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Pourquoi aller à Cuba

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Depuis que Wim Wenders a filmé ce pays il y a vingt ans, Cuba est un sujet de choix pour les médias. Pourtant, dans ces multiples reportages et articles, la réalité cubaine ne cesse d'être interprétée ou travestie. Laissons de côté ceux qui poursuivent la ligne "Buenavista Social Club", où l'on voit surtout de vieilles voitures américaines, de gros cigares et des musiciens répétant à l'infini les mêmes rengaines du "son" cubano. Si vous passez par la vieille Havane, vous y retrouverez tous ces ingrédients, les cubains s'appliquant avec talent à faire ressembler les zones touristiques à la vision personnelle de Wenders...
 
Donc, à part cette représentation folklorique, il y aujourd'hui deux façons, toutes deux caricaturales, de rendre compte de la réalité cubaine, présentée soit comme un enfer, soit comme un paradis. Sur Agoravox, c'est plutôt cette deuxième voie qui est privilégiée, les multiples contributions d'un Salim Lamrani sont un bon exemple de l'approche qui consiste à reproduire le discours officiel et son immuable "c'est la faute à l'embargo". Du côté "Cuba est l'enfer sur terre" on retrouve toutes les composantes de la droite, d'ici et d'ailleurs, qui puisent leurs arguments auprès du lobby cubano américain qui ne cesse d'affirmer : rien de bon ne saurait exister à Cuba tant que durerera le régime mis en place par Fidel Castro.
 
Chacun est prisonnier de son ghetto idéologique, la gauche internationale ayant placé Cuba sur un piédestal, émettre des doutes sur l'action ou l'argumentation du régime est un péché capital qui clôt toute discussion. Pour le camp d'en face, reconnaître des qualités à un dirigeant cubain est également perdre le statut d'interlocuteur fréquentable.
 
Ce verrouillage du discours est d'ailleurs encouragé par deux gouvernements. Le retour à la politique dure annoncé par Trump il y a un an était une excellente nouvelle pour Raul Castro qui voyait là son meilleur argument, l'embargo, retrouver toute sa crédibilité. Chacun dans sa tranchée et les idéologies seront sauvegardées.
 
Je fréquente ce pays depuis vingt ans et je viens d'y passer l'essentiel de mon temps ces trois dernières années. Je n'y étais pas dans le petit cercle des expatriés, mais bien au milieu de cubains. J'y connais aussi bien des dirigeants en contact avec le sommet de la hiérarchie que des citoyens de base qui ne savent pas toujours en se levant le matin comment ils vont pouvoir payer leur repas du soir.
 
Pour autant, je ne prétends pas avoir une connaissance complète de la société cubaine. Dans ce pays où tout le monde est convaincu qu' "Il y a parfois des choses que l'on doit tenir secrètes si l'on veut les réussir" (José Marti - penseur national), le gouvernement cache bien des choses à des citoyens qui à leur tour ne disent pas tout, non seulement aux représentants de l'état, mais souvent même à leur famille. Dans ce contexte, il vaut mieux se fier à ce qu'on voit plutôt qu'à ce qu'on vous dit.
 
Alors, venez voir par vous-même...
 
Vous êtes de gauche ? Vous verrez l'irréductible village gaulois qui résiste à l'empire. Vous êtes touriste ? Vous reviendrez avec de magnifiques clichés, plages et cocotiers, vieilles voitures et demeures coloniales. Vous êtes Spartacus ? Les pénuries et le délabrement vous apporteront la preuve que le communisme ne fonctionne pas.
 
Venez sans a priori, et vous rencontrerez un peuple décidé à être heureux
 
Cuba est un pays différent parce que son âme ne s'est que très peu diluée dans la mondialisation, mais aussi parce que les relations humaines n'y sont pas détruites par un pouvoir économique qui veut tout normaliser et est en train d'y parvenir. La poursuite sans fin du bonheur par la consommation y étant presque impossible, les gens prennent le bonheur quand il passe : en famille, entre amis, dans la rue, en faisant la queue...
 
Ce clip musical, un peu "Buenavista" montre des fragments de vie quotidienne qui expriment de façon assez juste ce plaisir d'être ensemble, cette façon bien cubaine de relier les individus et de profiter de la vie.
 
Pourtant, tout est en place dès la maternelle pour le formatage des individus... mais il y a un tel décalage entre le discours officiel et la réalité que les gamins de neuf ans qui jurent solennellement "Je serai un bon communiste", lors de la remise du foulard rouge devant l'école rassemblée, savent déjà qu'à Cuba il y a une différence considérable entre ce qu'on affirme en public et ce qu'on raconte à la maison.
 
Les difficultés du quotidien sont bien réelles, l'ampleur de l'exil en est une preuve, mais plutôt que de plonger les cubains dans la déprime, elles ont suscité cet esprit "profitons de l'instant qui passe" qui rend la vie plus agréable et plus inattendue.
 
A Cuba, on peut passer chez une connaissance, juste pour échanger quelques fichiers (films, musiques, livres... tout circule) et y être encore trois heures plus tard au milieu d'une fête débridée qui s'est formée sans préméditation avec juste les amis de passage... les voisins peuvent organiser une cérémonie religieuse avec tambours et chants yoruba, dont le quartier va profiter jusqu'à une heure avancée sans que personne ne vienne se plaindre... un peintre en bâtiment va te donner un cours de danse avant de te parler de sa passion pour les films de Bollywood, un balayeur va emprunter la trompette d'un musicien qui répète dans un jardin public pour envoyer un solo bien senti...
 
A La Havane (dans les provinces, c'est différent) chacun est libre d'adopter le look qu'il veut sans avoir à affronter le jugement des regards, rasta, cheveux verts ou roses, travelo exubérant, mamie habillée comme une fille de vingt ans... Rien n'étonne et rien ne choque. Le racisme n'y est pas mort, mais dans un pays aussi métissé, une polémique sur la composante "africaine" d'une équipe sportive n'aurait aucun sens. Tout n'est pas rose, les "orientaux", les natifs de Santiago ou Guantanamo vivant à La Havane, y sont mal vus, et sont appelés "palestiniens". 
 
Je vous ajoute une petite scène inimaginable dans les pays soumis aux diktats de la lutte anti harcèlement. Dans un bus de La Havane, bien chargé, comme toujours, monte un beau gosse cubain (peut être vivant à l'étranger) il commence à se plaindre de la densité de population dans le bus
- "Ah, les bus ici c'est toujours pareil, on est vraiment serrés... mais au moins, on peut avoir des contacts avec des femmes, et en plus... que des cubaines..."
Une femme lui répond :
- "Hey, yeux bleus, un beau mec comme toi, ça ne doit pas avoir de problème dans ce domaine..."
- "Non, pas trop... et en plus, j'ai tout de super..."
L'échange a encore duré quelques instants sur le même registre et s'est terminé dans un éclat de rire général.
 
On est loin de l'ambiance du métro parisien et de ses passagers rivés à leur portable...
 
Les outils modernes de contrôle de la population sont bien en place, les chinois en sont certainement les fournisseurs, il m'est arrivé plusieurs fois d'envoyer ou de recevoir des sms dont le texte arrivait... en chinois. Internet y est encore embryonnaire, mais le câblage du pays devrait être terminé d'ici deux ou trois ans. Les chinois ont dû convaincre Raul Castro qu'il n'y avait pas mieux comme outil de connaissance et de surveillance.
 
Pour parler des réussites dans lesquelles le régime cubain a sa part, c'est avant tout la culture et la création artistique qui se détachent. Le niveau musical est exceptionnel, les concerts nombreux et pas chers, le jazz y atteint le meilleur niveau sur cette planète et l'on y voit parfois de grosses pointures du jazz US monter sur scène pour taper le boeuf avec l'élite locale.
 
Qui peut parler le mieux de Cuba, si ce n'est les cubains ?
 
Les artistes occupent une place privilégiée et certains en profitent pour dire publiquement ce que les gens ordinaires ("los cubanos de a pie" - les cubains piétons) n'ont pas la possibilité d'exprimer ailleurs que dans un cercle restreint.
 
Par exemple, l'oeuvre de Leonardo Padura, écrivain vivant à La Havane, expose sans ambiguïté des dérives telles que la corruption des cadres, la perte des valeurs, l'impunité des élites ou la relégation croissante des franges les plus défavorisées de la population. Ses livres sont édités et disponibles à Cuba, mais pour ses interviews, il faut chercher sur youtube ce qu'il raconte aux médias étrangers.
 
Robertico Carcassès, leader d'Interactivo (un groupe musical inclassable : funk, jazz, chanson, salsa...) a profité de sa participation au concert télévisé en direct (en 2013, mais c'est toujours d'actualité) pour le retour au pays des "5 héros" (les 5 agents cubains longtemps détenus aux USA) pour dire en chanson et en deux minutes l'essentiel de ce que réclament de nombreux cubains.
Dans sa première phrase, il associe "liberté pour les 5 héros et liberté pour Maria", Maria n'est pas une opposante, c'est une plante qui se fume, encore illégale dans de nombreux pays.
 
A part la liberté pour Maria (juana), qui est une revendication assez marginale, le reste de son discours résume l'essentiel de ce que souhaitent les cubains.
Il demande "un libre accès à l'information pour me faire ma propre opinion" "le droit d'élire
moi même le président, par vote direct et d'aucune autre façon".
 
Il poursuit avec "Égalité des droits pour tous les cubains, militants comme dissidents".
Il ajoute "et si j'ai ma carte, qu'est ce qui se passe pour ma voiture ? " et "Que se terminent le "bloqueo" (l'embargo) et l'autobloqueo" c'est ainsi que les cubains nomment le refus de l'état d'importer de nombreux produits (ou alors il les vend à des prix extravagants), ce qui encourage la corruption et un marché parallèle très florissant qui consiste à aller chercher au Mexique, au Panama ou en Russie des chaussures, des vêtements, des pièces de voitures, des téléviseurs...
 
Ce musicien a été interdit de scène pour quelque temps, mais pas de sanction majeure. Comme beaucoup d'autres il continue de donner des concerts et d'écrire des chansons où l'esprit aiguisé des cubains retrouve des allusions aux multiples restrictions qui leur sont imposées. Lors des faits, Mariela Castro (fille de Raul) avait déclaré "C'est un opportuniste, mais il a le droit de dire ce qu'il veut."
 
Et l'évolution du pays... ? Le changement récent de président ? La santé, l'éducation ? Les nouveaux riches ? Il y a encore beaucoup à dire et je ne suis pas sûr que le journalisme officiel et encarté soit à même d'en parler librement.
 
Alors, la meilleure solution ? Allez-y, visitez le pays, sortez des sentiers balisés, vous n'aurez pas de problème de sécurité si ce n'est quelques petites arnaques faciles à éviter... ne séjournez pas dans les hôtels mais dans les "casas particulares", les chambres chez l'habitant. Presque partout vous trouverez un accueil exceptionnel et, même si votre maîtrise de l'espagnol est limitée, vous pourrez mieux apprécier la réalité cubaine.
Au passage, vous contribuerez à l'économie du peuple cubain. Une casa particular qui fonctionne fait vivre son propriétaire, mais aussi le voisin qui repeint la maison, le cousin qui fait les courses, la nièce qui fait le ménage... Et, si l'on vous dit du bien de Fidel, ce sera sincère... pour le reste, gardez les yeux ouverts et profitez de l'instant qui passe.
 
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35 réactions à cet article    


  • L'enfoiré L’enfoiré 3 août 16:16
    @L’auteur,
     Hier, je rencontre quelqu« un qui était occupe à tâter une mangue.
     Je lui dis.
     - On voit qu’on a affaire à un spécialiste.
     - C’est délicieux. J’ai appris à connaître et à aimer cela à Cuba.
     - Vous avez été quand ?
     - L’année passée.
     - Moi, cela fait exactement 20 ans. Nous étions en plein régime castriste.
     - Il doit y avoir beaucoup de changer.
     - J’avais même à l’époque écrit un billet titré »Un cuba libre por favor". Il faudrait que je retourne un jour pour constater les changements.
     
     Bon, après ce commentaire, je vais votre article. Peut-être y trouverais-je des réponses.
     

    • L'enfoiré L’enfoiré 3 août 16:18
      J’oubliais...
      D’après mon interlocuteur, il parait que c’est toujours à Varadero que les touristes sont parqués derrière des portes avec un garde qui vérifie les plaques de voitures qui entrent.

    • L'enfoiré L’enfoiré 3 août 16:20

      J’oubliais l’adresse de « Un cuba libre »


    • Macondo Macondo 3 août 16:50

      Restez chez Vous ! Pura vida ...


      • tiers_inclus 3 août 19:09


        Merci pour cet article équilibré, l’exercice est difficile lorsqu’on parle de Cuba.
        Une remarque à propos de :
        « La poursuite sans fin du bonheur par la consommation y étant presque impossible, les gens prennent le bonheur quand il passe : en famille, entre amis, dans la rue, en faisant la queue... »
        Ce qui sous-tend « à défaut de grives on mange des merles ».
        En fait la seule corrélation que l’on puisse établir à partir de notre expérience occidentale c’est :
        la poursuite sans fin du bonheur par la consommation étant institutionnalisée, les gens ne prennent pas le bonheur quand il passe ... faute de temps, d’énergie disponible, d’automatisme compétitif etc...
        La contraposée nous dirait que le bonheur quand il passe n’invite pas à l’institution du bonheur par la consommation. Vérifiable ailleurs qu’en occident.
        Du coup les grives deviennent des merles et réciproquement.


        • ticotico ticotico 4 août 09:00

          @tiers_inclus


          Merci pour le commentaire.
          « à défaut de grives on mange des merles »
          Oui, si les cubains pouvaient consommer davantage, ils seraient de très bons clients.

          A Cuba il est à peu près impossible de démêler les causes qui font de ce pays un lieu si singulier : est-ce en raison du régime... ou malgré lui ? Est-ce dû aux pénuries ou aux idéaux ? Est-ce à cause du caractère national ou de la volonté d’un parti ? Tout cela s’additionne, le mélange étant une des grandes spécialités locales.

          Ici, c’est plus clair : si tu n’as pas un smartphone haut de gamme en classe de 4e, tu es bien parti pour rater ta vie. Puis tu cours derrière les leurres que te proposent la finance et le commerce... sans jamais les rattraper.   

        • Aristide Aristide 4 août 13:53

          @ticotico


          Ici, c’est plus clair : si tu n’as pas un smartphone haut de gamme en classe de 4e, tu es bien parti pour rater ta vie. 

          Vous êtes sérieux ou vous prenez tous vos concitoyens pour des débiles le nez dans leur smartphone ?

          Allons, cette suffisance consistant à traiter toutes et tous de simple consommateur devient fatigante. Voilà donc que la recherche du bien-être, ce qui correspond en gros au désir de la quasi totalité de la population, devient à tout coup une obsession de consommation. 

          PS : Pour aller à Cuba, c’est l’avion surement. Moyen de transport préféré des bobos en recherche d’exotisme et de réalités sociales ... Parce que le commun des Français, ils restent en France et prennent juste quelques jours pour se détendre bêtement en allant à la mer avec les gosses et la belle-mère. Les voyages à Cuba ? Ils regardent les reportages à la télé où on leur explique tout comme il faut faire avec l’habitant ....

        • ticotico ticotico 4 août 15:17

          @Aristide

          « Vous êtes sérieux ou vous prenez tous vos concitoyens pour des débiles le nez dans leur smartphone » ?

          Avez-vous pris le métro récemment ? L’option « le nez dans mon téléphone » est plus qu’un comportement répandu, c’est largement majoritaire.

          Sinon, je ne suggère pas de faire de Cuba une destination pour le tourisme de masse, ce n’est d’ailleurs pas l’idée du gouvernement cubain, qui construit (avec Bouygues, et à marche forcée) des hôtels destinés au touristes friqués. Je pense qu’il y en France (et plus encore parmi les lecteurs d’Agoravox) des gens qui ont vraiment envie de connaître la réalité de ce pays qui ne peut laisser indifférent.

          Quant à la qualité de l’accueil qu’on rencontre chez l’habitant à Cuba, je confirme qu’elle est exceptionnelle. J’avoue également avoir pris l’avion pour me rendre à Cuba... malgré toute la suspicion de boboïtude que cela peut déclencher à mon égard.


        • Aristide Aristide 4 août 20:31

          @ticotico


          Dans le métro ? Voilà donc que le quidam qui lit ses messages, l’autre qui vérifie la liste de courses avant de rentrer, celui-ci qui envoie un message pour dire qu’il est en retard, et le touriste qui vérifie qu’il va descendre à la bonne station, le pressé qui commande un pizza ... Plus prosaïque, le voilà vérifiant la livraison par Amazon du dernier bouquin qu’il adore, il y en même un qui termine le chapitre de son ebook commencé le matin, et puis un jeu qui fait passer le temps pour lui de la baston, pour un autre des mots croisés ou un sudoku, ...

          C’est vrai que tous ces ânes, le nez dans leur smartphone déplaisent à celui qui sait ce qui est bon. 

          C’est affligeant cette propension à prendre ses compatriotes pour des imbéciles, ahhh, la réalité sociale française vu par le spécialiste du bed and breakfast cubain cela vaut son pesant de cacahuètes. 

          Pour le reste, la simple confirmation que le bobo est voyageur et que sa perspicacité à ne pas confondre service rendu et accueil exceptionnnnnel ...

        • ticotico ticotico 4 août 22:10

          @Aristide

          Comparer un pays où il est normal de se parler quand on partage un espace public et un pays où chacun a de bonnes raisons de garder les yeux rivés sur un écran... où les tentatives de dialogue sont souvent vécues comme des indices de déviance mentale ou des débuts d’agression...

          ... ce serait donc prendre les gens pour des imbéciles ?

          Les relations entre humains se sont très fortement dégradées, surtout dans les grandes villes et surtout dans les pays dits développés... Le constater n’est pas bien compliqué et ce n’est pas dévaloriser leurs habitants que de le formuler.

          Quant à votre vision fortement économique des rapports entre humains, elle explique votre difficulté à comprendre une des principales raisons d’apprécier la vie...


        • Aristide Aristide 5 août 09:55

          @ticotico


          votre vision fortement économique des rapports entre humains

          Ma vision fortement économique des rapports humains ? Non, pas des rapports humains mais des rapports humains de ce type. Allons, il s’agit d’une relation fournisseur-client enveloppé par vous dans un salmigondis de relations qui permettraient de saisir les réalités sociales, ailleurs de la bienveillance ou je ne sais quelle qualité qui n’existerait plus que dans ces sociétés. Vous confondez relations humaines et achat de service. Qu’il y ait un minimum d’empathie et d’échanges n’en modifie en rien la nature artificielle.

          Les relations entre humains se sont très fortement dégradées, surtout dans les grandes villes et surtout dans les pays dits développés... 

          Ah bon, il faut avaler ce poncif au seul prétexte que les gens dans le métro, fatigués et pressés de rentrer chez eux, préoccupés, ne ferait pas la fiesta cubaine. Allez sur les marchés, dans les troquets, les restos, les parcs, ... vous verrez des échanges, des discussions, des paroles en l’air, ... Pire, allez sur les stades le samedi et le dimanche, les salles de sport, les lieux de promenade, ... 


          Les tentatives de dialogue sont souvent vécues comme des indices de déviance mentale ou des débuts d’agression...

          Ah bon, peut être faut-il que ces tentatives soient naturelles, simples, spontanées.






        • Aristide Aristide 3 août 20:13

          Cuba est un pays différent parce que son âme ne s’est que très peu diluée dans la mondialisation, mais aussi parce que les relations humaines n’y sont pas détruites par un pouvoir économique qui veut tout normaliser et est en train d’y parvenir.


          C’est bizarre de faire porter à un pouvoir économique la supposée absences de relations humaines dans nos sociétés. Déjà, je ne suis pas sur que les relations humaines soient si absentes que cela dans nos sociétés, un simple exemple d’actualité, la moitie des vacanciers passent leur séjour en famille, chez des amis, ... 

          Quelle nécessité à arguer de nos prétendus défauts dans cette description de la société cubaine ?

          Question subsidiaire, comme éviter le syndrome du visiteur touriste qui croit saisir la réalité des relations sociales d’un pays en logeant chez l’habitant. C’est une simple relation commerciale, pas moins que nos chambres d’hôtes ou le « bed and breakfast ». Exotisme et tourista en moins.

          Un accueil exceptionnel ? Ouais, souvent pour faire passer la rusticité des lieux ou simplement miser sur la prolongation du séjour : la naïveté du touriste en goguette qui croit saisir la réalité d’un pays dans une relation rémunérée et donc obligatoirement artificielle.





          • tiers_inclus 3 août 23:14

            @Aristide

            Lisez mon post, vous trouverez une élucidation à vos questions.
            Vous écrivez ...la moitie des vacanciers passent leur séjour en famille, chez des amis, ...
            Avec la même mauvaise foi qui consiste à traduire un bon accueil en motivation commerciale (votre remarque sur la rusticité des lieux ou la prolongation du séjour) je vous dirai que ces vacanciers se réunissent essentiellement pour raisons budgétaires.
            Si l’on nie la bienveillance à priori il est souvent aisé (parce que supposée mais indémontrable) de trouver une raison égoïste à celle ci. Pour une étude approfondie de la question je vous encourage à lire « Plaidoyer pour l’altruisme » de Mathieu Ricard.
            Il y a pire en France, certains établissements vacanciers bien que commerciaux ne se donnent même pas la peine d’être aimables.
            Heureusement l’intuition et l’instinct permettent encore de discriminer la qualité d’une relation à condition de ne pas les censurer. Si l’on s’est trop abreuvé à l’aune du prétendu libéralisme économique il est plus difficile de croire à la sincérité. Alors tout le monde devient suspect et les relations se dégradent.



          • Aristide Aristide 4 août 13:39

            @tiers_inclus


            Quelle bienveillance, il s’agit simplement de relations commerciales, que vous nommiez cela des « raisons budgétaires » ne change rein au fond.. Ces hôtes reçoivent des clients, c’est le nom que l’on donne pour quelqu’un qui paye pour un service, un bien, ... Et ces hôtes le font essentiellement pour des raisons financières, ce n’est pas un reproche, c’est un constat. 

            Où est donc l’altruisme dans la mise à disposition d’un lit, d’un repas contre monnaie. L’amabilité ne change rein à l’affaire, la relation est établie sur des bases qui n’ont rien à voir avec l’altruisme. Pour le reste, le rêve du « chez l’habitant » qui permettrait de connaitre les réalités sociales, là c’est encore de l’ordre du fantasme, touriste tu restes.

            J’ai aussi relevé votre « Il y a pire en France », comme partout ailleurs, des hôtes cordiaux ou mal-embouchés, ...

          • tiers_inclus 4 août 14:43

            @Aristide

            La relation commerciale n’exclut pas la bienveillance dans les relations. La bienveillance se traduit par des efforts qui n’entrent pas dans le « contrat ». Elle se traduit surtout par une priorité donnée à la relation humaine, par une satisfaction généreuse de rendre service, par une pensée méditante soucieuse de la finalité plutôt qu’une pensée calculante avide de résultats.
            Il y a beaucoup de bonheur dans cette attitude. Ne le sentez vous pas ?


          • Aristide Aristide 4 août 20:41

            @tiers_inclus

            Bienveillance ? Ah, oui, dire bonjour et bonsoir, alimenter une discussion de bobo sur la réalité sociale mais pas trop, et plus d’ailleurs une pensée méditante, ouahhh, là c’est du domaine de la projection ...

            Attendez, votre hôte n’ose pas vous dire que vous devenez lourdingue, qu’il en a vu passer des dizaines qui promettaient de donner des nouvelles, il n’ose vous dire que vous faites du bruit et que se coucher à pas d’heure, c’est pour le touriste en goguette, lui il bosse et de la réalité sociale du pays, il en bave des ronds de chapeau depuis des décennies. Demain c’est debout avant tout le monde pour aller au turbin, habiller les gosses, nettoyer les toilettes et ce que vous avez laissé derrière vous, faire le ménage, ... et préparer le repas de l’autre qui vous succédera et dira la même chose que vous ...

          • tiers_inclus 4 août 22:57

            @Aristide

            Vous confondez politesse et bienveillance. Tout votre charabia repose sur cette erreur lexicale.
            Consultez ... un dictionnaire.
            Bien à vous.


          • Aristide Aristide 5 août 09:58

            @tiers_inclus


            C’est vrai que quand on vous met sous le nez la réalité toute crue, cela fait tomber sur le cul le bobo en recherche de réalités sociales chez l’habitant.


          • tiers_inclus 5 août 13:51

            @Aristide

            Toute pédagogie semble inutile.
            Ma dernière remarque était polie mais pas vraiment bienveillante à dessein.
            J’avais caressé l’espoir que vous en percevriez la nuance.
            Vous vivez dans un monde désenchanté (votre soi-disant réalité).
            La réalité dépend de ce qu’on y imprime.


          • ticotico ticotico 5 août 14:30

            @tiers_inclus

            Merci d’avoir tenté l’impossible, j’ai renoncé moi aussi à essayer d’argumenter avec Aristide. A part utiliser ses méthodes (mauvaise foi, sophismes...) il n’y a plus grand chose à tenter... une cause perdue. Au passage, le qualificatif de bobo, une appellation que personne ne revendique, me semble mériter sa classification Godwin sur un site tel qu’Agoravox...


          • tiers_inclus 5 août 15:18

            @ticotico

            Effectivement ils sont quelques uns à chasser des fantômes, ici ce sont les bobos, avec un autre ce sera les muzz (comme il dit) ou bien les cocos. Il est navrant que l’agora soit ainsi dévoyée à l’expression de bas instincts clivants en guise de défouloir.
            Consulter l’ensemble de leurs commentaires est édifiant, toujours le même scénario. Un jeu psychologique en boucle. Ils ne viennent pas échanger mais seulement projeter avec malveillance.
            Cela fait deux reprises où je tente la pédagogie. Désormais ce sera l’ignorance.
            Finalement la caravane passera ....


          • Aristide Aristide 6 août 12:11

            @tiers_inclus

            C’est bizarre de voir comment la simple remarque de l’artificialité de ces rencontres locales, la mise en avant de la superficialité du discours sur les réalités sociales que ces deux touristes croient connaitre... entraîne la mise en cause de la personne qui écrit.



          • CN46400 CN46400 4 août 08:39
            « des citoyens de base qui ne savent pas toujours en se levant le matin comment ils vont pouvoir payer leur repas du soir. »
            mais vous ne verrez aucune traces de malnutrition...

            « Et, si l’on vous dit du bien de Fidel, ce sera sincère... »
            Par contre si l’on vous en dit du mal, méfiez-vous, comme tous les commerçants du monde, les cubains disent, souvent, ce qu’ils pensent que leurs clients veulent entendre...

            • ticotico ticotico 4 août 09:07

              Vrai, il n’y a pas de trace de malnutrition. La solidarité familiale y est pour beaucoup.

              Pour Fidel, il y a clairement une majorité de cubains pour qui c’est le héros absolu, ceux là ne se privent pas de le dire. Pour ce qui est des détracteurs, vous en entendrez moins, non pas qu’il n’y en ait pas, mais à Cuba, on se méfie toujours des oreilles inconnues quand on tient un discours « non conforme ».  

              • CN46400 CN46400 4 août 09:50

                @ticotico
                Au Darfour,en Sierra Leone, au Guyana, à Haïti, dans les bidonvilles US, etc... il n’y a pas de « solidarité familiale » ?


              • ticotico ticotico 4 août 10:12

                @CN46400


                A Cuba, on m’a souvent dit « Si tu veux justifier un échec, tu peux te comparer avec ceux qui font encore moins bien ».

                La réthorique, c’est bien, mais l’information c’est mieux... donc, plutôt que de parler d’une réalité lointaine, voici un bon livre qui vient de sortir « La transparencia del tiempo » de Leonardo Padura. Il y décrit, entre autres, les conditions de vie dans les quartiers délaissés de la Havane.
                Pour l’instant, on ne le trouve qu’en espagnol... d’ici quelques mois, il sera sûrement traduit.

              • CN46400 CN46400 4 août 11:26
                "Le retour à la politique dure annoncé par Trump il y a un an était une excellente nouvelle pour Raul Castro qui voyait là son meilleur argument, l’embargo, retrouver toute sa crédibilité"
                Il est quand même bon ce Trump :
                 Des sanction contre la Russie pour faire plaisir à Poutine, contre la Chine pour mieux parler à Xiliping, contre l’Iran pour amadouer les ayatolah etc...etc...etc. Est-il encore possible de critiquer la puissance dominante ?


                • ticotico ticotico 4 août 12:04

                  @CN46400


                  Où voyez-vous que je ne critique pas Trump ?
                  Le retour à l’attitude guerre froide des USA envers Cuba, après une velléité partagée d’aller vers davantage de coopération, ramène le gouvernement cubain à son discours « tout est la faute de l’embargo ».
                  A la différence d’Obama, le seul président américain qui a fait évoluer les relations avec l’île, Trump est retombé dans la soumission au lobby cubano américain, ce qui fige toute possibilité d’évolution à Cuba.

                • CN46400 CN46400 4 août 12:50

                  @ticotico
                  Désolé mais ce n’est pas moi qui ait écrit : "Raul Castro qui voyait là son meilleur argument, l’embargo, retrouver toute sa crédibilité" ce qui en bon français reviens à dire que Castro souhaite le maintien de l’embargo....


                • ticotico ticotico 4 août 15:44

                  @CN46400


                  Oui, quand voit la place tenue par l’embargo US dans la communication du gouvernement cubain, on sent que c’est son argument quasiment unique pour justifier tout ce qui ne fonctionne pas dans le pays.

                  Quand on visite les magasins, on y trouve du Coca Cola, du Pepsi Cola, du Jack Daniels, mais aussi une part importante du poulet surgelé ou des pommes ont des étiquettes made in USA... Par ailleurs, Ernesto Guevara (oui, le fils du Che) a importé tout un lot de Harley Davidson neuves pour sa fort lucrative entreprise de tourisme à moto (comptez 3200 à 4700 dollars la semaine).

                  A part cet embargo à géométrie variable, Cuba peut commercer avec tous les autres pays de la planète et ne s’en prive pas. La Chine, principal fournisseur de produits manufacturés au monde, est d’ailleurs un partenaire privilégié de Cuba.

                  Sans l’embargo, Raul Castro n’aurait plus son bouclier magique qui permet d’évacuer le débat sur la corruption généralisée et autres dysfonctionnements majeurs de la société cubaine.



                • CN46400 CN46400 4 août 18:02

                  @ticotico

                   Sauf entre Cuba et les USA, le commerce entre deux nations voisines est naturel. Les importations et les exportations, du fait de la proximité, sont favorisées donc moins onéreuses.
                   Mais l’embargo US empêche Cuba de profiter de cette situation. Les exportations ne sont normales que vers l’UE ou la Chine mais perdent une partie de leur valeur dans le trajet. Et plus encore pour le nickel qui ne peut entrer dans la fabrication de produits chinois vendu aux USA. Tous les produits ou machines contenant des modules US sont interdits à l’exportation vers Cuba. Le commerce avec Cuba est interdit en dollars ...etc
                   A part cela Raoul (87ans) est pour le « bloquéo »....Mais les Harley vont être taxées en Europe, le fils du Che en profitera.... peut-être ?

                • JP94 4 août 17:11

                  Cuba sans le blocus illégal américain serait extrêmement prospère .


                  Les Etats-unis ne sont pas parvenus après environ attentats terroristes contre Castro à l’assassiner et malgré 60 ans de blocus , Cuba n’a pas fléchi.
                  Education : 10 élèves par classe en collège.
                            15 élèves par classe en primaire.
                  Le plus haut niveau scolaire d’Amérique/
                  Taux d’échec : 0% 
                  90% des élèves de Cuba ont un niveau au moins égale aux 50% les meilleurs dans le monde 
                  ( au fameux test )

                  Santé : gratuite pour tous. 


                  Comparons avec Madagascar : plus d"écoles, ou payantes, misère généralisée ( plus de 90% de la population).
                  Plus de santé, sauf pour les plus riches.
                  Inégalités énormes .
                  Pourtant : énormément de ressources naturelles, minières, et autres ... mais pas de socialisme.

                  Alors désolé mais le socialisme montre réellement une nette supériorité. 
                  Sous le régime capitaliste, avec le même blocus , Cuba ,n’aurait pas tenu 6 mois.

                  • ticotico ticotico 4 août 18:14

                    @JP94


                    Je suis convaincu que dans votre cas un séjour prolongé à Cuba est la seule prescription possible.

                    Si l’on se contente de l’information gouvernementale, ce lien décrit le programme « maestros emergentes » qui avait pour objectif de ramener à 20 maximum le nombre d’élèves par classe en primaire. Le gouvernement y reconnaît que des effectifs de 40 ou 50 (El número de alumnos promedio por aula era de casi 40, y en cientos de ellas entre 40 y 50) sont fréquents.

                    Donc, ces « maestros emergentes » ont été lâchés après une formation accélérée de 2 ans... ils n’ont pas les compétences ni la motivation des générations précédentes, résultat : fort absentéisme des enseignants et baisse du niveau des élèves.

                    Ce que ne dit pas ce site gouvernemental, c’est que la crise des vocations a été causée par une décision visant à réduire les défections d’enseignants à l’étranger. Cette loi interdisant aux enseignants de quitter le pays pendant une longue période, même des années après avoir quitté l’éducation nationale, a eu pour effet immédiat de tarir les vocations.
                    Les jeunes cubains ayant un bon niveau d’éducation ne voulaient plus s’engager dans une voie leur interdisant un possible départ à l’étranger... ils ont donc choisi d’autres études et laissé l’enseignement primaire à de rares volontaires incompétents.

                    Si vous préférez les histoires d’embargo et les contes de fée, c’est votre droit.

                  • OMAR 4 août 21:52
                    Omar9
                    .
                    Excellent article sentant l’honnêteté et la sincérité....

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