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Science sans critique, le déclin

Il a presque deux siècles, une « science » voyait le jour dans l’enthousiasme du milieu universitaire : la phrénologie. Celle-ci cherchait à trouver une association statistique entre la forme de la boite crânienne et les mœurs, en particulier lorsque ces dernières sont douteuses. Un de ses apôtres, Cesare Lambroso, développa même l’idée du criminel-né, reconnaissable par son crâne.

Depuis plus d’un siècle, cette « discipline » est qualifiée de pseudoscience, c’est-à-dire qu’elle est présentée sous des apparences scientifiques, mais n'en a ni la démarche, ni la reconnaissance. En fait, son succès temporaire fut autrefois lié à son utilisation de la systématique, méthode permettant de dénombrer et surtout de classer les choses et les personnes dans un certain ordre, sur la base de principes logiques. Il ne reste, pour sa popularité contemporaine, qu’un album de Lucky Luke, « Les collines noires » où se manifestent plusieurs spécialistes, plus ou moins crétins, de la phrénologie.

Si cette pseudo science fait maintenant sourire par son simplisme, ce n’est pas pour autant que la méthode qui la soutenait a disparu.

On pourrait même dire que l’enthousiasme si répandu aujourd’hui dans l’université vis-à-vis de l’« intersectionnalité » n’en est que le nouvel avatar.

En effet, on y retrouve la même obsession à classifier, dans des catégories de plus en plus fines, mais se référant à des critères immuables, certains négatifs-nés (blanc, raciste, masculin…), certains positifs-nés (décolonial, racisé, concerné…).

Autre caractéristique commune, la volonté d’affirmer un déterminisme moral originel, de faire entrer les faits dans les catégories préfixées. Il ne s’agit plus du criminel-né, mais de l’oppresseur-né. Une fois la catégorie créée, point n’est besoin de prouver, il suffit d’asséner et surtout de le faire en évoquant pèle mêle les catégories clefs. Ainsi, un groupe féministe publie-t-il dans les Inrockuptibles que « l’hétérosexualité a avant tout une utilité économique, alors elle va forcément s’insérer dans l’économie capitaliste qui est une économie racialisée et coloniale… la construction de l’hétérosexualité comme mode d’organisation de la vie désirable est infusée par la blanchité ».

De telles théories fumeuses sont d’autant plus dangereuses qu’elles flattent des réflexes identitaires dans ce qu’ils ont de plus primitifs. C’est la fin du libre arbitre, les individus sont et restent dans des boites.

À ceux qui s’étonneront que l’université soit le vecteur de ces pseudosciences, on rappellera l’article d’Alain Sokal dans la revue « social text » en 1996 ; dans son texte, Sokal proposait d’enrichir « l'enseignement de la science et des mathématiques [...] par l'incorporation des aperçus dus aux critiques féministes, homosexuelles, multiculturelles et écologiques ». Ce texte aussi absurde que les scientifiques de Lucky Luke fut publié dans cette revue sérieuse sans un battement de cil. C’était le but de son auteur que de dénoncer la pesanteur idéologique. On pouvait, après cela, s’attendre à plus de sérieux dans l’Université.

Et pourtant, plus de 20 ans plus tard, un canulard du même ordre vient de mettre en lumière la vacuité des thèses « intersectionnelles ». Anna Breteau, dans lepoint.fr, révèle comment une thèse purement idéologique, mais surtout profondément antiscientifique dans sa méthode, a réussi non seulement à passer les barrages, mais à obtenir une des meilleures notes possibles. Le thème ainsi salué était « et si l'antisémitisme de Dieudonné n'était qu'une forme de résistance à la domination blanche dans la sphère publique ? » Commentaire du correcteur : « C'était bien, votre devoir, je vous ai mis une très bonne note. »

Lors des VII° rencontres Science et Humanisme, à Ajaccio en 2013, Jean-Marc Lévy-Leblond, physicien et philosophe reconnu, intervenant sur la nécessité du retour à la dispute universitaire, demandait qu'on prenne pour sujet d’enseignement une science qui s'est révélée fausse après des années de gloire - il citait la phrénologie - et qu'on amène les étudiants à développer ainsi leur sens critique. C'est ce qu'il appelle la pédagogie du refus.

Et si on prenait aujourd’hui, comme sujet de cette pédagogie du refus, la thèse de l’intersectionnalité ?

André Bellon

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9 réactions à cet article    


  • astus astus 24 février 2020 18:53

    Bonjour,

    Dans le même panier on peut mettre l’écriture inclusive, le cisgenre, la fragilité blanche, l’hétéronormativité, le mansplaining ... Ces pseudos concepts scientifiques, tous venus des USA, semblent redécouvrir l’eau chaude pour obscurcir le débat tout en favorisant certains lobbies. La question du genre semble centrale et l’on apprend ainsi que celui-ci participerait d’une construction sociale comme si les nombreuses études et recherches antérieures : anthropologiques, historiques, sociologiques, ethnographiques, psychologiques, psychanalytiques, biologiques, épigénétiques etc. avaient toutes ignoré depuis toujours que la construction identitaire et sexuelle était une élaboration longue et complexe, source de bien des différences et d’ajustements qui font la richesse humaine. « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».

    Cdlt.


    • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 24 février 2020 21:22

      @CLOJAC

      Le Fenua a été toujours en avance avec les mahu et l’adoption faamu ...


    • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 24 février 2020 22:31

      @CLOJAC

      Des chefs coutumiers cons comme ma bite ça manque pas au Fenua .


    • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 24 février 2020 23:40

      @CLOJAC

      Je les connais et c’est d’eux que je parlais...lol .


    • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 24 février 2020 23:44

      @Aita Pea Pea

      Mais pas que ...faut que je retrouve le terme...les anciennes familles cheftaines ...


    • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 25 février 2020 02:08

      @CLOJAC

      Arii..tahua ...et tous les teiki des marquises... Ia orana et mahururu pour la reponse. Compliqué le Fenua ...


    • Djam Djam 25 février 2020 10:19

      Les hommes croient penser par eux-mêmes, c’est l’une des armes de manipulation la plus efficace contre le penser par soi-même.

      Nous passons tous notre temps à exprimer les pensées et surtout les opinions des autres. Notre tri se fait selon notre désir d’être confirmé dans nos propres croyances de base.

      C’est comme le choix des lectures. Nous choisissons toujours les thèmes qui vont renforcer nos croyances et opinions. Reconnaître qu’on s’est trompé sur un sujet qui nous tient à cœur est ce qu’il y a de plus difficile dans la vie humaine.

      Les « sciences » de l’époque des modernes ne sont que des croyances dont les discours et les démonstrations toujours subjectives servent à établir des dogmes.

      Aucun humain n’a accès à la Vérité bien que la Vérité est un fait avéré. Simplement elle nous reste hors d’atteinte car notre mode de pensée est totalement fabriqué par nos filtres intimes d’interprétation.

      Voilà pourquoi lorsqu’on décrète qu’une certaine science d’une certaine époque (la phrénologie en l’occurrence) était bien une pure invention, la croyance ressort sous une autre forme tôt ou tard.

      Le moderne occidental est persuadé d’être le nec plus ultra de la civilisation et du génie, rien que cette croyance en dit fort long sur son ignorance crasse.


      • doctorix, complotiste doctorix 26 février 2020 11:28

        @Djam

         Reconnaître qu’on s’est trompé sur un sujet qui nous tient à cœur est ce qu’il y a de plus difficile dans la vie humaine.
        C’est le problème pour les carbocentristes.
        Toute réflexion sur le sujet leur parait non seulement inutile, mais coupable.
        Et toute observation simple est défigurée par l’interprétation qu’ils en font.
        Ainsi, on vient d’analyser les concentrations de CO2 sur les deux derniers millions d’années. Il y a bien corrélation.
        https://global-climat.com/2019/11/05/des-archives-glaciaires-devoilent-les-niveaux-de-co2-sur-les-deux-derniers-millions-dannees/comment-page-1/?unapproved=10769&moderation-hash=b2b816f2509b046ec874fe897e2a8119#comment-10769
        Mais à aucun moment l’article ne propose cette vérité que plus il fait chaud, et plus le CO2 sort de l’eau des océans, car il y est alors moins soluble. Cette élévation est donc conséquence et non cause.
        Et ça change tout, car alors on n’a plus de cause, et plus de coupable à vilipender et à taxer.


      • L’Astronome 25 février 2020 11:22

         

        Précision : il ne s’agit pas de Cesare Lambroso, mais de Cesare LOMBROSO. Cela dit, la phrénologie reste contestable

         

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