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Russie – Arabie Saoudite : pour un partenariat stratégique réaliste - Quelles leçons pour l’Afrique

La visite du Roi Salmane d’Arabie Saoudite, allié traditionnel des Etats-Unis, ce 05 octobre 2017, à Moscou ne peut laisser indifférent tout observateur averti de la vie internationale. Elle illustre une évolution des relations internationales actuelles dont les axes économiques et géopolitiques bougent dans un mouvement de l’occident vers l’orient, notamment avec la création de l’Organisation Eurasiatique (Route de la soie[1]) et l’influence grandissante des pays qui la composent (Russie, Chine, etc.[2].). Cette visite intervient à un moment où la Russie est sur le coup de sanctions (ciblées et hypocrites) de l’occident et où le Proche et le Moyen-Orient sont en proie à des troubles graves de toutes natures, notamment avec les conflits au Yémen et en Syrie, ou les deux Etats (Russie et Arabie Saoudite) sont impliqués à des degrés divers. Cette visite intervient également au moment où les cours des matières premières comme le pétrole perturbent et menacent les économies nationales, en raison de leur instabilité et de leur fluctuation inappropriée.

 

Pour tout observateur averti de la scène internationale un constat s’impose : un nombre de plus en plus croissant d’Etats s’affranchissent des schémas traditionnels qui avaient sous-tendu leurs relations extérieures pour évoluer vers le réalisme des relations internationales actuelles où la recherche de partenariats fiables en mesure de répondre aux défis du développement et de la sécurité prend le dessus sur toute autre considération. Dans un monde concurrentiel où les idéologies ont cédé la place à la diplomatie économique et géostratégique, les dirigeants du globe redéfinissent leurs alliances sans état d’âme à l’aune de leurs intérêts nationaux. Force est de constater que l’unipolarité voulue par les Etats-Unis qui avait, un temps, été imposée au monde, s’estompe et émergent d’autres centres d’impulsion qui modifient les équilibres économiques et géostratégiques de notre planète. L’Organisation Economique Eurasiatique illustre bien cette mutation et augure d’autres bouleversements qui, dans un futur très proche, vont radicalement changer la face du monde.

 

La visite du Roi Salmane d’Arabie Saoudite à Moscou (ainsi que la semaine de forum et d’évènements de toutes natures qui y ont été organisé en l’honneur de son pays, du 2 au 8 octobre 2017) témoigne de cette évolution et montre à quel point ce processus est irréversible.

 

 

Pourparlers entre la Russie et l’Arabie Saoudite au Kremlin le 5 octobre 2017

 

C’est pour nous l’occasion de jeter un regard analytique sur cette nouvelle dynamique internationale en cours d’évolution pour en tirer des leçons et des enseignements afin de faire profiter à nos dirigeants des informations pertinentes qui pourraient renforcer leur capacité à prendre des décisions autonomes historiques nécessaires pour atteindre les objectifs d’émergence tant souhaités. Cette petite analyse s’articulera autour des aspects politiques et sécuritaires, des aspects économiques et commerciaux, ainsi que sur le plan culturel.

 

Mais avant de revenir sur cette visite, il me parait utile de mettre en lumière quelques déterminants actuels de la politique extérieure de la Fédération de Russie qui, sous le coup de sanctions économiques ciblées de la part du bloc occidental ( qui veut imposer à la Russie ses normes idéologiques) , a choisi de réorienter sa politique extérieure en déplaçant son centre économique en direction de l’est, construisant, notamment avec la Chine et les pays de l’ancien bloc soviétique, ce qui est devenu un des plus grands pôles économiques et géostratégiques actuels, l’Organisation Economique Eurasiatique. De fait, le Président Vladimir Poutine s’y est investi et à participer à toutes les rencontres extra européennes en mesure de concourir à la réalisation de ses ambitions. Il s’est notamment rendu en Chine en 2012 pour définir avec elle une nouvelle conception des relations internationales.

 

Deux déterminants actuels de la politique extérieure de la Fédération de Russie (notamment dans le partenariat avec la Chine) :

 

1. Le partenariat actuel entre la Fédération de Russie et la Chine s’appuie sur le fait que les deux pays ont des préoccupations stratégiques similaires :

  • Devenir prépondérants dans un monde multipolaire.
  • Refuser la dépendance au monde occidental et évoluer vers des débouchés alternatifs.
  • Renforcer leur coopération militaire ;
  • Unir leurs efforts dans la construction de grands travaux d’infrastructures, notamment avec la « route de la soie ».
  • Faire tomber l’hégémonie du Dollar.[3]

 

C’est ainsi que les deux pays se sont investis dans la construction de l’Union Économique Eurasiatique qui est devenue une plaque tournante entre l’Europe et l’Asie.

 

2. Pour le Président Vladimir Poutine, la Fédération de Russie doit redevenir une grande puissance qui influe sur le cours des évènements du monde actuel et qui n’hésite pas à défendre ce qu’elle considère comme ses intérêts vitaux sur tout théâtre d’opération à travers le globe, comme en témoigne la récupération par la Russie de la Crimée (qui lui garantit, entre autres, un contrôle des oléoducs qui traversent la Mer noire) et ses interventions actuelles en Ukraine et en Syrie.

 

Retombées de la visite du Roi Salmane d’Arabie Saoudite à Moscou :

 

La nouvelle configuration de la géopolitique mondiale voulue par la Chine et la Russie, l’Arabie Saoudite l’a bien perçue et ne veut pas rester en marge de cette évolution, quitte à reconsidérer (de manière prudente, mais déterminée et sans état d’âme) ses alliances traditionnelles, notamment avec les Etats-Unis. .

 

 

Le Roi Salmane d’Arabie Saoudite et le Président Vladimir Poutine

 

De la visite du Roi Salmane d’Arabie Saoudite à Moscou et de la semaine qui y a été consacrée à son pays, on peut retenir les éléments d’information suivantes recueillis de diverses sources[4] :

  • Il y a toute une semaine (pour la première fois dans l’histoire) qui a été consacrée à l’Arabie Saoudite à Moscou (du 2 au 8 octobre 2017) qui a donné lieu à des expositions des tableaux, des sculptures, des installations digitales, etc.[5].

 

  • Le 5 octobre 2017, la Russie et l'Arabie saoudite ont signé un accord prévoyant l'achat par Riyad de systèmes de défense antiaérienne et antimissile mobile S-400, mais aussi de systèmes antichars Kornet-EM, de lance-roquettes TOS-1A, de lance-grenades AGS-30 et de fusils d'assaut Kalachnikov AK-103, selon les modalités précisées dans un communiqué de la Saudi Arabian Military Industries (SAMI)[6].

 

  • « Les deux parties coopéreront pour mettre en place un projet de localisation de la production du système de défense anti-aérien S-400 et de l'entretien de ses pièces », a fait savoir la même source, évoquant également des « transferts de technologie » pour d'autres armements. « [Ce protocole] se concentre sur l'installation de la fabrication des systèmes d'armement avancés en Arabie saoudite [et] inclut le transfert de technologie [pour les Kornet-EM, TOS-1A et AGS-30] », précise le communiqué. Il inclut également « des programmes d'entraînement et de formation » pour les personnels militaires saoudiens, selon la même source. Selon le vice-Premier ministre russe Dimitri Rogozine, cité par le quotidien économique russe Kommersante, Riyad a, en particulier, manifesté « un grand intérêt » pour les S-400[7].

 

Le site du Kremlin[8] donne également quelques retombées de cette visite historique du Roi d’Arabie Saoudite à Moscou :

 

1. Sur le plan bilatéral entre les deux pays :

 

  • C’est la première visite au plus haut niveau entre les deux pays. Il y en a eu une (en 1932) effectuée par un de leur princes qui est devenu roi par la suite, mais au moment de la visite il était un prince héritier et ministre des affaires étrangères.
  • Ce qui est à noter également, le Roi actuel est, en plus, le dernier des fils du fondateur du pays Abdallah ben Abdelaziz Al Saoud, qui régna au cours de ces derniers 50 ans. Il a 81 ans maintenant, et ce sera (pour la première fois) son fils qui va devenir roi après lui (et non son frère). Vu son âge, c’est assez rare qu’il se déplace à l’étranger.

 

2. Sur le dossier Syrien :

 

  • Les experts disent que c’est un sujet clé des négociations bilatérales. Riyad était pour l’opposition armée avant et a été accusé du soutien des groupes extrémistes. Cependant, maintenant le Roi a déclaré que sa vision de la solution du conflit syrien est la même que celle de la Russie.
  • Les Ministres des affaires étrangères des deux pays ont déclaré que les deux Chefs d’Etats veulent trouver une solution politique au conflit. Le Ministre saoudien a souligné que Riyad soutien les efforts de la Russie dans le cadre du processus d’Astana, et Lavrov, le Ministre des Affaires Etrangères de la Fédération de Russie, a dit que Moscou croit positifs les efforts de l’Arabie Saoudite pour unir l’opposition syrienne. En même temps, le Roi saoudien a critiqué fortement l’Iran qui est le partenaire de la Russie dans cette question syrienne et dans les négociations à Astana. (Ce qui veut dire qu’il reste entre les deux pays les divergences concernant la question syrienne, surtout cette collaboration entre la Russie et l’Iran qui fait peur à l’Arabie Saoudite).

 

 

3. sur la situation en Afrique du nord et dans le Moyen-Orient :

 

  • Les deux Chefs d’Etats se sont entretenus sur le conflit en Syrie, mais aussi sur la situation en Lybie, en l’Irak, au Yémen, sur la situation au golfe Persique et sur le conflit israélo-arabe. Globalement, ils optent pour un dialogue et une collaboration dans la lutte contre le terrorisme.
  • Du côté russe, on pense que l’Arabie Saoudite ne veut plus être attachée seulement aux Etats-Unis qui n’arrivent plus à être le seul centre de force à l’échelle internationale. C’est la raison pour laquelle l’Arabie Saoudite veut collaborer avec Moscou dans la résolution de beaucoup de problèmes internationaux.
  • La veille, lors d’une conférence de presse, le Président Poutine a affirmé que « tout change toujours. Nous avons des points de divergences (avec l’Arabie Saoudite), mais la Fédération de Russie a un point fort – nous ne jouons jamais avec personne un double jeu ».

 

4. Sur la question des armements S-400 et autres.

 

  • L’achat des S-400 (contrat de 3 milliards de dollars) n’est pas encore formalisé. Rosoboronexport (l'agence russe chargée des exportations du complexe militaro-industriel russe) et la Société militaro-industrielle de l’Arabie Saoudite ont signé un mémorandum sur l’achat et l’installation de la production militaire, et ont signé un contrat sur la production sous licence en Arabie Saoudite des Kalachnikov AK103 et des cartouches de toute sorte.
  • Les deux pays se sont également mis d’accord sur la création d’une commission pour la collaboration militaro-technique qui commencera son travail avant la fin de l’année.

 

5. Sur la question du pétrole.

 

C’est un domaine très important dans l’économie des deux pays.

 

  • Amin Al-Nasser, Directeur de la société pétrolière d’état Saudi Aramco, a été présent dans la délégation ; il a discuté avec ses collègues russes des perspectives de collaboration sur les questions pétrolières et dans le domaine des investissements mutuels.
  • Le ministre russe de l’énergie, Aleksandr Novak, a souligné que « Rosneft » et « Gazprom neft » sont prêts à signer un accord avec Saudi Aramco pour créer ensemble un centre scientifique de recherche.

 

6. Sur la question de la recherche spatiale :

 

  • L’Arabie Saoudite ne veut plus voir son économie essentiellement centrée sur les hydrocarbures. Elle s’est engagée dans la diversification de son économie. Le secteur de l’espace est un des domaines où elle voudrait aussi avoir sa place.
  • Le Russian Direct Investment Fund (RDIF) et la Fondation publique d’investissement (PIF) saoudienne ont signé un accord sur la création d’une plateforme russo-saoudienne pour l’investissement dans le domaine technologique (1 milliard de dollars).
  • Ils ont également signé un programme de collaboration dans le domaine atomique. L’Arabie Saoudite a l’intention de construire quelques centrales nucléaires, et considère la Russie comme un des partenaires possibles dans ce domaine.

 

7. Dans le domaine des transports :

 

  • Les deux pays veulent collaborer afin d’élargir le réseau des transports ferroviaires en Arabie Saoudite. (Ils vont créer une commission spéciale à ce sujet)

 

 

D’après un spécialiste russe cité par le site, la Russie veut créer avec l’Arabie Saoudite des relations de coopération similaire à celles qu’elle développe actuellement avec la Chine. C’est-à-dire, quand les relations économiques aident à rendre les relations politiques plus calmes et plus stables. L’Arabie Saoudite et la Chine sont des partenaires stratégiques car ils ont plusieurs projets dans le domaine économique. Et les divergences sérieuses sur les questions de la Syrie et de l’Iran n’empêchent pas la collaboration là où c’est rentable, et pour Pékin et pour Riyad.

 

Cette visite du Roi Salmane d’Arabie Saoudite à Moscou a permis la signature de plusieurs accords entre les deux pays. Le site du Kremlin mentionne les suivants[9] :

 

1. Accord entre le Gouvernement de la Fédération de Russie et le Gouvernement du Royaume d’Arabie Saoudite sur la collaboration dans le domaine d’exploit et d’utilisation de l’espace à des fins pacifiques.

 

2. Mémorandum d’accord entre le Ministère des télécommunications et communications de masse de la Fédération de Russie et le Ministère des télécommunications et des technologies de l'information du Royaume d’Arabie Saoudite sur la collaboration dans le domaine des télécommunications et les technologies numériques d’information.

3. Mémorandum d’accord entre le Ministère de l’industrie et du commerce de la Fédération de Russie et le Ministère de commerce et d’investissements du Royaume d’Arabie Saoudite.

4. Feuille de route pour le moyen terme de la collaboration économique, commerciale, scientifique et technique entre la Fédération de Russie et le Royaume d’Arabie Saoudite.

5. Mémorandum d’accord et de collaboration dans le domaine du travail, du développement social et de la protection sociale entre le Ministère du travail et de la protection sociale de la Fédération de Russie et le Ministère du travail et du développement social du Royaume d’Arabie Saoudite.

6. Programme de collaboration dans le domaine culturel entre le Ministère de la culture de la Fédération de Russie et le Ministère de la culture et d’information du Royaume d’Arabie Saoudite pour les années 2017-2019.

7. Programme sur les questions de la collaboration agricole entre le Ministère de l’agriculture de la Fédération de Russie et le Ministère de l’environnement, des ressources aquatiques et de l’agriculture du Royaume d’Arabie Saoudite.

8. Programme de réalisation de la collaboration dans le domaine d’utilisation de l’énergie atomique à des fins pacifiques entre « Rusatom Overseas » et La Cité du Roi Abdullah pour l'Energie atomique et renouvelable.

9. Mémorandum entre « Rosoboronexport » et la société militaro-industrielle de l’Arabie Saoudite sur l’achat et l’installation de la production militaire.

10. Mémorandum entre « Rosoboronexport » et la société militaro-industrielle de l’Arabie Saoudite sur les conditions générales de l’organisation au Royaume d’Arabie Saoudite de la production sous licencie des Kalachnikov AK103 et des cartouches de types d’usage différents.

11.Accord sur la création d’une Fondation énergétique d’investissement d’un milliard de dollars avec la participation de la Fondation publique d’investissement de l’Arabie Saoudite, de la Société pétrolière nationale de l’Arabie Saoudite « Saudi Aramco » et la Fondation russe des investissements directs.

12. Accord sur les investissements de la Fondation publique d’investissement de l’Arabie Saoudite ensemble avec la Fondation russe des investissements directs au « Holding commun de concession de transport » jusqu’à 100 millions de dollars.

13. Accord sur la création de la Fondation d’investissement dans le domaine des hautes technologies d’un milliard de dollars prévoyant des investissements de la Fondation publique d’investissement de l’Arabie Saoudite et de la Fondation russe des investissements directs.

14. Accord sur la collaboration entre la Société pétrolière nationale de l’Arabie Saoudite « Saudi Aramco », la Fondation russe des investissements directs et PAO « SIBUR Holding » dans le domaine de la réalisation des projets dans le domaine du raffinage de pétrole.

 

 

Aspects politiques et sécuritaires :

 

  • Sur le plan politique, cette visite de trois jours (visite d’Etat) est historique. C’est la première fois qu'un souverain saoudien se rend en visite officielle en Russie. Les deux pays n'ont jamais entretenu de relations très proches et la crise syrienne a encore dégradé leurs rapports. Pour Moscou comme pour Riyad, ce déplacement inédit est peut-être l'occasion de resserrer des liens distendus.

 

  • Le Roi a été accueilli par la Garde d'honneur du régiment Préobrajensky et par un orchestre militaire. Une délégation emmenée par le Vice-Ministre russe des Affaires Etrangères, Mikhail Bogdanov, lui a souhaité la bienvenue sur le sol russe. Plusieurs rencontres avec les dirigeants russes (Notamment avec le Président Poutine et le Premier Ministre Medvedev) témoignent de la grande importance que les deux pays accordent à cette visite.

 

  • La délégation du roi Salmane compte environ un millier de personnes. Ce nombre impressionnant illustre bien que tous les aspects de la coopération entre les deux pays soient abordés et qu’il s’agit, notamment, d’un tournant décisif dans le règlement des conflits en Syrie et au Yémen.

 

  • La situation au Moyen-Orient et en Afrique du Nord devrait être au cœur des échanges entre les deux chefs d’Etats. Les deux pays sont engagés dans le conflit syrien (Moscou, du côté de Bachar el-Assad, Riyad, du côté de la rébellion). Ce sera l’occasion de discussions franches pour trouver une solution politique afin de parvenir à la résolution de ces conflits et harmoniser ainsi leurs positions sur ces questions et d’autres qui concernent cette région du monde.

 

L'expert russe Alexandre Choumiline[10], Directeur du Centre pour l'analyse des conflits au Proche-Orient, explique justement que, pour la Russie, reprendre contact avec les monarchies du Golfe est important. « La Russie en intervenant en Syrie s'est opposée au monde sunnite et maintenant Moscou veut restaurer ce lien. Elle a besoin des monarchies sunnites pour financer la reconstruction du pays »

L'Arabie saoudite y trouve aussi son compte : son « objectif est d'empêcher la création d'une relation plus solide entre la Russie et l'Iran, et d'attirer Moscou vers le monde sunnite. En ce moment, les Saoudiens se rendent compte qu'il y a pas mal de tensions entre Moscou et Téhéran autour de la Syrie. Et ils voudraient en profiter pour essayer de neutraliser la Russie, ou même de l'attirer dans son camp ».

 

  • La coopération militaire et technique devrait aussi être à l'ordre du jour des entretiens entre les deux parties.

 

 

Aspects économiques et commerciaux :

 

  • Du point de vue économique et commercial, il y a tenue du Forum économique russo-saoudien auquel le roi et sa délégation participent et qui témoigne de la volonté commune des deux pays à s’engager dans une coopération économique et commerciale mutuellement avantageuse.

 

  • L'autre enjeu de cette visite, c'est le pétrole. Depuis le début de l'année, Riyad et Moscou ont imposé aux autres pays producteurs une politique de réduction de l'offre de pétrole. Avec un objectif : faire remonter les cours du brut. Mercredi 4 octobre, Vladimir Poutine s'est déclaré favorable à une reconduction de cette politique « au minimum jusqu’à fin 2018 ». L'enjeu est crucial pour les deux pays, dont les économies sont ultra-dépendantes des revenus de l'or noir.

 

  • Le jeudi 6 octobre, ce sont les entretiens du Roi avec le Premier ministre Dimitri Medvedev sur des projets d'investissement communs et de la coopération dans les domaines de l'économie, de l'énergie, de l'industrie, de l'agriculture et du commerce.

 

Aspects Culturels :

 

Sur le plan culturel, il s’agit d’un signal fort en direction du monde musulman qui voit le « Gardien des Lieux Saints » être reçu sur la terre des Tsars et de la religion orthodoxe. Mais particulièrement cette visite illustre la volonté de l’Arabie saoudite (sunnite) de tenter d’attirer dans son camp une puissance qui a toujours été proche de l’Iran (chiite), avec lequel le royaume a de nombreux désaccords, notamment dans le conflit au Yémen.

 

Pour le magazine Kommersante[11] , les points importants à retenir de cette visite du Roi d’Arabie Saoudite à Moscou sont les suivants :

 

- D’après ce magazine, la Russie a préparé des contrats d’environ 3 milliards de dollars, y compris des projets de livraisons à l'Arabie Saoudite des S-400 Triumph (un système de défense antiaérienne et antimissile mobile russe). L'édition souligne que l'information sur les espérances russes par rapport à ces contrats militaires ont été reçues des personnes qui travaillent dans ce domaine.

- Les spécialistes disent que ce rendez-vous avec Poutine pourrait booster la signature des accords techniques et militaires, et s'il se passe bien les contrats peuvent être signés déjà à la fin du mois lors de la commission intergouvernementale (Russie - Arabie Saoudite) sur la collaboration technique et militaire.

- Cette collaboration au niveau des armements a été voulue par la partie russe depuis plus de 10 ans. Il y a eu beaucoup de discussions, mais les Russes n'arrivaient pas à l'obtenir / à signer quoi que ce soit (la partie saoudite voulait en même temps le transfert des technologies, ce qui compliquait les choses). Ce rendez-vous au plus haut niveau pourrait résoudre ce problème.

 

- En plus des sujets sur le Yémen, l'Égypte et la Syrie, on cite également l'Iran. L'Arabie Saoudite le considère comme ennemi, tandis que la Russie a de bonnes relations avec, et maintenant les Russes préparent une argumentation sur cette question (c'était une source diplomatique qui en a parlé au magasin)

- Sergueï Lavrov, le Ministre des Affaires Etrangères de la Fédération de Russie, dit que ce sera un point important dans les relations entre les deux pays, qui pourra changer la situation actuelle et aider à la stabilité dans la région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord

- Le ministre des affaires étrangères saoudien parle lui d’un « événement historique"

 

Quelles leçons pour l’Afrique :

 

  • Outre son caractère historique, cette visite démontre la nécessité d’avoir l’audace de rompre avec les schémas traditionnels (qui ont montré leurs limites et parfois leurs nocivités) pour trouver des solutions aux nombreux problèmes qui minent le continent. En effet, la plupart des conflits qui déchirent l’Afrique trouvent leurs sources dans un occident hypocrite qui se présente comme « pompier », alors qu’il tire les ficelles, en sous mains, par des réseaux occultes qui fournissent les parties en conflits en informations, en armes et en munition.

 

  • Le régime de sanctions imposées à certains pays africains et à leurs dirigeants par l’occident peut être l’occasion pour ces pays de se tourner vers d’autres partenaires plus fiables dans une coopération gagnant-gagnant, dépouillée des tendances néocolonialistes que l’on observe souvent de la part des anciennes puissances coloniales.

 

  • La volonté opportune manifestée par plusieurs pays d’Afrique (Guinée, Burundi, RDC, etc…) de réchauffer leurs relations avec la Fédération de Russie et les pays de l’ancien bloc soviétique pourrait être une planche de salut pour échapper au sort tragique que nous réserve le monde occidental et, en même temps, une occasion de profiter du nouvel ordre mondial en construction, avec la « Route de la soie » initiée par la Chine et ses partenaires eurasiatiques, qui modifie les équilibres mondiaux, avec la Russie qui est aujourd’hui, comme par le passé, l’un des acteurs majeurs de la géopolitique internationale.

 

  • L’accent mis sur la diplomatie économique par les autorités de la Fédération de Russie, ainsi que par les dirigeants des pays de l’ancien bloc soviétique (dont la Biélorussie et la Kazakhstan), répond parfaitement aux défis auxquels les pays africains font face. Ces pays ont besoin de capitaux frais en mesure de booster leurs économies et de débouchés pour absorber les énormes quantités de matières premières qu’ils sont en mesure de produire.

 

Il appartient donc aux responsables africains notamment de profiter de cette nouvelle dynamique qui prend corps, ainsi que des opportunités financières probables qui en découleront. Pour ça, il ne reste plus beaucoup de temps. La situation dans plusieurs pays sera de plus en plus tendue dans les jours qui viennent. Les pressions de la communauté internationale et des groupes d’intérêts particuliers s’accentueront sur les autorités en place. De toutes part fusent des appels à manifester ou à résister, selon le camp auquel on appartient. Un tel climat n’est pas de nature à permettre la mise en place des politiques publiques efficientes et rend nécessaire une action diplomatique préventive, prompte et agressive qui prenne en compte tous les déterminants économiques et stratégiques qui permettent de renforcer les liens avec des partenaires fiables et surs. L’Afrique en a besoin.

 

 

Fait à Kinshasa, le 16 février 2018

Kindundu Mukombo Joseph

+243(0)816537881

+243(0) 999623333

josephkindundu@hotmail.com

Compte Facebook : Gippa, Amour, paix, solidarité

 

[1] C'est un chantier titanesque. L'Europe, la Chine et les pays d'Asie centrale sont engagés dans la construction d'un nouvel axe commercial majeur. La nouvelle route de la soie pourrait redistribuer les cartes, à l'heure où la mondialisation de l'économie fait pencher la balance vers l'Est. Plusieurs tronçons ont déjà été transformés en autoroute.

[2] Liang, N., Tang, J. & Li, J., « La nouvelle route ferroviaire de la soie, pont entre la Chine et l'Europe », Echos de Chine,‎ 18 janvier 2017.

[3] La chine et la Russie achètent de grande quantité d’or, commercent dans leurs monnaies nationales.

[7] Le 12 septembre, c'est la Turquie, membre de l'OTAN, qui avait signé avec la Russie un contrat portant sur l'achat de systèmes de défense antiaérienne S-400, en dépit de l'inquiétude des Etats-Unis

[10] Alexandre Choumiline, directeur du Centre pour l'analyse des conflits au Proche-Orient, publication de l’AGENCE SPUTNIK du 05/10/2017


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3 réactions à cet article    


  • Alren Alren 16 février 13:26

    Les visites diplomatiques sont une chose. La réalité sur le terrain en est une autre.
    Tout indique que l’Arabie saoudite qui martyrise le Yémen, est en opposition frontale avec la Russie au Moyen-Orient.


    • Joseph Kindundu Joseph Kindundu 16 février 15:47

      @Alren
      En effet, ce n’est pas si simple, dans un conflit ou plusieurs déterminants(religieux, politiques, géostratégiques, économiques,etc )s’interpénètrent.. !


    • V_Parlier V_Parlier 16 février 18:30

      Surprenant et intéressant. Ces changements au royaume ne seraient donc peut-etre pas que de la poudre aux yeux.

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