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Accueil du site > Tribune Libre > Seafrance m’était compté

Seafrance m’était compté

Souvent j’écris que nous vivons les conséquences d’un débat idéologique. Cela ne signifie pas qu’il n’a pas des répercussions efficientes sur la vie des populations, mais cette volonté à discréditer l’état et ses prélèvements pour faire face à ses obligations ou remplir ses services sont purement démagogique et relève de la dogmatisation.

Récemment le plan de reprise de Seafrance s’est heurté à la décision européenne. « Le gouvernement français a proposé un plan pour aider SeaFrance à se redresser. Ce projet comporte notamment un prêt de 100 millions d'euros accordé par la SNCF, maison mère de SeaFrance. Mais lundi, la commission européenne a rejeté ce projet, considérant qu'il n'était pas conforme aux règles communautaires de la concurrence. La SNCF étant une entreprise 100% publique, le prêt peut être assimilé à une aide d'Etat. »

Dans cet entrefilet (extrait de l’Usine Nouvelle) tout le débat idéologique est posé.

 

C’est quoi un Etat : dans une superficie délimité par périmètre à l’intérieur duquel vivent des hommes qui un temps considéré comme des sujets sont devenus citoyens par tous les drames sanguinaires qui ont accompagné cet « accouchement », ils ont « impersonnalisé » leur représentation en élaborant des textes constituants, tel que la déclaration des droits de l’homme, qui s’impose à tout autre genre. Si l’homme en est son centre, il devient dans sa totalité Nation et Société, et l’Etat n’est qu’une représentation administrative, gestionnaire et porte parole de la Nation, de la société.

Article II

Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression.

Article III

Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément.

Ainsi l’Etat n’est pas la nation, il serait plus clair de comprendre que lorsqu’il est reproché à l’Etat son interventionnisme, l’on reproche en fait à la totalité de ses citoyens, la nation, d’avoir le droit d’intervenir dans ses propres affaires, au bénéfice de qui ?

Dans l’exemple cité, la SNCF est la propriété de 65 millions de français, de la Nation et non la propriété d’une organisation administrative, l’Etat. Comment avons-nous pu accepter par l’intermédiaire de la reconnaissance de la loi du marché d’en arriver à dénier un droit inviolable et sacré de sa puissance sociétale (publique), à nationaliser ou acquérir dans le respect de l’article 17 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, et faire ainsi de chaque citoyen un propriétaire.

Article XVII

La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n’est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige évidemment, et sous la condition d’une juste et préalable indemnité.

En fait, si tout citoyen disposait d’un titre de propriétaire indivisible des biens de la nation ce serait plus clair. L’on cesserait de fait l’opposition public/privé qui n’est autre que l’opposition de puissants contre la nation, qui n’est que l’opposition de l’homme à la puissance de la loi positive qui découle de la nation ou la société, et se réalise par l’organisation administrative de celle-ci, l’état ; et le pouvoir de cette organisation ne peut mettre en échec la déclaration universelle des droits de l’homme.

Rien n’interdit à un individu de devenir puissant, mais il n’a pas à se substituer à la nation ou à lui imposer sa puissance. Or cela fait très longtemps qu’en abusant du droit de commercer librement, ces commerçants ou puissants ne voient plus la nation que comme un marché, et leur dénie le droit d’avoir une existence économique publique collective, de fait de se protéger des monopoles dont découle la servitude.

Or c’est à l’Etat qu’il a été reproché d’exercer ce monopole dans certains secteurs (les entreprises nationales), et de fait l’on a dépouillé les citoyens de ceux dont ils étaient propriétaires via l’organisation administrative de la nation.

Casser un monopole comme les ex PTT par exemple pour permettre à des individus d’entreprendre dans ce domaine en proposant des services concurrents, n’est pas la même chose que ce qui a été fait en ouvrant l’organisme aux capitaux privés, ce qui revient à vendre une fraction du bien commun à des particuliers qui en sont par ailleurs via l’Etat propriétaire. C’est l’inversion de l’article 17

Nous en sommes même arrivés à considérer que participer à la vie sociale de la nation ou de la société était une charge insupportable, n’avons de cesse d’amenuiser les recettes de la nation tout en lui confiant des activités supplémentaires conséquentes de la compétition, que se livrent les individus, érigé en règle salvatrice.

Nous avons même retiré à la Nation en 1973, le droit d’émettre de la monnaie, et fait de la Nation de la Société un client du marché financier,

En fait nous nous retrouvons devant un jeu imbécile. Les citoyens financent par les impôts et les taxes les besoins de l’organisation administrative et les services qu’ils confient à celle-ci. Dans la situation présente quand cette administration à besoin de liquidité pour assurer ses missions, ses services, elle émet des obligations pour récupérer une partie de l’épargne que les citoyens ont déposé dans des banques ou de tout groupement et états qui veulent faire un placement financier.

Mais au bout c’est chaque citoyen par sa contribution aux recettes nécessaire à la Nation qui devra rembourser les intérêts, et donc se charger d’un cout supplémentaire qui ne figure dans aucune de ses constituantes. En clair faire distribuer des intérêts par la nation est anti constitutionnel car cela revient à faire exercer une discrimination inégalitaire par l’administration étatique contraire à l’esprit de la déclaration des droits de l’homme, et permettre à des individus ou groupements de retirer une ressource de la Nation, d’exploiter la nation.

Nous ne sommes pas là dans la redistribution des impôts et taxes via les activités de l’état aux bénéfices sélectifs de citoyens, mais dans l’exploitation de l’affaiblissement de la nation dont nous mesurons seulement aujourd’hui les conséquences particulièrement au travers de la dette de la Grèce.

Dette qui démontre si besoin était qu’une Nation à laquelle l’on ne confie que des services sans assurer leur financement par la contribution de chaque citoyen ou par la capacité d’émettre de la monnaie, n’est pas viable sur le long terme et prive la nation d’une capacité d’interventionnisme régulateur.

Nous voyons bien qu’en changeant seulement de terme, en remettant la nation au centre du discours le paradigme de la société change. Ce qui nous paraissez découler de source être une évidence, la privatisation, la loi du marché, l’étatisme n’est qu’un discourt sémantique dogmatique qui dépouille la nation de sa puissance pour la confier à des constituantes financières et économiques (les dominants systémiques), comme si ce domaine devait échapper aux droits de l’homme.

Domaine pourvoyeur essentiels d’une régression grégaire contraire au développement « civilisationnel » qui repose sur la capacité de socialisation, de vivre ensemble.

En renvoyant l’homme vers ses comportements instinctifs naturels, la xénophobie, la soumission à un dominant, son seul intérêt immédiat, tout ce qui est un frein à une société « intelligente » quand elle ne sait pas contrôler et assumer ces comportements innés.

C’est donc en retrouvant la nation et la société, la république, en retrouvant l’esprit des droits de l’homme, en retrouvant l’homme que nous aurons le plus de chance de sortir de cette crise, plutôt que de croire que faire de l’état une entreprise soumise à des ratios comptables nous préparera l’avenir.

Ainsi cette décision concernant Seafrance et la démonstration de l’absurdité de nos vues dogmatiques, dans le texte remplacer seulement publique par Nation, République ou société, et vous verrez qu’il en émane une autre expression.


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4 réactions à cet article    


  • devphil30 devphil30 27 octobre 2011 14:23

    « Mais lundi, la commission européenne a rejeté ce projet, considérant qu’il n’était pas conforme aux règles communautaires de la concurrence. La SNCF étant une entreprise 100% publique, le prêt peut être assimilé à une aide d’Etat. » »


    Allez on peux aider un pays comme la Grèce mais pas moyen d’avancer 100 millions pour sauver des emplois en France.....

    Tant mieux pour le Grèce mais l’arrangement de cette nuit risque de nous apporter de TRES vilaines surprises en attendant l’euro , l’Europe , les présidents , les triple 000 sont sauvés , le temps d’une élection 

    L’europe sous le biais de la commission européenne dont ses membres sont TRES bien payés décident qu’il ne faut pas injecter d’argent et dans ce cas notre champion de l’emploi , du pouvoir d’achat ne fait RIEN......

    Philippe 

    • ddacoudre ddacoudre 27 octobre 2011 17:25

      bonjour devphil30

      on peut le dire comme tu l’écris.
      moi j’ai était un peu plus long.

      Curieux destin pour un président qui en 2007 devait transcender la France de devoir terminer son mandat en réduisant le remboursement des indemnités maladies.

      S’il est un symbole pathétique de l’échec de quatre années de gouvernance c’est bien celui-là, être contraint de réduire les ressources de ceux qui à un moment de leur existence, se trouvant dans la difficulté, en ont le plus besoin.

      De plus ils ce trouve que ce sont ceux qui durant tout ce laps de temps aurons fabriqué la richesse dont les subsides auront profité essentiellement au capital.

      Capital qui en retour d’une politique conduite pour le faire fructifier afin qu’il s’investisse et développe croissance est emploi (se souvenir des discours lignifiant sur le sujet du président et de son premier ministre) c’est coulé dans quelques niches d’on ne sait où en plus de celle que nous connaissons.

      Et du coup avec un aplomb extraordinaire ceux qui n’ont eu de cesse de réduire les recettes de la nation au point de l’endetter au niveau que nous connaissons en passant de 934 milliards d’euros en 2002 à 1646.1 milliards en mars 2011, franchissant le seuil des 60% du PIB (critères de Maastricht) en 2003 pour atteindre 84.5% du PIB, se présentent comme des gestionnaires responsables assurant que la seule bonne décision demeure l’austérité.

      Austérité qu’ils ont pratiquée par le ralentissement de la consommation intérieure sur laquelle repose essentiellement du moins pour une bonne part notre croissance.

      Notre président n’était-il pas celui qui disait qu’il fallait apprécier sa gestion à la vue des résultats de son action et de son gouvernement.

      Mais voilà par la sémantique conduire une nation vers l’austérité et dans le futur à la récession est devenu synonyme d’une capacité de bonne gestion. Et malheur aux parties aux organisations qui oserait soutenir le contraire, ils deviennent des menteurs des irresponsables.

      J’avoue devoir lever mon chapeau aux communicants aux conseillés de ce pouvoir qui font de son échec patent, une victoire d’excellence.

      Le futur est plus complexe que de résider dans une cure d’austérité faite seulement pour rassurer le marché, ceux qui possèdent de l’épargne.

      Est-ce que cela raisonne chez nous, pour rassurer ceux qui ont plein de monnaie, l’on réduit le développement social de ceux qui la produisent par leur travail.

      La difficulté n’est pas que l’on finance les dépenses et services de la nation, car celle-ci retourne de manière sélective la totalité des sommes perçus dans le circuit de consommation, et cela bénéficie à certains citoyens, du RSA aux investissements industriels et autres.

      De même pour les prélèvements de cotisations des organismes de sécurité sociale, la totalité de ces sommes (c’est tout de même l’équivalant du budget de l’état) retourne financer toute l’activité de santé que ce soit les entreprises pharmaceutiques, le corps médical etc. qui débouchent sur des créations emploies par ‘activité qu’elle génère.

      La question à ce poser n’est pas tant financement direct ou indirect que qui détient le pouvoir d’émettre de la monnaie quand sa circulation est insuffisante, quand sa captation la sort du circuit productif.

      Le pouvoir est étranglé par la loi de 1973 et la restriction des capacités de la BCE. C’est ce château idéologique qu’il faut faire exploser.

      Ensuite l’amenuisement de nos ressources et leurs remplacements est un autre problème qui ne s’en porterait que bien mieux.


    • Slipen’Feu 28 octobre 2011 11:01

      le bouquet final pour bientôt

      ....La Dictature européenne prend place

      Le Mécanisme Européen de Stabilité (MES) sonnerait le glas des souverainetés populaires, au profit d’élites financières protégées par une immunité absolue et disposant de tous pouvoirs financiers, en dernier ressort.

       Interview de Pierre Hillard sur le mondialisme

      longue mais passionnante interview de Pierre Hillard
      Il donne de nombreux scoops et informations parfois croustillantes sur
      les plans néo-mondialistes et les sujets connexes, sur les Young Leaders
       français (allant nous le rappelons au passage les dirigeants fondateurs
       de Rue89 à Dupont-Aignan en passant par Hollande ou le crypto-démondialisant Arnaud Montebourg,ou encore Alain Juppé pour n’en citer que quelques-uns).
      Dans cette vidéo, Pierre Hillard revient également sur le MES, ce complot supra-national totalement censuré par les médias alignés et les journalistes (serviles).


      • Axel de Saint Mauxe Axel de Saint Mauxe 30 octobre 2011 21:05

        C’est quoi un Etat : dans une superficie délimité par périmètre à l’intérieur duquel vivent des hommes qui un temps considéré comme des sujets sont devenus citoyens par tous les drames sanguinaires qui ont accompagné cet « accouchement », ils ont « impersonnalisé » leur représentation en élaborant des textes constituants, tel que la déclaration des droits de l’homme, qui s’impose à tout autre genre. Si l’homme en est son centre, il devient dans sa totalité Nation et Société, et l’Etat n’est qu’une représentation administrative, gestionnaire et porte parole de la Nation, de la société.


        .... qui écrase l’individu.

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