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Socialisme en crise

Le moral et la morale.

Les socialistes ont le vague à l’âme, le moral en berne.
Le Parti socialiste paraît se réduire à l’heure qu’il est à une addition de chapelles où tout le monde parle d’union, mais où prédomine surtout la détestation du voisin.
Où ce que l’on dit est loin de ce que l’on pense et bien loin de ce que l’on fait.
Longue tradition, vieux réflexe, certes, déjà exacerbé au temps de Guy Mollet et pérennisé d’une autre manière par la suite.
Ce réflexe , qui consiste à toujours se situer plus à gauche que le voisin (au sens historique du terme), qui a longtemps si bien fonctionné, avec quelques « passages à vide », s’use maintenant à grande vitesse.
- Le socialisme, tel qu’il était rêvé avant et dans l’immédiat après la guerre, sous toutes ses formes a montré partout ses limites. Même en Scandinavie, longtemps donnée en modèle, il a fallu dans les années 90 rebâtir du neuf en toute hâte, sous peine de désastre.
- L’ouverture des frontières, si elle permet dans de nombreux domaines d’accroître la richesse des nations en spécialisant les centres de production tout en stimulant l’effort et la créativité de chacun, rend impossible à l’échelon d’une seule nation toute initiative audacieuse en matière de fiscalité et donc de politique économique. La fluidité croissante des capitaux à l’échelle mondiale, qu’ils soient sociaux ou individuels, en est la cause principale.
- Les politiques de redistribution et d’assistance ont démontré leurs limites : exploitation par quelques individus sans scrupules des aides aux plus défavorisés, fraudes à l’assurance sociale... Le tout aggravé par un sentiment d’injustice profonde ressenti par une partie de la population, souvent la plus pauvre. Ces populations, qui sont composées aussi de gens actifs, commerçants, artisans et professions libérales, ont le sentiment de travailler de plus en plus, tandis que les fruits de la croissance profitent d’un côté aux personnes les plus « débrouillardes » qui vivent dans l’économie parallèle et profitent de toutes les formes d’assistanats. De l’autre coté, elles constatent l’ascension d’une toute petite poignée d’individus dont les revenus ne cessent de croître sans fin et sans limites, dans des proportions inimaginables.

L’arrivée peu avant les élections d’une femme, qui n’était pas perçue par l’opinion comme ayant participé politiquement aux échecs du passé, qui tenait un langage nouveau, parfois iconoclaste et, en tout cas, en rupture avec la langue de bois des appareils politiques, a insufflé auprès des jeunes, des moins jeunes et même de certains déçus du socialisme, un souffle de renouveau.

Elle a réussi cette ascension fulgurante grâce à une perception très fine de l’importance de la communication et de l’image que projette l’homo politicus en direction des médias. Elle a su prendre en compte en outre de façon perspicace diverses études précises à l’égard des mouvements continus de l’opinion publique, probablement sous-estimés par ses prédécesseurs (L. Jospin en particulier).

Dans cette affaire, les courants qui ont choisi d’adhérer à sa candidature peuvent être classés, je pense, dans trois grandes catégories différentes :

1/ Les « téléspectateurs ».
Nous avons en quelque sorte, pour la France, eu affaire à une espèce de réincarnation moderne et féminine, de John Kennedy. Mère de famille dynamique, séduisante et en même temps sensuelle, habillée avec goût et... souriante. Une personne capable d’assumer en plus des responsabilités importantes (présidente de Conseil régional). Le parangon de la femme idéale du XXIe siècle, en quelque sorte.
Quelques déclarations bien calibrées, facilement exploitables à la volée par la presse, lui permettaient intelligemment de se situer en même temps au-dessus de la mêlée socialiste et de sa synthèse politique inaudible, tout en renforçant sa différence et donc son caractère de présidentiable.

2/ Les socialistes opportunistes
Dans cette guerre interne au Parti socialiste, chacun cherche à se différencier, à se démarquer de son voisin. La non-appartenance de Ségolène à un courant, son relatif isolement et, bien sûr, last but not the least, son ascension...dans les sondages, ont crée un « appel d’air » considérable. Des ralliements multiples et bien souvent de circonstance plus que d’adhésion à un projet politique ou à sa personne, hélas.

3/ Les « anti-droite » avec deux sous-familles
- Les socialistes de cœur. Ceux qui, quoi qu’il arrive, soutiennent et soutiendront le principal candidat de la gauche. Dès lors qu’elle était la candidate désignée par le Parti socialiste, ils ont fait bloc derrière d’elle, comme ils l’avaient fait, en son temps, derrière Mitterrand.
- Les anti-sarkozystes, qui face à une image extrême, parfois, projetée par les médias ou par le bouche-à-oreille, éprouvaient une réaction sincère de peur à l’égard du ministre de l’Intérieur. Ces électeurs auraient voté d’ailleurs pour toute personne ayant la moindre chance de l’emporter. Certains d’entre eux votèrent Bayrou au premier tour, Ségolène au second.

Que sont donc devenus ces trois courants, et quelles sont donc les chances de la candidate de 2007 en vue de 2012 ?

1/ Les « téléspectateurs » sont toujours là, mobilisés en partie, ou en tout cas re-mobilisables. Pour peu que des thèmes forts, répétés dans la durée et mobilisateurs soient trouvés (ce qui n’a pas été vraiment le cas pendant la campagne), cela reste possible : car John Kennedy c’était l’image... mais aussi le rêve ! La « nouvelle frontière », qui mettait en synchronisation l’image avec les paroles. La conquête des droits civiques pour les Noirs... la lutte avec Bob, fatale, contre les mafias.

2/ Les socialistes opportunistes. On peut les observer en ce moment : leur cœur balance. Ils n’y croient plus beaucoup, ils s’éloignent. Mais, sait-on jamais, au cas où, ils pourraient revenir ? Tout dépend du 1/...

3/ Les socialistes de cœur. Ils sont suivistes, donc acquis d’avance. Mais ils sont toujours, aussi l’âme d’une campagne électorale ! Ce n’est pas la même chose de dire « Je voterai pour elle parce que c’est la candidate du parti » que de dire : « Je soutiens son programme et sa personne », et pour telle et telle raison de fond.
Quant aux anti-sarkozystes, comme chacun le sait, ils ont non seulement fondus comme neige au soleil ces derniers temps, mais, comme un très curieux effet de balancier de l’anti-sarkozysme primaire de la campagne, bon nombre de « déçus du socialisme » ont même changé de camp !

Il existe donc encore, malgré tout un possible, une base, un socle. Fragiles. Et qui manquent encore de densité et de contenus, surtout.

Ou les socialistes trouvent une vraie réponse morale et humaniste aux défis du futur pour la France et pour l’Europe :
Les problèmes posés par le vieillissement progressif d’une population française qui ne rêve pas que d’oisiveté. Mais aussi la protection efficace des plus démunis, leur droit d’accéder à la dignité et au travail. La nécessité d’agir grâce à l’Europe puis dans le monde, en échange d’une mondialisation intelligente et maîtrisée, afin de faire participer les produits financiers exorbitants, pour mieux combattre la pauvreté. Résoudre ainsi par le haut le grave problème des flux migratoires irrépressibles que personne n’ose aborder avec réalisme.
Le « socialisme à visage humain » retrouvera dans ce cas toute sa raison d’être et sa force. Il lui faut des exigences morales, qui dépassent le cadre étroit du consensus mou et celui de la simple renvendication syndicaliste. Un regard clair qui aille beaucoup plus loin.
Ou bien le socialisme, qui a fait rêver tant de générations, restera englué dans ses contradictions internes, ses critiques marginales, mouche du coche d’un pouvoir en place qui fait bouger les lignes en ce moment et il disparaîtra alors tristement dans les poubelles de l’histoire du XXIe siècle.


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8 réactions à cet article    


  • Cédric 7 septembre 2007 13:30

    Une analyse partielle de l’ascension de S. Royal qui se limite au côté médiatique mais qui ne saurait expliquer pourquoi elle a pu emporter aussi facilement la désignation comme candidate du PS. Elle a gagné avec 60% des voix, certes, mais plus que cela elle a gagné dans tous les départements sauf 4. Une telle performance ne saurait s’expliquer par le côté médiatique et des sondages favorables ou bien des personnalités comme Lang ou Kouchner auraient été 1er secrétaire du PS depuis bien longtemps.

    Il y a eu un travail de terrain de la dame qui n’a toujours pas été compris, notamment par ses anciens concurrents et leurs soutiens. Comment comprendre qu’elle ait pu enlever des fédérations importantes mais quelque peu « orphelines » comme celle des Bouches-du-Rhône ou de l’Hérault en réduisant la problématique à des militants « téléspectateurs » ou « anti-sarko » ? En vérité, on ne le peut pas et ce fut d’ailleurs l’erreur fondamentale des DSK et autre Fabius. Il fallait voir cette incompréhension de leurs soutiens quand ils se sont aperçus, en particulier durant les fameux débats, qu’elle avait du monde derrière elle. Incompréhension et dénie car aujourd’hui encore les mêmes s’entêtent à ne pas comprendre que l’on ne pouvait pas prendre le PS depuis Paris, que ce soit uniquement depuis la rue Solférino ou le siège d’un quelconque média.

    Aujourd’hui, les plus avancés de ces aveugles volontaires ne veulent voir dans cette réussite interne de Royal que l’action de François Hollande. Ils y ont bien évidemment un intérêt politique mais là encore il ne s’agit que d’un leurre.


    • moebius 7 septembre 2007 14:20

      plus que des problémé d’appareils propre au PS il faut parler d’une absence d’opposition cohérente au gouvernement ce qui est bien plus grave pour la démocratie que des problémes de personnes. Une opposition inexistante ou en retrait et qui attend... Un premier secrétaire du PS qui semble toujours briguer le poste de premier secrétaire et un président qui semble lui toujours en campagne... Tout ça tourne bien rond pour que rien n’avance


      • cza93 cza93 7 septembre 2007 15:35

        Pour que se constitue une opposition cohérente et efficace au gouvernement, ... il faudrait déjà que LES oppositions au sein de l’opposition cessent ...

        En ce qui concerne le seul PS (je ne parle donc ni du PC, ni de la gauche de la gauche, ni des Verts), il est de tradition que toutes les opinions soient audibles, discutées, s’organisent autours de leaders d’opinion.

        En revanche, à un moment donné, il doit y avoir à la tête de tout cela un chef d’orchestre, qui veille à la cohésion du groupe (lequel, malgré quelques divergences internes, reste d’accord sur l’essentiel), et qui a l’autorité, à un moment donné, de faire cesser le brouhaha ; un peu comme un prof qui demande le silence à des élèves dissipés pour que l’on puisse entendre le cours ...

        Or dans le cas présent, la personne qui occupe cette fonction n’a fait que tempérer les ardeurs de chacun sans jamais trancher, pour ménager la chèvre et le chou, sans prendre de décision qui engage tout le monde ; et à force de moyens termes, de compromissions, le message est brouillé, des voix discordantes s’élèvent en tous sens pour se bagarrer un leadership dont on sent bien qu’entre de bonnes mains, il mettrait un terme à ces batailles internes et par conséquent permettrait l’émergence d’une activité d’opposition réelle, efficiente, attentive aux mesures prises ou proposées par le gouvernement.

        CQFD ...


      • SALOMON2345 11 septembre 2007 15:54

        MOEBUS, je partage votre opinion : En mathématique, moins + moins = plus, ce qui veut dire que une opposition + une opposition = PLUS pour la majorité : CQFD


      • moebius 8 septembre 2007 23:48

        .. Oui c’est ça qu’il les trouvent eux ces socialiste toute ses solutions. Allez cherchez donc ! pouet ! pouet !


        • moebius 8 septembre 2007 23:50

          ..et j’vous direz pas ou elles sont cachéés...allez cherche..trouduc...lutte des classes


        • moebius 8 septembre 2007 23:51

          lutte des classes lutte des classes


        • selecweb 9 septembre 2007 00:12

          Deux problèmes sont posés, très différents, très clairs :
          - Quel leadership
          - Quel programme.

          Tout le monde est bien sûr unanime au parti socialiste : Le programme d’abord !! Un bon moyen, une nouvelle fois d’éviter les querelles. Car le programme une fois encore cela doit être et cela sera au final « la synthèse », cette espèce de bouillie grisâtre, immangeable par l’opinion, sans grande aspérité. Dont le seul mérite est d’éviter, en fait, autant que faire se peut les guerres intestines. François Hollande a été remarquable dans cet exercice...Mais il doit commencer à fatiguer, je pense (je parle de lui même, évidemment). Sarkosy n’est pas arrivé, lui, à l’UMP avec un programme mais avec son leadership...et c’est comme ça qu’il a pu bâtir, avec l’aide de pas mal de monde, un programme à droite ! Le leader peut grandement aider à bâtir un bon programme mais un programme n’a jamais permis de désigner un leader !!

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