moins, réduire au silence, dépouillés de toute influence dans leur région qui est pourtant la leur et non la nôtre, à savoir : la l’Iran, l’Irak et la Syrie (c’est presque fait en ce qui concerne deux de ces 3 « pays ») et la Turquie. 

            Pour faire court, et vous l’aurez compris : les Kurdes sont les ennemis des ennemis de l’Otan, d’Israël et de l’Arabie Saoudite, les trois principaux bénéficiaires des politiques de casse du Moyen-Orient depuis le 11 septembre. 

            Toutes les conditions sont donc réunies pour un soutien sans condition des médias en faveur des Kurdes contrairement aux événements passés (ceux liés de l’Irak - on n’oubliera pas non plus la Libye) où seulement des Arabes et des Musulmans qui n’étaient d’aucune utilité pour l’Otan, crevaient (loin des caméras de ces mêmes médias) sous les bombes et les sanctions économiques ravageuses de l’Occident.

            Aussi, Impressionnante, vraiment, la rapidité avec laquelle les médias ont compris à quel point il était important de soutenir les Kurdes ! et tout aussi impressionnante la rapidité avec laquelle, dans les années passées, tous ces médias choisirent de se moquer comme de l’an 40 du sort de millions d’Irakiens.

            Ça aussi, vous l’aurez compris : nos médias... bien qu’ils s’en défendront bec et ongles, sont, sans l’ombre d’un doute, aux ordres de l’Otan, d’Israël et accessoirement... comme par ricochet... aux ordres de cette alliée de revers et de circonstance qu’est l’Arabie Saoudite, propagatrice en chef du bacille de la peste salafiste dans nos quartiers populaires et nos prisons. 

            CQFD.

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