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Accueil du site > Tribune Libre > « Pourquoi dire non. Langage totalitaire et résistance » (Boris Cyrulnik) (...)
#84 des Tendances

« Pourquoi dire non. Langage totalitaire et résistance » (Boris Cyrulnik) (2/2.1)

 

 Dans ma livraison précédente[1] j’avais souligné et commenté quelques idées exposées par Boris Cyrulnik lors de sa conférence à l'Université Clermont-Auvergne, le 21/10/2021[2]. Ces réflexions me semblaient préoccupantes et interpellantes. J’ai été quelque peu secoué aussi par les commentaires assez négatifs des internautes sur cette « performance médiatique ». J’ai retrouvé quasi la même unanimité négativement critique vis-à-vis de Boris Cyrulnik, dans les commentaires sur mon propre texte. Mais ces réactions ne m’ont pas offert la remise en perspective que j’espérais. Cela aurait pu enrichir mon « approche » de cette manifestation de « vulgarisation scientifique ». Et cela me confirme aussi le caractère troublant (ambigu) de la position de Boris Cyrulnik vis-à-vis des questions actuelles sur le totalitarisme[3] (et pas uniquement sur le langage totalitaire)

 Il est vrai que j’aurais aimé entendre s’exprimer Boris Cyrulnik, plus en détail comme il sait le faire d’une façon magistrale, sur les questions[4] de dénotation et de rapport au réel. Il en va évidemment du « signifié » au « signifiant », de l’« icône à l’« idole », du « signe » au « sens », de la « magie » à la « sorcellerie », de la « conviction » à la « conscience », des « droits » aux « devoirs », des « causes » aux « effets », de la « solidarité » à la « responsabilité », du « progrès » au « profit », de la « carte » au « territoire » (Korzybski), du « contenant » au « contenu », du « temps » et de la « durée » et pour finir, le plus grave selon moi, vu le titre de la conférence-débat, de la « résistance » et du « terrorisme ». Toutes ces notions semblent objets de malentendus navrants mais effectivement de plus en plus courants et de moins en moins « dénoncés ». Il ne les a abordées, ces notions, que d’une façon très détournée et, à la limite, d’une manière insidieusement trop incomplète, imprécise, schématisée .... et peut-être, pourquoi pas, médiatiquement perverse, comme il en serait des slogans dont il dénonce par ailleurs l’exploitation et l’usage fédérant ! Le peu de questions posées par le« public » en relation directe avec la situation totalitaire actuelle a été pour moi significatif (une seule question d’une seule participante !). L‘attitude de Boris Cyrulnik était finalement assez proche de celle des détenteurs d’un pouvoir qui soumet, pas celle des maîtres dont l’autorité suscite l’adhésion.

 Justement, selon moi, les concepts de « pouvoir » et d’« autorité » offrent, dans l’actualité « covidienne » du moment, un bon exemple de confusion. Je regrette de constater que Boris Cyrulnik, ne saisissant pas l’opportunité offerte, n’a pas approfondi et analysé les nuances de ces notions, dès l’abord. Pour un savant de ce niveau cela ne friserait-il pas le galvaudage show-biz ? Il parle (à la 23’et12’’) du « besoin d’appartenance », de « l’effet euphorisant que procure le courant de récitation », du « plaisir physique éprouvé de chanter dans une chorale ».

 

 Or le pouvoir, on le sait, attire les médiocres et corrompt les meilleurs (parmi les plus médiocres). Il est donc par définition basé sur le « but conscient », imposé aux soumis, et visant le mal pour le mal, au profit exclusif des détenteurs de ce pouvoir qui seul décide du bien et du mal. Ceci, grâce à l’hébétude que procure une conviction d’asservissement grisante[5], conviction fictive induite vicieusement, entre autres, par des PSY-OP telles qu’on les vit depuis, sans doute, bien plus que deux ans[6]. Ce but conscient insinue, dans la pensée de chaque individu, par la fabrication du consentement, par le viol de l’esprit[7], que « commettre le mal est banal », et donc nécessaire[8]. Le statut « naturel » du serf ne l’asservissait-il pas, dans la logique du droit divin, à l’usage normal du moulin, du four ou du pressoir du Seigneur[9], ainsi qu’à la participation aux croisades de tous poils ?

 

 Mais comment Boris Cyrulnik peut-il parler de musique et de choral sans parler de Maître de Chœurs, de Maître Luthier, de Maître de Musique, de Maestro[10], dépositaire d’une autorité rayonnante, tenue de leur capacité innée, intime de connaître de la conscience de l’être et de de conviction. (Pas dans le sens de l’exemple de Höss qu’évoque Boris Cyrulnik).

 Comment un Boris Cyrulnik peut-il mettre dans un même sac ceci

 spécialement à partie de la 10’13’’ - Georges Brassens disait déjà : dans la « Mauvaise réputation » : « ... La musique qui marche au pas cela ne me regarde pas ! » et à propos de l’« Ancêtre » : « .... Car, devant la musique, il tombait à genoux, excepté toutefois les marches militaires, qu'il écoutait en se tapant le cul par terre..... », et cela

 en se souvenant de ce que Victor Zuckerkandl disait dans « Sound and Symbole » :

Every melody declares to us that the past can be there without being remembered, the future without being foreknown[11] )

 

 Je terminais mon papier précédant par les deux questions : «  Dans quelle mesure le fait de porter l’Etoile de David pour dire non et résister au totalitarisme sanitaire et hygiéniste ressenti par la population, serait une minimisation, un mépris du respect dû aux victimes de la Shoah ? Et je me suis mis à penser « au pourquoi ? de ma propre retenue (résignation ?) vis-à-vis du port de l’étoile .... » Je me suis rendu compte que je n’avais pas de conviction ad hoc pour me permettre de porter l’Etoile de David dans le but que je me donnais de dire non au totalitarisme .... car j’avais déjà éprouvé des « volées de bois verts » lorsque j’avais commis les textes portant les titres « Impfungheit macht frei » (1 et 2)[12]. J’en étais arrivé à me rendre compte que pour certains je m’appropriais illégitimement, en quelques sortes, une « Trade mark ». Cependant je continuais mes réflexions en me posant la question que la lecture d’Hannah Arendt m’avait suggérée : « Dans quelles mesures la pendaison d’Eichmann à Jérusalem a-t-elle magnifié l’honneur et la mémoire qui sont dus aux victimes de la Shoah ? »

Devrait-on perpétuer le passage de la barbarie à la décadence sans jamais passer par la civilisation ?

 

 

[3] Covid 19 , totalitarisme sanitaire et langue de bois ?.

[5] Boris Cyrulnik parle des allemands qui après la défaite disaient : « on dégrise »

[6] A H1N1 2009

[7] “The Rape of the Mind” Joop Meerloo (The psychology of thought control ; menticide, and brainwashing)

[8] There is no alternative TINA = pas d’alternative

[9] Les moulins banals du moyen âge.

[10] A ce propos « Prova d’Orchestra » de Fellini est une œuvre d’un intérêt certain

[11] « Chaque mélodie nous révèle que le passé peut être là sans être remémoré, l'avenir, sans être prévu ». (Traduction personnelle)


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12 réactions à cet article    


  • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 24 novembre 10:49

    Coté « intellos » c’est devenu le désert ou presque .. ils sont devenus aussi fous que le pouvoir ^^

    Comme dirait Lobaczewski, nous sommes bien en « pathocratie » .. quant au(x) remède(s)...


    • Bertrand Loubard 24 novembre 12:33

      @bouffon(s) du roi
      Merci pour votre réaction. J’avoue ne pas très bien comprendre à qui vous vous adressez et l’objet de votre remarque. Pourriez être plus explicite, en citant par exemple, les contenus, de Cyrulnik ou de mon « papier », qui provoquent votre commentaire ? Bien à vous.


    • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 24 novembre 13:46

      @Bertrand Loubard

      Cyrulnik (comme d’autres) est une créature médiatique avant tout, de scientifique, il n’a que l’étiquette.


    • Bertrand Loubard 24 novembre 16:18

      @bouffon(s) du roi
      Merci pour la précision. Il est vrai que Boris Cyrulnik est fort (trop ?) présent dans le paysage médiatique. Il est vrai aussi que ce milieu est depuis un certain temps incroyablement à la recherche systématique d’une couverture « scientifico bling - bling ». Cependant cela permet de donner l’occasion d’émettre des avis structurant un débat. Cela ne semble pas avoir été le cas lors de ce « spectacle » à l’Université Clermont-Auvergne. Ce que je pense avoir souligné quand je disais : « Le peu de questions posées par le public en relation directe avec la situation totalitaire actuelle a été pour moi significatif (une seule question d’une seule participante  !) » Bien à vous.


    • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 24 novembre 19:15

      @Bertrand Loubard

      Avec ce genre de « spectacle », cela confirme ce qui est évident. Et le « débat » ? mais on tourne en rond .. on blablate. Comme ce forum, qui en est un parfait archétype. On patauge dans les mots.
      Citation de Wou-men qui résume le mal profond de notre société :
      « Le langage ne développe pas le fait,
      Le mot ne coïncide pas avec le mouvement vif,
      Celui qui accepte le mot se perd,
      Celui qui stagne dans la parole s’égare.. »


    • Bertrand Loubard 24 novembre 20:09

      @bouffon(s) du roi
      Merci de cette citation de Wou-men. Juste un kôan, du bouddhisme zen du Japon, qui me fascine : « - A quoi les maîtres d’autrefois ont-ils accédé lorsqu’ils ont atteint le stade ultime (satori) ? demanda un moine à Long-ya. - Ils étaient comme des voleurs pénétrant dans une maison vide, répondit le maître ». Bien à vous.


    • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 25 novembre 18:52

      @Bertrand Loubard

      ils sont forts les vieux chnoques ^^ mais rares maintenant ..
      « Rien de sérieux, tout d’important » smiley


    • uleskiserge uleskiserge 24 novembre 12:02
      BORIS CYRULNIK : LE FURET DE LA RÉSILIENCE

      10 DÉCEMBRE 2020

      Rédigé par Serge ULESKI et publié depuis Overblog

       

         « Il court il court Cyrulnik... il est passé par ici, il repassera par là... »

       

              Ah Cyrulnik ! Encore Cyrulnik ! Toujours Cyrulnik !

       

             Rappelons à tous ceux qui l’ignorent, les médias en particulier, que le furet Cyrulnik, omniprésent, n’est en aucun cas à l’origine du concept de résilience (pour peu qu’il s’agisse d’un concept) ; aussi, rendons à Emmy Werner, psychologue américaine, ce qui lui appartient car « la résilience » c’est elle !

             Année après année, force est de constater que Boris Cyrulnik semble avoir davantage besoin de nous que nous de lui car sur nos propres vies et celles de nos proches, il est certain que nous en connaissons bien plus que ce conférencier compulsif d’autant plus que ce dernier pourra que difficilement contester l’affirmation suivante : nous seuls incarnons au quotidien ce qu’on appelle « le principe de réalité » ; personne d’autre pour en assumer tous les enseignements à notre place. 

      Aussi : « Cyrulnik, lâche-nous la grappe ! Et va consulter à propos de cette addiction qui est la tienne !  »

             En conclusion, qu’il nous soit permis de préciser ceci : ce qui est insupportable chez ces individus omniprésents dans les médias parce qu’ils font partie d’un réseau auquel les médias ne peuvent manifestement pas dire « Non ! » c’est le fait qu’ils parviennent à vous faire croire que vous avez besoin d’eux alors qu’il est urgent de prendre conscience que vous n’avez pas besoin d’un Cyrulnik graphomaniaque, gourou insatiable : plus il en croque, plus il a faim.

      Et gardons à l’esprit ce qui suit : s’il n’y avait personne pour rémunérer (« grassement » il est dit) ce Boris Cyrulnik maintenant millionnaire, il n’y aurait « ni conférence ni patient cyrulnik » car, comme chacun sait, si les conseilleurs sont rarement les payeurs c’est qu’ils sont le plus souvent, trop souvent, les encaisseurs.
       

       

      -------------------

       

      « Le journaliste scientifique Nicolas Chevassus-au-Louis explique dans son enquête39 que Boris Cyrulnik raconte « peu ou prou la même chose » dans ses 18 livres (2,5 millions d’exemplaires vendus) avec de nombreuses banalités, des contradictions et des références, notamment scientifiques, défaillantes (non référencées, invérifiables).

      Son statut de scientifique y est aussi questionné puisque : il n’exerce plus comme médecin depuis 1999, il n’est pas éthologue (ce qu’il confirme au journaliste) et il n’est guère cité dans les publications académiques. Concernant la notion empruntée de résilience, le journaliste ajoute qu’il se contente « dans ses livres d’enchaîner les anecdotes sans esquisser la moindre théorisation sérieuse » alors même que des discussions ont cours dans le milieu scientifique.

      La chercheuse indépendante Odile Fillod a consacré deux billets critiques 40,41 aux thèses et au parcours de Boris Cyrulnik. »...

       


      • vesjem vesjem 24 novembre 15:53

        @uleskiserge
        c’est pas faux, et même vrai
        tu t’appelles durand, et tu restes quidam 
        tu t’appelles boris, et tu t’as plein d’amis


      • Bertrand Loubard 24 novembre 16:04

        @uleskiserge
        Merci pour votre réaction. J’avoue ne pas avoir lu votre article du 10/12/20. Il est évident que Cyrulnik a été « séduisant », pour moi, du moins jusqu’il y a quelques temps. Comme vous avez pu le constater, me considérant comme un « citoyen lambda » parmi les autres ma recension de la conférence - débat en question s’est voulue très (trop ?) peu vindicative. Je n’ai relevé que les points qui me paraissaient tenir d’un langage que je ressentais comme « insidieusement totalitaire, tenant du slogan ». Mais il est sans doute vrai comme vous le dites qu’il est omniprésent dans les médias ... qui « ne peuvent manifestement pas dire NON ». Ce qui peut être un sujet de désillusion comme c’est le cas pour d’autres « références » dont j’essayerai de parler lors d’un prochain billet. Bien à vous.


      • PascalDemoriane 24 novembre 13:47

        Vous avez bien fait de méditer sur la conférence de Cyrulnik, mais pourquoi se focaliser sur lui, et sur ce qui n’est qu’un banal moment spectacle médiatisé ? Que du spectacle !
        « Il est vrai que j’aurais aimé entendre s’exprimer Boris Cyrulnik, […] sur les questions de dénotation et de rapport au réel. » dites vous.
        Soit mais rien ne vous empêche, vous, de développer vos propres idées, thèses et connaissances ou interrogations par vous mêmes. Cyrulnik n’a pas ni ne revendique le monopole de la conscience critique, n’attendons pas de lui « la bonne parole du gourou » ni de quiconque d’ailleurs. Ce serait se contredire s’agissant de la relation au pouvoir et de la posture du Non.

        Vous relisant, notamment sur l’histoire d’étoile jaune, je vois que vous êtes un garçon bien élévé et cultivé qui « ne veux froisser personne ». Oui, mais dire « Non » quand il le faut c’est forcément froisser, prendre le risque de déplaire. Le consensus, c’est la mort, les cimetières (ou les camps de concentrations) en sont remplis ! D’où le paradoxe...


        • Bertrand Loubard 24 novembre 17:26

          @PascalDemoriane

          Merci pour votre commentaire. Je crois qu’il est vrai que je me suis « focalisé » sur ce que disait Boris Cyrulnik. Je ne l’aurais pas fait de cette manière si, pour moi, il n’y avait pas eu des moments dans ce « spectacle » où je me suis retrouvé devant le constat que la conférence-débat n’avait été qu’une « manifestation de vulgarisation scientifique ... me confirmant aussi le caractère troublant (ambigu) de la position de Boris Cyrulnik vis-à-vis des questions actuelles sur le totalitarisme et pas uniquement sur le langage totalitaire .... cela ne friserait-il pas le galvaudage show-biz ?  ». (J’ai banni les mots « prêches, sermons ouailles »).

          Je ne crois pas avoir voulu éviter de froisser qui que ce soit. Je disais : « ...tout en me réjouissant de ne certainement blesser personne, ni Gitans, ni Clodos, ni Alcolos, ni Trisomiques.....  » car Boris Cyrulnik répondant à la question « Au regard de ce vous nous avez exposé ce soir, comment analysez-vous la situation actuelle par rapport aux vaccins et au pass sanitaire », avait dit : « .... j’ai été personnellement profondément blessé lorsque j’ai vu des Etoiles Jaunes de David avec à l’intérieur inscrit anti-pass ». Donc je ne faisais que « paraphraser » Boris Cyrulnik ... mais à propos d’autres victimes des camps....

          Vous dites aussi : « Oui, mais dire « Non » quand il le faut c’est forcément froisser, prendre le risque de déplaire ». Je disais : « ... j’ai écrit sur mon phylactère  : « NON ». (Tout court). .... Et l’expérience qui dure encore aujourd’hui, est fort intéressante ..... mais c’est une autre histoire ... quoique  » !. J’espère que je pourrai un jour développer mon expérience du masque - phylactère « trombonisé », cette autre histoire, et avoir le plaisir de lire vos commentaires, le cas échéant. Bien à vous.

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