Régions plus moroses que roses
Il est d’usage que les analystes tirent les enseignements d’un scrutin électoral. Je vais donc le faire. Et vite. L’enseignement principal de ces élections, c’est qu’il n’y a rien à tirer comme enseignement. L’affaire était jouée d’avance. Les sondages ne s’étaient pas trompés. Sauf un petit détail qu’un savant humoriste expliquera en mimant Sarkozy incarné dans le directeur des ressources humaines du PS puis directeur de campagne du FN, parti dont on sait qu’il est sous-évalué chez les sondés alors qu’il représente un peu plus que son influence dans des élections à forte abstention. L’électeur du FN, c’est un dur à cuire, qui suit les ordres et qui ira plus aisément vers l’urne qu’un gauchiste hésitant entre l’abstention et un vote protestataire. Qui du reste n’a pas eu au vu du score du NPA au premier tour. Une explication ? Il semble que le temps de la colère soit révolu. Les altermondialistes n’ont plus la cote du début des années 2000, avec les grandes messes de Porto Alegre, Seattle, Gêne. Serions-nous à l’époque de la résignation ?
Si tel est le cas, alors le succès du PS s’explique par un souci de protection émis par l’électeur. Plutôt qu’un contrat d’avenir, l’électeur de gauche a signé un contrat d’assurance, mieux encore, de rassurance. Le temps n’est plus à la bravitude symbolisée par une sainte parcourant la muraille de Chine mais à la rassurance, orchestrée par une Martine Aubry très maternante. La pasionaria des 35 heures est devenue une chef de parti bien rangée, respectable, le genre de personne à qui on confierait les clés de la maison pendant un week end. C’est cela, les clés des régions confiées à des dirigeants socialistes. En politique, investir dans le rose, ça ne rapporte pas beaucoup mais ça permet d’être rassuré car l’avenir risque, lui, de ne pas être rose.
Des problèmes de grande amplitude sont amenés à s’étendre. Il y a la dette qui interdit maintenant les marges de manœuvres budgétaires. Avec la crise de la globalisation, la France perd ses emplois, mais n’est pas prête de trouver une croissance à 5 points lui permettant de résorber le chômage. Donc, crise sociale en perspective. A cela s’ajoute le déficit de la Secu qui ira grandissant en conjuguant deux phénomènes, l’un sur lequel on a aucune prise, les gens vieillissent et ont besoins de soins, l’autre étant pratiquement une fatalité d’ordre systémique, les rentrées d’argent ne seront pas disponible pour combler une partie du déficit de la Secu. Car il y a la dette et si le gouvernement voulait résorber la dette d’ici 2014, et contenir les déficits de la Secu, il devrait augmenter les prélèvements fiscaux et sociaux de 5 à 10 points. Et c’est sans compter les retraites qui vont aussi engendrer un problème de répartition quasiment insoluble. C’est le même effet que la Secu, la crise réduit le nombre de cotisants et les vieux partant à la retraite sont de plus en plus nombreux. Faites le calcul. Ou mieux, ne le faites pas, cela pourrait vous gâcher cette belle journée printanière. Les plus courageux iront quand même jusqu’au bout de ce bilan d’avenir sombre. Un autre problème se dessine, celui des ressources naturelles et notamment de l’énergie fossile dont nous avons besoin pour le chauffage et le déplacement. Compte-tenu des prévisions de la demande dans les NPI (nouveaux pays industrialisés), faites le calcul !
Le 22 mars 1968, un mouvement naissait. Celui de la contestation étudiante. Ce 22 mars 2010 est né le non mouvement de la résignation. Les Trente glorieuses se sont achevées dans les années 1970. Trente ans plus tard, en 2005, 2008, 2010 ? quelque chose du genre les Trente piteuses a commencé un mouvement de baisse du niveau de vie. Il fallait bien que ça arrive. Le député de terroir Jean Lassale a très bien évoqué la vie des gens et d’ailleurs, c’était la seule phrase pertinente, entendue hier sur FR3, une allusion au marasme social non pas généralisé mais situé dans deux zones bien connues, les campagnes et surtout la périphérie des villes. Signe de la paupérisation des classes sociales que le système a mis en périphérie des secteurs où on gagne correctement de quoi vivre, et même plus si affinité avec le réseau social économique à hauts revenus. Les régions, c’est nos campagnes, nos villes avec leurs HLM, leurs zones à faible économie, leur pauvreté, ces jeunes dont le pôle emploi ne sait que faire, confiés à des travailleurs sociaux pour les occuper afin qu’ils ne fassent pas de bêtises, ces vieux qui font faire les poubelles pour bouffer et… qui seront bientôt envoyés par trains spéciaux dans les hospices car ils n’ont pas de retraite... Chut ! c’est le printemps, y a du soleil !
Bientôt, on dira « morose comme un lendemain d’élection régionale »
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