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Réflexions d’un confiné

Comme pour chacun d’entre nous en cette période unique dans l’histoire récente, le confinement est de règle. Et la première réaction qui se présente est de rendre un hommage vibrant à toutes celles et tous ceux qui se dévouent pour soigner les malades et conserver à nos nations un minimum de fonctionnement. Leur mérite doit être salué avec un respect et une admiration majuscules.

Mais cette situation aussi insolite que contraignante permet de consacrer une partie de son temps à quelques réflexions basiques.

 Beaucoup de responsables politiques ou médicaux mentionnent la nécessité de mener une « guerre » contre le virus. Certes, personne ne songera à nier que cette dissémination de molécules virales représente une menace de première grandeur contre la survie de l’humanité et que notre priorité est de parvenir à retrouver une condition sanitaire harmonieuse. Mais ce terme guerrier me semble à la fois dérangeant et riche d’enseignement.

Dérangeant parce que nous considérons que cette « saloperie », comme disent certains, nous agresse. Ce qui est vrai, bien sûr. Mais cette attaque que nous condamnons avec la plus grande fermeté n’est-elle pas semblable à celle que l’humanité opère depuis plusieurs décennies contre la terre-mère elle-même ? Oui, je sais, nous estimons représenter le summum de la manifestation de la vague de vie sur cette petite planète bleue et, de ce fait, jouir du droit de l’épuiser à notre guise. Conséquence logique de cet orgueil démesuré, tous les éléments qui menacent cette expansion et les débordements qui l’accompagnent ne peuvent être vus que comme négatifs et destructeurs.

Mais dans cette optique nous oublions totalement que la Terre est un être vivant qui possède lui aussi des processus de défense lorsqu’il est agressé. C’est Allain Bougrain-Dubourg qui, je crois, raconte qu’il a vu sur les marchés chinois plus d’une centaine d’espèces d’animaux sauvages à la vente pour une alimentation humaine, de la chauve-souris au lézard, en passant par le koala ou le pangolin. Lorsqu’on sait que nombre de ces animaux, même notre pigeon citadin, sont porteurs de multiples bactéries ou virus, que penser de cette consommation aberrante de chairs qui n’ont jamais été destinées à être ingérées par nos estomacs ?

Il faut être à la fois ignorant et inconscient pour s’étonner que, périodiquement, nos comportements déviants provoquent des coups de semonces plus ou moins importants. Certes, les réactions d’un corps comme la Terre ne sont jamais immédiates. Si tel était le cas, même les esprits les plus obscurcis et égocentriques, tels Donald Trump ou Jair Bolsonaro, seraient contraints de reconnaître l’évidence. Mais, même si les laps de temps sont étendus, la réaction n’en est pas moins implacable.

Hormis les scientifiques et les écologistes qui dénoncent cette course à l’abîme que nous menons depuis plus d’un siècle, quels sont les responsables politiques ou magnats financiers qui envisagent de mettre un frein à ce démantèlement des richesses naturelles et à cette asphyxie progressive de notre planète ? Inutile de mentionner les déforestations massives, l’épuisement des ressources naturelles, les pollutions en tous genres. Personne, hormis ceux qui voient leurs intérêts financiers menacés, ne peut dire aujourd’hui qu’il ignore ces données inquiétantes. Expansion économique continue et sauvegarde de notre patrimoine naturel sont incompatibles.

Qui s’en soucie ? Peut-être pourra-t-on écrire, lorsque cette crise sanitaire sera « derrière nous » : qui s’en souciait  ? Car l’un des enseignements majeurs de cet accident de parcours gravissime sera, on l’espère du moins, de nous interroger sur la poursuite de la lancée folle qui guidait notre comportement jusqu’alors. Nombre de « lanceurs d’alerte » insistaient sur la nécessité de ralentir cette course consommatrice pathologique. Mais ils prêchaient dans un désert totalement ignoré par les lobbies murés dans leurs gratte-ciels majestueux. Quelle est l’une des premières conséquences de cette invasion virale ? Nous obliger à déserter les temples de la consommation qui sont souvent la principale destination des sorties en famille.

Pour ne citer qu’un exemple, regardons ce qui se passe autour de Nice. Nous avons le centre ‘Nice Etoile’ au cœur de la cité, le complexe ‘Nice Lingostière’ dans la vallée du Var, le gigantesque ‘Cap 3000’, près de l’aéroport, qui vient de doubler sa surface, ‘Polygone’ à Cagnes sur mer, le futur mega complexe qui va tourner autour d’Ikea, toujours dans la vallée du Var, le centre commercial Carrefour d’Antibes. Et, toute cette accumulation n’étant pas suffisante pour satisfaire nos prétendus besoins de consommateurs, il est prévu un énorme complexe, ‘Open sky’, à la limite de Valbonne Sophia Antipolis, dont le projet, heureusement, a suscité une levée de protestations ! Tout cela dans un rayon de 25 kilomètres ! Comment qualifier cette débauche de bétonnisation à visées purement commerciales, sinon de délire ?...

 Certes, tout n’est pas rose non plus dans cette période de confinement, puisque la diminution forcée des achats compulsifs dans le domaine physique est compensée par un accroissement des commandes sur Internet. Pourtant, une fois que le stress provoqué par le confinement aura cessé de générer des achats compensatoires, il est possible d’espérer qu’une prise de conscience s’effectue chez un pourcentage significatif des êtres humains.

Logiquement, cette conscientisation devrait se focaliser sur un constat qui, jusqu’à cette épidémie, ne semblait pas avoir été intégré par une majorité de nos dirigeants, qu’ils soient politiques ou financiers. A savoir l’HUMILITÉ. Parce que si les épreuves subies actuellement n’ont pas un impact suffisant pour faire réfléchir tous ces magnats qui dirigent le monde, c’est à désespérer de la race humaine ! 

Certains spécialistes avaient à plusieurs reprises mis en garde contre les dégâts énormes que représenterait une atteinte informatique d’ampleur planétaire pour une société dont tous les rouages dépendent aujourd’hui d’Internet. Mais cette potentielle attaque aurait une origine humaine. Or quelle est la responsable du bouleversement mondial qui nous affecte sur les cinq continents depuis plusieurs mois ? Une capside contenant un petit brin d’ARN qui est l’une des formes les plus primitives de la Vie ! Le tout mesurant environ 100 nanomètres, soit, sauf erreur de calcul, 1 dix millième de millimètre. Cette minuscule chose qui, pour beaucoup n’est même pas considérée comme vraiment vivante, est capable de mettre à genoux une civilisation qui se considère comme l’apogée de la création ! Si les conséquences sur tous les malades et les personnels d’astreinte n’étaient pas aussi dramatiques et préoccupantes, il y aurait de quoi sourire !

Quel visage prendra la société au lendemain de cette crise ? Bien malin qui pourrait le dire. L’être humain possède une capacité exceptionnelle pour mépriser tous les éléments susceptibles de prendre l’apparence de panneaux avertisseurs. Les progrès de la science sont une manifestation merveilleuse de l’esprit humain. Personne ne peut le nier. L’une des sources de négativité qui polluent ce domaine si riche réside sans doute dans une croyance qui semble constituer le pilier fondateur de nombreuses recherches :

« La nature commet des erreurs que l’être humain s’emploiera à corriger ».

Toute forme apparaissant sur terre est soumise à des cycles de naissances et de disparitions. La vie moyenne d’un être humain est limitée à 80 ou 100 ans ? Heureusement Google et les chercheurs sont là pour corriger cette aberration naturelle et permettre de dépasser allègrement cette limite. Tous ceux qui ont dépassé cinq ou six décennies ont déjà conscience du fossé qui les sépare des « jeunes », et cette faille ne fait que s’accentuer, tant les évolutions physiques et psychologiques s’accélèrent. Qu’importe ? On aura bientôt la « chance » de dépasser 200 ou 300 ans. Merci pour le cadeau, aussi bien pour nous que pour la terre qui n’a nul besoin de ce surcroît d’habitants !

Il n’y a plus assez de ressources dans le sous-sol de notre planète ? Pas de problème, nous irons piller nos astres voisins.

Beaucoup d’œuvres de science-fiction — domaine souvent visionnaire — nous montrent ce que peut devenir un monde dans lequel la conscience a été abolie. Ce n’est pas vraiment attirant, c’est le moins qu’on puisse dire.

Le film « Elysium » de Neill Blomkamp, sorti en 2013, nous donne une image prophétique de 2154 : Quelques milliards d’humains survivent tant bien que mal sur une terre dévastée. Mais ce n’est pas bien grave, puisque la science aura heureusement eu le temps de créer des stations spatiales grand luxe dans lesquelles vivront quelques centaines de milliers de richissimes. 2154 ? Il n’est pas impossible que le scénario soit optimiste. Grâce à ses capacités fondées sur le « côté obscur », l’être humain aura peut-être réussi bien avant cette date à rendre cette vision réelle. 

À moins que, comme dans le film « Abyss » (version longue) de James Cameron, un cataclysme d’ampleur mondiale ne vienne réveiller brutalement les puissances dirigeantes. Peut-être est-ce le moment que nous vivons actuellement ? On ne peut que l’espérer et méditer pour permettre l’instauration de cette conscience humaine éclairée…

Merci aux lecteurs qui sont parvenus jusqu’ici. Ils sont courageux… Vos commentaires sont les bienvenus.

22/03/2020 Bernard SELLIER


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10 réactions à cet article    


  • Giordano Bruno 25 mars 12:04

    "Certes, personne ne songera à nier que cette dissémination de molécules virales représente une menace de première grandeur contre la survie de l’humanité..." dites-vous ?

    Si ! moi ! Je ne crois pas une seule seconde qu’un virus dont la plupart des contaminés se remettent sans dommages, parfois en restant asymptomatiques puisse constituer une menace pour la survie de l’humanité.


    • SELLIER SELLIER 25 mars 13:21

      @Giordano Bruno
      Il est facile de se rendre compte que les conséquences virales sur la santé ne sont qu’une infime partie de ses effets. Effectivement, elles ne sont pas pour l’instant énormes. Souhaitons de tout cœur que le virus s’éteigne avant d’avoir eu le temps de muter. Mais qu’en est-il du blocage économique qui affecte le monde entier pour de simples particules d’ARN ?


    • Fergus Fergus 25 mars 15:53

      Bonjour, Giordano Bruno

      Vous avez raison, ce n’est pas l’humanité qui est en péril  le nombre des victimes sera peu élevé en rapport de la population mondiale —, mais son modèle socio-économique globalisé.


    • CLOJAC CLOJAC 25 mars 23:23

      @SELLIER

      « Il est facile de se rendre compte que les conséquences virales sur la santé ne sont qu’une infime partie de ses effets.  »

      Un bilan me semble prématuré. Quant aux prédictions... Le virus peut s’éteindre tout seul. Ou muter et revenir en plus toxique. N’oublions pas la peste noire et la grippe espagnole.

      Mais même en supposant que les effets directs du virus soient relativement limités, ce que tout le monde souhaite bien sûr, il ne faut pas négliger les effets collatéraux du confinement, en situation puis a posteriori, qui peuvent s’avérer désastreux.

      Des médecins et des chercheurs de la « Harvard Medical School », du « Lancet » et du « king’s College » ont étudié la nocivité de ces phénomènes, entre stress post-traumatique, affections psychosomatiques, névroses et psychoses diverses.
      Curieux qu’en France peu de gens relayent ces infos.  smiley

      https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/confinement-le-syndrome-de-diogene-222550


    • leypanou 25 mars 12:27

      Lorsqu’on sait que nombre de ces animaux, même notre pigeon citadin, sont porteurs de multiples bactéries ou virus, que penser de cette consommation aberrante de chairs qui n’ont jamais été destinées à être ingérées par nos estomacs ? 

       : vous partez donc de la supposition que c’est le fait de consommer ces bêtes qui sont l’origine probable de la pandémie.

      Il est intéressant d’écouter Giuseppe Remuzzi, directeur de l’Institut Mario Negri pour la Recherche Pharmacologique de Milan qui pense autre chose (2mn de vidéo détails ici).

      Il y a aussi d’autres points de vue d’ex-microbiologistes qui ont travaillé à Fort Dietrick par exemple qui a été fermé récemment.

      Quant à « cette dissémination de molécules virales représente une menace de première grandeur contre la survie de l’humanité », d’après cet article, 99% des infectés morts de coronavirus avaient déjà d’autres pathologies.


      • SELLIER SELLIER 25 mars 13:26

        @leypanou
        Bonjour. Bien savant qui pourrait affirmer l’origine exacte du virus. La question est simplement de parvenir à mettre fin à des pratiques déviantes qui, outre le fait de favoriser la transmission de virus ou bactéries d’une espèce à une autre en arrivant jusqu’à l’homme, menacent grandement la survie d’espèces en voie de disparition.


      • San Jose 25 mars 12:49

        A part les réflexions de M. Rakotoarison, bof...


        • Nicolas_M Nicolas_M 25 mars 15:59

          Je vous invite à lire cet article de forbes... Le COVID-19 sauve indirectement 20 fois plus de vie humaines qu’il n’en prend. La crise économique, le confinement, ce sont les meilleures choses qui soient arrivées à la planète depuis au bas mot 200 ans, depuis les débuts de l’industrialisation.


          • Fergus Fergus 25 mars 16:00

            Bonjour, Sellier

            Il ne faut, à mon avis, pas attacher trop d’importance à l’usage du mot « guerre ».

            Celui-ci revêt en effet un sens imagé qui est couramment utilisé sans que quiconque y trouve à redire.

            C’est vrai notamment dans certains « conflits »  tiens un autre mot belliqueux !  de nature sociale.

            C’est vrai également dans des rapports de couples déchirés.

            C’est vrai encore dans la littérature ou le cinéma, à l’image du film « La guerre est déclarée » de Valérie Donzelli qui raconte la lutte contre le cancer qui a touché son gamin.

            Brref, cela ne vaut pas une polémique sémantique.


            • montag 26 mars 18:15

              Vous ouvrez une question sur le confinement : en abordant le gigantisme des centres commerciaux, dans lesquels je suis incapable de me rendre à cause de la quantité de personnes, de bruits, de lumière, de la hauteur des « gondoles » (je crois que c’est le nom des énormes étagères qui surplombent les allées). Je ne peux pas rester plus de quelques minutes dans ces conditions, et en même temps, le confinement ne me dérange aucunement. Question : les hyper marchés produisent-ils des mutants ?

              La question m’en rappelle une autre : comment les automobilistes s’accommodent des attentes (dangereuses) aux embouteillages des péages sans reprendre les routes qui sillonnent la campagne dès leur libération ? Mutants ??

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