Puisque envoyer les communistes au cachot ne suffit pas pour apaiser Adolf Hitler, pourquoi ne pas lui livrer la France elle-même ?… (127)
Tandis qu’à la Chambre des députés et au Gouvernement, la chasse aux communistes battait son plein pour apporter, à Adolf Hitler, la preuve irréfutable que la France bourgeoise était disposée à renouveler le glorieux épisode de 1871, à l’occasion duquel elle avait recouru à l’aide de Bismarck pour en finir, dans le sang, avec la Commune de Paris, Charles de Gaulle rédigeait un document qui porte la date du 12 janvier 1940 et qui s’intéresse tout particulièrement au ministère des Affaires étrangères… Il s’agissait manifestement de faire rejoindre à la France la structure de commandement mise en place par Hitler en Allemagne… Voyons cela…
« La création d’un Département de la Conduite de la Guerre, que s’attribuerait le Président du Conseil, permettrait à celui-ci d’exercer personnellement la direction de la Force française, direction qui est, en temps de guerre, la partie essentielle de la tâche du Gouvernement. » (Charles de Gaulle, Lettres, notes et carnets, etc., page 462)
Comme nous le voyons, il n’est plus question ici d’un ministre, mais du président du Conseil en personne, qui aurait donc un contrôle complet et personnel sur "la partie essentielle de la tâche du Gouvernement".
Voyons-en l’extension... Elle conduit à mettre fin à la réalité même d’un rôle quelconque de direction pour les ministres, à la fois, des Affaires Étrangères, et de chacune des trois armes :
« Le Département comprendrait tous les Services relevant actuellement des Affaires étrangères, de la Guerre, de la Marine et de l’Air, de manière à faciliter :
- la conjugaison des actions de la diplomatie et de la force, lesquelles sont interdépendantes, non seulement en principe mais d’une manière immédiate et, pour ainsi dire, sur le terrain ;
- la combinaison des diverses actions militaires, soit qu’elles se développent sur des théâtres d’opérations différents, soit qu’elles procèdent de forces de différente nature (terrestres, aériennes, navales) ;
- la coordination des diverses activités concernant la préparation des moyens ;
- le concert de nos actions de force et de nos actions diplomatiques avec celles de nos Alliés. » (Idem, pages 462-463)
Vient ensuite un petit quelque chose qui paraît ne pas avoir été complètement perdu du vue par… Paul Reynaud :
« D’autre part, le bouleversement en pleine guerre de l’organisation administrative préexistante pourrait avoir des inconvénients. D’où la nécessité de sous-secrétariats d’État aux Affaires Étrangères, aux Forces terrestres, à la Marine, à l’Air, pour régler, dans ces diverses branches et par délégation du Ministre, tout ce qui serait secondaire ou conforme aux précédents. » (Idem, page 463)
Dans le moment d’effervescence extrême où il rédige ce texte, le colonel Charles de Gaulle, qui ne peut guère douter de devoir bientôt accéder - et grâce à l’éviction plus ou moins rapide de Paul Reynaud - au pouvoir suprême qu’il a si bien dessiné, n’imagine pas une seconde que c’est bien un de ces strapontins qui lui sera offert magnifiquement par celui-ci lorsque tout sera à peu près définitivement consommé… L’"homme de caractère" ne sera que sous-secrétaire d’État au ministère de la Défense nationale et de la Guerre. Pis : il se trouvera sous l’autorité directe du ministre de la Défense nationale et de la Guerre, Paul Reynaud, qui n’en sera pas moins… président du Conseil.
Mais, pour l’instant, il n’est encore que ministre des Finances, tandis qu’Édouard Daladier, président du Conseil et ministre de la Défense nationale et de la guerre, intervient, une nouvelle fois, à la Chambre des députés pour claironner avec force aux oreilles de l’Allemagne nazie que la France revendique une place de choix au sein de la lutte contre la Troisième Internationale communiste. On ne pourra décidément pas dire qu’elle n’est pas déjà passée à l’acte, alors que nous sommes le 12 mars de l’an 1940 :
https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k9730392m/f1.image
« Je voudrais rappeler, en quelques minutes seulement et sans aborder le fond même du débat, que nous n’avons pas cessé, depuis l’agression russe contre la Finlande, c’est-à-dire depuis les premiers jours du mois de décembre, de faire parvenir au Gouvernement, au peuple finlandais le matériel de guerre qu’il a bien voulu demander à la France. C’est ainsi qu’au total, depuis cette date jusqu’à aujourd’hui, la France, je peux le dire, se classe en tête pour ces fournitures d’armes et de matériel de guerre que divers pays ont consenties à la Finlande. La France, pour sa part, a fourni 175 avions, 496 canons, 5.000 fusils mitrailleurs, 400 mines sous-marines, 200.000 grenades et 20 millions de cartouches. » (page 508)
« Cependant, le matériel ne saurait suffire à sauver la Finlande. Ici même, dans un récent comité secret, on a demandé au Gouvernement français : Enverrez-vous aussi des hommes ? J’ai répondu, à cette même tribune ; Nous enverrons aussi des hommes. » (page 508)
« Je peux dire, sans craindre d’être démenti, qu’en ce qui concerne la France, dès le 26 février, les troupes françaises destinées à secourir la Finlande étaient organisées, spécialement équipées et rassemblées et qu’à cette date du 26 février, les bateaux destinés au transport de ces effectifs étaient rassemblés. » (page 508)
« Pourquoi, messieurs, faut-il un appel de la Finlande ? Parce que, vous ne l’ignorez pas, le gouvernement de la Norvège et le gouvernement de la Suède s’opposent à tout passage des troupes alliées à travers leur territoire. Seul un appel de la Finlande aux Alliés peut leur permettre de surmonter cet obstacle. » (page 508)
Édouard Daladier est ensuite vivement appuyé par le député Jean Fernand-Laurent, un collaborateur régulier de L’Écho de Paris au temps où Henri de Kérillis et André Pironneau y étaient encore…
« Le peuple de chez nous, avec le plus sûr instinct du cœur, qui ne l’a jamais trompé, l’a bien compris dès le premier jour. Tout de suite, il a compris que le destin de la Finlande était intimement lié à celui de la France. Immédiatement, il a senti que ces deux destins étaient solidaires, que la ligne Mannerheim était un prolongement de notre front. » (page 509)
« Le communisme, malgré votre répression énergique, monsieur le président du conseil, malgré l’action de M. le ministre de l’intérieur [Albert Sarraut], encore partielle et insuffisante, le communisme n’a pas désarmé. Hier, on distribuait à profusion, dans toutes les rames du chemin de fer métropolitain, de nouveaux exemplaires de la lettre des élus communistes à M. le président Herriot réclamant une paix immédiate et sans conditions, une paix soviétique. Qui ne voit quel renfort serait, pour le communisme qui ne veut pas désarmer, un succès aussi complet, aussi spectaculaire des Soviets sur ce champ de bataille qui, depuis trois mois, retient l’attention du monde entier ? » (page 509)
Mais, puisque la guerre est déclarée à l’Allemagne depuis le 3 septembre 1939, pourquoi ne nous rendrions-nous pas sur le front franco-germanique – et en un endroit particulièrement sensible – pour prendre la mesure de ce qui s’y passe, en un temps où, au-delà des beaux discours anticommunistes, il fallait peut-être préparer, pour Adolf Hitler, des preuves « réelles » de la bonne volonté française…
Ainsi emboîtons-nous le pas au député Pierre Taittinger qui, à la tête d’une commission parlementaire s’est rendu du côté de… Sedan (!) le 8 mars 1940 et les jours suivants, auprès des IXe, IIe et Ire Armées afin d’établir un rapport qui est venu jusqu’à nous...
https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k6531459j/f369.item.texteImage.zoom
Nous en prenons, tout d’abord, le début, en conservant les soulignés qui sont dans l’original :
« Pour la commodité de notre rapport, nous avons tenu à grouper, dans chaque armée, les constatations que nous avons été amenés à faire, nous excusant des redites, lorsque les mêmes situations provoquent, quoique se passant dans des secteurs différents, les mêmes réflexions.
Si les besoins sont parfois les mêmes, ils sont plus ou moins impérieux selon le rôle assigné soit par le terrain, soit par le Commandement aux différentes unités visitées.
Il ne nous appartient pas de donner, même à titre d’information, un ordre de priorité dans la satisfaction des besoins que nous avons enregistrés, celle-ci relevant uniquement du Commandement suprême.
Mais nous considérons de notre devoir de dégager un fait brutal : dans la région parcourue qui va de Montmédy au nord de Valenciennes, un certain nombre d’ouvrages sont en état de remplir le rôle qui leur est assigné. Mais tant sur la ligne d’arrêt que sur celle de résistance nombre d’ouvrages ne seront pas terminés avant plusieurs semaines et il faut souhaiter que ce laps de temps soit accordé tant aux entrepreneurs civils qu’aux formations du génie qui poursuivent avec une hâte fébrile les travaux qui leur ont été confiés.
Les hésitations du Commandement, les rigueurs de la température sont responsables d’un grand nombre de lacunes constatées.
Nous souhaitons que ce répit nécessaire nous soit accordé, mais nous devons d’ores et déjà remercier la providence de nous avoir préservés, au mois de septembre 1939, d’une invasion par la Belgique car, à ce moment-là, notre frontière, sur un grand nombre de points, mal défendue, ne nous aurait pas donné les points d’appui suffisants pour résister avec avantage aux entreprises de l’ennemi.
Il semble qu’il y ait des terres de malheur pour nos armes.
Pour conjurer en particulier le triste souvenir que la visite du secteur de Sedan fait revivre, des mesures urgentes doivent être prises.
Il serait peut-être intéressant, après la visite des mêmes régions par le Généralissime et par le Commandant en chef des armées du nord et du nord-est et à quelques jours d’intervalle avec les représentants de la Commission de l’armée, de confronter les points de vue et d’examiner les conclusions auxquelles nous sommes arrivés. »
Ainsi, dès le 8 mars 1940 et les jours suivants, il était clair que… Sedan… allait s’inscrire dans les « terres de malheur pour nos armes »… Comment pouvait-on donc en être si sûr ?…
Pour en savoir plus sur le présent travail, veuillez suivre ce lien...
https://dejeanmoulinavladimirpoutin.wordpress.com/
Michel J. et Christine CUNY
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