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Accueil du site > Tribune Libre > Sigmund Freud et les silences nécessaires

Sigmund Freud et les silences nécessaires

Ayant mis en valeur un facteur quantitatif – le solde entre les émotions ressenties à l’occasion d’un événement traumatique et ce qui avait pu en être évacué immédiatement -, Sigmund Freud nous avait indiqué que celui-ci pouvait se trouver réparti entre des troubles organiques et d’autres restés psychiques.

Dès lors une première classification peut être établie. Ce qu’il s’empresse de faire :
« Si nous désignons brièvement par le mot « conversion » la transformation d’une excitation psychique en symptôme somatique durable, tel que celui qui caractérise l’hystérie, nous pouvons dire qu’il y a chez Mme Emmy v. N… de faibles indices de conversion, l’émoi originellement psychique, demeurant le plus souvent dans le domaine psychique. » (page 938 du PDF)

Cette répartition différenciée des quantités d’affects peut d’ailleurs s’inscrire dans un cadre très général, et offrir un début d’explication à la diversité des symptômes, ou physiques ou psychiques, et au caractère plus ou moins marqué du déséquilibre proprement mental :
« Dans certaines hystéries, la conversion concerne l’ensemble du renforcement de l’excitation, de telle sorte que les symptômes somatiques de l’hystérie font irruption dans un conscient en apparence tout à fait normal. Toutefois, c’est le plus souvent une conversion incomplète qui se produit, de telle sorte qu’au moins une partie des affects accompagnant le traumatisme persiste dans le conscient en tant qu’élément de l’état d’âme. » (Idem, page 938)

Nous constatons immédiatement que, grâce à Sigmund Freud, nous y voyons déjà beaucoup plus clair, même si nous n’en sommes encore qu’aux généralités… Or, nous allons découvrir qu’à peine armé de cette première notion de « conversion  », notre homme s’en saisit pour porter le fer dans un domaine qui lui tient à coeur, et à propos duquel son séjour à Paris en 1885-1886 ne lui a pas laissé que de bons souvenirs.

Grâce à Emmy von N…, il a désormais pu se convaincre qu’il était impossible de se débarrasser de l’hystérie et de ce qui l’engendre en recourant au langage d’un certain Dr Morel (à retrouver ici, si nécessaire). Chez elle, la conversion des émotions en troubles physiques n’est que marginale. Ainsi la force d’expression de son mal s’est-elle trouvée concentrée dans le domaine psychique, territoire sur lequel Freud s’est assuré une entrée sans doute encore très limitée, mais de plus en plus instructive. Ainsi commence-t-il à savoir de quoi il parle…
« Dans le cas qui nous occupe, les symptômes psychiques d’une hystérie peu convertissable peuvent être classés en modifications de l’humeur (angoisse, dépression mélancolique), phobies et aboulies (troubles de la volonté). Ces deux dernières espèces de troubles psychiques, interprétés par l’École française de Psychiatrie comme des stigmates de dégénérescence nerveuse, se montrent pourtant, dans notre cas, suffisamment déterminés par des incidents traumatisants. » (Idem, page 938)

Nous n’avons pas oublié le fameux traité publié à Paris en 1857 par le docteur Bénédict Morel : Traité des dégénérescences intellectuelles, physiques et morales de l’espèce humaine, une redoute à l’abri de laquelle l’essentiel des spécialistes français de la santé mentale se seront longtemps rassemblés, et même Jean-Martin Charcot

Voici face à quelle meute Sigmund Freud se déclare désormais disposé à rompre des lances… Or, cette bagarre est partie pour quelques décennies, ainsi que nous le verrons. Pour l’instant, le médecin viennois ne s’adresse en quelque sorte qu’à lui-même… C’est qu’il est suffisamment empêtré dans ses propres limites… qui sont de taille.

Les notes ajoutées au cas Emmy von N… nous ont montré son mécontentement d’avoir omis d’approfondir certaines questions. Mais, dans l’« Analyse critique  », il n’en est pas encore là. Et voici ce que cela donne :
« En ce qui concerne les phobies, quelques-unes correspondent bien, il est vrai, aux phobies primaires des hommes et surtout des névropathes, peur de certains animaux (serpents, crapauds, et aussi vermine dont Méphistophélès se vante d’être le grand-maître), crainte des orages, etc. Mais les phobies elles-mêmes ont été consolidées par des événements vécus. » (Idem, page 938)

La source première serait donc déterminée… Pourquoi chercher plus loin du côté des origines ?…
« Quoi qu’il en soit, c’est à la peur primaire, et pour ainsi dire instinctive en tant que stigmate psychique, qu’incombe dans ce groupe le rôle principal. » (Idem, page 939)

Sur toute une page, Freud étale alors les différentes frayeurs d’Emmy von N… en leur attribuant comme source une peur primaire spécifique qui semble n’avoir – tout compte fait – qu’un caractère très « naturel »…

Mais il sait pertinemment qu’il y a ici quelque chose qui cloche…
« Je pense en outre que tous ces facteurs psychiques expliquent le choix mais non la persistance des phobies. Pour cette dernière, il convient d’ajouter un facteur névrotique, le fait que la malade vivait depuis des années dans la continence, cause la plus fréquente d’une tendance à l’angoisse. » (Idem, pages 939/940)

Un ange passe…

NB. Pour comprendre dans quel contexte politique de fond se situe ce travail inscrit dans la problématique générale de l'amour courtois...
https://freudlacanpsy.wordpress.com/a-propos/


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7 réactions à cet article    


  • L'enfoiré L’enfoiré 15 février 2018 11:54

    Bonjour Michel,

     La psychologie, un sujet à volets multiples.
     Bien sûr, il y a eu Sigmund Freud qui a tenté d’expliquer l’insoutenable légèreté de l’âme humaine.
     Il y a les psychopathes, les psychotiques... et toutes leurs variantes.
     Un vieux livre de Michel Onfray « Le Crépuscule d’une idole » qui avait mis le feu aux poudres chez les psychiatres.
     Alors, est-ce grave le « Syndrome de Eriofne » , Docteur ? 
     smiley


    • Michel J. Cuny Michel J. Cuny 15 février 2018 13:13

      @L’enfoiré
      Merci pour votre commentaire.
      Pour ma part, je suis préoccupé par les systèmes de persuasion clandestine sur fond de lutte des classes. Je vous donne un exemple du travail que cela permet de réaliser...


    • L'enfoiré L’enfoiré 15 février 2018 16:05

      @Michel J. Cuny

      Un vrai et un faux Charles De Gaulle révélé par Jean Moulin ?
      J’ai cliqué sur les liens mais pas de texte qui l’expliquerait.
      Je n’en aurais aucune idée.
      Pas français, Je n’ai pas suivi l’évolution de la France à cette époque.
      Même le mai 68 n’a pas apporté des flammes en Belgique et a été précédé chez nous par le « Walen buiten » dont vous n’avez peut-être aucune connaissance.
      Aujourd’hui, il apparait que Leuven vlaams et Louvain la Neuve en ont profité et que l’UCL et la KUL pensent aujourd’hui trouver des partenariats profitables.


    • Michel J. Cuny Michel J. Cuny 15 février 2018 16:47

      @L’enfoiré
      L’affaire avec Jean Moulin date de 1943.
      Après l’élimination de celui-ci (qui a été livré aux Allemands),

      De Gaulle a pu, dès la Libération, engager la France à la fois dans les massacres de mai 1945 en Algérie, puis dans la guerre d’Indochine (qui devait, plus tard, devenir la guerre du Vietnam).
      Au total, il porte la responsabilité de plus de deux millions de morts.
      Or, revenu au pouvoir grâce au coup d’Etat de 1958, il a alors mis en place la Constitution qui régente aujourd’hui encore la France, et qui en fait une monarchie élective, totalement aux mains de la grande bourgeoisie française.
      Tout cela a basculé dans l’inconscient des Françaises et des Français qui n’en savent plus rien.

    • L'enfoiré L’enfoiré 15 février 2018 18:54

      @Michel J. Cuny
      Merci pour les infos.
      Je pense qu’il ne faut pas oublier que De Gaulle était un colonel dans l’armée dont il était fier, et qu’il s’est auto-proclamé « général ».
      Aujourd’hui, il y a aussi des généraux qui prennent la présidence d’un pays (ex. Sissi en Égypte, Ariel Sharon en Israël...)
      Être militaire pendant une période laisse des traces.
      Aujourd’hui, comme vous dites, en France, De Gaulle devient une idole, une référence qui manquerait au pays.
      Il a été plusieurs fois, la cible d’ennemis politiques
      Là, c’est une erreur idéologique et de perte de souvenirs et de nostalgie.
      En Roumanie, Ceaucescu reste encore une idole pour certains Roumains avec « ostalgie »...


    • Michel J. Cuny Michel J. Cuny 15 février 2018 19:08

      @L’enfoiré

      De Gaulle était effectivement un très étrange officier puisque son livre Vers l’armée de métier (1934) a été immédiatement (1935) traduit en Allemagne à la demande d’Hitler qui en a aussitôt utilisé les éléments principaux (en particulier ce qui concernait « messieurs les maîtres », et les territoires à conquérir au détriment de l’Allemagne) pour effrayer ses propres officiers et les convaincre de préparer la guerre dans les meilleurs délais...
      Et puis il y a tout ce qui rappelle Sedan et ses suites (en mai-juin 1940) lorsque De Gaulle est devenu sous-secrétaire d’Etat à la guerre, et qu’il a voulu nommer au poste de généralissime des armées françaises le général Huntziger (coupable d’avoir organisé l’entrée des Allemands de Guderian en France)...
      D’ailleurs, sur ce point, l’histoire de France rappelle celle de la Belgique (pour son roi félon)...
      C’était bien la même équipe (avec Weygand à l’interface).

    • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 15 février 2018 12:14

      S’il y a du psychique, c’est que nous sommes en vie. Lire Pierre Marty et Fain,...

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