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Saravah C’est où l’horizon ? 1967-77

Saravah une utopie réalisée... Il y a des années où on a envie de ne rien faire.. Pour pratiquer l'art des rencontres sans aucune restriction.. 

On pourrait dire que nous avons tous en nous quelque chose de Saravah quand on se passionne pour la scène vivante du spectacle et de la chanson. Quand elle est un court-métrage de 3 ou 4 mn qui raconte le monde ouvert à la fenêtre, quand elle raconte la vie, les rencontres d’un funambule de l’utopie, baladin éternel sur tous les chemins buissonniers qui n’ont jamais été concernés par la dictature du code barre… Quand on a le goût des choses penchées, la quête permanente de la beauté fragile des musiques portées par les vents oiseleurs de la Vendée à Rio de Janeiro, de Montmartre à Shibuya (Tokyo) … Quand on fait sa vie comme une rivière qui atteint toujours son océan en méandres nonchalants pour mieux goûter l’instant présent et les charmes du hasard.

Il y a des années où on a envie de ne rien faire… Parce qu’on a envie d’être totalement disponible à l’imprévu, à l’inconnu, à la découverte, parce qu’on a envie de répondre à la question « C’est où l’horizon  ? » sans être trop téléguidé par une boussole autoritaire… Et parce qu’on a peut-être envie de découvrir plusieurs horizons de couleurs et de goûts différents.

A travers ce préambule nourri du pollen Saravah il y a quelques pistes sur le voyage de la mémoire que vient de faire Benjamin Barouh dans l’histoire du plus ancien label de chanson français en activité ; les dix années de funambulisme permanent qui ont construit la légende de cette utopie réalisée. Si on ne connait pas bien Saravah, ce livre est la base indispensable pour comprendre comment ce miracle a pu exister… Fluctuat toujours, mergitur jamais. Si on connait bien Saravah, on va y trouver de quoi affiner et compléter les portraits des différents acteurs connus ou moins connus qui ont construit ce label.

Benjamin Barouh est un excellent conteur d’un part, et d’autre part dans son travail de collecteur, il a rencontré et mis en perspective, tous les témoins, chacun apportant un éclairage personnel, et argumenté sur ces dix ans de genèse… Tout est nuancé par l’ensemble, sans parti pris tranché et réducteur. Regards intimes ou distanciés, critiques ou amoureux, subjectifs ou objectifs, s’il y avait des zones d’ombre – avec le temps, parfois tout s’en va de travers- elles se révèlent, comme sur un vieux négatif photo qu’on n’aurait pas exploité à fond, et le tableau se complète, s’enrichit.

avec Claude Lelouch, 10 Mars 2018 photoNGabriel

Emouvant, et drôle, parfois une phrase situe bien les rapports à la chanson, ainsi le point de vue sur les yé-yés est explicite quand Dominique Barouh voyait dans l’idole des jeunes une sorte de lombric… Passionnant quand David Mc Neil raconte que John Mc Neil a parcouru l’Ecosse pendant 20 ans pour collecter toutes les mélodies écossaises, qu’il jouait à la guitare sur 3 accords, et qui ont façonné la musique américaine au début du XX ème siècle.

Il y a tous les acteurs de Saravah des Abbesses, et aussi l’autre point de rencontre, les lundis de la Mouff », Mouffetard futur lieu de résidence parisienne de la famille Barouh. Il y a tout pour comprendre Saravah , ce qui l’a constitué, ce qui continue et se prolonge aujourd’hui.

C’est une grande fresque bigarrée, une leçon de créativité tout azimut, un 10 ans de saravahbréviaire de liberté, qu’on pourrait sous-titrer : « Mode d’emploi de la réalisation d’une utopie à l’usage des jeunes générations qui ne savent pas qu’il y a d’autres chemins que les autoroutes formatées au code barre. »

Ou en bref, « Histoire d’un caravansérail musico-cosmopolite  », une soirée Saravah c’est une rencontre avec des musiciens, des chanteurs, des cinéastes, des graphistes, des comédiens, des auteurs de toutes origines cherchant à communiquer avec tous… et dans la boutique Saravah, il y avait aussi les confitures aux prunes de mamie (Sarah, la maman de Pierre) …

Dans les grands témoins rencontrés, Francis Lai, Claude Lelouch, Dominique Barouh, Areski Belkacem, David Mc Neil, Raphael Caussimon, Aram Sédéfian, Jean Querlier, Christian Gence, Jacqueline Cauet, Gilles Sallé, Claudine Cormerais, Jean Michel Humeau, Gérard Delassus, Philippe Beaupoil, Christophe Rambault de Barathon, et Fernand Boruso, dont on a le point de vue pour la première fois sur les fluctuations financières de Saravah.

Ces quelques lignes et anecdotes ne résument pas cet excellent livre de 300 pages, (Editions Le Mot et le reste) qui sera en librairie le 15 Mars, mais qu’on trouve néanmoins depuis hier lundi chez les grands distributeurs parisiens, Gibert entre autres… C’est juste pour donner envie…

C’est le complément indispensable aux Rivières souterraines, pour les plus anciens, et avec la compilation 50 ans de Saravah, c’est l’entrée en Saravah pour les plus jeunes. Avec la mémoire du vent…

Pour qu’un souvenir ami

garde dans son tamis

Le bleu de nos nostalgies

Pour que la mémoire du vent

Retienne nos chansons, amis recommençons..

Norbert Gabriel

 

Chez Saravah c'est là —> 

 

 

 


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