Que la peur change de camp...
Cette semaine a été marquée par deux événements médiatiques qui me permettent de vous livrer une petite analyse à ma façon. Auparavant, ayant suivi ce qui a pu se dire sur le sujet de la crise des dettes et la crise du crédit aux USA en 2008, j’ai d’abord remarqué quelques traits de vocabulaire récurrents dans les médias, dont j’aimerais vous entretenir.

Les experts non-élus de Bruxelles sont eux-mêmes -n’est-ce pas- les bons élèves des institutions internationales comme le F.M.I ou l’O.M.C, et ne sauraient commettre aucune entrave à leurs règles, non ?
On a oublié que la Mme la Commissaire à la Concurrence n’a pas toujours été bonne élève puisqu’elle a fermé les yeux sur l’aide de renflouement accordée aux banques privées du Luxembourg par la France en 2008, au mépris des appels d’offre nécessaires, oubliant quand ça l’arrangeait les sacro-saints fondamentaux économiques bruxellois. Ou encore lorsque la concurrence libre est faussée par des fonds souverains qatariote ou chinois abondant en liquidités les multinationales aussi respectables que Total ou B.P. (monde diplo N° 650 mai 2008)
Il y aura des complicités s’il y a larcin : La banque Goldman-Sachs n’a-t-elle pas "aidé" la Grèce en lui prêtant quelques milliards d’Euros dans le plus grand secret ? Selon le New-York Times du 3 février 2010, l’astuce comptable a été facturée 300 millions de $ au peuple Grec : il fallait ne pas mettre en péril l’entrée de la Grèce dans l’union monétaire européenne. Et à qui d’autre en douce ? Alors ? Qui triche ?
II/ Les Médecins de Molière fondent sur l’Europe
Pour filer la métaphore médicale chère à M. Strauss-Kahn, nos démocraties sont donc malades et ont besoin de médecins. Oui mais voilà, il y a plusieurs médecines et non pas une seule. Tous les médecins, du reste, ne se valent pas.
De l’autre coté, selon le médecin du F.M.I, il y a la méchante spéculation qui n’est "en rien pardonnable".
Double discours subliminal et habile, qui consiste à faire croire qu’il y a d’un côté les bonnes banques et de l’autre les mauvais spéculateurs alors que ce sont les mêmes. Quel discours de la part d’un "socialiste" !
- Interdire les monopoles d’Etat (l’ennemi public n°1 des marchés)
- Privatiser les services publiques nationaux (SNCF, EDF, La Poste, etc)
- Instituer l’incapacité des Etats de la Zone Euro à emprunter à la Banque Centrale, par des dispositions influencées de haute main par les fondateurs de l’Euro. (art. 123 du code de la BCE)
J. Généreux
L’esprit de Munich a envahi les têtes qui ... envoyé par FranceInfo. - Regardez les
dernières vidéos d’actu.
C’est là que nous sommes totalement coincés et condamnés à vivre ce que nous vivons.
La France n’a jamais vu sa croissance remonter depuis qu’elle a intégré l’Euro, et en tout cas n’a jamais rejoint 4% de croissance depuis 1974 ! (alors que Mme Lagarde tablait justement l’an dernier sur 2,5 % en prenant allègrement tout les citoyens pour des imbéciles).
Donc, ces médecins là, qui sont bien contents aujourd’hui de solliciter les Etats pour éponger leur pertes de produits toxiques avec notre argent, comme nous l’avons fait en 2008, de cautionner leurs prises de risque inconsidérées, de légaliser le banditisme financier, et qui viennent vous étrangler dans votre lit l’année d’après, même les Etats-Unis n’en voudraient pas. Mais "les banques, il faut les comprendre", nous assure D. Strauss-Kahn depuis Washington, "elles font un métier risqué...". Les pauvres !
III/ Que la peur change de camp
J. Généreux L’esprit de Munich a envahi les têtes qui ...
envoyé par FranceInfo. - L’info internationale vidéo.
D. Strauss-Kahn, futur grand candidat, et en tous cas grand désiré de la presse et des médias français, se dit heureux que les institutions européennes aient pris peur :-"La peur c’est pas mal, ça permet de faire avancer tout le monde dans le même sens". L’effroi me saisit mais trêve de sensiblerie.
Jacques Généreux, ancien économiste du Parti Socialiste ayant rompu avec lui pour s’engager derrière Jean-Luc Mélenchon au Parti de Gauche, préconise au contraire que la peur change de camp.
Selon lui, le principe est simple et respecte l’économie de marché : la responsabilité, l’éthique. Le rôle de l’Etat n’est-il pas de défendre les intérêts publics, et non les richesses privées ?
Nous aurions donc pu prendre les agences de notation à leur propre règles, en leur disant que les titres devenus nuls, dégradés par une note "grecque" (BB+), ne vaudraient d’être rachetés qu’à leur niveau. "Vous avez joué , vous avez perdu, vous n’aurez rien. C’est vous qui dégradez les titres..." Que la peur change de camp.
Plus loin, il précise justement qu’une partie du niveau de la dette étant due à la sur-spéculation financière, "elle n’a pas à faire pression" sur les comptes sociaux.
Voilà qui remettrait la responsabilité économique et politique au goût du jour.
On est loin du discours du Dr Strauss-Kahn.
Résumons-nous donc : nos pays ont donc été rendus accros à la dette, nos maladies contagieuses de déficits des comptes publics appellent à nos chevets des médecins qui nous font payer cher les consultations et les remèdes. Le projet européen imposé par Helmut Kohl dès 1986 est bien arrivé à ses fins, puisque les conditions de financement des pays sont soumises aux conditions du marché mondial et non aux conditions d’un marché interne Européen. Portes et fenêtres grandes ouvertes, risque de tempête prévisible.
Philippe Delmas, lui,* craint une chose en particulier : la Chine achètent encore des bons du Trésor mais peut-être vont-ils cesser de le faire : "S’ils se tournent vers un modèle de société plus proche du nôtre, plus orienté vers la consommation, ces pays vont par là même réduire le financement de notre mode de vie à crédit qu’ils fournissaient jusqu’à présent". Voilà qui nous rassure peu. Voilà même qui nous fait peur !
Ces toujours pareil et c’est là où l’entretien de Généreux est rafraichissant : lorsqu’on nous parle d’économie, on emploie à notre égard pour nos oreilles effarouchées des termes simples destinés à nous embrouiller.
Or, ce sont toujours les dealers qui parlent. Mais le dealer a quelque chose à voir dans l’addiction de son client, et pendant que l’un "dope la croissance", l’autre s’enrichit. Pendant que l’Europe essaie d’organiser ou de maintenir une protection sociale, l’Asie, qui n’a pas tous ses services, épargne, épargne, et même nous prête. L’Europe est donc vue par les "mains invisibles du marché" comme un enfant en qui on ne peut pas avoir confiance, un garnement qui a des problèmes de croissance, qui a sûrement été empêché de grandir à son rythme...
L’Allemagne, elle, est une sportive qui court sous hormone de croissance, c’est-à-dire qui dope sa balance commerciale (+30 Mds d’Euros) grâce à une rigueur salariale -sur le dos de ses employés- qui la rend "compétitive" depuis dix ans au détriment de ses voisins, dont la France, avec laquelle elle s’entend si bien, c’est donc la paix, l’Europe, nous dit M. Strauss-Kahn...
Ceux qui courent moins vite comme l’Espagne, le Portugal, L’Italie et la Grèce par exemple, sont montrés du doigt par les médecins du F.M.I qui nous disent à la télévision qu’ "ils font n’importe quoi, ils augmentent les salaires des fonctionnaires et les retraites" (cit. D. Strauss-Kahn, jeudi 20 mai 2010)
En effet, on voit des pays faire vraiment n’importe quoi... rendons-nous compte, augmenter les salaires et les pensions des gens qui vivent avec 750 € /mois !
Or, les bonnes gens ont compris que la richesse est, jour après jour, détournée, déplacée, transférée, un peu tous les jours, vers l’Action et l’Epargne. Si les revenus d’un pays productif comme la France n’augmentent pas c’est que certains intérêts n’y tiennent pas. Ce vol est devenu la règle.
D. Strauss-Kahn se félicite plutôt que l’Euro, qu’il a contribué à mettre en place, ait protégé "l’économie européenne" (les rentiers, les épargnants) pendant la crise des sub-primes (cit. même bonhomme, même jour)
Qui s’étonnera après ça que les biens portants, les cerveaux, les innovateurs fuient l’Europe ? Nos états sont condamnés à gérer le social, le chômage de masse, les déficits, en un mot les ennuis, et à se laisser dicter leurs politiques par les intérêts financiers devenus essentiellement privés.
Nous citoyens, sommes condamnés à nous laisser enchanter par DSK-Sarko- et réélire les mêmes.
Voilà l’état du monde en Europe aujourd’hui, cher habitant de la lune.
Dans ce concert européen, l’économiste du Front de gauche établit que si nous avions des hommes d’Etat à la tête de nos pays aujourd’hui -et pas des lavettes- nous pourrions faire changer la peur de camp et reprendre notre destin en main.
En ce début de mai 2010, les Etats européens sont tous d’accord (pour une fois !) à mener de concert une politique d’austérité budgétaire et donc sociale. Ils ont peur. "Ils ont perdu leur honneur et ils auront la guerre", dit Généreux dès le début de l’entretien.
Mais peut-être la peur est-elle déjà en train de changer de camp, puisque des personnes qui n’ont jamais rien entendu à l’économie commencent à y voir clair dans le manège et les formules enchanteresses. Dominique de Villepin avait bien raison de dire qu’il y a dans le pays aujourd’hui un sentiment révolutionnaire.
Ce constat est posé de façon sérieuse et brillante par l’économiste Jacques Généreux dans son ouvrage "La Dissociété" qui analyse ces mécanismes qui conduisent une démocratie présumée saine à choisir ce qui est le plus mauvais pour elle.
Une croissance inégalitaire qui repose sur la dette des Etats et des ménages et dont on ne trouve pas l’issue, sans être grand clerc, est sûrement le signe d’une société malade, déséquilibrée, schizophrène, osons le mot, qui aurait peut-être besoin d’une cure de socialisme appliqué, à commencer par une reprise en main du politique sur les lobbies financiers, et que les élus s’expriment et agissent au nom du peuple qu’ils représentent.
Philippe Delmas : Lewis Carroll au pays de la mondialisation, in le Nouvel économiste.fr
J. Généreux : La dissociété , livre de poche, Points
* lire "La Faute de M. Monnet" sur le péché originel de la création de l’Europe. J-P Chevènement, ed.Fayard 2006
** le Vénézuéla, pourtant fort de ses capacités pétrolières, est noté aussi mal que la Grèce en capacités de remboursement.
8 réactions à cet article
Ajouter une réaction
Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page
Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.
FAIRE UN DON












