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TEMPS, ESSENCES et TRINITE

Ce billet s’adresse par la voie des connections numériques aux éditeurs versés dans les livres de sciences humaines et sensibles aux textes se réclamant d’une certaine exigence. Je viens d’achever un essai de philosophie à visée universelle, axé sur la métaphysique. Une présentation est proposée. Merci de lire ce texte et de le recommander afin qu’il parvienne aux bonnes personnes du monde de l’édition. Ce n’est qu’un geste pour la civilisation, bien plus nécessaire qu’un geste pour la planète.

 

 

PROLOGUE

 

 

1. La métaphysique serait achevée, inscrite définitivement dans le marbre de son histoire, pierre tombale recelant un cadavre ontologique, l’Etre. Ainsi pensent les philosophes après avoir lu les longs développements sur cette question rédigés par Heidegger. L’être aurait été oublié alors que l’histoire de la métaphysique s’interpréterait comme une histoire de l’être. En vérité, cette manière de pensée n’est pas forcément la plus appropriée. La métaphysique, de Platon à Nietzsche, se comprend plutôt comme une histoire des essences. Cette métaphysique a encore des choses à nous apprendre, comme du reste la théologie trinitaire et la mystique soufie. De plus, la science contemporaine offre des éléments nouveaux pour comprendre et concevoir les essences, alors nous pouvons raisonnablement penser que l’histoire de la métaphysique n’est pas achevée et que la question des essences est devant nous. Le livre ici présenté chemine autour de quelques thèmes centraux que je résume brièvement.

 

2. Remarquons en premier lieu que la métaphysique accorde une attention particulière au temps. Cette préoccupation est présente chez Platon, Plotin, Augustin. Elle est importante chez Kant et pratiquement centrale pour Hegel et même Nietzsche. Le Temps « produit » chez Nietzsche, « résout » chez Hegel et « questionne » chez Heidegger. Pour les Anciens, le temps qui fascine est celui de l’éternité, des essences fixes, immuables, alors qu’un autre temps est redouté, celui représenté par le dieu Cronos. Pour les modernes, le Temps est inséparable de l’Histoire. L’essai que vous avez entre les mains inaugure une façon inédite de considérer le temps et de l’entrelacer à trois « fondamentaux » ontologiques qui jouent de concert, la puissance, l’essence, l’être.

 

3. La physique classique utilise une conception « ordinaire » du temps, celle qui accompagne les étants et phénomènes, qui est marquée par les aiguilles d’une montre ou indiquée par une horloge atomique. Un autre temps produit du changement, des influences. C’est le temps des métaphysiciens et de la physique statistique sans oublier l’évolution. Les trois déterminations métaphysiques, puissance, essence et être, sont des instances influentes ainsi le résultat de ces mêmes influences. La puissance sera associée au Kronos, l’essence au Kosmos et l’être au Telos.

 

4. Qu’est-ce que l’Etre ? L’Un et le Tout. Il ne peut pas y avoir de Tout sans l’Un ; en revanche, le Un peut être sans le Tout. L’Un est plus que le Tout et c’est ce qui lui permet d’ajouter du Tout ou Tout, de l’être à l’étant, par la médiation des essences. Il faut penser deux différences, la première étant la différence ontologique entre l’essence et l’étant (l’ouvert par la puissance) ; la seconde étant une distance plus qu’une différence, une distance ontologique entre les essences et l’Etre. Ce qui se décline en distance ontologique entre le Un et le Tout. Cette distance peut être réduite mais jamais abolie. Le Un effuse. Le Tout se traduit par de possibles résonances entre les essences particulières. Le philosophe qui se dispose comme partie du cosmos (vécu comme Dasein) est capable de saisir ces résonances avec son intuition. Comment le Tout advient-il ? Comment prendre conscience des relations déterminant l’ordre du Tout ?

 

5. Homo Sapiens s’interprète comme un animal métaphysique, qui installe les choses, la nature, la ville, le monde. Un animal qui utilise sa mémoire pour perfectionner ses actes, ses actions, ses opérations. Sapiens est un homme de la technique. Quelques siècles avant notre ère apparaît l’animal « plus que métaphysique ». La période axiale se dessine dans plusieurs régions du monde et voit l’avènement d’hommes singuliers ayant un lien avec le cosmos, les dieux et la nature. Ce sont les sages. Ils sont d’un temps (d’une essence) qui a dépassé la métaphysique, capables de s’accorder à l’Etre. L’une des thèses fondamentales de ce livre, c’est que l’homme naturel est inachevé et doit s’essencialiser pendant son existence avec les pratiques techniques, sociales, intellectuelles. Les hommes s’essencialisent également tout au long des processus historiques de transformation. En développant les aptitudes métaphysiques ou en se transformant pour se fonder comme un homme « plus que métaphysique » dont l’expérience n’est pas forcément facile à « dire », ce qui suppose d’élargir les possibilités du langage pour dire le dépassement de l’homme au-dessus de la conscience ordinaire. 

 

6. C’est ce dépassement qui a occupé Heidegger depuis la parution d’Etre et Temps, livre qui serait resté inachevé en raison de la faillite du langage selon l’auteur. La formulation de la pensée du Dasein est limitée par une absence de terminologie et de logiques acceptées de manière universelle (Vattimo). Voilà pourquoi Heidegger a dû introduire nombre de néologismes, radicalisant de ce fait son discours pour élargir les possibilités pour dire Le Dasein, son essence et son être. C’est ce qui transparaît en lisant son manuscrit de 1938 sur l’Ereignis (publié après sa mort). Si la langue germanique est privée de ressources pour exposer une pensée de l’Etre, ne dispose-t-on pas d’une langue française qui elle, est puissamment enracinée dans le latin et le grec, deux langues anciennes ayant été travaillée pour dire les réalités perçue par une conscience élargie, en résonance avec la nature, le cosmos et Dieu ? Au fil de la rédaction de cet essai, la langue française s’est montrée avec des possibilités sans doute sous-estimées par nos philosophes. Le français et d’autres langues telles le sanscrit, l’hébreu, le grec, le latin, l’arabe classique, sont façonnés pour écrire des textes savants en liaison avec les gnoses élaborée dans les différentes cultures.

 

7. La thèse centrale de ce livre nous ramène à la question de l’Etre à laquelle est apportée une réponse. Mais auparavant, on aura remarqué une confusion immémoriale entre l’être et l’essence. Après avoir cheminé avec le Sapiens métaphysique, on exposera la doctrine du dépassement en énonçant que l’être est ce qui avec l’étant rend possible et effectif la constitution des essences. En s’essencialisant avec la participation de l’Etre, l’homme et l’Etre se rapprochent sans fusionner. Pour que l’Etre se rapproche de l’essence humain, il faut que l’homme se soit ouvert à l’étant. D’où une réciprocité, l’essence s’ouvre vers les étants et s’ouvre aux étants, elle donne et reçoit. Alliée à la puissance, elle produit ou dévore, détruit. Kronos est le principe de la puissance. Et si l’Etre est associé au Telos, alors nous allons vers l’Etre, vers un accroissement d’être. La téléologie est la fin de la métaphysique, l’eschatologie est la destination par-delà la métaphysique.

 

↕ Présence, ouvert, étant, scène du monde

↕ Puissance

Essence

↕ Etre

 

L’être devient présent et s’offre comme ouverture par la médiation de l’essence alliée à la puissance (spin de l’essence et de l’étant). La puissance permet l’expérience métaphysique des étants, l’ouverture, la rencontre et souvent la confrontation ; elle permet à l’essence de s’enrichir et de se fonder par le retournement vers l’Etre (périchorèse de l’essence et de l’Etre). Le principe universel de l’Etre, c’est qu’en tant que principe du Tout, son efficace rend possibles et effective les relations d’essence à essence. En se reflétant dans l’Etre, une essence se projette au-delà de la singularité qui détermine dans l’ouvert la forme de son étant.

 


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19 réactions à cet article    


  • Decouz 25 octobre 09:28
    La métaphysique n’est complète que par considération du Non-Etre, ou mieux de l’indétermination (le Tao), cette formulation négative ou non déterminative est présente régulièrement dans les métaphysiques orientales, plus rare dans la philosophie ou théologie occidentale qui reste « au niveau » de l’Etre, donc d’une affirmation certaine à la fois d’un principe et en conséquence des êtres/évènements contingents.


    • malko malko 25 octobre 10:36

      Tout raisonnement sur tout sujet ne pouvant procéder que par inférences, on est toujours obligé d’accepter une axiomatique quelque part. Ce qui met la quête ontologique dans une impasse définitive. Ses penseurs étant condamnés à tourner en rond entre des concepts qui ne font que se définir les uns relativement aux autres.

       
      La seule référence ontologique exclusive, indubitable et indépassable, c’est la pensée elle-même.
      Ces limites sont certes frustrantes, puisque du coup, même la réalité est conjecturale, mais ça n’empêche pas une certaine efficacité. Du moment que les règles du jeu restent constantes.

      • Bernard Dugué Bernard Dugué 25 octobre 10:41

        @malko Vous péchez par anthropocentrisme


        Le Dasein est une référence ontologique bien plus sérieuse. Choisir Heidegger plutôt que Descartes, ou Plotin plutôt que Hume

      • malko malko 25 octobre 11:32

        @Bernard Dugué

         
        Ce qui suit n’a pas pour but de dire que j’aurais raison.
        C’est un choix indémontrable en fait, et donc une opinion sujette à débat.
         
        Anthropocentriste ?
        Disons que c’est un principe de précaution.
        Ma « pensée » ( = ce flux d’infos qui est mon unique référence ) me fait croire qu’elle serait elle-même dépendante d’une « réalité physique » avec ses lois.
        Mais je sais que, théoriquement, tout ça ne pourrait être qu’une vaste simulation.
        Je n’y crois pas, mais ne peux le prouver ...

        Et ça change quoi si c’était une simulation ?
        En fait, ça changerait juste qu’un jour peut-être, sans crier gare, toutes les règles du grand jeu nommé « réalité physique » changeraient d’un seul coup ...
        Et ce serait quoi le nouveau jeu ? S’il y en a un nouveau ...
         
        Etant réduit à l’impuissance face à cette question, j’opte par précaution pour l’hypothèse que cette « réalité physique » conditionne l’existence de ma « pensée », et que celle-ci s’arrêterait donc définitivement en cas de « mort physique ».
         
        D’où mon espoir placé dans le « transhumanisme », ou volonté de retarder la « mort physique » le plus longtemps possible ( tant que le grand jeu, simulé ou non, m’intéresse ).
        Vain espoir ?
        Peut-être pas avec l’intelligence artificielle générale qui devrait bientôt bouleverser tous les repères habituels en terme de maîtrise de cette « réalité physique ».


      • Bernard Dugué Bernard Dugué 25 octobre 12:08

        @malko L’univers est réglé par deux lois. D’un côté la mécanique quantique, l’électromagnétisme, l’électromécanique, de l’autre la gravité. Mon moi quantique et électromécanique disparaît avec la mort, mon moi gravité passe de l’autre côté. Le transhumanisme ne fera rien pour l’immortalité, il dépend de l’électromécanique. 


      • malko malko 25 octobre 12:47

        @Bernard Dugué


        Le « moi gravité » qui perdure donc ...
        Oui, je vois un peu l’idée mais je n’ose pas ce genre de pari ...
        D’autant que si le transhumanisme échoue et que le « moi gravité » marche, ça me ferait une issue de secours finalement
        Je n’ai donc rien à perdre à tenter le transhumanisme


      • Claude Simon Claude Simon 25 octobre 13:11
        @malko

        Définissons la gravité :
        Champ scalaire de déformation de l’espace-temps (ou expulsion du vide ?) de sin(0) à sin(Pi/2) du plus gros des corps.


      • Claude Simon Claude Simon 25 octobre 13:17
        Par contre, lorsqu’il s’agit d’antimasse (cas d’un trou noir), cela va de sin(-0) à sin(-Pi/2).
        De ce fait, un trou noir effectue une rotation contraire aux astres qui gravitent autour.

        Par contre, le transhumanisme, je suis contre, sauf accident, évidemment.

      • malko malko 25 octobre 13:31

        @Claude Simon

         
        « Transhumanisme » est un mot que je n’aime pas car il génère des fantasmes négatifs.
        La preuve par votre réaction.
        Car je ne vous vois pas dire : « je suis contre la médecine »
        Or, pour moi, ce n’est que le prolongement de ça

      • Lympios8 Lympios8 25 octobre 14:12

        @Bernard Dugué
        Rien que le titre m’effraie et je ne dis rien de l’article et des commentaires..
        Je vous laisse , il faut que je retrouver mon essence....
        Je sais plus où qu’elle est.


      • Claude Simon Claude Simon 25 octobre 14:36
        @malko

        La médecine, vaste programme, être contre c’est être trop con et croire tout savoir.

        Une petite prothèse de hanche, ça peut arriver. Mais je préfère manger des oeufs et enlever le slip la nuit pour désintoxiquer le bassin.

        Se soigner par les plantes, c’est pas mal. Je vois mieux (chia, noisettes, figues, noix), mon cerveau détérioré par les champs EM reprend petit à petit sa configuration normale (betteraves rouges, huile essentielle d’encens, omega 3), éviter les situations stressantes, être au contact de la nature, detox ceci cela et forcer sur les fibres. Bref, j’évite les mecanos.

        Mais l’accident, c’est une autre affaire.
        Le naturopathe aurait peut-être un process pour éviter la prothèse, mais c’est long, et c’est forcément de l’atelle.

        J’ai une dent contre la médecine, car cela ne s’attaque qu’aux symptomes, mais se soigner par l’alimentation afin d’éviter la maladie est un plein temps.

      • malko malko 25 octobre 14:55

        @Claude Simon

         
        Je suis aussi assez attentif à mon alimentation, et j’ai constaté que ça aide réellement.
        Mais ça ne suffit pas.
        Et la médecine actuelle n’en est encore qu’à ses débuts relativement à l’inconnu restant.
        D’où l’espoir en l’IA générale pour accélérer la recherche

      • Claude Simon Claude Simon 25 octobre 16:31
        @malko

        Entre le crawler relevant les témoignages sur le web, le microscope électronique étudiant les nutriments et minéraux sur les différents tissus, la base de données génomique, le genre, l’âge, le mode de vie, les risques du mode de vie, intégrer toutes les expertises, l’accessibilité à des produits frais et locaux, j’avais envisagé de développer une appli, mais c’est hors de mes champs de compétences. C’est vaste, sans parler des biais des concepteurs, et de la nécessité de retour sur consulting.

      • Decouz 25 octobre 10:41
        Puis il a des problèmes de vocabulaire, chaque système est en effet une globalité qu’il convient ou non d’admettre et dans laquelle les mots/concepts se référent les uns aux autres.
        Est on platonicien, aristotélicien ?
        D’un point de vue à l’autre les termes en arrivent à avoir des sens opposés.

        • Taverne Taverne 25 octobre 17:07

          Il y a de l’Etre là où il y a connexion avec l’essentiel : la Nature, la Vie, l’Univers. Tout ce qui est essentiel (= rapport au grand Tout) enrichit l’Etre : ce que j’ai cité et aussi les relations humaines profondes. Malheureusement aujourd’hui l’Etre est happé par le Moi qui ne se définit plus que par l’image qu’il donne de lui-même. L’Etre est cantonné au second plan à cause des exigences infinies du Moi.

          L’image, toujours l’image ! Les chaînes de bavardage en continu, aussi bien que les politiciens, montrent un bel exemple de ce je veux essayer de dire. La réaction immédiate constamment exigée de l’individu ne permet pas à l’Etre de s’épanouir comme il le faudrait. Elle le prive même de son droit le plus légitime qui est celui de penser par lui-même !

          En résumé, je dirai que ma conclusion est contraire à celle de l’article : nous progressons toujours dans la voie du rétrécissement de l’Etre et non vers son agrandissement. Moins relié au tout, jeté perpétuellement dans l’anecdotique et l’outrance, nous ne creusons plus notre sillon...


          • Taverne Taverne 25 octobre 17:10

            La trinité existe en effet. Ne serait-ce que parce que nous sommes soumis au temps qui a trois dimensions (du moins selon ce que l’entendement humain y voit...). L’Etre vit donc tout à la fois dans le passé, dans le présent et dans le futur tel qu’il l’anticipe. Rien que cette évidence atteste de l’existence tridimensionnelle et d’une trinité essentielle.


            • Cadoudal Cadoudal 25 octobre 23:00

              @Taverne

              La Trinité sur Mer ?

              Ou est né le visionnaire Jean-Marie ?

              Bon d’accord, je sors, je sais même pas de quoi ça cause...


            • rogal 26 octobre 12:54

              Pourquoi ne pas s’orienter vers l’auto-édition, maintenant bien développée ?

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