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Protection rapprochée : les risques d’un empoisonnement

 

Le président chinois Xi Jinping a fait transporter son propre lit (sommier, matelas, draps, etc.) de Pékin à l'hôtel Negresco à Nice en prévision de son séjour dans le prestigieux établissement de la côte d'Azur. Après un diner à la villa Kerylos à Beaulieu-sur-Mer en compagnie d'Emmanuel & Brigitte Macron, le couple présidentiel chinois a rejoint, le dimanche 24 mars, la suite dans laquelle leur « plumard » avait été installé. Celui-ci en place et la suite placée sous surveillance, les pièces furent « dépoussiérées » (détection des systèmes d'écoutes). Un caprice ? non, une mesure de sûreté. La RPC ne dispose d'aucun bâtiment diplomatique sécurisé à proximité du lieu de la rencontre pour abriter ses hauts dignitaires.

L'empoisonnement constitue un souci permanent pour les services de protection des hautes personnalités. Monica Traub, concierge au palais de de Buckingham, a été licenciée pour avoir raconté qu’elle avait l’opportunité d'empoisonner les plats destinés à la reine Elizabeth II sans qu’elle puisse être repérée ! Sous la présidence du général de Gaulle, les services de sécurité craignaient qu’il ne soit piqué avec une bague empoissonnée lors des bains de foule. (Selon une étude du Secret Service, un président peut échanger 65 000 poignées de main par année). La « prévention » reposait sur la sélection de la foule des premiers rangs. Le public y était composé d’un tiers d’écoliers, d’un tiers de militants gaullistes, et d’un tiers de notables infiltré par des agents appartenant à différents services. C'est sous la présidence du général qu'un médecin fut rattaché au palais de l'Élysée. Le 21 décembre, Pierre de Gaulle venu rendre visite à son frère, fut victime d'un malaise cardiaque, transporté en urgence à l'hôpital américain, il y décèdera cinq jours plus tard.

Les poisons ont depuis toujours fait partie de la panoplie des assassins. Les archéologues ont retrouvé lors des fouilles de Pompei, des bagues qui dissimulaient en leur chaton un réceptacle à poison. Les empereurs romains avaient fait du poison une arme politique contre leurs rivaux. L’Empereur Caligula passionné de toxicologie mourut assassiné par Claudius qui allait à son tour mourir empoisonné. Le poison fut confié à l’eunuque chargé de goûter les plats avant que son maître ne les porte à sa bouche. Comme Claudius était amateur de champignons, il fut facile d’injecter un poison dans des bolets. Ensuite, il ne restait plus alors à ses assassins qu'à se débarrasser de son fils, Britannicus considéré comme son seul successeur. Britannicus mourut lors d’un banquet après avoir absorbé de l’eau empoisonnée.

La renaissance italienne a marqué l’âge d’or des poisons. Le prince Savelli offrait à ses victimes un coffret richement orné dont les aspérités de la clef avaient été enduites de poison. Le nom des Borgias fut synonyme d'empoisonneur et l’arsenic leur poison préféré. A cette époque, il n'était pas rare que les assassins enduisent une face de la lame du côté servant à découper un met, déposant ainsi le poison sur la tranche, laissant l’autre partie propre à être consommée. En France, la marquise de Brinvilliers (XVIIe siècle) visitait les malades dans les hôpitaux dans le seul but de tester ses poisons...

Le poison présente de nombreux « avantages ». Il est plus facile de se procurer du poison qu’une arme à feu, l'empoisonneur peut avoir déjà quitté les lieux, l'effet peut être lent, et la cause du décès restée non découverte. Selon un toxicologue : « Il existe des poisons très violents et peu courants qu'aucun spécialiste ne décèlera jamais  ». Au Canada, une trentaine de policiers affectée à la sécurité au sommet du G8 de Kananaskis (Alberta) sont tombés malades à la suite d’un empoisonnement alimentaire. Un homme d'affaire a été drogué puis dépouillé après avoir échangé un baiser profond (french kiss) avec une prostituée qui avait dissimulé un comprimé de sédatif sous sa langue et l'avait régurgité à sa victime. La liste est longue, très longue. Le 10 février 2008, le maire de la commune de Spitz-an-der-Donau, en Autriche, a été placé dans un coma artificiel après avoir absorbé un chocolat qu’il avait trouvé sur son pare-brise accompagné du message suivant : « Je veux te dire quelque chose d’important, tu es pour moi quelqu’un de très spécial ». Cet avocat de 56 ans a juste eu le temps de dire avant de s’effondrer devant des passants : «  j’ai été empoisonné », avant d’être héliporté à l'hôpital. Le chocolat à la liqueur était empoisonné à la strychnine.

Le poison peut être extrait de minéraux, de plantes (alcaloïdes), d’animaux, de produits industriels, de bactéries. On dénombre près de 2 000 variétés d’organismes vivants toxiques lorsqu’on les ingère ou les touche (poissons, serpents, araignées, scorpions, batraciens, oiseaux) et 1 000 espèces de plantes. Un célèbre acteur de kabuki (théâtre japonais) est mort après s’être délecté d’un plat de fugu ou poisson globe dont il n’existe aucun antidote connu. Un seul gramme de tétrodotoxine. (neurotoxine) paralyse très rapidement le système nerveux et respiratoire et suffit à tuer 500 personnes.

Le mélange de certains médicaments peut se révéler un cocktail redoutable. Un anticoagulant pris avec de l’aspirine peut provoquer des saignements très graves. L’association d’anti-histaminiques et de certains remèdes pour l’estomac forme des combinaisons pouvant se révéler mortelles. Le chanteur Michael Jackson prenait quotidiennement jusqu'à trois puissants antidouleurs (Demerol, Dilaudid, Vicodin), du Soma (relaxant), du Xanac (sédatif et antidépresseur), Paxil (anxiolytique) et du Prilol (contre les brûlures de l'œsophage). L'infirmière du chanteur et nounou de ses trois enfants, Grace Rwaramba, a déclaré « je devais lui pratiquer des lavages d'estomac très souvent. (...) Il y a eu un moment où il allait si mal que je faisais en sorte que ses enfants ne le voient pas ».

Le poison peut être administré de bien des façons : par piqure, griffure, sous forme de vapeurs, par ingestion de nourriture ou de boisson, application transcutanée (dentifrice, crème de soin, lotion, etc.). L’empoisonnement indirect consiste à élever et empoisonner quotidiennement et progressivement un animal destiné à être consommé par la victime. L’exemple historique le plus rapporté, l'arsenic administré en petites quantités à une femme allaitante (nourrice) qui va se fixer dans son lait et tuer le nouveau-né d’une lignée rivale.

Lors du différent entre les États-Unis et Cuba, il fut envisagé d’éliminer le leader Cubain Fidel Castro. La CIA ayant appris qu'el barbudo était un passionné de plongée sous-marine, le service technique du spécial office task (bureau des affaires spéciales) se mit au travail. Le service proposa de saupoudrer l'intérieur de la combinaison de plongée du chef Cubain avec la bactérie du « pied de mandura », maladie chronique qui serait contractée au contact du vêtement. Il fut aussi envisagé de contaminer l’air contenu dans le bloc de plongée avec un bacille tuberculeux. Si Fidel Castro en réchappa, il le doit à l’incompétence d’un agent qui se trompant de combinaison, offrit une combinaison non contaminée.

L'absorption d'un poison peut être : de nature criminelle - accidentelle - d'une erreur de dosage - la recherche de sensations psychiques ou du plaisir - suicide - interaction médicamenteuse - pollution - contamination, etc. N'importe quel élément chimique peut être toxique, sa toxicité dépend de la dose employée et du terrain allergique. L'eau, aqua simplex, à forte dose (une dizaine de litres) peut entrainer la mort par hyponatrémie (manque de sel dans le sang qui engendre des troubles cérébraux et cardiaques) ; un homme est décédé d’une crise cardiaque après avoir mangé une sauce tomate très épicée. Il est difficile de fixer la dose létale et le fractionnement de la substance constitue un problème majeur en toxicologie. La toxicité d'une même dose dépend de l'âge, du poids, du sexe, de l'état physique du sujet, du taux d'imprégnation préexistant dans l'organisme et de la voie d'imprégnation : digestive, pulmonaire, transcutanée, sous-cutanée, intraveineuse, intramusculaire, muqueuses (nasales, rectales, vaginales, buccales). Les symptômes varient suivant la substance : céphalées - confusion mentale - somnolence - faciès douloureux - sécrétions salivaires - troubles respiratoires (ralentissement, diminution de l'amplitude des mouvements respiratoires) - obstruction pharyngée. La victime doit être dirigée vers un centre antipoisons et le traitement lui être administré rapidement. En règle générale, il faut évacuer le toxique : purgatif, vomitif, lavage d'estomac, sonde urinaire, sauf cas spéciaux (solvants, caustiques), et administrer l'antidote.

Les anciens de l’antiquité utilisaient des esclaves comme goûteurs. Sous la renaissance, les personnages importants qui redoutaient l’empoisonnement conservaient sur leur table une « pierre de touche » (émeraude, saphir, défense de narval, concrétions provenant de l’estomac de chèvres ou de biches). Cette matière devait au contact d’un poison, changer de couleur, et rappée ou pilée servir d’antidote et de contre-poison. La crainte à être empoisonné était partout. Christophe Colomb faisait goûter par des chiens la nourriture préparée par son équipage. Le cardinal de Richelieu donnait sa nourriture à goûter à ses chats. Toute personne découverte porteuse d’une poudre suspecte devait l’avaler sur place. En Inde, les aliments destinés au Maharaja étaient conservés sous clef et placés sous la responsabilité d’un garde. Avant la préparation du repas, le cuisinier prenait un bain, changeait de vêtements, et un garde inspectait son turban pour s’assurer qu’il ne recelait aucun poison. Le repas cuisiné, une portion de chaque plat était donnée à manger à un chien, au goûteur attitré, suivi des gardes. Les plats étaient ensuite transportés jusqu’à la table par une escorte armée et les convives présents échangeaient des cuillerées de chaque plat.

Le plus « parano » était le président roumain Nicolae Ceausescu. Une section spéciale placée sous le contrôle de la Securitaté était chargée de la confection des vêtements et des chaussures du Conducator. Ses vêtements et ses effets personnels étaient placés dans des housses thermoscellées elles mêmes placées dans des malles scellées et fermées à clefs placées sous surveillance. Chaque vêtement, drap, couverture, linge de toilette utilisé était marqué au pochoir, placé dans une malle réservée aux vêtements utilisés, et renvoyée en Roumanie pour y être incinérés. Un ingénieur chimiste avait la tâche de protéger le Président de tout risque d’empoisonnement et de contamination bactériologique. Il désinfectait, avant l’arrivée du Président, tout ce que était susceptible d’entrer en contact avec le Président : planchers, interrupteurs, poignées, tapis, meubles, etc. La nourriture et les boissons étaient transportées depuis la Roumanie dans des sacs scellés réfrigérés. Le cuisinier présidentiel était accompagné d'un agent chargé de l'analyse des plats. Il disposait pour cela d'un laboratoire portable et procédait à des analyses de la nourriture et des boissons. Le repas préparé était placé sur un chariot spécial qui fermait à clé et placé sous la garde permanente d'un officier de sécurité. Le chariot n'était ouvert qu'en présence de Ceausescu et hors de la présence de tout étranger...

Sadam Hussein était aussi paranoïaque que Ceausescu. Le service de sécurité contrôlait les caisses et autres cageots introduits dans les cuisines aux compteurs Geiger. Les denrées étaient radiographiées, irradiées, analysées. Le circuit de distribution d’eau contrôlé, les bouteilles d’eau minérale n'étaient jamais en plastique, matière trop vulnérable à une aiguille hypodermique, mais en verre. Les repas étaient préparés dans chacun de ses palais sans que l’on sache dans lequel il viendrait s’y restaurer à l’improviste. Le cuisinier prélevait des échantillons qui étaient donnés à des souris blanches et à un goûteur surveillé par des gardes. Une heure plus tard, le goûteur subissait une prise de sang afin de s’assurer qu’ils ne souffrait d’aucun empoisonnement (l'un d'eux perdit la vie en buvant un café empoisonné par un agent irakien qui avait soudoyé un domestique).

Si une personne, valet de chambre, maître d'hôtel n’appartenant pas à l’entourage du Président apportait une collation, celui-ci n’y touchait pas. Les serviteurs ne savaient jamais s’ils avaient à faire au véritable Sadam ou à l'un de ses quatre sosies ! Lors d’un diner officiel et en tant qu’invité, le maitre d'hôtel particulier était chargé de surveiller, personnellement, la préparation en cuisine. Chaque visiteur reçu lors d’une audience devait se désinfecter les mains et enfiler les vêtements fournis par les gardes présidentiels. Le Raïs, redoutant les maladies sexuellement transmissibles, ne sortait qu’avec des femmes irakiennes qui devaient subir un examen médical avant de partager sa couche.

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12 réactions à cet article    


  • Julien S 29 mars 08:57

    Empereur Claudius en latin et en anglais, Claude en français. 


    • baldis30 29 mars 10:05

      bonjour,

       A force de nous empoisonner la vie, ils trouvent dans le poison le juste retour des choses !  smiley


      • vimuse 29 mars 11:36

        Les républiques bien établies ne craignent pas les assassinats de leurs chefs. 

        Ya des centaines de remplaçants qui se bousculent pour prendre le risque.

        L’assassinat prive d’un chef, mais renforce le parti, l’idéologie qu’il a porté.


        • Matlemat Matlemat 30 mars 09:15

          Arafat et Chavez n’ont peut être pas été assez prudents.


          • leypanou 30 mars 09:29

            @Matlemat
            ce n’est pas pareil : Arafat est venu se faire soigner en France. Or, en France, « ils » font ce qu’ils veulent pratiquement. Pour Chavez, c’est différent, car d’après ce que j’en sais, c’est un de ses très proches collaborateurs -qui le côtoyaient tous les jours-, maintenant installé aux États-Unis, qui est soupçonné.



          • Pauline J. 30 mars 10:24
            Bonjour,

            Je suis actuellement étudiante en Master de communication. Cette année, je me vois réaliser une note de recherche sur le sujet du journalisme citoyen et du rôle que joue son public. Ainsi, je m’intéresse fortement aux sites d’information tels que AgoraVox.

            Je souhaiterais réaliser une enquête auprès de ses contributeurs, sur leur vision du journalisme et de l’information, leurs motivations, etc. et m’intéresse donc à votre profil. Si y participer vous intéresse, n’hésitez pas à me recontacter à l’adresse suivante :

            paulinej.lorraine@gmail.com

            Cordialement.


            • pierrot pierrot 30 mars 11:42

              Bonjour, article intéressant.

              Pour l’époque moderne, manque les empoisonnements par une substance radioactive (exemple polonium 210, radium 222......) utilisée par les Russes.

              La toxicité d’une molécule ou substance s’évalue par la DL50 (dose létale de 50 % de la population de la cohorte : animal de laboratoire : souris, rat, cochons,lapins...) selon son mode d’injection (cutanée, voie orale, voie aérienne, injection dans le sang...).


              • Matlemat Matlemat 30 mars 12:54

                @pierrot

                « utilisée par les Russes. » comme s’il n’y avait que les Russes..


              • pierrot pierrot 30 mars 15:47

                @Matlemat
                Certes, ce n’est pas spécifique des Russes, mais les radionucléides ne sont pas à la portée des individus mais d’états développés avec des laboratoire de radionucléides.


              • Matlemat Matlemat 30 mars 16:25

                @pierrot

                Oui comme le novichok, même la République tchèque a admis en avoir fabriqué.


              • Desmaretz Gérard Desmaretz Gérard 30 mars 12:00

                Unique dans les annales policières, cette affaire a été contée lors du congrès de radioprotection de Paris par deux scientifiques du ministère de la Santé du Texas. Les effets de l’irradiation subie par la jeune victime sont très sérieux : brûlures des tissus qui ont nécessité diverses greffes et interventions de chirurgie esthétique, mais surtout destruction totale des testicules, d’où stérilité définitive. L’enquête a prouvé que le geste criminel traduisait un désir de vengeance envers la famille reconstituée de la mère, divorcée.

                Edgar Bailey et Martin Wukasch constatent que le diagnostic de « brûlure par irradiation » avait été porté par les médecins traitants bien avant que l’on en arrive à suspecter le père. Ils se demandent néanmoins si d’autres cas semblables n’ont pas pu passer inaperçus. Et ajoutent : « Réussirait-on déterminer la cause de la mort si un meurtre était commis par application soudaine d’une très forte dose de rayonnement, suffisante pour tuer avant que des symptômes cutanés aient eu le temps de se développer ? » Une recette de crime parfait en quelque sorte...

                En l’occurrence, le coupable, géologue de son état, avait pu se procurer très légalement les sources de césium sous le prétexte de prospection de minerai.

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