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Prototype d’un type bien

De la bravoure à la sincérité

Alexandre Jardin a écrit naguère « des gens très biens ». Axel Khan vient d'écrire « un type bien ne ferait pas ça ».

Mais qu'est ce qu'un homme bien ? C'est un honnête homme, un homme honorable, un homme d'honneur !

Bref rappel thématique sur la notion d'honneur : la notion d'honneur n'est ni religieuse, ni partisane, ni patriotique. C'est une notion qui relève de la tradition orale plus que de la tradition légale (autrement dit, elle n'est pas fixée par une assemblée législative). Quand on parle d'honneur, c'est tacite entre les protagonistes.

C'est d'honneur dont il s'agit et non pas d'argent. La commutation est impossible. L'argent se module, l'honneur se périme.

De l'antiquité à nos jours, on peut distinguer trois époques fortes pour la notion d'honneur. La première, c'est l'époque racontée par l'Illiade, l'Antiquité. Les hommes y étaient braves et valeureux, c'était sur le combat qu'ils appuyaient leur raison. Ils n'hésitaient pas à croiser le fer par loyauté (dans l'Illiade, Briséis reste un différent d'honneur entre Achille et Agamemnon). Au temps de Rome « la vertu et le pouvoir étaient supposés aller de pair » (cf Philippe Ségur). Par un étrange glissement, l'homme bien était supposé être viril et combatif.

D'autres hommes, plus tard, s'attachaient à la notion d'honneur : les chevaliers. Héréditaires ou adoubés, ils combattaient là encore pour leur Roi mais aussi pour la Foi, les terres, ou les femmes.

Il faut citer tout d'abord Roland de Roncevaux, qui au siège de Saragosse fut trahi par Ganelon. Charlemagne fit périr ce dernier par écartelement et trente de ses fidèles par pendaison pour rétablir l'honneur de son neveu.

Sous le règne de Louis le Pieux, le fils de Charlemagne, l'honneur a pris une certaine consistance. « Les honneurs » à savoir le butin, les esclaves, etc, se sont transformés en « l'honneur » au titre du combat divin (les combattants étaient supposés faire preuve de sincérité). Autrement dit, l'honneur éprouvé en un combat de Dieu servait à atteindre la sincérité. S'ensuivirent les Croisades, au nombre de six avec pour but Jérusalem, où toute l'Europe partit combattre pour l'honneur de Dieu.

Un des derniers représentants de ces combattants honorables, François Ier écrivait à sa mère le soir de la bataille de Pavie (1525, 6ème guerre d'Italie) : « tout est perdu vors (sauf) l'honneur » alors qu'il avait été fait prisonnier (avec ses deux fils), perdu 10000 hommes, abandoné toute perspective sur la Lombardie et la Picardie, etc, etc. Déjà à l'époque, avant que la célèbre Garde Impériale de Napoléon proclame haut et fière « La Garde meurt, mais ne se rend pas », l'idée que l'honneur d'un homme lui appartenait tant qu'il n'y avait pas eu rédition était déjà dans les coeurs.

L'époque moderne est caractérisée par sa longévité. La dégradation de la notion d'honneur s'est avérée très progressive. Ainsi le duel – toléré jusqu'en 1960 – était le seul moyen de réparer l'honneur : on lavait le sang par le sang.

Actuellement, on peut reconnaître que des « types biens » font preuve de générosité : bénévolat dans des ONG ou aux Restos du Coeur, soutien scolaire, accueil d'étrangers gratuitement chez eux, rencontres de personnes dépendantes...

Toutefois, on croit percevoir chez certains comme une peur de montrer sa générosité, voire même le souci de verser au contraire dans la dérision (exemple : telle chorale pourtant justement réputée s'intitule « Les Ignobles du Bordelais »).

Ce qui paraît émerger dans les nouvelles générations et constituer des vestiges de l'honneur :

  • la solidarité

  • la fraternité

  • le désir de connaître le monde

  • l'abolition des frontières et des races

  • le souci écologique

  • la famille où le souci de transparence est au premier plan, avec la fréquence accrue des séparations, des divorces, etc.. comme s'il n'y avait lieu que d'agir ouvertement, la transparence semblant devenir une valeur dominante : revendication de son homosexualité par exemple

Néanmoins, ce qui nous semble, peut-être à tort, plus sujet à caution :

  • la notion de travail, considérée comme un moyen et non plus comme une fin en soi

  • N'être étonné de rien, n'avoir aucune entrave, n'être prisonnier de rien – ni religion, ni famille – la sincérité prenant le pas sur tout ce qui apparaît dès lors comme une hypocrisie.

Pourtant, nous avons vu depuis de trop nombreuses années le terme « honneur », autrefois utilisé à tout bout de champ, se déliter jusqu'à perdre son sens.

Certains ministres ont confondu ces derniers temps argent public et privé. Le premier d'entre eux a estimé raisonnable de rappeler des lois implicites que tout homme d'honneur aurait respecté. (Faut-il rappeler que De Gaulle mettait un point d'honneur à régler à l'Elysée ses frais de table, de téléphone et d'électricité quand ils étaient privés.) Le Président de la République commet en public des écarts de langage (« Casse-toi pauv'con ») et de conduite (Fouquet's, yacht de Bolloré...), et dans les récentes années, l'artisan du Médiator a été élevé dans les grades les plus élevés Officier de la Légion d'Honneur (à titre de Capitaine d'Industrie) !

Actuellement, le délitement de la notion d'honneur se retrouve jusque dans le déficit de la Sécurité Sociale : les médecins, les ambulanciers, les para-médicaux , etc. sont confrontés à des demandes abusives. Il est de leur honneur de ne pas y céder. Mais par exemple, on peut imaginer qu'il est plus difficile de refuser un arrêt de travail injustifié à une patiente débordée par les problèmes familiaux qu'à un apparent tire-au-flanc. Sur quelles valeurs juger ?

La sincérité, la loyauté sont devenues des valeurs transcendantes et premières à connotation laïque puisqu'il est devenu un peu surrané de parler d'honneur. Comment parleriez-vous aujourd'hui d'un type bien ?


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3 réactions à cet article    


  • Gabriel Gabriel 16 février 2011 13:57

    Qu’est ce que homme bien ? La meilleure définition a été donnée par R.Kipling en 1910. Le plus dur pour nous tous est de s’en approcher. 

    Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
    Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
    Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
    Sans un geste et sans un soupir,
    Si tu peux être amant sans être fou d’amour ;
    Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre
    Et , te sentant haï, sans haïr à ton tour,
    Pourtant lutter et te défendre ;

    Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
    Travesties par des gueux pour exciter des sots,
    Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles,
    Sans mentir toi-même d’un mot ;
    Si tu peux rester digne en étant populaire,
    Si tu peux rester peuple en conseillant les Rois
    Et si tu peux aimer tous tes amis en frères,
    Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

    Si tu sais méditer, observer et connaître,
    Sans jamais devenir sceptique ou destructeur
    Rêver, sans laisser ton rêve être ton maître,
    Penser, sans n’être qu’un penseur ;
    Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
    Si tu peux être brave et jamais imprudent,
    Si tu peux être bon, si tu sais être sage,
    Sans être moral ni pédant ;

    Si tu peux rencontrer triomphe après défaite
    Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
    Si tu peux conserver ton courage et ta tête
    Quand tous les autres les perdront ;
    Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
    Seront à tout jamais tes esclaves soumis
    Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,

    Tu seras un Homme, mon fils.


    • Radix Radix 16 février 2011 18:40

      Bonsoir

      Un type bien ! C’est, je le suppose, ce vers quoi tend tout être humain et beaucoup y arrivent.

      C’est essayer d’avoir une haute image de soi et d’essayer de s’y conformer, après, tout dépend de l’image que l’on s’est construite.

      Mais même chez un « type bien » vous trouverez des failles, des erreurs, des manques et des faiblesses.

      Radix


      • Yoann Yoann 17 février 2011 09:26

        Avoir des faiblesses est le propre de l’humain ...
        Un type bien, c’est à mon sens simplement :

        Un gars qui ne tue pas, ne vole pas, reste humble et essaye d’aider les autres sans rien attendre en retour ...

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