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Que cache le silence de Human Rights Watch durant la détention d’Ahmed Benchemsi en Algérie ?

L’ex-journaliste maroco-américain Ahmed Benchemsi a été pendant dix jours entravé de ses mouvements en Algérie après son interpellation le 9 août durant le 25ème jour de mobilisation populaire qui a eu raison de l’interminable présidence d’Abdelaziz Bouteflika et qui perdure contre le système FLN en place depuis l’indépendance du pays, en 1962. Pourquoi Human Rights Watch dont il est employé a fait profil bas ?

 

Ahmed Benchemsi agissait-il vraiment au nom de l’ONG américaine Human Rights Watch lors de son déplacement en sa qualité de directeur de la communication pour le Maghreb et le Moyen-Orient ? Rien n’est moins sûr : L’ONG américaine a fait profil bas durant sa détention. Une attitude étonnante qui cache des desseins masqués menés sous l’initiative du prince marocain Moulay Hicham avec qui Benchemsi prépare un projet d’influence en Algérie et dans la région. En voici les explications…

 

C’est une affaire pour le moins étrange et assurément révélatrice de la politique de deux poids, deux mesures que mène l’organisation américaine de défense des droits de l’homme Human Rights Watch (HRW) dans la zone Maghreb et Moyen Orient (MENA).

 

Le 9 août, son directeur de la communication pour la zone MENA, le Marocain Ahmed Réda Benchemsi, ex-fondateur du magazine casablancais Telquel, a été arrêté par la police au centre d’Alger, alors qu’il participait à la 25ème marche populaire réclamant l’instauration d’un nouveau régime en Algérie après l’éviction de Abdelaziz Bouteflika, le président grabataire qui était à la tête du pays depuis vingt ans.

 

Alors que les presse algérienne et marocaine s’interrogeaient durant dix jours sur le sort de Benchemsi, HRW est demeurée absolument silencieuse. Et ce n’est qu’au lendemain de son expulsion vers le Maroc, que l’ONG, pourtant toujours très prompte à dénoncer les exactions des régimes qu’elle juge autoritaires envers leurs opposants, contradicteurs ou simples observateurs, a publié un communiqué qui relate timidement le calvaire de son représentant et ne convainc pas sur ses ressorts cachés.

 

Benchemsi avait débarqué en Algérie en provenance du Maroc avec son passeport marocain. Et ce n’est pas une première : il avait déjà voyagé à deux reprises depuis 2017 dans ce pays fermé du Maghreb pour les besoins de ses missions antérieures prétend l’ONG. Selon le communiqué très tardif diffusé par HRW le 20 août, Benchemsi a voyagé en Algérie pour mener des investigations sur le hirak algérien (mouvement qui mène la révolution pacifique) au nom de l’organisation.

 

Cette explication tardive est en fait inexacte. Benchemsi a pris l’initiative de se déplacer dans la capitale algérienne de son propre chef alors qu’il se trouvait au Maroc pour ses vacances d’été. Si les autorités algériennes l’ont intercepté en pleine rue, contrairement aux autres fois où il s’est rendu dans le pays, c’est qu’il servait un autre agenda comme l’a confirmé la presse algérienne qui a annoncé son expulsion vers le Maroc voisin au motif, selon un procureur, qu’il est venu pour le compte d’autrui et non de l’ONG.

 

Benchemsi a été placé en résidence surveillée dans son hôtel. Ses passeports marocain et américain lui ont été confisqués ainsi que son ordinateur portable et son téléphone. Il a été convoqué le 13 août dans un commissariat de la ville puis les jours suivants pour y être longuement cuisiné. Tout cela a été caché à la presse par Human Rights Watch durant toute la durée de sa détention. Pourtant l’ONG a pour habitude de réagir au quart de tour lorsque de telles situations arrivent de par le monde et de surcroît lorsqu’il s’agit d’un membre de son personnel.

 

 

Dans son communiqué, HRW affirme que Benchemsi n’a pas cédé à la pression de la police politique algérienne et n’a pas livré les codes d’accès à son matériel informatique. Est-ce la réalité ? Si Alger s’est permis de retenir son représentant si longtemps avant de le renvoyer au Maroc, sans provoquer de réaction de la part de Washington, tout indique qu’il y a eu une négociation secrète pour sa libération. HRW se garde de le dire et pour cause, le déplacement d’Ahmed Reda Benchemsi à Alger est loin d’être fortuit.

 

Kenneth Roth, directeur exécutif de Human Rights Watch a déclaré que « son arrestation arbitraire et la façon dont il a été maltraité sont le signe que les autorités ne veulent pas que le monde soit informé des manifestations de masse organisées actuellement en Algérie par des citoyens qui réclament davantage de démocratie ». Une explication un peu courte car le monde entier suit jour après jour les développements de la révolution en marche en Algérie.

 

 

Selon toute vraisemblance, il s’agit d’une action concertée avec son mentor le prince Moulay Hicham, qui se déclare opposant à son propre pays, le Maroc et qui est connu pour avoir facilité à Benchemsi son recrutement à HRW et dont il finance surtout les activités dans le monde arabe. Ce que Roth ne peut divulguer sans mettre à mal l’image de son organisation qui aurait eu une attitude bien différente si cette mésaventure avait eu lieu au Maroc. D’ailleurs, HRW a concédé que lors de son expulsion vers le Maroc, Benchemsi n’a pas été inquiété à son arrivée, comme si elle s’attendait à cela…A-t-elle appris que les autorités algériennes ont cherché à retourner son émissaire sachant qu’elles ont pu mettre la main sur des informations compromettantes dans son ordinateur et sa messagerie électronique ?

 

Human Rights Watch sait parfaitement que le duo Moulay Hicham-Benchemsi qui crient à qui veut les entendre être de parfaits démocrates, ont cherché à travers cette démarche à anticiper l’après-Algérie du système actuel pour asseoir d’ores et déjà des introductions auprès de ceux qui seront éventuellement amenés au pouvoir dans le cadre d’un supposé changement démocratique, à l’instar du cas tunisien.

 

Le prince Moulay Hicham a toujours entretenu une relation avec l’Algérie et n’a de cesse de manœuvrer dans le sens de saborder tout éventuel rapprochement entre Rabat et Alger et nuire ce faisant aux intérêts des peuples des deux pays. Dans ce sens, il cherche à s’absoudre des liens qu’il a entretenu avec le clan Bouteflika en préparant de nouveaux relais avec ses successeurs.

 

Avec Benchemsi, sous couvert d’activités au nom de HRW, Moulay Hicham prépare « Free Arabs 2 », une plateforme électronique d’influence dont la première version lancée en 2013 avait été accusée par le journaliste Max Blumenthal d’avoir partie liée avec l’American Islamic Congress (AIC) une fondation pour la défense des musulmans américains financée en partie par… des lobbys conservateurs américains.

 

« Free Arabs » avait alors à travers ses relais défendu une intervention en Syrie… Avec « Free Arabs 2 », c’est un nouveau projet d’interventionnisme qui vise l’Algérie qui aurait été mis à nu. Et c’est pour cette raison que Benchemsi a été malmené et humilié à Alger avant d’en être expulsé. A part le communiqué bien timide de HRW, Benchemsi s’est cloîtré dans un silence assourdissant à son retour au Maroc et son mentor Moulay Hicham n’a en aucun cas évoqué cette affaire. De peur que tous ces détails soient portés à la connaissance du public ?


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Auteur de l'article

Mokhtar Lyoussi


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