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Riyadh-Moscou  : Des changements spectaculaires

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En marge du Forum économique de Saint-Pétersbourg en juin dernier, le ministre saoudien de l’Énergie, le prince Abdulaziz bin Salman, a déclaré que les relations entre le royaume et la Russie sont aussi chaleureuses que le temps à Riyad. Cette description résume l’état actuel de la coopération stratégique entre les deux pays.

Cet état de fait met en colère les alliés stratégiques de Riyad en Occident, principalement, bien sûr, les États-Unis. Mais elle reste la meilleure option pour la politique étrangère saoudienne à la lumière des circonstances globales et des réalités de l’ordre mondial existant.

Bien sûr, tout le monde dans la région et au niveau international attend de voir les résultats et les implications de la visite du président américain Joe Biden en Arabie saoudite le mois dernier.

En particulier, il y avait des attentes ou des aspirations non exprimées selon lesquelles l’Arabie saoudite pourrait obliger son partenaire américain à augmenter sa production de pétrole en s’isolant de ses collègues de l’OPEP+, bien que Riyad ait souligné à plusieurs reprises que cette question n’était pas sur la table.

Ensuite, une récente conversation téléphonique entre le président russe Vladimir Poutine et le prince héritier saoudien Mohammed bin Salman a confirmé que cette influence est limitée, voire totalement absente.

La vision stratégique des pays producteurs de pétrole, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’OPEP, notamment l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et la Russie, repose certainement sur une vision objective des marchés et sur la nécessité de maintenir leur stabilité et leur équilibre. Cet aspect est essentiel tant pour les exportateurs que pour les consommateurs.

Pendant ce temps, les États-Unis et leurs alliés de l’Atlantique subissent une énorme pression économique intérieure due à des politiques dont les autres ne sont pas responsables. Ils veulent subordonner les politiques des producteurs de pétrole à ces politiques et utiliser cette production pour isoler et punir la Russie. Ce sont des choses dont les autres ne sont pas responsables.

En fait, ils exposent les intérêts de leurs États et de leurs peuples à des pertes stratégiques importantes. La récente conversation n’était pas seulement une affirmation de la force de la relation entre l’Arabie saoudite et la Russie, mais elle a également souligné à quel point la politique pétrolière saoudienne est engagée dans le maintien de l’équilibre sur les marchés énergétiques.

Ceci est cohérent avec le statut et le poids stratégique mondial croissant du Royaume. Je pense que le problème de la politique étrangère américaine à l’heure actuelle est que les responsables politiques exécutifs et législatifs ne sont pas disposés à reconnaître les changements qui se produisent, que ce soit dans le statut et la position mondiale des États-Unis ou de leurs alliés traditionnels.

Ils veulent seulement maintenir les équations dépassées sur lesquelles les relations d’alliance étaient basées. Les temps ont changé et pourtant ils ne parviennent pas à changer avec les temps  ; cette alliance devrait être abordée de manière réaliste plutôt que de continuer à fonctionner selon l’ancienne vision qui ne reflète plus la réalité des relations internationales.

Un autre problème américain dans ce contexte est l’unilatéralisme. Ce comportement trop égoïste oblige de nombreux alliés à repenser cette alliance ou du moins à la structurer selon un nouveau cadre qui tient compte de l’évolution des variables stratégiques. Washington a démontré sa propension à abandonner ses alliés en cas de crise.

Il existe une sérieuse tendance à plonger certains alliés dans des crises fatidiques, voire existentielles, car Washington ne considère que ses intérêts et le conflit avec ses adversaires et rivaux stratégiques. Ce n’est pas pour justifier les nouvelles orientations des alliés de Washington dans la région du Golfe. C’est plutôt une tentative de comprendre le contexte global des événements.

Ces développements sont influencés par ce qui se passe autour d’eux au niveau mondial car ils reflètent les intérêts stratégiques croissants de ces alliés, intérêts qui nécessitent de construire un large réseau mondial de relations de coopération avec toutes les puissances internationales émergentes car leurs intérêts et leurs points communs se recoupent avec toutes ces puissances.

L’un des points communs les plus importants est la coordination entre l’Arabie saoudite et la Russie pour maintenir la stabilité et l’équilibre des marchés pétroliers et tenir compte des intérêts des producteurs et des consommateurs. Il va sans dire que les États-Unis reconnaissent l’importance de maintenir les canaux de communication ouverts à tous.

Ils s’efforcent de le faire, que ce soit dans les relations avec la Chine ou avec la Russie, malgré toutes les tensions et les circonstances difficiles que traversent ces relations. Mais lorsqu’il s’agit de la politique étrangère d’autres pays, Washington estime que cet allié doit dire non à tout autre partenariat qui contredit ce que la partie américaine voit.

Ces tendances comportementales semblent excessivement égoïstes. Elles constituent la plus grande menace pour la continuité de la relation d’alliance historique entre les États-Unis et leurs alliés du CCG. Même Israël, l’allié stratégique le plus proche et le plus influent de Washington au Moyen-Orient, n’est pas sorti indemne de cette pratique.

Nous avons vu les divergences qui découlent de temps à autre de l’évolution tumultueuse des relations israélo-chinoises. La seule façon de sortir de ce dilemme américain est de ne pas essayer constamment de perturber ou de restreindre les relations russo-saoudiennes ou russo-golfeuses.

Un tel scénario de fiction est tiré par les cheveux, du moins à la lumière des réalités et des circonstances actuelles.

Il faut plutôt faire évoluer les concepts stratégiques américains des relations internationales et former de nouvelles conceptions du partenariat et de l’alliance avec d’autres pays qui répondent aux changements et aux circonstances de l’époque et aux circonstances, intérêts et besoins réels des États-Unis, loin de la surestimation ou de la sous-estimation de leurs propres capacités et des capacités des autres à se déplacer et à manœuvrer politiquement et stratégiquement.

Tout simplement, les États-Unis doivent reconnaître que les règles des relations internationales ont changé au milieu du XXe siècle  ; le maintien d’une alliance et d’une relation de partenariat exige de prêter attention aux intérêts des deux parties.

Cela nécessite un respect et une reconnaissance mutuels, une grande flexibilité et une vision plus réaliste, la prise en compte de variables, et la preuve d’une forte interdépendance entre les partenaires stratégiques. Les relations russo-saoudiennes progressent. Elles prouvent jour après jour qu’elles comportent des éléments de force et de continuité.

Cela n’enlève rien à l’importance des relations américano-saoudiennes. Mais Washington doit se pencher sérieusement sur les variables géopolitiques actuelles. Elle doit reconnaître que le Golfe n’est pas seulement du pétrole, mais aussi un large réseau d’intérêts stratégiques mutuels.


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9 réactions à cet article    


  • xana 18 août 11:36

    Alors, ça veut dire que Poutine n’est plus un méchant, du coup ?


    • Iris Iris 18 août 12:44

      @xana
      Ça veut plutôt dire que les US sont affaiblis et que les mouches envisagent de changer d’âne.


    • sylvain sylvain 18 août 13:12

      Tout simplement, les États-Unis doivent reconnaître que les règles des relations internationales ont changé au milieu du XXe siècle  ; le maintien d’une alliance et d’une relation de partenariat exige de prêter attention aux intérêts des deux parties.


      Ca c’est aussi vieux que le monde . Sauf évidemment quand une des parties domine tellement l’autre qu’il peut se permettre de nier ses intérêt, c’est ça qui a changé .


      • zygzornifle zygzornifle 18 août 15:48

        Il est malin le Poutine, comme l’UE est agonisante et que les ricains sont devenus mous du genou grâce au président ectoplasmique il a le champ libre .....


        • titi titi 18 août 18:44

          Les alliés de Poutine : MBS... Kim Jung un.... Xi Jinping.... Ali Khamenei

           

          Y’a pas... ça donne envie !

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