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Accueil du site > Tribune Libre > Sarkozy : Plutôt Mitterrand Que Giscard

Sarkozy : Plutôt Mitterrand Que Giscard

A peine le slogan du « candidat sortant » était-il dévoilé que d’aucuns, des morts de faim, se précipitaient dans les archives et, fiers comme Artaban, nous en extirpaient, avec grande gourmandise, une breloque issue de la campagne présidentielle 1981 sur laquelle trônait un certain Giscard, et la signature suivante :
« Il faut une France forte ».
Ah, mais ça par exemple ! Ne trouvez-vous point que ce slogan ressemble comme deux gouttes d’eau à celui de notre désormais président-candidat : « Une France forte » ?

Sauf que, on peut aisément trouver moult autres prétendants qui, dans un passé plus ou moins récent, firent appel à cette image de la « France forte ».
Ainsi Ségolène Royal (« Plus juste, la France sera plus forte ») et François Bayrou en 2007 (« La France de toutes nos forces ») ; Jean-Marie Le Pen en 2002 (« Une force pour la France ») ; ou encore… François Mitterrand en 1981 avec dans un premier temps « La Force tranquille » puis dans un second : « De toutes les forces de la France ».

Alors pourquoi Giscard ?

Sans doute, par paresse. Car, ma foi, quoi de moins fatiguant que d’établir un parallèle entre Sarkozy et Giscard ? Et se saisir avec hâte et obstination de tout élément tendant à le valider d’autant. Comme si d’aucuns voulaient inscrire, mordicus, Sarkozy dans un destin giscardien. Cela voulant signifier que, comme Giscard, il sera défait, et deviendra donc, Sarkozy, le second président de la Ve République à échouer dans la sollicitation d’un second mandat.
Il est vrai que, sur le papier, c’est assez jouissif.

Seulement voilà, je doute fort que Sarkozy s’inscrive dans ce schéma. Tant c’est pas le genre à (re)partir en campagne avec l’idée (saugrenue) de la perdre.
En d’autres termes, je ne crois pas, mais alors pas du tout, que son slogan fasse directement, ou même indirectement, écho à celui de l’infortuné Giscard.

Non, encore une fois, c’est du côté de Mitterrand qu’il faut chercher.

Encore une fois, car t’en souvient-il, en 2007, l’affiche de campagne du candidat Sarkozy ci-dessous...
 

Ensemble.jpg


... Avait comme des airs de … « Force tranquille » :
 

Tranquille.jpg


Certes, dans la version sarkozyste, le petit village avait disparu, ainsi que son clocher ; en lieu et place, une sorte de vallée verdoyante où virevoltait, dans sa partie droite, un oiseau bienveillant.
Mais c’eut été assez grossier, avouez, de donner dans le copié-collé. Et puis, la France de 2007 n’est pas la même que la France de 1981. Il fallait que ce soit visible.
Nonobstant, vous imaginez, dans un même plan, Sarkozy et un clocher ? Ah j’en connais qu’aurait sacrément jasé. Tant l’homme n’a pas son pareil pour exalter, dès que possible, les valeurs chrétiennes de la France.

Non, c’est le format, l’ambiance, ce qui se dégage de ces deux affiches. Il y a manifestement des similitudes. Et c’est habilement fait. Car ça joue sur le subliminal.

Regardez bien les visages, les expressions. Visez-moi un peu les regards, les sourires. La place que l’homme occupe dans ces deux affiches. Sarkozy y étant – mais c’est logique – un peu plus à droite.
Et la pose ! Matez-le bien, ce Sarkozy ! Ne se dégage-t-il pas de lui comme une… « Force tranquille » ? N’est-ce pas cela qu’il était, avant tout, donné à voir ?

Toujours est-il qu’en 2007, et comme je m’en rappelle ! ils furent bien nombreux à les noter, ces similitudes.

Eh bien, il en va de même avec « La France Forte » que voici :

Forte.jpg


Qui renvoie, selon les mêmes principes, subliminaux, à cette affiche de 1988 :
 

Unie.jpg


Ce qui frappe, d’emblée, ce sont les slogans.
Tous les deux sont composés d’un article, d’un nom propre et d’un adjectif.
Avec en commun, les deux premiers (« La France »).
Seul l’adjectif diffère.
En apparence.
Car qu’est-ce qui fait la force, sinon : l’union ?

Alors bien sûr, nous avons un Mitterrand totalement de profil. Alors que Sarkozy, lui, est de trois-quarts.
Pourquoi ?

Eh bien parce qu’en 1988, Mitterrand est archi-favori. Il plane dans les sondages. Tout le monde sait qu’il va être réélu. Il peut donc se permettre ce que personne, à ma connaissance, n’a osé faire, ni avant, ni après lui : poser de profil ! En vainqueur, quoi !

Sarkozy n’est pas dans la même position. Depuis fin 2010, tous les sondages le donnent perdant. Ecrasé par DSK, désormais par François Hollande, et même battu (55/45) par Martine Aubry. Du jamais vu dans la Ve pour un président en exercice.
Il ne peut donc prendre la même pose que Mitterrand, celle de la statue du Commandeur.
Mais il ne peut pas non plus réitérer celle de 2007, soit se présenter de face. On pose de face quand on est candidat, pour se faire reconnaître. Mais pas quand on est président (ce que, au passage, Giscard, en 1981, n’a pas compris).

Alors, très habilement, il choisit l’intermédiaire : de trois-quarts. De fait, il ne nous regarde pas. Comme Mitterrand en 1988, il scrute. Un horizon. Avec la même sérénité ; avec confiance et assurance.
Peut-être, oui, y a-t-il quelque chose de plus dans le regard de Mitterrand. Mais c’est dû au fait qu’il était le vainqueur certain. Et il le montrait fort bien !

Vous noterez itou, et encore une fois, des similitudes dans les expressions : à commencer par le même sourire. Pas trop marqué. Juste ce qu’il faut… Les mêmes petites rides aux coins des yeux, fortement mis en évidence. C’est le signe de l’homme qui a bien vécu, sachant apprécier les plaisirs de l’existence, un jouisseur ; un homme qui n’est point hanté par quelques tourments ou regrets ; un homme rassurant ; bref : un protecteur.

Reste le fond. Qui là encore, comme pour les deux affiches précédentes (le village qu’a laissé place à une vallée) ne peut être identique, et pour la même raison : la France de 2012 n’est pas la même que celle de 1988. Celle de 2012 traverse une crise…
Alors, d’un côté, on fait simple, juste une couleur unie. Qui va comme un gant avec le slogan (« La France unie »).
De l’autre, la mer. Bleue, de toutes les façons. La mer, parce qu’il l’a dit, le soir où il s’est déclaré : il est le capitaine qui n’abandonne pas le navire en pleine tempête. Et ce qu’on voit, c’est le résultat, si nous reconduisons cet homme à la barre du navire France : plus de tempête, mais en lieu et place, une mer calme et tranquille. Et hop, ni une, ni deux, on en revient à … « La Force tranquille » !

Oui, c’est bien du côté de Mitterrand qu’il fallait chercher. Les mêmes codes. La même symbolique.
Mitterrand encore et toujours, comme en 2007, parce que c’est le seul président qui fût réélu sans la moindre discussion (ce qui n’a pas été le cas de Chirac en 2002, victoire entachée, ou biaisée, par le « coup de tonnerre » du 21 avril 2002).
C’est donc LE modèle. LA référence. Il n’y en a pas d’autre !

Pourquoi voulez-donc que ce fût Giscard ? Pourquoi voulez-vous qu’un homme tel que Sarkozy, si ambitieux, prenne pour référence ou modèle le seul président à avoir échoué dans la sollicitation d’un second mandat ?
Quand bien même irait-il, tout l'indiquant, vers ce destin-là...


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1 réactions à cet article    


  • JL JL1 18 février 2012 11:48

    Philippe Sage,

    en effet, on peut gloser à l’infini.

    Je dirai deux choses. Vous dites : "Seulement voilà, je doute fort que Sarkozy s’inscrive dans ce schéma. Tant c’est pas le genre à (re)partir en campagne avec l’idée (saugrenue) de la perdre« 

    Ideée saugrenue de la perdre ? Les sondages diraient vrai pour Mélenchon mais faux pour Sarkozy ? Allons donc. Rappelez vous son abattement lorsqu’il évoquai la possibilité de perdre : il était en phase de résignation. N’a-t-il pas parlé à son sujet de »suicidé en pleine forme«  ? Et son combat aujourd’hui est un combat de kamikaze, au profit de Hollande et pour dézinguer La Pen, tant l’establishment craint un 21 avril à l’envers qui serait cette fois, perdu pour eux. Regardez bien son visage : ce n’est clairement pas un visage de conquérant. Si Mitterrand a un regard d’aigle qui voit loin, Sarkozy a un regard crispé de celui qui regarde un mauvais film : le film intime de sa défaite.

    L’autre chose :  »La mer, parce qu’il l’a dit, le soir où il s’est déclaré : il est le capitaine qui n’abandonne pas le navire en pleine tempête. Et ce qu’on voit, c’est le résultat, si nous reconduisons cet homme à la barre du navire France"

    Franchement, a-t-il le pouvoir de calmer la tempête comme le roi de France avait celui de guérir les écrouelles ? Et si on veut des métaphores, je vous rappelle que le Concordia comme le Titanic n’ont pas sombré dans la tempête mais par beau temps ! Très beau temps.

    La France n’est pas une périssoire, sauf si on laisse les copains de Sarkozy faire, que ce soit avec lui comme avec Hollande.

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