Que veut Mélenchon ?
Un Grenelle 2027
De Mao à Mélenchon : la jeunesse comme instrument de pouvoir
La politique n'est pas une affaire de programmes.. Les programmes servent principalement à habiller des stratégies de pouvoir fondées sur les intérêts des classes sociales.
Les élections à venir ne constituent probablement plus l'enjeu principal. Selon moi, la victoire de Marine Le Pen à la prochaine présidentielle apparaît comme l'issue la plus probable. La véritable bataille se joue donc ailleurs : dans la désignation du futur chef de l'opposition et dans la recomposition politique qui suivra.
C'est sous cet angle qu'il faut analyser la stratégie de Mélenchon.
Mao ou la mobilisation de la jeunesse sans mémoire manipulable
Lors de la Révolution culturelle, Mao Zedong choisit de s'appuyer sur la jeunesse contre une partie des instances du Parti communiste chinois.
À mes yeux, cette orientation constitua une déviation gauchiste et aventuriste qui coûta très cher à la Chine. En contournant les mécanismes collectifs de décision du parti, Mao fit de la jeunesse un instrument de lutte contre une ligne politique qu'il considérait comme un obstacle à la sienne.
L'intérêt de la comparaison avec la France contemporaine n'est évidemment pas institutionnel. Il est stratégique.
Dans les deux cas, la jeunesse apparaît comme un levier permettant de contourner les syndicats ouvriers les partis traditionnels et d'imposer un nouveau rapport de force en s appuyant sur leurs revendications mais avec des arrières pensées politiciennes.
Le produit politique de deux traditions
Jean‑Luc Mélenchon est selon moi l'héritier de deux traditions.
D'une part, celle du trotskysme, dont il a conservé les méthodes de mobilisation permanente, de radicalisation de la conflictualité et d'encadrement militant.
D'autre part, celle de François Mitterrand, incarnation de la gauche bourgeoise française qui lui a ouvert les portes du système institutionnel ( député sénateurs) avec les privilèges associés (9000€ de retraite biens immobiliers à Paris et en province).
Le trotskysme lui aurait apporté les techniques de mobilisation des masses. Le mitterrandisme lui aurait apporté les mandats, les fonctions, les réseaux et les avantages matériels de la carrière politique.
Il en résulte une synthèse particulière : un discours de rupture porté par un acteur parfaitement intégré au système qu'il prétend combattre.
Une coalition sociale de substitution
La particularité du mélenchonisme est de ne plus s'appuyer principalement sur la classe ouvrière organisée qui pour l'essentiel a rejoint le RN qui prétend la rejoinde dans son opposition aux flux migratoires.
Sa base repose davantage, selon moi, sur une coalition associant :
la gauche bourgeoise ;
les organisations trotskystes et post‑trotskystes ;
des groupes anarchistes ou ultra‑gauchistes ;
divers réseaux communautaires ;
des courants islamistes ou islamo‑politiques ;
une partie de la jeunesse étudiante et urbaine plus ou moins infectée par l ideologie americaine wokiste et black lives matters, étrangères à la culture française.
Cette coalition est très hétérogène.
Son unité ne repose pas sur une doctrine économique commune mais sur l'opposition à un adversaire désigné, aujourd'hui le RN et la classe ouvrière qui l'a rejoint, supposée raciste homophobe patriarcale depuis l'équipe Mitterrand Dray qui ont construit les bases de cette accusation discréditante pour l'isoler et briser son parti traditionnel le PCF.
Le rôle de l'immigration dans cette stratégie
La question de l'immigration constitue à mes yeux le cœur du débat.
Je ne l'analyse pas principalement sous l'angle moral ou humanitaire mais sous l'angle économique.
La mondialisation économique recherche des flux permanents de main‑d'œuvre. Une partie du patronat favorable à cette mondialisation trouve dans l'immigration un intérêt objectif : élargissement du marché du travail, pression accrue sur les salaires dans certains secteurs et fragmentation du monde du travail.
Dans cette lecture, la gauche mélenchoniste et le patronat mondialiste ne poursuivent évidemment pas les mêmes buts mais peuvent converger sur certains résultats.
Les uns y voient une ressource économique.
Les autres y voient la base sociologique d'une nouvelle coalition électorale.
La classe ouvrière française devient alors la variable d'ajustement d'un système dont elle n'est plus le centre.
Le front républicain comme alliance de circonstance
L'épisode récurrent du « front républicain » constitue, selon moi, la manifestation visible de cette convergence.
Des forces politiques, médiatiques, patronales, associatives et communautaires extrêmement diverses se retrouvent périodiquement réunies autour d'un même objectif : empêcher l'accession du RN au pouvoir.
Leur accord ne porte pas sur un projet économique commun mais sur l'existence d'un adversaire commun.
Cette logique de coalition permet à des intérêts parfois contradictoires de coexister temporairement.
Le soutien de certaines élites économiques
Cette analyse conduit à s'interroger sur les prises de position de certaines figures du grand patronat ou de leur entourage lorsqu'elles expriment leur hostilité au RN ‘Madame Arnault le multimilliardaire affichant sa prise de parti pour Mélenchon qui ne s’en vante pas !.
Je n’y vois ni vois nullement une adhésion aux idées de la gauche radicale mais un soutien à un cadre politique et économique compatible avec la mondialisation actuelle.
Dans cette logique, une contestation spectaculaire mais contrôlée apparaît souvent moins menaçante qu'une remise en cause profonde des mécanismes économiques existants.
Le véritable objectif : un Grenelle de la jeunesse
La clé de compréhension du mélenchonisme est, selon moi, ailleurs.
Je pense que Jean‑Luc Mélenchon ne cherche pas prioritairement à résoudre les contradictions actuelles.
Il chercherait plutôt à devenir l'interlocuteur incontournable d'une future explosion sociale.
D'où l'importance stratégique de la jeunesse.
D'où l'importance des mobilisations étudiantes qui n en finissent pas .
D'où également la faible appétence pour les compromis permettant une stabilisation durable de la situation économique et sociale.
J'appelle cela le scénario du « Grenelle de la jeunesse ».
Dans une crise majeure, celui qui apparaîtra comme le représentant politique naturel de la jeunesse mobilisée deviendra le chef incontesté de l'opposition.
Voilà l'enjeu réel.
Et pourquoi Les gisements financiers ignorés
C'est dans ce cadre que je m'étonne du silence entourant les travaux de Charles Prats, Gabriel Zucman et Jean Peyrelevade. Au moins 100 milliards, excusez du peu !!!
Leurs analyses sont différentes mais elles ont un point commun : elles mettent en avant l'existence de ressources financières importantes ou de réformes susceptibles, selon eux, d'améliorer significativement les finances publiques françaises.
Si ces pistes étaient réellement explorées, elles pourraient contribuer à réduire la tension sociale.
Or ces questions demeurent marginales dans le débat public.
Elles sont ignorées par la gauche mélenchoniste.
Mais elles le sont aussi par le RN.
Deux silences, deux motivations
Je considère que les raisons diffèrent.
-Le RN évite ces sujets parce qu'il ne souhaite pas s'aliéner certaines fractions aisées de l'électorat ou des milieux économiques.
-Mélenchon les évite parce qu'une sortie positive de la crise affaiblirait le scénario conflictuel dont dépend sa stratégie de conquête du leadership de l'opposition.
Ainsi, chacun laisse de côté des questions qui pourraient pourtant modifier profondément le débat national.
La politique réelle
Au fond, la question n'est pas de savoir qui possède le meilleur programme ni même qui tient le discours le plus radical.
La question est : qui gagne du pouvoir ?
Qui contrôle les mobilisations ?
Qui profite des recompositions sociales en cours ?
Qui bénéficie de la mondialisation, de l'immigration de masse et du déplacement des conflits sociaux vers les conflits identitaires ?
À mes yeux, la politique réelle commence là.
Et c'est à cette lumière que doit être jugée la stratégie de Jean‑Luc Mélenchon, non à partir de ses déclarations, mais à partir des intérêts sociaux qu'elle renforce et des rapports de force qu'elle contribue à construire.
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