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Révo. Cul. dans la Prim. Pop.

Cette « primaire »-là n’a rien de « populaire », mais elle a l’arrogance d’une certaine jeunesse. Ces gardes roses 2.0 s’en prennent vertement aux partis « de gauche » et leur intiment l’ordre de suivre leurs instructions.

Ils s’imaginent peut-être sincèrement se lancer dans un « révolution culturelle » contre les bureaucrates de plus de 30 ans. Que cent fleurs s’épanouissent et qu’on prenne un élan pour un grand bond en avant dans le monde d’après.

On peut s’enthousiasmer quand on a 17 ans et, aujourd’hui, on a 17 ans jusqu’à 30 ans parfois. La sincérité des « fantassins » n’est pas en cause. Le monde n’est pas gai. On ne peut pas passer son temps à résister en terrasse, à boire des bières au moment des « happy yours » en attendant des jours meilleurs. Alors on accepte de faire un peu de télémarketing, proposé par des « militants citoyens », pour une primaire qui a l’air si sexy. Taubira à l’Elysée, ça aurait de la gueule, non ?

Taubira, tiens ! Une autre bande de jeunes avait lancé une autre pétition en ligne au même moment : https://taubirapour2022.fr/

Beaucoup moins « pros », les pauvres. Cet appel à sa candidature a culminé à 52 605 le 23 novembre. Il est vrai que deux mois plus tôt, elle avait annoncé, une première fois déjà, son renoncement en déclarant : «  On ne peut pas simplement s'asseoir et dire je suis candidat ».[1]

 

Mais on peut être jeune et avoir déjà quelques galons de « bureaucrate », sous la forme contemporaine « militant citoyen » : autrement dit « influenceur » ou « startuper ». Les « créateurs » de la «  Prim. Pop » avaient d’abord « créé en février « 2022 ou jamais », une structure de six personnes salariées, forte de 300 000 euros de levée de fonds ».

On peut légitimement s’interroger, comme Ludovic Delaherche, pour savoir qui se cache derrière cette « primaire » qui se prétend « populaire ». [2]

D’emblée, il nous fait découvrir ce tweet péremptoire du directeur politique de la prétendue primaire de gauche, Samuel Grzybowski, : « La bonne nouvelle de la candidature dEmmanuel Macron c'est de voir (enfin) un alternative ni droite ni gauche dans le paysage ».

C’était en avril 2016. Il ne faisait là que reprendre la formule initiale de la campagne de Macron, avant que ses communicants ne s’avisent que ce « Ni droite ni gauche », c’est aussi ce qui définissait « L'idéologie fasciste en France »[3]. Ils s’efforcèrent de lui substituer une formule moins polémique, connotée et chargée de sens : « Et de droite, et de gauche » (« En même temps »).

https://blogs.mediapart.fr/jules-elysard/blog/120517/macron-est-il-fasciste

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/macron-est-il-fasciste-193115

 

Le billet de Ludovic Delaherche étant un peu à charge, je conseillerais plutôt la lecture d’une presse moins engagée à gauche, Les échos et Le Figaro.[4]

L’article des échos a été publié le 16/12/21 et remis à au goût du jour le 03/01/22. Il ne montre aucune hostilité envers les deux leaders de la «  Prim. Pop »[5]. Celui du Figaro est un peu moins enthousiaste[6]. Tous les deux notent la culture catholique des jeunes « entrepreneurs ». Car c’est bien ce qu’ils sont aux yeux d’une presse de droite.

Imagine-t-on ces deux titres consacrer de tels papiers à L’Union Populaire ?

La réponse est dans la question. La presse de droite applique depuis peu à la «  Prim. Pop » le traitement dont elle gratifie depuis un peu plus longtemps le candidat stalinien Fabien Roussel. On savait déjà que la direction du PCF pratiquait en douce le « vote révolutionnaire pour Giscard » en 1974 et 1981[7]. Mais de là à rendre publiques ces manœuvres... Jean d’Ormesson, ne te retourne pas !

 

Le but réel de la manœuvre de « la galaxie PS » aujourd’hui n’est pas de faire accéder un candidat de gauche au second tour ; c’est de l’interdire à Mélenchon et de voter ensuite pour Macron.

 

«  deux options sont sur la table : soit un vote populaire des 240 000 inscrits (pour le moment) pour une investiture, avec des candidats volontaires ou non ; soit une primaire, s'ils se mettent tous d'accord »

Samuel Grzybowski au Figaro du 09/12/2021

 

« Si les candidats refusent, on fera tout pour quand même faire exister un rassemblement, mais on changera de ton et de méthode. »

Clément Pairot, autre « bureaucrate » de la Prim. Pop., cité par Reporterre le 20/11/2020 [8]

 

« Nous voulons nous révolter, nous allons prendre le pouvoir, livrez-nous immédiatement les tampons officiels. »

Révo. Cul. dans la Chine Pop (1974) p. 29

La Prim. Pop. ne fait pas rêver grand monde. Et je ne vois pas pourquoi les signataires de celle-ci, fussent-ils 500 000, pourraient m’imposer leur choix. Et le simple fait que je sois invité à participer à cette opération du Saint-Esprit par une presse « de gauche » incarnée par Libé, L’Obs et Radio Paris suffirait à m’en détourner si je ne l’étais pas déjà.

Je me suis pourtant intéressé à cette opération comme à une manipulation politique.

« Avec 281.000 (au 15 décembre), nous avons déjà plus d'inscrits à notre primaire que les autres partis », tenait à souligner Mathilde Imer aux Echos. Elle la comparait à celle des d’EELV et de LR. (Le journal faisait remarquer que, pour ces deux primaires, il fallait payer une cotisation pour participer.)

Mais elle choisissait de ne pas comparer sa campagne de signatures à celle qu’avait lancée Jean Luc Mélenchon en novembre 2020. Elle aurait pourtant pu se vanter d’un succès : sa Prim. Pop. avait fini par rattraper puis par dépasser « Nous sommes pour » de Mélenchon aux environs du 14/12/21 (280 083 contre 265 471).

Jusqu’au 10/10/21, apparaissaient sur le site un top 10 (5 femmes et 5 hommes). Et le score de tous les candidats potentiels y était indiqué. Si la méthode à un tour proposée avait été appliquée ce jour-là, Taubira aurait été qualifiée avec... 21,86% (contre 16,33% à Ruffin).

Ce site de la Prim. Pop. a beaucoup évolué depuis octobre.

Mais il y est encore écrit aujourd’hui que, le 11 octobre, elle «  a présenté les 5 hommes et les 5 femmes ayant reçu le plus de parrainages. C'est parmi cette liste que les personnalités présentées au vote de janvier seront déterminées ». Question : Jadot et Mélenchon en seront-ils sortis puisqu’ils n’ont pas voulu se joindre au « process » ?

Un trombinoscope y est présenté : 3 candidates et 3 candidats ; une personne qui « envisage » de se présenter ; une femmes et deux hommes qui y ont renoncé : ne conviendrait-il pas de préciser que Clémentine Autain et François Ruffin soutiennent Jean-Luc Mélenchon ?

 

Un sondage sur la Prim. Pop., le 23/12/21, en donnait Mélenchon vainqueur avec 37% (contre 24% à Taubira)[9]. Si la diva Taubira ne réussi pas sa « remontada » d’ici le 15 janvier, les gardes roses 2.0. seront confrontés à un dilemme : soit qualifier Mélenchon, soit le disqualifier parce qu’il n’a pas voulu suivre les bons « process » et se soumettre à leur diktat. Mais leur « « révolution culturelle » n’est pas une autre façon de faire de la politique ; elle est, comme la première (mais sans faire couler de sang) l’expression d’une lutte pour le pouvoir, pour en écarter certains.

 

Si cette méthode pour éliminer Mélenchon ne suffit pas, une autre est proposée par quelques élus favorables à la Prim. Pop : au prétexte d’une indignation évidemment vertueuse, il s’agit simplement de le priver des fameux « parrainages ».

Ainsi le « serment de Romainville » dont L’Obs a tenu à faire la publicité[10].

Ces élus sont pour la plupart issus d’une « galaxie PS » qui n’en finit pas de mourir. La plupart ont suivi Macron. D’autres avaient déjà suivi Mélenchon. Les autres ont perdu « le peuple de gauche » et croient faire l’union en réunissant des groupuscules nés de la décomposition du PS : Nouvelle Donne, Place Publique, Génération.s. Ils visent en réalité sans le savoir la recomposition d’une ligue dissoute : une Fédération de la gauche démocrate et socialiste.

En attendant, ils prêchent en réalité, pour le premier tour, soit une abstention citoyenne, soit un vote direct pour Macron (ou pour Pécresse puisqu’il se dit que certains « socialistes » rancuniers y songent).

Coup de théâtre, coup de force et coup de sang avant la dernière semaine

Du 4 au 6 janvier, Anne Hidalgo fait des contorsions publiques pour vamper Yannick Jadot[11]. Sa démarche a le mérite de réduire l’idée de primaire à l’arc EELV-PS. Un de ses soutiens supposés avoue : « Au moins Mélenchon, lui, est malin : il refuse de parler de l’union de la gauche et a du temps pour parler de son programme »[12].

Le 7 janvier, Pierre Larrouturou, fondateur de Nouvelle Donne et 3ème au décompte 10/10/21 de la Prim. Pop., vient d’annoncer qu’il entame une nouvelle grève de la faim[13]. Est-ce par dépit d’avoir vu son ami Bruno Gaccio le quitter et rejoindre l’Union populaire ?

Conclusion provisoire

Pendant 5 ans, Mélenchon et ses sympathisants se sont fait insulter par cette gauche qui se prétend raisonnable, mais a seulement été raisonnée par les forces du marché. Cette « galaxie PS » nous a soupçonnés d’islamo-gauchisme, de séparatisme, de populisme, de radicalisme, etc... Des mots comme République ou Laïcité devraient être passés à la javel après être sortis de la bouche de ces disciples honteux de Manuel Valls.

Ces gens-là, sans aucune vergogne, ont osé faire semblant de nous proposer cette Prim. Pop. Certains, on l’a vu, envisagent de voter Précresse ou Macron dès le 1er tour, voire de s’abstenir. Mais ils auront le culot de venir nous intimer de voter au second tour.

 

Les mauvais jours finiront... si le temps le permet.

 

[1] https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-jeudi-16-septembre-2021

Thomas Legrand, le plus grand analyste politique de la station, en fera le lendemain une analyse qu’on pourrait croire arrosée au vin rouge : un second tour Taubira-La Pen.

https://www.franceinter.fr/emissions/l-edito-politique/l-edito-politique-du-vendredi-17-septembre-2021

[3] Titre et sous-titre du livre de Zeev Sternhell, paru en 1983.

[5] « Mathilde Imer se dit fatiguée par le rythme. Beaucoup d'appels de journalistes, des plateaux TV, des préparations pour les rendez-vous politiques avec les partis. « Depuis une semaine, c'est réveil à 6 heures, couché à 1 heure du matin, c'est non-stop ! raconte Samuel Grzybowski. Tout ça alors que je n'ai pas 30 ans », semble-t-il réaliser au fil de l'interview. » 

[6] « Le mouvement de la Primaire populaire n'est pas sans rappeler celui du Pacte du pouvoir de vivre, lancé en 2019 par plusieurs organisations (dont la CFDT, la Fondation Nicolas Hulot et le Secours catholique), avec pour objectif d'interpeller le gouvernement sur l'urgence sociale et climatique. »

[12] « Si la proposition d’organiser une primaire à gauche « était un joli coup stratégique », estime le cadre local du PS interrogé par 20 Minutes, elle n’a toutefois pas infléchi la courbe des sondages… ou alors négativement. « C’est normal qu’on soit à ce niveau-là, plus personne ne sait ce que sont nos positions, râle le cadre. Au moins Mélenchon, lui, est malin : il refuse de parler de l’union de la gauche et a du temps pour parler de son programme. » ».


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1 réactions à cet article    


  • I.A. 8 janvier 23:03

    Votre logiciel est à jour et fonctionne parfaitement bien sur une plateforme 2.0.

    N’en reste pas moins que parvenir à parler et postillonner « politique » aujourd’hui, sans jamais aborder la perte des libertés ou le totalitarisme sanitaire à l’œuvre, c’est franchement con.

    Pour ne pas dire suspect.

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