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Accueil du site > Tribune Libre > Supplément familial de traitement (SFT) : pourquoi la fonction publique (...)

Supplément familial de traitement (SFT) : pourquoi la fonction publique doit reconnaître la réalité de la coparentalité après séparation

La séparation d’un couple ne met pas fin aux responsabilités parentales. Pourtant, dans la fonction publique, certains dispositifs continuent de reposer sur une vision largement binaire de la famille, ne correspondant plus toujours à la réalité vécue par des milliers d’agents publics séparés ou divorcés.

C’est notamment le cas du supplément familial de traitement (SFT), complément de rémunération versé aux agents publics ayant des enfants à charge. Si une réforme importante est intervenue en 2019 pour permettre son partage en cas de résidence alternée, de nombreuses situations intermédiaires demeurent encore ignorées.

Derrière une question technique de rémunération se cache en réalité un enjeu plus large : celui de la reconnaissance de la coparentalité effective après séparation.

Une évolution importante en 2019

Le Code général de la fonction publique prévoit désormais que, lorsqu’un enfant est effectivement en résidence alternée au domicile de chacun de ses parents, la charge de cet enfant peut être partagée pour le calcul du supplément familial de traitement.

Texte applicable : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000046195825

Le décret n° 85-1148 du 24 octobre 1985 précise les modalités de ce partage : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000042513217

Cette réforme, introduite dans le cadre de la loi n° 2019-828 du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique, a constitué une avancée significative. Elle a permis une meilleure prise en compte des nouvelles organisations familiales et de situations dans lesquelles les deux parents assument effectivement l’éducation et l’entretien quotidien de leur enfant.

Mais cette évolution s’est arrêtée à la seule hypothèse de la résidence alternée.

Un système qui reste fondamentalement binaire

Aujourd’hui, le mécanisme du SFT repose essentiellement sur deux situations :

  • Soit l’enfant réside habituellement chez un parent, qui bénéficie seul du dispositif 
  • Soit l’enfant est en résidence alternée et le SFT peut être partagé à parts égales

Entre ces deux configurations, il n’existe pratiquement aucune prise en compte des situations intermédiaires.

Pourtant, la réalité des familles séparées est souvent beaucoup plus nuancée.

De nombreux parents accueillent leur enfant chaque semaine, assument la moitié des vacances scolaires, réalisent les trajets nécessaires, disposent d’un logement adapté à son accueil et prennent en charge une partie importante des dépenses du quotidien.

Il n’est pas rare qu’un parent assume :

  • 20 % du temps de résidence 
  • 30 % du temps 
  • 40 % du temps 
  • voire davantage sans atteindre juridiquement le seuil de la résidence alternée

Malgré cela, il peut ne percevoir absolument aucune fraction du supplément familial de traitement.

Une situation difficile à concilier avec la notion de charge effective

Cette exclusion peut surprendre au regard même de la philosophie du dispositif.

L’article L. 712-8 du Code général de la fonction publique rattache le supplément familial de traitement à la notion d’enfant à charge : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000044423765

Or, la notion de charge ne se limite pas à une simple adresse administrative.

Le Conseil d’État a depuis longtemps rappelé que la charge effective et permanente d’un enfant implique une participation réelle à son entretien matériel et moral.

Cette analyse a d’ailleurs été rappelée récemment par le Gouvernement dans une réponse ministérielle publiée au Sénat le 6 août 2026 : https://www.senat.fr/questions/base/2026/qSEQ260207824.html

Dans ces conditions, une question se pose : est-il cohérent qu’un parent qui assume concrètement une part importante des dépenses liées à son enfant puisse être totalement exclu du bénéfice du SFT au seul motif que la résidence habituelle de l’enfant est fixée chez l’autre parent ?

Le décalage entre la réalité des charges supportées et les règles actuelles d’attribution apparaît parfois important.

L’idée d’une véritable proratisation

Une piste d’évolution pourrait consister à aller au-delà du modèle actuel basé sur le « tout ou rien » ou le « 50/50 ».

Le principe serait relativement simple : faire correspondre davantage le bénéfice du SFT au temps de résidence effectivement assumé par chacun des parents.

Ainsi, lorsque la situation familiale est clairement établie par :

  • Une décision judiciaire 
  • Une convention parentale homologuée 
  • Ou des justificatifs reconnus par l’administration

le montant du SFT pourrait être réparti proportionnellement au temps d’accueil réellement assuré.

À titre d’exemple :

Temps de résidence Part théorique du SFT
20 % 20 %
30 % 30 %
40 % 40 %
50 % 50 %
toute autre répartition selon la quotité réellement assumée

Une telle réforme ne viserait pas nécessairement à créer un avantage nouveau, mais plutôt à mieux faire correspondre le dispositif à la réalité des charges assumées.

Une évolution cohérente avec la reconnaissance de la coparentalité

Depuis plusieurs années, le droit français s’oriente progressivement vers une meilleure reconnaissance de l’implication des deux parents après séparation.

La résidence alternée a été intégrée dans plusieurs dispositifs sociaux et fiscaux. Les juridictions familiales prennent davantage en considération la capacité des deux parents à assumer ensemble l’éducation de leurs enfants.

Dans ce contexte, le maintien d’un système qui ne connaît essentiellement que deux situations, « 0 % » ou « 50 % », peut apparaître de moins en moins adapté à la diversité des organisations parentales actuelles.

L’objectif ne serait pas de remettre en cause les modalités de fixation de la résidence des enfants mais de reconnaître qu’entre la garde exclusive et la résidence alternée parfaite existent de nombreuses situations de coparentalité réelle.

Un sujet qui concerne les trois fonctions publiques

L’enjeu dépasse largement la seule fonction publique d’État.

Le décret n° 85-1148 du 24 octobre 1985 s’applique en effet :

  • aux personnels de l’État ;
  • aux militaires ;
  • aux agents des collectivités territoriales ;
  • aux personnels hospitaliers.

Texte de référence : https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000872483/

La question concerne donc potentiellement plusieurs centaines de milliers d’agents publics dans les trois versants de la fonction publique.

Un débat déjà identifié par le Parlement

Le Parlement s’est déjà intéressé à plusieurs reprises à la question du supplément familial de traitement dans les situations de séparation.

Une réponse ministérielle publiée le 26 février 2026 reconnaît notamment que le dispositif repose aujourd’hui principalement sur une distinction entre résidence habituelle et résidence alternée : https://www.senat.fr/questions/base/2025/qSEQ250404261.html

De même, une question posée à l’Assemblée nationale en 2024 sur l’adaptation du SFT aux nouvelles réalités familiales avait conduit le Gouvernement à indiquer qu’une évolution n’était alors pas envisagée, notamment en raison des contraintes budgétaires : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/questions/QANR5L17QE900

Cependant, la réflexion pourrait désormais évoluer.

La question n’est plus seulement celle du partage du SFT en cas de résidence alternée, désormais reconnu par les textes.

Elle est de savoir si le supplément familial de traitement doit continuer à ignorer totalement les situations où un parent assume 20 %, 30 % ou 40 % de la résidence effective de son enfant ainsi qu’une part substantielle de ses dépenses quotidiennes.

Vers une modernisation du SFT ?

Le débat mérite d’être ouvert.

La reconnaissance de la coparentalité ne se limite pas à la résidence alternée stricte. Elle concerne également les nombreuses familles dans lesquelles les deux parents continuent d’assumer concrètement des responsabilités éducatives et financières importantes après leur séparation.

Une éventuelle proratisation du supplément familial de traitement permettrait de rapprocher davantage le droit de la réalité vécue par les familles.

Au fond, la question est simple : si le SFT a vocation à compenser la charge de l’enfant, ne devrait-il pas refléter plus fidèlement la part de cette charge réellement assumée par chacun des parents ?

À l’heure où la coparentalité est devenue une réalité sociale largement reconnue, cette interrogation apparaît désormais comme une question légitime d’équité entre les parents séparés et de modernisation de la fonction publique.


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