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Accueil du site > Tribune Libre > Tests PISA : êtes-vous nuls en lecture et en maths ?
#41 des Tendances

Tests PISA : êtes-vous nuls en lecture et en maths ?

C'est bien connu, nos compatriotes ont tous les vices. Pour nos princes les français sont fainéants, émeutiers, racistes et surtout illétrés et incapables de calculer leurs impôts et leur salaire net. Leurs enfants sont pires qu'eux : bruyants, bêtes, drogués aux écrans, ils n'apprennent plus rien à l'école où des enseignants-fonctionnaires présents un jour sur deux leur enseignent la fabrique de cocottes en papier.

Et pour le démontrer autour d'une 1664 au comptoir du bistrot, il y a les désormais "tests PISA", sorte d'agence de notation agrémentée par l'OCDE pour comparer le niveau de lecture et de mathématiques de nos enfants. Rédacteurs inconnus, tests non publiés (avec quel public ?), comparaisons décalées, ces tests sont une escroquerie dont l'objectif est de vous prouver que l'enseignement coûte trop cher et que vos enseignants sont assez payés comme ça.

Rien de nouveau. Durant la guerre d'Algérie, l'armée se plaignait de l'illétrisme de la moitié de ses appelés. Vers 1991, on nous parlait déjà des 25% d'illettrés à l'entrée au collège. Gageons que le niveau s'est amélioré en trente ans si vous suivez bien, d'ailleurs les écrivains publics ont disparu.

Et pourtant, journalistes et même certains enseignants prennent au sérieux ces "tests" qui reviennent à comparer les chevreuils avec les rhinocéros. Comment comparer l'école française avec la chinoise ou l'estonienne ? Comment comparer des publics, des modes d'éducation, des structures de langue aussi différents ? 

Alors qu'en est-il ? J'enseigne désormais en lycée professionnel. Mes élèves, qui ne proviennent pas de l'élite des classes de troisième, savent tous lire, écrire, compter et ils comprennent les documents. Ils ont des habilités numériques que je n'ai pas. Certes, la culture générale n'est pas leur point fort, mais c'est toujours ainsi. Tout dépend de leur milieu social, des habitudes littéraires de leurs parents. Dans un système où faire des enfants est un signe de pauvreté (c'est l'impression que l'on a), on ne peut s'étonner du manque de repères culturels des jeunes. Certains empruntent des romans au CDI, se cultivent. Il n'y a pas que des accros aux jeux en ligne.

Ils sont souvent motivés, se battent pour obtenir un stage en entreprise, font preuve de bonne volonté. Que demander de plus ? Notons que les programmes de mathématiques sont plus copieux qu'il y a quarante ans. Les élèves étudient en classe de troisième ce qui était au programme de seconde au lycée vers 1988. 

Le fond du problème est psychologique. La France est un pays à tradition démocratique, où chacun rouspète et s'auto-dénigre. La Chine, Singapour, et même l'Estonie n'ont pas ces habitudes. Il est surprenant de voir la Grande-Bretagne bien placée, elle qui était à notre niveau auparavant. Une révolution scolaire qui nous aurait échappé ? Ou juste une tentative pour expliquer que les gosses sont mieux formés quand on baisse les budgets ? 

Il est vrai que la France dépense beaucoup pour l'école, pour son "éducation prioritaire" dans des quartiers hors de contrôle où même le pape est refusé d'accès. Et pourtant les profs y vont, comme les facteurs et les infirmières à domicile. Nos effectifs par classe sont parmi les plus elevés du monde occidental. Nous peinons à recruter des enseignants. Nos locaux sont vétustes, en témoignent les chaleurs encaissées dans nos locaux en juin dernier, sans ventilateur ni climatisation. Alors que faire ?

Remettre en place le tableau des syllabes des frères missionnaires comme au temps des colonies ? Sortir le fouet (pour les gosses du voisin) ? Faire bosser les profs plus en payant moins, sans les loger ? La campagne pour les élections présidentielles ne sera pas à court d'idées. Déjà Edouard Philippe relance la vieille rengaine sur le statut des directeurs d'école primaire. Autorité ou pas, ça changerait quoi ? Mystère. 

Le véritable problème avec la tartufferie des "tests PISA" , c'est leur véritable intention. L'éducation n'est pas une compétition entre régions du monde aux cultures différentes. Comparer pour progresser est souhaitable. Mais pour cela, il faudrait connaitre les sources, les modes d'évaluation et surtout les auteurs de terrain du dispositif. 

Constatons pour conclure que le grand absent du concours, la Corée du nord, obtiendrait sûrement 100/100 à chaque test. Qualité de son système éducatif ou compétence et intégrité de ses évaluateurs ? A vous de voir.

 


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13 réactions à cet article    


  • Com une outre 17 septembre 20:02

    Vous avez de la chance d’être dans un lycée pro où les élèves savent lire écrire et compter. Une rareté loin d’être la règle dans les banlieues de métropole. 


    • sylvain sylvain 18 septembre 09:15

      IL y a une sorte de magie dont on doit se mefier dans le score. 

      Des qu’on met un chiffre qui classe, qui determine une hierarchie objective ca nous fascine. On a tendance a y voir une verite transcendante, scientifique si vous preferez. Comme si ca disait les choses d’une maniere neutre, impartiale, indiscutable.. presque un jugement divin, il y a les premiers, les derniers et c’est comme ca.

      Alors que bon, j’en ai fait un de test PISA pour voir, il y en a en ligne et dire que ca permet de determiner l’intelligence ou les competences de quelqu’un ca parait discutable


      • pemile pemile 18 septembre 11:28

        @sylvain «  Alors que bon, j’en ai fait un de test PISA pour voir, il y en a en ligne et dire que ca permet de determiner l’intelligence ou les competences de quelqu’un ca parait discutable »

        Mais c’est nécessaire avant de louer un camion de déménagement ?

        https://pisa2022-questions.oecd.org/platform/index.html?user=&unit=MAT/MA118-MovingTruck&lang=fra-ZZZ


      • sylvain sylvain 18 septembre 13:20

        @pemile
         
        J’avais jamais vu un demenagement aussi bien calibre


      • Decouz 18 septembre 09:33

        lire et écrire, compter, avoir des compétences manuelles, ce sont des domaines différents, on peut ne pas maitriser l’écrit ou la lecture et maitriser des calculs simples ou même des maths, un artisan me disait qu’il pensait avec les mains.


        • mmbbb 19 septembre 18:29

          @Decouz et cet auteur pense comme ses pieds.


        • Réflexions du Miroir Réflexions du Miroir 18 septembre 11:44

          Qu’est-ce que l’intelligence ?

          C’est inventer du nouveau que l’on ne trouve pas encore ni dans les textes de lecture et ni dans les mathématiques.


          • Réflexions du Miroir Réflexions du Miroir 18 septembre 11:59

            La lecture, le dessin et les maths ne sont que des outils de l’intelligence. 


          • ZenZoe ZenZoe 18 septembre 16:33

            On peut discuter de l’utilité ou de la nullité des tests PISA, n’empêche, je suis âgée, j’ai vécu ailleurs qu’en France, et j’ai bien vu que le niveau des élèves français baissait, baissait, baissait....

            Il n’y a qu’à regarder la presse en ligne d’ailleurs pour se rendre compte du désastre. Des fautes dont on se demande comment les rédacteurs pensent. Exemple : « Quand n’est-il » au lieu de « Qu’en est-il » ? A aucun moment le rédacteur ne s’est posé la question du pourquoi du « quand » alors que sa question ne portait pas sur une durée ou un instant.

            Il me semble aussi qu’on a demandé à des élèves de 6ème en 2021 combien de quarts d’heure il y avait dans trois quarts d’heure, et la moitié n’a même pas compris l’énoncé. Le corps enseignant a, comme vous, voulu les défendre. Leur réaction est grandiose, je vous la reproduis ici : « la formulation exacte était jugée maladroite ou ambiguë », « certains élèves auraient compris la question comme portant sur le nombre de quarts d’heure dans une heure, auquel cas la réponse est quatre », ou encore « une mauvaise réponse ne prouvait pas nécessairement l’ignorance de la notion  : l’élève pouvait mal interpréter la phrase ou ne pas faire le lien entre «  trois quarts d’heure  » et «  trois unités de quinze minutes ».... C’est à se taper la têtre contre les murs de tant d’aveuglement ou de mauvaise foi !

            Sinon, oui, d’accord avec vous, la France reste un grand pays !

             smiley

            (juste un point quand même, gaffe quand vous demandez l’heure, on pourrait vous répondre n’importe quoi !)


            • mmbbb 19 septembre 18:39

              @ZenZoe le niveau baisse évidemment L administration impose un langage clair un langage « remixé » pour s adapter a un tres large public .

              Vous citez l exemple du corps enseignant , c est ce que fait cet auteur une démonstration tortueuse .

              Hélas le niveau des enseignants baisse aussi.

              Quant à l auteur , je lui rappellerais que Den Xiao Ping alla non pas en France mais à Singapour pour s enquérir de la réussite de ce pays .

              Et Singapour est bien classé .


            • Decouz 19 septembre 19:26

              Collégiens lycéens chinois : compétition, journée très longues avec peu de repos, et même pendant les temps de repos, au dortoir par ex, on continue à travailler en cachette, même les journées de repos hebdomadaires sont des journées de travail. Sinon beaucoup de par coeur, discipline très stricte, costume obligatoire.

              En plus de ce qui est obligatoire, les parents aisés payaient des cours privés, matières obligatoires plus autres, danse, langues vivantes, arts divers, le gouvernement chinois a lancé une vaste politique pour limiter les cours privés payants en dehors de l’enseignement obligatoire, principalement dans les matières scolaires.

              la politique a entraîné une très forte contraction du secteur. Le ministère chinois annonçait une baisse de 83,8 % des organismes de cours privés en présentiel et de 84,1 % des organismes en ligne.

              Depuis : la demande de cours privés a persisté. Des cours clandestins ou individuels se sont maintenus, et le secteur a progressivement repris une certaine activité, sans abolition officielle de la politique.

              L’idée était donc de réduire la compétition scolaire et les inégalités liées aux cours privés, mais les examens sélectifs et la volonté des familles d’assurer la réussite de leurs enfants ont continué à alimenter cette demande.

              Deux choses : depuis Confucius l’enseignement a un grand prestige, c’est lui le premier qui a permis à ses disciples d’étudier sans payer des frais, ensuite la politique de l’enfant unique a mis la pression sur les familles, un seul enfant, il fallait qu’il réussisse à tout prix.


              • Decouz 19 septembre 19:39

                La compétition est exacerbée au niveau du gaokao (examen qui permet l’entrée à l’université), c’est un moment de ferveur nationale, compte tenu du nombre de participants, une différence minime de note peut signifier que vous avez devant vous des milliers d’élus qui auront de meilleurs chances, mais ce gao kao est inégalitaire en ceci que selon les régions les quotas varient.

                Avant obtenir le gao kao permettait à coup sur d’être fonctionnaire ou d’avoir un métier bien rémunéré, en tout cas une position enviable socialement, ce n’est plus le cas, plus de chômage (trop de candidats, pas assez de postes) aussi la tendance encouragée également est de se tourner vers un enseignement plus professionnel.


                • Decouz 19 septembre 19:43

                  @Decouz
                  tendance encouragée également par le gouvernement, la difficulté est que la formation professionnelle n’est pas automatiquement synonyme de sécurité de l’emploi : tout dépend de la spécialité, de la région et de la demande des entreprises.

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