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QUANTITATIF vs QUALITATIF

Quantitatif : Qui a rapport aux quantités mesurables. Qualitatif : Qui concerne la qualité, la nature des choses.

 

 Personne ne doute que la nature des choses importe plus que leur quantité même lorsque les besoins élémentaires ne sont pas assurés. Toutefois, la vie en société implique continuellement des échanges, des transactions qui ne peuvent pas être menées à bien sans une échelle de mesure : le prix supplante alors la valeur.

 La hiérarchisation quantitative des biens n’est pas seulement un moyen commode de se procurer des choses que l’on désire en échange de celles que l’on a, elle conduit à une économie dite libérale, en fait capitaliste où, finalement, les plus fortunés donnent les directions à suivre. Le processus conduit en particulier à des entités de production dans lesquelles la division du travail est poussée à l’extrême : le leader, le chef, le dirigeant ne justifie son utilité qu’en rassemblant ou harmonisant les travaux de subordonnés d’autant plus nombreux que le dirigeant est puissant. Étant puissant, il doit être théoriquement rémunéré à sa valeur, mais concrètement sa valeur est plutôt donnée par sa rémunération. L’ordre marchand est indissociable des systèmes hiérarchiques et les pyramides de compétences recouvrent en fait les possibilités d ‘assujettissement rendues possibles par l’évaluation quantitative de chacun des individus auxquels on attribue un salaire. La rémunération est superposable à la valeur sociale.

 Des forces antagonistes contrebalançaient l’ordre quantitatif précédent : Dieu, les Arts, la Science. Tous ces secteurs essentiels se distinguent par la culture du beau plutôt que celui du coûteux. Dans ce cadre le seul dieu qui vaille est le Dieu-Amour car une religion sans l’amour ne sert à rien d’autre qu’à œuvrer la survie de sa communauté en oubliant ses propres commandements. Les propositions politiques plus ou moins radicales, plus ou moins généreuses, sont toutes issues d’un substrat judéo-chrétien qui imbibe toutes les sociétés démocratiques. Mais il n’est pas possible d’établir un rapport de force politique en respectant ses propres valeurs. Les démocraties vieillissantes ne surent bientôt plus vers qui se tourner pour sortir d’une désespérance grandissante.

 De 1983 à 2016, la quantité de richesse produite par français a été multipliée par un facteur 4 environ. Le bien vivre, le bonheur, la joie d’être ensemble ne va manifestement pas de pair avec la quantité de richesse produite. Un manque criant de sens a cru être comblé par la classe dirigeante grâce aux techniques dites modernes de communication : les riches devinrent des investisseurs, les pauvres des gens nonchalants, les noirs des gens de couleur, les islamistes des salafistes… Mais le malaise ne diminua que chez ceux qui en avaient profité.

 Passer d’un système quantitatif à un autre qualitatif est la seule solution pour pouvoir affronter les problèmes actuels, et relever les défis environnementaux qui se profilent. La révolution numérique et les techniques liées à l’intelligence artificielle peuvent permettre l’émergence de l’unicité des individus, comme elles peuvent faire l’inverse. Un Homme nouveau est possible tout comme un neuer Mann.

 Le rêve de tout croyant, de tout idéologue est de constituer un immense troupeau dont il serait le führer et le numérique, par les capacités de surveillance qu’il fournit, peut les aider grandement. À l’opposé chaque homme pourrait ne plus se limiter à être une infime partie d’un puzzle sociétal : il pourrait apparaître dans ses caractères propres, ceux qui ne dépendent pas du regard des autres. Le neuer Mann sera identique du Nord au Sud, de l’Est en Ouest : sa volonté de puissance lui donnera accès aux richesses comme celles-ci lui donnera sa puissance. Mais les Hommes nouveaux redeviendront uniques, ce qu’ils étaient à leur naissance et n’auront pas comme obsession de dominer toute espèce animale, végétale, minérale. Mais seule chose est certaine quel que soit l’objectif visé : l’individualisme va s’installer partout et dans toutes les strates sociales et l’union ne pourra plus faire la force si ce n’est par des coalitions de l’instant sur des sujets précis.

 La concurrence entre groupes distributeurs de services représente un détail de l’histoire par rapport à la généralisation de la concurrence entre individus dans leur vie professionnelle comme dans leur vie privée : il s’agit cette fois d’un changement civilisationnel. L’humanité ne s’est certes pas construite au sein de principes comme l’Égalité ou la Liberté, mais la Fraternité ou le sacré du vivre-ensemble faisait partie de toutes les recommandations de toutes les idéologies, déistes, socialistes, démocratiques ou libérales. Le futur va briser cette vision. 

 Proposer un cadre pour assurer une transition entre les systèmes qualitatif et quantitatif n’a aucun sens puisque seule la Raison de chacun, dans sa solitude de pensée, doit le conduire à ce choix. Par contre, il est impératif d’être conscient des conséquences de ce choix. 


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15 réactions à cet article    


  • Ou sont nos vertus d’antan ? Hitler a bien eu le dernier mot. Rejeté de l’Académie de peinture,..il l’a bien macérée sa vengeance. Le concept de race est bien un concept quantitatif qui n’a rien a voir avec les vertus.


    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 22 mai 20:09

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.
      Le concept de race ne peut pas être mesuré ou évalué hors de toute idéologie.


    • Vous n’allez pas au bout de votre pensée.... Dans un incendie : vous sauvez votre chat ou votre Van Gogh ?


      • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 22 mai 20:10

        @Mélusine ou la Robe de Saphir.
        Le chat bien sûr !


      • @Jacques-Robert SIMON


        Et si en vendant le Van Gogh, vous pouvez améliorer le sort de nombreux enfants. Hé, pas si facile,... 

      • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 23 mai 19:18

        @Mélusine ou la Robe de Saphir.
        Je ne participe jamais aux jeux de l’esprit.


      • Un psy a eu une belle image pour décrire la société actuelle. Celle du baron de Mûnchhausen. Quand il se prend par la peau de son cou pour franchir le ravin. Seul face à nos choix et notre destin.


        • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 22 mai 20:11

          @Mélusine ou la Robe de Saphir.
          La solitude permet de penser mais en aucun cas le résultat peut être garanti.


        • oncle archibald 22 mai 18:30

          « Un détail de l’histoire » pour paraphraser l’auteur ....

          Le dessin de Reiser qui représente son personnage dit « gros dégueulasse » en tête de l’article était si j’ai bonne mémoire assorti d’une légende : « savez vous qu’il y a la dedans le petit Mozart qui paiera votre retraite ? » accompagnée d’une flèche dirigée vers le testicule que l’on aperçoit coté droit.


          • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 22 mai 20:13

            @oncle archibald
            Il s’agit bien du « gros dégueulasse » de Reiser. Je l’ai mis en pendant du robot non pas par dérision mais en admirateur inconditionnel du dessinateur. Je ne connais pas la mention de Mozart pour ce dessin.


          • oncle archibald 22 mai 22:46

            @Jacques-Robert SIMON : « en pendant » c’est exact !


          • Étirév 23 mai 16:33

            Albert Einstein a dit : « N’essayez pas de devenir un homme qui a du succès. Essayez de devenir un homme qui a de la valeur. »

            Cordialement.


            • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 23 mai 19:20

              @Étirév
              Quel rapport avec le texte ???


            • Hervé Hum Hervé Hum 24 mai 14:54
              "Proposer un cadre pour assurer une transition entre les systèmes qualitatif et quantitatif n’a aucun sens puisque seule la Raison de chacun, dans sa solitude de pensée, doit le conduire à ce choix. Par contre, il est impératif d’être conscient des conséquences de ce choix. "

              juste un détail, la raison de chacun se nomme passion, car de raison, il y en a qu’une seule, reposant sur ses propres postulats et qui seule permet la réalité physique ou l’Univers, tel qu’il existe

              Mais de dire qu’il y aurait autant de raison que d’individus, permet de ne pas devoir suivre la raison elle même, sinon la passion du plus fort ou convainquant et de se foutre de la raison. Sauf pour fabriquer des outils, là, si on ne suit pas la raison, on ne peut pas en fabriquer qui fonctionne.



              • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 25 mai 10:32

                @Hervé Hum
                La démocratie telle qu’elle fonctionne actuellement demande aux individus de se rallier à un camp. Il peut être envisagé que chacun se forme son opinion par les moyens qu’il souhaite et seulement ensuite on lui demande par Internet directement son avis. J’avais proposé une sorte de sondage référendaire nécessaire pour que toute loi soit validée.

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