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Soixante ans plus tard...

West Side Story et Twist à Bamako, des histoires d'amour impossibles...

Par les hasards de la production et de la distribution cinématographiques, deux films sortis ces jours-ci sur les écrans nous ramènent 60 ans en arrière : West Side Story de Steven Spielberg qui revisite l’original sorti en 1961 et Twist à Bamako de Robert Guédiguian qui situe son histoire au Mali au lendemain de son indépendance en 1960.
Tous deux narrent deux tragiques histoires d’amour emportées par les circonstances sociales.

 

Les deux versions de West Side Story racontent la même histoire : l’amour impossible entre Maria, une jeune portoricaine récemment immigrée aux États-Unis et Tony, issu d’une immigration plus ancienne. Ils appartiennent à des bandes rivales de jeunes qui se disputent un quartier de New-York. Ce conflit illustre une phrase qui avait cours, humour noir, dans l’immigration en France, il y a quelques années, « le dernier entré ferme la porte derrière lui ». Les Jets défendent leur territoire face aux derniers arrivés, les Sharks, d’origine portoricaine.
Les pauvres se battent entre eux pour «  régner  » sur le quartier. Si, aux dernières images, la paix entre la majeure partie des jeunes des deux camps semble établie autour de la mort de Tony, certains protagonistes s’éloignent discrètement sur les côtés.
La guerre tribale continuera.

Soixante années plus tard, elle continue. En témoigne de façon symbolique, Rita Moreno qui joue dans les deux films. Elle est Anita, l’héroïne des Sharks, dans le film de 1961, et tient dans le remake de 2021, le drug store où les jeunes Jets se réunissent...

Inutile de revenir sur la beauté de West Side Story qui a fait le tour du monde avec le même succès aussi bien sur scène qu’à l’écran. La première version du film a obtenu 10 Oscars, la seconde est promise à un succès moindre mais certain. La musique, la couleur, les images, les danses, l’histoire de ce moderne Roméo et Juliette magnifient l’amour impossible et cette guerre des pauvres et masquent leur sort commun, dans la société des États-Unis rappelé par le policier du quartier !

Dans Twist à Bamako, l’amour de Lara et Samba est rendu possible puis brisé, non par des fractures ethniques mais par le choc provoqué au lendemain de l’indépendance par la tentative de Modibo Keita d’instaurer le socialisme dans la société malienne traditionnelle.
Lara fuit les siens pour Bamako à la suite d’un mariage forcé, Samba fils d’un gros commerçant s’engage pour le nouveau régime qu’il définit avec une citation améliorée de Lénine : le socialisme, c’est les soviets plus l’électrification, plus le twist.
Dans un monde qui est, temporairement, en pleine mutation, les deux jeunes se croisent et leur amour nous et montré dans deux séquences pudiques et magnifiques.
Deux corps noirs et nus dans la nuit, debout, silencieux, immobiles, face à face : tout est dit. Une autre séquence, aux multiples symboles, faite pour être belle : Lara, la nuit, dans l’eau jusqu’à la taille, dénoue son pagne, l’agite comme une voile, comme un voile, libérée, sous le regard de son amant qui vient la rejoindre.

Mais Samba meurt sous les coups de la tradition qui a l’a tué pour récupérer Lara et la révolution sous ceux des commerçants qui se sont révoltés contre le régime de Modibo Keita. Une révolution venue d’ailleurs, que des cadres en costume cravate ne pouvaient voir se répandre en dehors des clous, sous toutes ses formes au rythme d’une musique occidentale. Pour eux, les portraits de Hô Chi Minh ou de Patrice Lumumba ne pouvaient cohabiter avec celui Johny et le travail volontaire des jeunes aux champs avec les nuits de Bamako…

Dans la dernière séquence, 50 ans plus tard, Lara, vieillie, cachée sous un voile, avance, un téléphone à la main qui diffuse de la musique occidentale, lève à nouveau son voile, esquisse quelques pas de danse sous le regard d’un militaire : la révolution, la liberté ne sont plus qu’une nostalgie de vieille femme...…

De la jeunesse, de la révolution, de la liberté, du twist, il ne reste à Lara que la musique qui réveille encore…
 Dans une société traditionnelle qui, on le sait maintenant, va connaître encore d’autres assauts venus d’ailleurs... 

 


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6 réactions à cet article    


  • Séraphin Lampion Schrek 9 janvier 16:57

    « West Side Story » était et reste un chef-d’œuvre toutes catégories, mais ce qui en fait une production à part, c’est la BO, grâce à la partition, l’orchestration et la direction de Bernstein : une révélation pour beaucoup (dont moi qui n’avais jamais entendu un tel son, ni au cinéma ni ailleurs), et la découverte de ce que la comédie musicale pouvait être autre chose que les mièvreries de Broadway (d’ailleurs inconnues des Français qui en étaient encore à l’opérette).

    Un tel choc ne se produit qu’une fois. Vos propos donnent envie d’aller voir les deux films dont vous parlez, mais je ne m’attends pas à la même « stupéfaction » que celle que j’ai connue il y a soixante ans.


    • SilentArrow 10 janvier 08:40

      @Schrek

      West side story est la seule comédie musicale que j’ai jamais pu supporter et apprécier.

      J’avais entendu dire du bien de Les parapluies de Cherbourg. Je ne l’ai pas vu en salle, j’ai attendu qu’il passe à la télé. Je l’ai regretté, j’aurais dû attendre qu’il passe à la radio.


    • Paul ORIOL 10 janvier 10:18

      @Schrek
      Bonjour,
      mes qualités artistiques ne sont ps suffisantes pour répondre à cette question. Pouvez-vous le faire ?
      La musique et la danse des Jets et des sharks sont-elles différentes ? Ou dansent-ils de la même façon sur une musique du même type ?
      Merci.


    • adeline 9 janvier 18:41

      Bien ,mais petite erreur de rubrique.


      • sylvain sylvain 9 janvier 20:00

        la guerre tribale, ou comunautariste, est un programme politique en occident aujourd’hui .On est peut être dirigé par des fans de west side, va savoir

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