Proc�s Colonna : triomphe de la d�raison de l'Etat ? - AgoraVox le m�dia citoyen

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Proc�s Colonna : triomphe de la d�raison de l’Etat ?

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Des t�moins oculaires qui ne reconnaissent pas l’accus�, des t�moins � charge qui ont menti sous serment, une enqu�te qui ne rel�ve pas les contradictions des t�moignages des membres du commando et de leurs �pouses, pas de reconstitution qui aurait permis d’av�rer la th�se du m�decin l�giste formel sur la taille du tireur, pas d’�l�ment de t�l�phonie, pas d’ADN, des empreintes ne sont pas celles d’Yvan Colonna, des t�moignages spontan�s et recueillis de mani�re isol�s permettant d’affirmer que le pr�venu n’�tait pas � Ajaccio le soir du meurtre, pas plus qu’� Pietrosella le soir de l’attentat, � la veille du verdict dans le proc�s Colonna, que reste-t-il � l’accusation ? Des aveux - r�tract�s, des r�tractations - aveux et une fuite. Analyse.

Le contexte des aveux est tr�s clairement un contexte de pression et de manipulation, le proc�s a d�montr� que le nom de Colonna n’a pas �t� donn� spontan�ment, mais a �t� largement sugg�r�. Le proc�s a d�montr� aussi que les gardes � vue ont �t� muscl�es et psychologiquement tr�s difficiles.

Morceau choisi : Me Lemaire : «  Et vous Madame quelle �tait votre conviction � ce moment-l�, M. Colonna est-il coupable selon vous ou pas ?  » R�ponse : « Ma foi, la police le disait... moi je voulais juste rentrer chez moi et retrouver mes enfants (...). Ils me disaient qu’ils allaient les mettre � la DDASS ».

La seule vraie question qui pourrait donner � l’accusation un commencement de preuves est donc de savoir : Pourquoi le nom d’Yvan Colonna ?

En effet, il y a pression, certes, mais pourquoi lui ?

On oublie alors qu’avant Colonna ce sont les noms de Marcel Lorenzoni, puis de Finidori qui ont �t� lanc�s, puis ceux d’Andreuzzi et de Castella... Rappelons ici, juste pour m�moire, qu’apr�s l’arrestation de Finidori, comme aucun �l�ment ne parvenait � �tayer la th�se de sa culpabilit�, la police antiterroriste a plac� des explosifs chez lui. L’affaire �tait boucl�e. Les preuves �taient l�. Le seul hic est l’aveu d’un des policiers qui reconna�t avoir lui-m�me plac� ces explosifs... Dommage.

Alors pourquoi ne pas imaginer qu’� ce moment-l�, en panne de sc�nario, la police puisse tout simplement changer de noms, de mani�re aussi al�atoire que pour les autres... Colonna est militant nationaliste, il est connu pour avoir manifest� de mani�re tr�s forte lorsque l’Etat a fait enlev� puis tu� Guy Orsoni, autre militant nationaliste, il n’a pas boug� pendant la guerre entre nationalistes donc, cible parfaite, on relance du m�me coup les guerres fratricides... comme � l’�poque Bonnet.

Les fausses preuves, on a d�j� fait, alors l� on met la barre plus haut et on tape bien fort pour obtenir des aveux... et on les obtient ! Peu importe qu’ils ne soient pas coh�rents entre eux, peu importe qu’ils aient �t� sugg�r�s et non spontan�s. Avec le soutien des m�dias, hommes politiques et grands journalistes d’investigation peuvent y aller de leurs petites phrases assassines qui rendront le verdict implacable et le chemin vers le proc�s irr�versible. La machine est lanc�e.

«  Le peuple a faim donnez-lui donc des jeux ». A l’�poque romaine, on jetait les hommes dans une fosse � lion, aujourd’hui, on les jette en p�ture dans les m�dias. Et tout le monde y trouve son compte.

Alors � la question « Pourquoi Yvan Colonna ? », pas de r�ponse, pas plus que dans l’affaire dite Outreau... et dans cette affaire ce sont des enfants qui ont accus�s les parents. On n’a jamais r�pondu � la question de savoir : Pourquoi eux ? ... Mais on a su, tr�s tard... Trop tard, que ce n’�tait pas eux.

Avec les r�tractations, l’accusation est face � un probl�me : s’il y a r�tractations, il n’y a plus d’aveux, donc, comme il n’y a rien d’autres dans le dossier, il faut bien analyser ces r�tractations qui, de fait, ne peuvent �tre ni sinc�res, ni r�it�r�es, ni librement consenties. Elles deviennent forc�ment contraintes, complaisantes, tardives... Oui, mais alors pourquoi les faire si elles sont � ce point peu cr�dibles ? Ils n’avaient plus rien � craindre, ils �taient condamn�s. Faux, tous se sont r�tract�s avant le proc�s.

A la barre, Ferrandi affirme � Colonna : «  Tu es un homme d’honneur. Si tu avais particip�, tu aurais revendiqu�. Par cons�quent, je peux affirmer que tu n’y �tais pas  ». Cet aveu-l� est rejet� en bloc parce que consid�r� comme ambigu. Comment cette phrase qui est dans toutes les bouches depuis des semaines, mise dans celle d’un des assassins du pr�fet peut soudain � ce point, changer de sens !? On s’est tous dit s’il l’avait fait il l’aurait revendiqu�, qu’il n’aurait pas pu regarder la famille et leur dire avec une telle sinc�rit� qu’il n’�tait pas coupable.

Pourquoi tous les observateurs se sont concentr�s sur ce morceau de phrase en occultant magistralement le « Non tu n’y �tais pas » franc et massif, r�it�r� � la demande de l’accus� ? Et surtout pourquoi l’ont-ils � ce point d�tourn� de son sens premier ?

Visiblement des aveux consentis sous la pression ont plus de force et de valeur que des r�tractations renouvel�es, m�me si, pour certains, celles-ci sont faites du bout des l�vres. Cela suffit-il � condamner un homme � perp�tuit� ? La Cour tranchera.

Dernier �l�ment � charge : la fuite. Postulat de d�part : s’il avait �t� innocent, il se serait rendu.

Logique, dans un pays comme la France, on se pr�sente, on explique qu’on est innocent et que le futur pr�sident de la R�publique se trompe et on ressort tranquille apr�s avoir prouv� que notre d’emploi du temps ce soir-l� ne permet pas d’�tre l� o� l’on pense que vous �tiez. Tr�s bien. D’ailleurs tous ceux qui ont �t� interpell�s, consid�r�s comme coupables puis innocent�s ont �t� rel�ch�s :

- Marcel Lorenzoni : 18 mois apr�s,

- Mathieu Finidori : 2 ans apr�s,

- Jean Castella : 7 ans apr�s,

- Vincent Andreuzzi : 7 ans apr�s.

Les craintes d’Yvan Colonna en lisant un matin du 26 mai 1999 dans le journal : « WANTED Yvan Colonna : tueur de pr�fet », dans un pays o� l’on fabrique de fausses preuves pour valider une hypoth�se lors d’une enqu�te, dans un pays o� un homme, policiers de son �tat, en arrive � mettre un calibre sur la tempe d’un enfant de 3 ans pour obtenir d’une m�re les aveux qu’il faut entendre, dans un pays o� un pr�fet de la R�publique commet des attentats, ses craintes, ne sont absolument pas fond�es ! Il aurait d� se rendre, sa fuite signe bien sa culpabilit�. Nous aurions d’ailleurs, dans ce contexte, tous fait la m�me chose, n’est-ce pas ?

En fait, dans une affaire aussi facile avec des aveux, francs, massifs, concordants sans aucune contradiction, une fuite signe d’une �vidente culpabilit�, des r�tractations qui ne sont absolument pas spontan�es, des t�moins oculaires qui ne sont pas cr�dibles et des t�moignages sur l’emploi du temps de l’accus� qui sont forc�ment complaisants, pourquoi a-t-il fallu � l’instruction quatre ans et demi et un d�p�t de plainte aupr�s de la Cour europ�enne des droits de l’homme (d�lais de d�tention abusifs) pour qu’une date de proc�s soit enfin fix�e ?

Pourquoi un tel acharnement politico-m�diatique � charge et tr�s rarement � d�charge ?

Pourquoi est-il si important que cet homme que rien dans ce dossier ne permet de condamner � la r�clusion criminelle � perp�tuit� soit d�clar� coupable ?

Beaucoup de questions n’est-ce pas, mais une seule phrase qui r�sonne comme une inexorable issue : «  Peu importe que cet homme soit coupable ou innocent, il faut qu’il soit condamn� ». Il s’agissait alors d’un certain Dreyfus � la fin du XIXe si�cle en France ...


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