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Prix Charlemagne, Macron et Le Royaume d’Illusion

Il est coutume de dire que les rois de France ont été sacrés à Reims, en effet, depuis Pepin III dit Lebref sacré en 751, la légitimation des rois de France dit rois de « droit divin » était entérinée par un ultime acte de bénédiction de l'église. Louis Ier le Pieux fut le premier sacré par le pape Étienne IV à l’église de Reims en 814 et Charles X le dernier au même endroit en 1830. La ville et son monument religieux se sont imposés dans la mémoire populaire et collective comme le lieu historique de ce rituel.

Depuis, les héritiers de la révolution de 1781 ont peu à peu décapé le vernis religieux qui déguise le pouvoir des hommes. Le mouvement fus accéléré après la chute de Napoléon III mais il a fallu attendre l’avènement de la troisième république pour que le sacre du pouvoir de la laïcité soit proclamé en 1901 avec la loi de séparation des églises et de l’état fortement impulsée par le courant Franc-maçon. Aujourd’hui, l’affichage ostentatoire d’héraldiques célestes, signe de confusion entre le pouvoir temporel et intemporel est un lointain souvenir d’une époque révolue. Nul, même les derniers royalistes ne conçoivent revenir un jour à de telles pratiques pour honorer un président de la république ni d’ailleurs quelque représentant institutionnel qu'il soit de l’état. Mais comme le disait Mark Twain : "history doesn't repeat itself but it does rhyme", traduit en Français : « l’histoire ne se répète pas mais bégaie », Il fallait attendre ce jeudi 10 mai 2018, pour assister à une curieuse cérémonie se déroulant en Allemagne dont le président Français Emmanuel Macron était le principal acteur et qui m’a fait pensé à une cérémonie du sacre des rois. Ma pensée fut confirmée en consultant en ligne les presses écrites françaises et allemandes pour en savoir d’avantage, même le sérieux magazine économique, conservateur et au relents euro-sceptiques FRANKFURTER ALLGEMEINE ZEITUNG affichant à sa une de couverture le portrait du président français grimé en roi, arborant une couronne aux couleurs de l’Europe, le regard fier tel un monarque assumé et avec comme titre « Europas neuer Anführer » ou « Le nouveau leader européen » rien que ça ! En effet, aujourd’hui c’est la date de la cérémonie de récompense du Prix Charlemagne qui est décerné chaque année à une personnalité œuvrant pour l’Europe, le président Français étant l’heureux gagnant de cette édition.

Même si cette cérémonie ne s'est pas déroulée à Reims mais à Aix Lachapelle et qu'elle n'est pas destinée aux uniques descendants des sujets de roi de la Françie occidentale mais à tous les sujets de l’Union Européenne, elle s'est bien déroulée dans une église. Une messe à l'honneur du nouveau lauréat précédée par des champs religieux a été donnée, ensuite le président français a donné un nième discours décrivant sa vision pour l’Europe sous les regards presque sublimés de la foule de technocrates et autres officiels de l’union européenne, bienveillants du corps religieux et un peu lassé de la chancelière Allemande.

Quant au prix lui même, il s'appelle en réalité "Prix international Charlemagne d'Aix-la-Chapelle" ou « Karlspreise », il est décerné tous les ans le jeudi de l'Ascension. L’initiateur est un allemand : Dr. Kurt Pfeiffer qui, tirant parti de la fête de Noël et de l’Année sainte proclamée par le pape en 1950, proposa un prix à décerner chaque année "récompensant la contribution la plus précieuse pour l’entente en Europe de l’Ouest ". Parmi les anciens lauréats se trouve des personnalités diverses certaines dont on peut se souvenir objectivement de leurs engagements en faveur de la construction européenne comme le couple Mitterrand-Khol, l’ex-président français VGE ou l’ex-président de la commission européenne Jacques Delors. D’autres, de simples technocrates de Bruxelles parfois controversés comme l’actuel président de la commission européenne Jean-Claude Juncker, l’ancien président de la BCE, Jean-Claude Trichet ou l’ancien président du conseil européen Herman Van Rompuy dont objectivement personne ne se souvient de « sa contribution précieuse pour l’entente de l’Europe de l’ouest ». A l’inverse, des personnalités dont on peut dire sans polémique qu’elles n’ont pas vraiment contribuées à « l’entente précieuse » entre les citoyens d’Europe mais qu’à l’inverse ont poussé à la « mésentente ». Je prends comme exemple l’ancien ministre des finances allemand Wolfgang Schäuble, primé lauréat de ce prix au pire moment de la crise des dettes souveraines en 2012 et dont les peuples des pays dit périphériques se souviennent de la potion amère qu’il leurs a affligée comme seul remède de sortie de la crise, les jetant dans la mains du FMI et des technocrates de la banque centrale européennes et favorisant au passage l’émergence de mouvements d’extrême droite comme Aube d’orée en Grèce (On se souvient tous des affiches de la chancelière allemande grimée en Hitler dans les cortèges de manifestants anti-austérité dans les rues d’Athènes.) ou l’actuel alliance improbable qui se forme en Italie entre les extrémistes-indépendantistes de la Ligua Nord et le mouvement anarchiste populiste 5-étoiles. Ces mouvements ne sont pas vraiment favorables à l’entente entre les peuples d’Europe ni avec les peuples dehors de l’Europe d’ailleurs. Pour compléter la liste, je cite les deux souverains pontifes Jean-Paul II primé en 2004 et l’actuel pape François primé en 2016 et en dernier deux officiels américains : le sulfureux secrétaire d’état pendant la guerre du Vietnam Henri Kissinger et l’ex-président américain Bill Clinton, certainement tous les deux convaincus de l’importance de la construction européenne pour les États Unis.

A la fin du discours, tel un nouveau monarque ou un pape, du haut du balcon de l’édifice religieux, le nouveau lauréat est sorti saluer une foule acquise à sa cause, le lieu n’a pas été décoré de fleurs de lys mais fleurissent partout et dans la main des personnes présentes des banderoles et des ballons aux couleurs du drapeau de la sainte vierge aux étoiles d'ors qui on le rappelle est accessoirement celui de l’union européenne. Seul tache dans ce tableau idyllique, une manifestation d’un petit groupe d'écolo pour la sortie du nucléaire civil.

Sans forcément vouloir recourir à la caricature ou mettre en cause la volonté réelle du président français de faire avancer l’Europe dans un sens positif, je constate qu’en dehors de cette mise en scène, il n’a pas de réel pouvoir. Si lui et l'élite qui l’entourent pensent qu'il est le roi d'Europe, tout observateur aguerri de la scène européenne observe dans les faits que le vrai régent de l’Europe, ainsi verrouillée par les traités qui la régissent, est sans conteste la chancelière allemande. Cette dernière n’est pas prête à en changer un iota sa ligne de conduite. Pour preuve et au cours de ce jour d’entente cordiale, elle a encore une fois marquée son désaccord avec le nouveau souverain quand au sujet d’une intégration budgétaire et politique plus poussée entre les pays de la zone-euro.

Quant au timing, cette date, elle ne peut pas tomber plus mal pour le président français, deux jours auparavant, le président américain avait annoncé la décision unilatérale de son pays de sortir de l’accord sur le nucléaire Iranien. Cette décision intervient quelques jours seulement après le voyage en grande pompe et très commenté du président français à Washington. Au cours duquel, il n’a pas ménagé ses efforts et donné de sa personne dans le but de convaincre le président Trump de ne pas sortir et de l’accord Iranien sur le nucléaire et de celui de Paris sur le climat. D'ailleurs, le président Français a été applaudit par le congrès, encensé par la presse outre-Atlantique avec des superlatifs flatteurs : « Président du monde libre », « président du libre-échange » et la France qualifiée de « nouveau pays allié le plus fidèle des États-Unis ». Mais aussitôt parti, le président a été aussitôt désavoué par son hôte qui a tout d’abord utilisé la tragédie du 13 Novembre 2015 qui s’est déroulé à Paris pour justifier le libre port d’arme dans son propre pays avant d’annoncer ensuite sa décision sur l’Iran. Aujourd’hui et à cause de cette décision, concrètement les intérêts des entreprises françaises en Iran se trouvent compromis, les milliards d’euro investis dans ce pays vont être passés par perte et profils. Les menaces de sanctions américaines sont en effet ultra-dissuasives et pèsent sur ces entreprises si d'aventure elle s'adonneraient à un commerce avec ce pays désormais bannis par l’administration US, d’ailleurs, le message a été reçu 5/5 par ces dernières depuis que la banque BNP-Paribas a été condamnée à payer prés de neufs milliards d'euro en 2014 à la justice américaine en plus d’une interdiction de compenser le dollar pendant une certaine période à cause d’un commerce avec le Soudan pays justement sous sanctions américaines jusqu’à aujourd’hui.

Je crains que cette fois encore, l’histoire va rimer avec désaveux pour Emmanuel Macron. Les dirigeants de ce monde ont compris que flatter le jeune président français et lui procurer de belles images de gloire un instant suffisent à nourrir son narcissisme jupitérien. Dans les fais, il est peut être aimé par ces leaders, sa jeunesse lui procure certainement un capital sympathie de la part de ces derniers mais force de constater que rien de concret ne suit dernière et ne permets de dire qu’il arrive à obtenir la moindre concession à ses demandes et défendre les intérêts de citoyens et des entreprises françaises conformément à son mandat. On se pose vraiment la question s’il a toujours en tête qu’un pays n’a pas d’amis, n’a pas d’ennemis, mais a seulement des intérêts.

User uniquement du jeu de séduction pour convaincre ne suffit pas et c’est là la limite de l’exercice. Cette méthode ne marche guère surtout dans la situation du monde actuel caractérisé par des replis nationaux puissants et des tentatives de protectionnismes ou chacun est conscient de son pouvoir. L’influence réelle d’un pays est marginale si ce dernier ne présente en face de ses demandes des mesures de rétorsions ou d’échanges crédibles. Mais toutes demande, avant d’être formulée, doit être bien pesée et étudiée quand a ses chances d’aboutir sinon elle ne doit pas être émise.

Croire qu’on peut changer avec sa seule volonté l’Europe contre l’avis de ses partenaires est une erreur, qu’on peut influencer grâce à une prétendue complicité ou une posture d’entêtement les décisions géopolitiques des États Unis est illusoire, qu’on peut attirer les riches consommateurs et investisseurs de la planète avec seulement un discours favorable à ces derniers et un autre méprisant des classes moyennes et défavorisées tout en laissant une dépense publique à un niveau parmi les plus élevés du monde est simplement naïf. Le risque de cette fuite en avant est d’abimer durablement la crédibilité du pays.

Le président français est franchement atteint par la folie de grandeurs, un an après son élection, ses décisions semblent être toujours guidées par plus de l’euphorie que le réalisme. Je ne dis pas qu’en réalité, la France ne possède pas des atouts dans le monde d’aujourd’hui, en effet des leviers existent. Malheureusement les politiques actuelles tournent le dos aux véritables alliées qui n’ont comme choix que de se tourner à leurs tours vers d’autres puissances qui les accueillent à bras ouverts pour construire et consolider leurs propres sphères d’influences.

Ces leviers ne sont certainement pas limités dans des territoires ou dans la seule puissance économique, ils se trouvent dans l’histoire commune, dans la francophonie, dans les continents aussi en dehors de l’Europe et des États Unis. Le contient Africain, pas si lointains avec qui nous avons des intérêts communs de Co-développement, une langue commune qui est un vecteur d’influence. Ce contient présente un espoir par une croissance durable pour des populations en constante augmentation. On pourra l’accompagner pour prévenir l'immigration non maitrisées et bénéficier à la croissance des entreprises locales et françaises. Les conséquences des dérèglements climatiques, les problèmes de chocs des civilisations et de la stigmatisation des différences que ça soient ethniques ou religieuses sont des défis de demain. Les opportunités ne sont pas seulement existantes mais leurs potentiels sont grandissants, il ne faut pas insulter l’avenir, qui aurait parié sur la montée en puissance de la chine communiste il y a 30 années ? sur le Japon post deuxième guerre mondiale il y une cinquantaine d’année ? De l’inde surpeuplé il y a moins de 20 ans ?

En se sacrant dans une église roi d’Europe, entourée de pays hostiles à ses propositions, le président français, montre sa nostalgie pour la monarchie, une monarchie enfermé dans l’illusion d’union artificielle entre pays aux intérêt divergents, une monarchie inexistante car composée de peuples si différents, une monarchie sans réel pouvoir coordonnée, juste un milieu de l’entre soit, flatteur mais sans intérêt, un roi factice mais flatté, comme le disait Lafontaine « Tout flatteur vie au dépend de celui qui l’écoute » Macron est aujourd’hui sacré roi d’une illusion. 


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10 réactions à cet article    


  • bob14 11 mai 13:21

    Après son discours, il fut renvoyer aux oubliettes par Merkel avec un refus de ses propositions...une grande baffe dans la gueule..Il est vraiment con votre président smiley


    • BA 11 mai 13:44

      Ah, Charlemagne, …


      Ah, l’empire de Charlemagne, …


      Les européistes sont nostalgiques de cet empire qui, LUI-AUSSI, avait réalisé l’union de l’Europe.


      Cet empire de Charlemagne s’est effondré lamentablement.


      Toutes les tentatives d’unification de l’Europe se sont effondrées lamentablement.


      Nous savons comment va se terminer l’expérience suicidaire de l’unification de l’Europe : les forces centrifuges vont faire éclater cette gigantesque usine à gaz.


      L’Histoire est un éternel recommencement.


      L’empire de Charlemagne :


      https://fr.wikipedia.org/wiki/Empire_carolingien#/media/File:Frankish_Empire_481_to_814-fr.svg


      • Jean Roque Jean Roque 11 mai 14:04

         
        De Gaulle a lui tout seul impressionnait plus que tous les caniches réunis de l’UE dégénérée des glands remplacés
         
        L’Histoire se répète la 2eme fois de façon guignolesque, le mime Micron, le Bichon de Trump, joue la grandeur, la nation, l’honneur, mais ce n’est qu’une bonniche à Rothschild devenue bonniche à Soros, surjouant ridiculement le De Gaulle pour faire croire aux souchiens que la France existe encore (Ricoeur)
         
        LE BICHON BOOBALANDAIS
         
        Ce très petit caniche booba est très apprécié par l’oligarchie pour sa servilité. Il aime se faire caresser, embrasser, épousseter, mettre la main au cul. Trump le barbare en a acquis un récemment, et les vieilles bobo le prisent particulièrement. On l’appelle aussi le bichon de Rothschild où bichon de Soros. Ridicule par son emphase surjouée, il est tout naturellement devenu le dieu Jupiteronnet des gogochons, ces dégénérés soumis glands remplacés d’UE.
        Il mime plaisamment les anciens souchiens fameux, comme les légendaires dogues de combat, le braque De Gaulle, où le basset courant de Corse. Évidement vu sa taille et ses prétentions, le bichon booba est guignolesque, mais va justement très bien avec la débandade du monde blanc européen, chiure finale de son histoire. L’Histoire se répète la 2ème fois dans le cocasse disait Marx. Remarquez que le De Gaulle en faisait plus à l’international à lui tout seul que toute la meute des divers caniches soumis d’UE,
         
        En conclusion nous dirons que le bichon boobalandais est un accessoire mondain parfait pour le snob bobo de goooche, il est à son image, mattuvu sur InterBEnet en selfie avec ma startup nation...

         


        •  C BARRATIER C BARRATIER 11 mai 19:43

          Macron se situe à l’opposé de la monarchie, il n’est pas un napoléon 4, il vaut mieux que cela.. L’opposition qui le caricature souvent le protège de l’orgueil absolu. Le pouvoir peut en effet y conduire. L’Europe est tentée sans cesse de donner une primeur au catholicisme, et il y a en France des oppositions farouches à l’école laïque qui a émergé de justesse

          Ecole : du Sou des Ecoles à l’Ecole laïque de jules Ferry, combats http://chessy2008.free.fr/news/news.php?id=298

          • La Belgique est un Royaume et ce n’est pas Charles qui magne mais saint-Michel et Saint Bart. Saint Macron est dans le trio (nés tous les trois le même jour), mais à lui seul, il peut toujours rêver avant de porter la couronne, d’autant plus qu’elle a filé à l’anglaise.


            • Il se voyait sûrement en Stupor Mundi (la stupeur du monde). Mais un panda n’est pas un éléphant.


              • zygzornifle zygzornifle 12 mai 09:10

                Il pourra crocher son prix dans la cage du panda c’est tout ce que ça vaut ..... 


                • zygzornifle zygzornifle 12 mai 09:14

                  Sur Jupiter le grand Zorglub lui a décerné le prix de la Niclurzlebludair récompensant la récompense ....


                  • Odin Odin 12 mai 13:00

                    « le portrait du président français grimé en roi, arborant une couronne aux couleurs de l’Europe »

                    Grimé en roi, je ne pense pas, la couronne de lauriers est aussi une distinction honorifique symbolisant la gloire de celui qui la reçoit. Dans le cas présent ce serait plus dans le sens d’une récompense pour la meilleure marionnette de l’année, ayant servi au mieux les intérêts de ses mandants.

                    http://www.faz.net/aktuell/politik/ausland/ein-jahr-im-amt-wie-macron-merkel-in-den-schatten-stellt-15573910.html


                    • Jeekes Jeekes 12 mai 16:00

                      @ l’auteur
                       
                      ’’Pepin III dit Lebref’’
                       
                      Un p’tit peu d’attention s’iouplè.
                       
                      D’abord c’est Pépin, pas Pepin.
                      Puis c’est Pépin le Bref, pas Pepin Lebref.
                       
                      Avouez que ça la fout mal, de se montrer nul à ce point.
                      Tiens, même les rosbifs (que j’aime pas) ne s’y trompent pas puisqu’ils l’appellent, Pepin the Short !
                       
                      Pour le reste du texte, je me dispenserais de relever les autres fautes d’orthographe. Il arrive à tout le monde d’en commettre, quoi que, à ce point...
                       

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semhad


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