Sursaut ou propranolol ?
Avec Paulette, à lire ce qui se passe et constater que notre futur clopine, on a de plus en plus la migraine. Tout n’a pas toujours été rose, certes, mais jamais la couleur ne s’était tant délavée.
La machine patine sur les rails. Ce constat amer, les français le font chaque jour avec plus d’acuité dans la désespérance. C’est que, du film qui se déroule devant eux, ils ont cette vision cruelle d’une histoire dont ils devraient être les acteurs principaux alors qu’ils n’ont la maîtrise d’aucun de leur geste et qui témoigne à chaque séquence d’un scénario bâclé, de l’effet ravageur de promesses non tenues. Intermittents dans notre vie, nous ne sommes payés que de mépris.
Allez-donc avoir le moral quand on vérifie chaque jour que les pouvoirs de décision ont été détournés et qu’il n’est plus de mode de rendre des comptes. Le débat politique n’existe plus, l’indépendance nationale se gomme au rythme où se délite l’organisation sociale et que la mémoire collective cède le pas à celle des ordinateurs. Les droits sociaux, acquis durement, s’effritent au fil des mois, les chômeurs n’en finissent pas de voir grossir leurs rangs. Un insidieux tissu d’insécurité trame nos consciences et redonne du caquet à la volaille possédante et ses représentants. Voyez comment Parisot, en voulant repiquer du mandat s’en attribue la gloire.
Dans un climat organisé de lent pourrissement de la volonté des citoyens, le pouvoir en place n’essaie même pas de juguler l’éclatement régulier des boules puantes et contraignantes que l’Europe libère. Mieux elle s’y prête. Et installe ce faisant des verrous contre toute ambition nationale.
L’air manque. Les yeux exorbités par l’ampleur de la faille qu’ils contribuent à élargir, les tenants de la gauche aux manettes dévissent. Dans la gestion des conflits quotidiens, leurs voix ne portent plus. Seule la perspective d’une division de ceux qui osent critiquer les occupe. Régulièrement, le crocodile de service mandaté y va de son étonnement de voir les jeunes fuir les combats et les vieux l’être avant l’âge. Lentement prend forme la perspective d’un rejet en bloc de la politique, de ses appareils et des structures d’État pour ce qu’il en reste.
Dans ce mauvais film, le Parti Socialiste, lové dans sa coquille libérale, courbe l’échine dans la perspective de sa seule préservation tribalo-électorale, essuyant ou organisant par « commissions » interposées d’insoutenables reculades. Sans broncher. Ainsi s’installe cette évidence aux yeux de tous : le P.S se montre dans l’incapacité de relever les défis du temps. Le printemps 2012 n’aura donc rien changé. La Vème République, cocon doucereux, lui sied bien ayant fait du PS le parti charnière du jeu politique jusqu’à en abuser. Ces réformistes heureux, en ses entrailles, dévorent le prestige du qualificatif jusqu’à y perdre leur âme. Le clientélisme boursier fait des ravages, le Medef installé en rabatteur.
Le P.S s’est résigné à un capitalisme sans fin, et les cajoleries au patronat et aux agences de notation sont leurs béatitudes à une économie qu’ils sont censés combattre. Leur marque de soumission au marché est devenue la règle et le plan l’exception. Pour la hiérarchie des normes, arrière toute. La dictature du profit s’est imposée à eux, la rentabilité du capital est devenue son affaire dans cette Europe allemande qui impose un régime de souveraineté limité, c’est-à-dire l’asservissement, financé à coups d’états permanents au profit des nébuleuses boursières.
L’irréalité dans laquelle baigne aujourd’hui le parti majoritaire à l’Assemblée a de quoi surprendre : alors que des alertes citoyennes sérieuses se font jour, il s’est lancé dans une spirale d’auto-destruction dont l’œil se pose sur ses cadres et entraîne ses obligés. Résolu au pire, et d’abord au reniement, il travaille à contraindre, ne souffrant plus les débats. La tactique contre le fond. Mais les manœuvres de couloir ne sont pas perspectives et assurance d’avenir, d’autant que ses fédérations départementales se sont transformées en des lieux de marchandages entre parrains locaux. Le résultat du premier tour de l’élection législative partielle du dimanche 18 mars dans l’Oise porte témoignage que passer outre la question sociale va peser lourd.
Etonnez-vous que Paulette et moi ayons mal à la tête, bien que désireux de ne pas accumuler des souvenirs pénibles, traumatisants.
Heureusement, il paraît que des scientifiques « travaillent actuellement à réduire la charge émotionnelle liée à un souvenir douloureux. Il semblerait qu’un antimigraineux puisse remplir ce rôle ». C’est le « propanolol » qui, peut-être, nous bêtabloquera les mauvais souvenirs en plus de notre libido politique. Nos « symptômes de stress post-traumatique », comme la transpiration, les troubles du sommeil, sursauts exagérés (surtout Paulette…) consécutifs aux renoncements à Hollande, n’y verront que du feu.
Il paraît qu’administré « 90 minutes avant la réactivation d’un souvenir traumatisant (temps nécessaire pour que la molécule agisse sur le cerveau émotionnel), le propanolol pourrait réduire la charge émotionnelle liée à un douloureux souvenir ».
Il faudra que l’on s’en procure quelques kilos, tellement l’actualité s’acharne.
Léon
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