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Accueil du site > Tribune Libre > Sanctions occidentales contre la Russie : la Turquie dit non

Sanctions occidentales contre la Russie : la Turquie dit non

22.03.2022

En dépit des pressions qui se poursuivent, la Turquie continue fermement de refuser à se joindre aux sanctions à l’encontre de la Russie. Malgré plusieurs divergences existantes avec Moscou, l’approche pragmatique turque démontre que l’axe atlantiste est loin d’être soudé.

« La Turquie n’a pas participé aux sanctions contre la Russie et n’a pas l’intention de s’y joindre » - c’est ce qu’avait déclaré Mevlüt Çavuşoğlu, ministre turc des Affaires étrangères, cité par l’agence de presse Anadolu.

Une posture saluée par son homologue russe Sergueï Lavrov, qui a de son côté affirmé « qu’Ankara suit une ligne pragmatique concernant la crise ukrainienne », avec une approche très équilibrée. Pour autant, cela ne signifie pas que les deux pays soient sur la même ligne dans ce dossier, comme dans d’autres.

En effet, le leadership turc avait condamné l’opération militaire russe en Ukraine. Et ce n’est évidemment pas le seul point de discorde existant entre la Turquie et la Russie. Faut-il rappeler qu’Ankara et Moscou possèdent des approches divergentes, voire diamétralement opposées, dans de nombreux dossiers régionaux et internationaux : Syrie, Libye, Caucase du Sud, pour ne citer que cela.

Ceci étant dit, tout ne sépare pas les deux pays à l’international, loin de là et cela s’est traduit par des approches similaires ou assez proches dans plusieurs autres dossiers : Biélorussie, Venezuela, Centrafrique, Mali. Plus que cela, les deux nations possèdent de très importants intérêts économico-commerciaux conjoints – du secteur énergétique jusqu’au nucléaire civil, en passant par le tourisme, l’agroalimentaire, le textile ou le secteur du BTP. L’aspect économique représentant certainement la partie d’intérêt stratégique pour les deux parties.

Evidemment, la meilleure caractéristique qui peut être donnée à la politique turque dans sa posture internationale est celle d’équilibriste – sachant promouvoir ses intérêts de concert avec les grandes puissances non-occidentales eurasiennes, sans pour autant fermer le chapitre de son appartenance à l’Otan. Une approche d’ailleurs qui lui a valu de nombreuses critiques de la part de plusieurs de ses alliés atlantistes.

Dans le cas ukrainien, il ne faut pas non plus oublier que la Turquie avait fourni un certain nombre d’armements au régime kiévien, y compris les fameux drones Bayraktar TB2. Ce qui pourrait d’ailleurs être considéré comme une prise de position en faveur dudit régime, bien que le plus important pour Ankara soit surtout la possibilité de continuer à promouvoir ses drones de combat à l’échelle internationale, pour des rentrées économiques supplémentaires.

Le fait est que le refus de la Turquie de se joindre aux sanctions contre la Russie, tellement promues par l’establishment occidental, confirme plusieurs aspects. Tout d’abord qu’Ankara maintient sa propre ligne politique à l’international, faisant du pays certainement le seul acteur assez indépendant au sein de l’Otan. De l’autre, la posture du leadership turc s’apparente à celle d’observer la suite des événements, comprenant parfaitement que le monde de la domination unipolaire occidentale est terminé. Et ne souhaitant donc pas se trouver, du moins complètement, dans le camp des perdants.

Il est évident que ne serait-ce que devant sa propre opinion publique intérieure, l’objectif du gouvernement turc actuel sera de dire : « vous voyez, nous n’avons pas adopté la même approche que les Occidentaux, et c’est cela qui nous permet de dire que nous n’avons pas perdu ». Quant aux relations économiques avec la Russie, stratégiques pour la Turquie, cette dernière souhaite non seulement les maintenir, mais surtout de pouvoir tirer intelligemment profit de la situation actuelle, à l’heure d’une quasi-rupture relationnelle entre Moscou et l’Occident.

Selon nombre de sources informées, plusieurs opérateurs économiques turcs souhaitent justement soit élargir leur présence économique en Russie, et pour certains de prendre la place tout simplement de plusieurs acteurs occidentaux, notamment européens. A l’heure où ces derniers subissent d’énormes pressions de la part de leurs gouvernements et d’une partie de leur opinion publique pour stopper leurs activités commerciales en territoire russe.

En ce sens et connaissant parfaitement le talent des entrepreneurs turcs, il ne faut certainement pas douter qu’ils trouveront leur bonheur dans les nouvelles opportunités qui s’ouvrent à eux. Cela sans oublier, que plusieurs acteurs économiques russes voient également la Turquie comme l’une des destinations à privilégier dans le cadre de leurs activités à l’international, y compris en matière d’investissements.

Enfin et au-delà de cette capacité turque à savoir ménager ses intérêts avec incomparablement plus de souveraineté et de pragmatisme que ses homologues d’Europe bruxelloise, sa posture démontre également le manque évident d’unité au sein du bloc atlantiste. Aussi, il est certain que si un Etat comme la Roumanie ou l’Estonie, aurait tenté d’avoir une approche similaire, peu s’en soucieraient vu leur poids minime sur le plan politique et économique.

Mais dans le cas de la Turquie – deuxième effectif armé de l’Otan et onzième puissance économique mondiale en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat – il est totalement évident pourquoi l’équilibrisme pragmatique d’Ankara soit si amer pour les plus radicaux des atlantistes et nostalgiques de l’unipolarité par la même occasion.

Mikhail Gamandiy-Egorov

Les opinions exprimées par les analystes ne peuvent être considérées comme émanant des éditeurs du portail. Elles n'engagent que la responsabilité des auteurs

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Source : http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=3702


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15 réactions à cet article    


  • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 24 mars 19:21

    "Le conflit en Ukraine est utilisé comme un accélérateur pour réorganiser l’économie mondiale alors que l’ancien ordre mondial s’effondre et qu’un monde multipolaire émerge. Les chaînes d’approvisionnement seront délocalisées ou rapprochées de chez nous, et le programme du WEF d’un nouveau monde vert, d’une surveillance accrue des entreprises et de l’argent traçable est inévitable en cette décennie." Laurence D. Fink, PDG de Blackrock

    https://www.zerohedge.com/markets/blackrocks-fink-says-ukraine-invasion-accelerates-esg-and-digital-currencies-shift


    • sylvain sylvain 24 mars 19:45

      qu’Ankara suit une ligne pragmatique concernant la crise ukrainienne », avec une approche très équilibrée. Pour autant, cela ne signifie pas que les deux pays soient sur la même ligne dans ce dossier, comme dans d’autres.


      La turquie fournit des drones et des combattants djihadistes (DAECH) a l’ukraine, mais ne sanctionne pas économiquement la russie .Ils se fritent par mecenaires interposés en lybie, quasi directement en syrie, mais ça ne semble pas problématique, d’une certaine manière ils semblent se comprendre .

      Comme quoi les logiques impérialistes sont très éloignées des logiques humaines populaires, de notre vie .C’est le règne de l’opportunisme et de la quête éffrénée de puissance


      • Lynwec 24 mars 20:38

        Après s’en être tiré suite à une tentative « amicale », on peut comprendre que le dirigeant turc actuel puisse un peu être irrité vis-à-vis de certains et adopter une position neutre plus conforme aux intérêts bien compris de son pays, ce qui n’est pas le cas par chez nous...


        • titi titi 24 mars 23:23

          @Lynwec

          Erdogan vient de réclamer que l’Europe relance le processus d’intégration de la Turquie....
          En effet, il voit bien l’intérêt de son pays.


        • Louis Louis 24 mars 21:15

          SALUT les gogovoxiens

          Dites je suis en manque de moinssages alors si vous pouvez m’aider à avoir ma dose pour aller dodo

           smiley

          Allez je vous aide :

          A bas Poutine vive Zélensky

          Nono bien que con est un type bien

          j’aime bien fergougousse et grounichou

          et pi aussi rosemar

          Vive Zemmour à bas merluchon

          ça ira ?

           smiley


          • slave1802 slave1802 24 mars 22:30

            @Louis
            Ça te ferais trop plaisir, ce sera donc un plus. smiley


          • eddofr eddofr 25 mars 10:28

            La Turquie, enfin plus exactement la Turquie d’Erdogan, ne fait jamais rien gratuitement.

            La Turquie d’Erdogan ne fait jamais rien par « idéalisme » ni par « morale ».

            Pour Erdogan, seule comptent le pouvoir et l’influence de sa Turquie (la Turquie dirigée par lui).

            Incidemment, la notion de « long terme » de la Turquie d’Erdogan ne va pas au delà du règne Erdogan.

            Cela donne un « allié » totalement non fiable.

            Et cela donne un « partenaire » totalement prévisible (il choisira toujours la solution qui renforce son pouvoir et son influence), et donc plutôt fiable si on sait jouer sur ses motivations (ce qui n’est pas du tout le cas des occidentaux).


            • Matlemat Matlemat 25 mars 15:42

              @eddofr
               Erdogan a compris que des sanctions contre la Russie couterait très cher à la Turquie.


            • zygzornifle zygzornifle 25 mars 13:14

              J’espère que poutine récupèrera tous les migrants en attente a la frontière Turque pour repeupler l’Ukraine une fois qu’elle sera démolie et mise a sac et que tous ses habitants auront fuis en Europe .... 


              • titi titi 25 mars 18:00

                @zygzornifle

                En étant très mesquin... il n’est pas du tout sûr que l’afflux d’ukrainiens éduqués, formés, dans la force de l’âge et aspirant à la vie occidentale soit un drame pour la Pologne...


              • I.A. 25 mars 15:29

                Ah, être dans l’OTAN et dire non à l’OTAN... !


                • Joséphine Joséphine 25 mars 18:38

                  Les révélations se multiplient sur les exactions commises par les bandéristes ukrainiens durant les dix dernières années, mais les Occidentaux continuent à ne percevoir que la souffrance des ukrainiens. Les occidentaux ignorent tout des causes profondes de la guerre et du coup de force de Poutine. Dans cette grande confusion entretenue par les médias occidentaux, je continue de croire en la diplomatie souterraine du président Erdogan. Loin du manichéisme macroniste et loin des caméras, cette diplomatie portera ses fruits. Erdogan n’est pas sur la ligne de la sainte trinité atlantiste Biden/Ursula/ BHL, c’est un non aligné, et rien que pour ça, total respect à lui ! 


                  • nemesis 26 mars 23:50

                    Depuis la branlée de 14-18 qui a entrainé le démantèlement de l’Empire ottoman, sauvé de justesse par Kémal avec l’aide déterminante des militaires français et anglais (ce que les livres d’Histoire ne disent pas...) contre les Grecs de Vénizélos... ( solidarité chrétienne encore smiley )

                    depuis la branlée, les Grands Mamamouchi ont compris que leur destin dépendait de leur aptitude à l’exercice d’équilibriste entre le Kremlin et l’OTAN...

                    En France, les titulaires de l’Élysée se passent le code de la Bombe,

                    en Turquie, les Grands Mamamouchi se passent la recette de l’équilibre...


                    • nemesis 27 mars 09:35

                      Diplomatie France turquies :

                      "On fera preuve de retenue en se limitant ici au dossier arménien. Mais on pourrait trouver de nombreux exemples de cette «  indulgence  » envers le panturquisme, en particulier lorsque s’abattait une répression féroce contre les Kurdes de Turquie dans les années 1990 ou 2010, pour ne pas remonter plus loin. Alors bien sûr, lorsque Jean-Yves Le Drian s’est positionné, le 13 octobre 2020, à l’Assemblée nationale, au pire moment de l’agression turco-azerbaïdjanaise, en faveur de «   la nécessaire impartialité de la France   », cela a évoqué de mauvais souvenirs. Que l’on veuille bien souffrir, dès lors, qu’ils ne s’effacent pas comme par enchantement de notre mémoire meurtrie, alors qu’ils se sont tristement rappelés à elle, il y a à peine plus d’un an. C’est-à-dire hier.

                      "

                      https://www.armenews.com/spip.php?page=article&id_article=91250


                      • André 27 mars 16:55

                        Article excellent et réaliste sur la façon dont les politiciens ignorants, amateurs et idiots de l’Union européenne (comme von der Leyen, Borrell et tous les autres) et les politiciens français (y compris le Poudré), avec leurs sanctions contre la Russie, ont sanctionné les citoyens français, ainsi que les citoyens du reste de l’Union européenne. Et nous devons également nous attendre aux sanctions que la Russie ne manquera pas d’imposer aux pays de l’Union européenne !

                        https://cont.ws/@ruslanostashko/2246374

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Auteur de l'article

Patrice Bravo

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