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Premiers de cordée

A n’en pas douter Emmanuel Macron a le goût des métaphores. La dernière en date, lors de son entretien télévisé à l’Elysée, en dit long sur sa vision de la société. Mais est-elle réalisable ?

 Contrairement à ses deux derniers prédécesseurs, Emmanuel Macron est un président qui aime user de la métaphore dans ses propos. Il l’a rapidement prouvé en déclarant qu’il voulait instaurer une présidence jupitérienne – passez-moi du peu. Lors de sa conférence de presse, dimanche 15 octobre à l’Elysée, il a encore réaffirmé sa vision verticaliste du pouvoir avec une nouvelle image verbale : les premiers de cordée. Est-ce la lecture de Roger Frison-Roche qui la lui a inspirée ? Toujours est-il qu’elle est venue en réplique à une autre image conceptuelle avancée par David Pujadas au cours de leur entretien : le ruissellement.

Tout comme la destruction créatrice chère à Joseph Schumpeter, cet axiome du libéralisme bénéficie présentement d’un effet de mode médiatique, bien qu’il soit contesté par la plupart des économistes. Il suppose que la consommation des plus riches, dans une société donnée, aurait des effets positifs sur l’activité économique générale, notamment sur les classes inférieures à qui elle apporterait plus de travail et de commandes. Evidemment, cela justifie bien quelques réductions d’impôts. Reste que cette image est en soi déplaisante, trop clivante même dans une société de marché (on se souvient encore du tollé qu’avait soulevé l’expression de Jean-Pierre Raffarin, alors premier ministre, « la France d’en bas »). Depuis des millénaires, les pauvres n’avaient droit qu’aux miettes du festin des riches ; maintenant ils pourraient ainsi lécher la mousse du champagne qui s’écoule de leurs bouteilles. Qu’y a-t-il là de préférable ? En outre, la démonstration qu’elle véhicule est aléatoire, sinon inexacte. Au-delà d’un certain seuil de consommation, les excédents et bénéfices sont capitalisés et ne vont plus alimenter l’économie réelle.

Ce n’est évidemment pas ce que souhaite notre jeune président. Tout à son optimisme programmatique, il voudrait bien que les plus riches - pour lesquels il ne cache pas sa sympathie – participent à l’effort de redressement du pays qu’il propose. Alors, il opte pour une métaphore de l’effort (et l’alpinisme en demande beaucoup) ; une image qui flatte encore les catégories supérieures de la société mais d’une façon active et non passive, du bas vers le haut cette fois. Il s’agit, pour les Français, de regarder vers les sommets dans une sorte d’union sacrée où les plus forts vont ouvrir la voie aux plus faibles et améliorer ainsi leur condition. Cette vision est sans doute belle et généreuse mais, en l’état actuel des choses, elle appartient au registre des illusions. Et ce ne sont pas les cadeaux fiscaux que le président peut faire aux plus riches de nos concitoyens qui vont changer leurs comportements financiers. En matière de redistribution, il serait plus sûr de continuer à prendre l’argent là où il abonde plutôt que d’espérer des réinvestissements tardifs et capricieux. 

Pour revenir sur l’entretien télévisé, point de départ de cette petite réflexion, il est à noter qu’aucun des trois journalistes convoqués pour cet exercice délicat n’a été complaisant avec Emmanuel Macron. Qu’elles viennent de Gilles Bouleau, Anne-Claire Coudray ou de David Pujadas, les questions critiquaient souvent des déclarations du chef de l’état, rompant la monotonie de l’enthousiasme présidentiel. C’est encore la meilleure preuve que nous vivons toujours dans une démocratie.

 

Jacques LUCCHESI


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18 réactions à cet article    


  • Fillon, qui lui a vraiment fait de l’alpinisme usait déjà de cet image. Le problème des riches, c’est qu’ils sont trop gros pour arriver au sommet de l’Himalaya.


    • Cazeaux Cazeaux 28 octobre 22:38

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.
      Fillon de l’alpinisme ? On a une ou deux photos de lui sur une pente de neige...parler d’alpinisme pour autant ? On est très, très loin du compte. Un peu comme Edouard Philippe avec la boxe. Pour se rendre plus viril - il faut voir des photos de lui sans sa barbe - il s’est mis dans la tête de jouer au dur en faisant installer un ring au sous-sol de sa mairie du Havre (qui a payé bien sûr) et de se payer un prof particulier pour apprendre à frapper sur un sac...


    • usait de « cette » image,...et les pauvres aussi qui ne ramassent que l’excédent toxique des riches (ships et OGM)..


      • Christian Labrune Christian Labrune 19 octobre 16:53

        à l’auteur,
        Un commentateur que j’entendais hier dans le cadre d’un débat télévisé, faisait remarquer que l’oeuvre de Frison-Roche ne s’arrêtait pas à « Premier de cordée », mais que le bouquin qu’il avait publié ensuite s’intitulait « La grande crevasse ».
        Tout un programme !


        • Christian Labrune Christian Labrune 19 octobre 17:05

          C’est encore la meilleure preuve que nous vivons toujours dans une démocratie.
          ------------------------------------------------------
          à l’auteur,
          Le fait que vous paraissiez en quête de ces sortes de preuves me semble quand même un peu inquiétant !
          C’est comme si vous disiez « je suis encore vivant ! ». C’est heureux, évidemment, mais de toute façon vous ne le dites jamais parce que vous en êtes parfaitement sûr.
          Pour ce qui est de la démocratie, je n’aurais pas de telles certitudes : parti quasi unique, président infantile et capricieux, si immensément naÏf qu’il envisage maintenant d’aller faire allégeance au sinistre Rohani. Sottise indécrottable des media qui nous auront fabriqué ce gouvernement d’opérette... Tout cela me paraît de bien mauvais augure.


          • Furax Furax 20 octobre 16:16

            @Christian Labrune

            « président infantile et capricieux
             »
            Bel euphémisme !
            Dernière lubie de cet individu très perturbé : fêter le cinquantenaire de mai 68...
            On pourrait lui offrir un « remake » dépassant de loin l’original !
             smiley


          • J’ai quelques difficultés à imaginer le trader Kerviel en premier de cordée, suant devant son ordinateur. C’est vrai que les cours de la bourse ressemblent à des montagnes.


            • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 19 octobre 17:52

              Puisqu’en effet Narcissus Plumocus aime les métaphores verticales, nous ne pourrions que lui recommander de ne pas oublier de renvoyer l’ascenseur, car ceux qui l’ont propulsé au sommet de la pyramide n’étaient pas désintéressés en le faisant et, comme tous les parrains, ils n’aiment as les ingrats.


              (Luca Brasi dort avec les poissons)

              • bob14 bob14 20 octobre 08:49

                Macron..la p’tite bête qui monte...


                • flourens flourens 20 octobre 12:01

                  pour continuer dans la métaphore, Macron serait donc le 1er de cordée mais ferait porter son sac à dos par les suivants


                  • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 20 octobre 12:07

                    @flourens

                    il a seulement gardé un bon couteau pour couper la corde si les autres dévissent !

                  • Taverne Taverne 20 octobre 12:18

                    Cette métaphore des « premiers de cordée » est doublement trompeuse, elle renverse la vérité sur deux points :

                    - Les gens les plus riches sont courageux. Or, ce sont des oisifs hyper fortunés. Leur seul « travail » est le souci de l’utilisation de leur immense fortune financière et immobilière.

                    - Il sont responsables des autres. Or, ils ne cherchent qu’à trouver avec leurs comptables des solutions d’optimisation fiscale et ils n’ont jamais assez de cadeaux. C’est l’Etat qui est responsable de ses citoyens, pas l’oligarchie égoïste, profiteuse, et souvent malhonnête. Ils ne soutiennent pas les autres, mais les écrasent même à l’occasion. C’est l’Etat le premier de cordée. Et c’est pourquoi l’Etat ne doit pas renoncer à la mise en oeuvre de la solidarité.


                    • JL JL 20 octobre 13:09

                      @Taverne
                       
                      « Le bonheur individuel se doit de produire des retombées collectives, faute de quoi, la société n’est qu’un rêve de prédateur. » (Daniel Pennac) : L’évasion fiscale nous coûte 60 milliards par an. De l’argent qui, pour notre économie part en fumée. 


                    • JL JL 20 octobre 13:11

                      @JL
                       
                       Le macronisme est un négationnisme.



                      • Franck Einstein Franck Einstein 21 octobre 00:01

                        Plus de peuple, plus de pays, plus de corde (en UE occidentale)


                        • JL JL 22 octobre 11:40

                          @Franck Einstein
                           
                          ’’Plus de peuple, plus de pays, plus de corde’’
                           
                          Le rêve des fédéralistes : une Europe fédérant 70 régions, ou micro-états.
                           
                          Comme c’est curieux : aujourd’hui, c’est l’Italie qui est touchée par cette vague séparatiste. Demain ce sera la France !
                           


                        • JL JL 22 octobre 11:48

                          Avec son expression qu’il ne fait pas jeter des pierres aux premiers de cordée, Macron qui aime tant les symboles, assimile clairement la lutte des classes et l’Intifada.
                           
                          De fait, ce ne sont pas les peuples qui se soulèvent, mais les premiers de cordée.
                           
                          Où l’on comprend que la métaphore du premier de cordée et celle du ruissellement sont une seule et même chose.
                           
                          Et que Macron qui se dit opposé à l’une et adepte de l’autre, se paie notre tête en se torchant superbement avec le principe de réalité qui énonce qu’on ne peut être pour une chose et dans le même temps, contre.

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