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Accueil du site > Tribune Libre > Un jour viendra…

Un jour viendra…

Ceci est une histoire vraie. Simple témoignage sur Johnny…

JPEG Nous nous sommes mariés hier. Il faisait beau. Tout a été admirable. 200 personnes au vin d’honneur, 104 personnes à table. Nous avons presque tout organisé, et presque tout financé nous-mêmes. Nous n’avons plus de pères, nos mères sont vieilles et diminuées, nous ne sommes plus des gamins, nous avons donc tout assumé, et c’est très bien comme ça. C’est émouvant de voir comme tout le monde se réjouit de notre bonheur : d’un côté comme de l’autre, ce mariage a un parfum de miracle, d’inattendu, de résurrection. L’homme qui avait été rejeté et la petite dernière qui ne trouvait pas d’homme sont heureux comme jamais ils ne l’ont été, et tout le monde, la famille, les amis, leur manifeste une belle affection. Même la chanteuse Rivella est venue avec Jack, et un chanteur chrétien connu s’est invité au culte protestant pour nous interpréter une de ses admirables compositions.

Ce midi, nous avons joué les prolongations avec 46 des convives venus là pour finir les restes… qui avaient tous disparu la veille dans les estomacs, à part trois bouts de fromage ! Alors, des frères et sœurs d’Ève sont allés acheter ce qu’il fallait. C’était sympa comme tout et pour ma mère, qui se relève de son cancer, ces prolongations furent la meilleure partie.

Ce soir, Ève et moi rentrons épuisés dans notre petit hôtel vieillot. Vers 6 heures, nous décidons de faire une sieste. Je me réveille : quelle heure est-il ? 9 heures et quart ! Complètement déphasés après notre nuit blanche, nous ne savons plus où nous en sommes. On continue à dormir, ou quoi ? Ève pense qu’il serait bon d’aller manger un morceau. D’accord, on y va. Nous nous secouons de notre torpeur, bravons la fraîcheur du soir. La nuit est tombée depuis longtemps. Nous aboutissons dans une belle pizzeria. Nous nous installons, nous passons commande. La radio joue en fond sonore. Et puis, arrive le dernier tube de Johnny Hallyday : « Un jour viendra ».

 

Un jour viendra tu me diras "je t’aime"
Du bout du cœur...
Mais le dire quand même
Un simple mot, et l’aveu
D’une larme au bord de tes yeux
Feront de moi un homme heureux

Un jour viendra, tu sauras
Toutes ces choses
Qui ont fait ma vie
Bien plus noire que rose
Tu comprendras mes pudeurs
Et tous ces mots qui me font peur
Que j’ai cachés... Comme un voleur

Toi c’est le ciel qui t’a envoyée
Vers moi pour me réapprendre à aimer
Attends... Laisse faire les jours
Laisse le temps au temps... et à l’amour

Un jour viendra tu me diras "je t’aime"
Et j’aimerai... […]

Un jour viendra, tu me diras "je t’aime"
Et je t’aimerai, je t’aimerai, je t’aimerai
Je t’aimerai (1)

 

D’un seul coup, une émotion violente me submerge : je prends la main d’Ève. J’ai peur d’être ridicule. Après tout, cette ballade n’est qu’une bluette, pas vraiment un chef d’œuvre. Mais impossible de retenir mes larmes : elles éclatent, elles débordent. Que se passe-t-il dans mon cœur ? La fatigue, sans doute. Oui, mais aussi une bousculade de sentiments confus, un barrage qui craque, ce divorce qui a été un traumatisme, peut-être des années de souffrance qui crèvent, comme un abcès. Et surtout, cette femme délicieuse, amoureuse en face de moi, cette fille admirable dont j’avais ignoré qu’elle m’aimait depuis plus de quinze ans.

Oh ! pourquoi n’avais-je rien su, et rien vu ? Et si elle m’avait parlé, honnêtement, l’aurais-je aimée, elle qui n’était « que » jolie, et qui s’ingéniait à avoir l’air si ordinaire ? J’en avais le vertige. J’en ai toujours le vertige. C’est hallucinant ! Que s’est-il passé ?

Quinze ans d’orage pour moi, quinze ans supplémentaires de solitude pour elle, cette perle, cette merveille. Et voilà qu’on se retrouve, qu’on se trouve, en mars 1999, et qu’on laisse grandir l’amour entre nous, un amour que nous n’imaginions pas, une harmonie proche de la perfection, une réalité qui, sur des mois, se révélera toujours plus belle que dans mes rêves. Inconcevable !

…Nous marchons dans les rues sombres de la petite ville, puis au pied de son château moyenâgeux planté sur sa falaise, dans le vent frisquet d’automne. Des bouffées de larmes me suffoquent sporadiquement. Je ne suis absolument pas triste. Je suis totalement bouleversé. Ève est ma femme. C’est moi qui suis le mari d’Ève Durand, dont le charme piquant émoustillait pas mal de garçons dans les congrès où nous nous croisions. Je suis arrivé tard, si tard. Et son cœur était encore à aimer. Un jour viendra tu me diras : « je t’aime. »

Ce jour est venu. Miracle total.

Depuis, les mots n’ont cessé de me manquer pour remercier le ciel.

 

______________

1- « Un jour viendra », de l’album Sang pour sang. Michel Mallory/ David Hallyday, éd. Laura Eyes Music/ Maritza Music, 1999


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15 réactions à cet article    


  • ysengrin ysengrin 6 décembre 16:35

    bonsoir 


    méfiance Adam si elle vous propose une pomme.... smiley


    • JL JL 6 décembre 17:26

      Bonjour Pale Rider,
       
      Belle histoire, bien écrite


      • Pere Plexe Pere Plexe 6 décembre 17:55

        @JL
        ...attendez le tome 2.

        La chanson suivante était Daniella d’Elmer Food Beat !

      • cevennevive cevennevive 6 décembre 17:44

        L’Amour n’a pas d’âge... L’Amour est intemporel, et je suis heureuse pour vous.

        Pour moi, au contraire, Mon amour est parti pour un autre monde il y a presque trois ans. Et cette mort de Johnny qui est mort de la même façon que mon amour, et qui en plus, lui ressemblait un peu, a été une blessure de plus et m’a cruellement affectée. Aujourd’hui, pour moi, fut terrible.

        Bien à vous. Et vivez le mieux possible cet amour. Quand le malheur fait qu’il parte, cela fait si mal...


        • Pale Rider Pale Rider 6 décembre 18:13

          @cevennevive
          Merci pour votre témoignage. Si vous partagez mes convictions religieuses, je pense que vous n’êtes pas sans espérance. Amitiés.


        • ysengrin ysengrin 7 décembre 00:19

          @cevennevive
          au risque d’être un peu ridicule :un petit texte que j’ai écrit il y à longtemps pour ma fille Léa :

          Le beau cadeau de Djinn

          Je l’ai brossé longtemps, doucement,
          Il est calme, attentif, 
          Calin, égal à lui même, pas d’inquiétude, 
          Tout en sérénité, pas de tristesse dans son oeil, 
          Il regarde les autres chevaux au fond qui caracolent 

          Je l’ai fait beau, il a son poil brillant comme au premier jour, 
          C’est ce que je voulais : qu’il parte comme il était arrivé dans nos vies, fier, tranquille et splendide, 

          La mort n’est rien, on lui fait trop d’honneur avec nos craintes et nos angoisses 
          C’est la vie qui doit retenir notre attention, 

          Léa est venue, apaisée elle aussi, triste, 
          Mais elle semble avoir apprivoisé
          Sa peur et son chagrin, elle est rayonnante, 
          Comme si elle avait pris le dessus sur sa douleur, 
          Comme si c’est elle qui la tenait en respect 
          J’ai aimé la voir ici, humble et forte
          Grave et courageuse, venir affronter un de ses pires cauchemars 
          Elle a vu son bel athlète, s’est approché, l’a caressé avec douceur et gravité 
          Est restée un peu, a regardé cette jambe brisée et flageolante, 
          Elle l’a caressé une fois encore, il a croqué les pommes qu ’elle lui a apporté
          Puis elle est repartie, sereine je crois 
          D’avoir vu son cheval non pas lamentable et humilié
          Mais digne et beau, debout 

          Il s’est couché , il est parti très vite, sans violence aucune 
          J’étais calme moi aussi, sûr de faire ce qu’il fallait 
          Pour que Djinn ne finisse pas sa vie dans une stalle de clinique, 
          Loin de ses prés, appareillé, charcuté, diminué, enlaidi par 
          L’acharnement et notre orgueil à refuser la réalité 

          Je suis heureux de cela, de lui avoir offert cette sortie vers l’ailleurs 
          Digne simple et limpide 

          Bien sûr il ne sait pas, lui, tout ce qu’il emporte avec lui
          De nos souvenirs, de notre jeunesse, de notre enfance 
          Et ce qu’il nous laisse aussi de chagrins, de remords et de regrets 

          Mais peut être est ce cela son dernier cadeau
          Sa vie pour nous dire de ne plus attendre
          Sa vie pour nous dire de ne plus pleurer, de ne plus trembler 
          Comme lui, faire face, tranquilles, à la souffrance, même à la mort 
          Sans panique, et vivre, vivre, vivre 
          Retrouver dans nos coeurs, notre jeunesse, notre insouciance et nos âmes d’enfants

          J’aimerais devenir capable aussi d’admettre cette éventualité de la séparation
          Et cette liberté qu’ont les êtres de m’ échapper
          Même dans la mort 
          Sans que cela ne fasse s’effondrer le monde



        • cevennevive cevennevive 7 décembre 08:27

          @ysengrin, bonjour et merci pour ce texte.


          La mort laisse un tel vide dans nos vies ! Que ce soit un animal aimé ou un proche adoré... Ce vide, il faut le combler, mais c’est long.

          Bien à vous.

        • ysengrin ysengrin 7 décembre 09:13

          @cevennevive
          il y à aussi des vides impossible à combler, 


           que votre joie demeure malgré tout

        • ysengrin ysengrin 7 décembre 09:24

          @ysengrin


          impossibles avec un S...

        • ysengrin ysengrin 6 décembre 22:27

          encore un petit morceau de notre jeunesse qui s’évanouit...




          • ysengrin ysengrin 7 décembre 11:46

            le plus touchant chez Johnny, était son coeur, comme on dit mettre du coeur à l’ouvrage :


             il servait merveilleusement les auteurs et les compositeurs qui lui faisaient confiance 

            il donnait tout : sa voix puissante, sa sueur, ses émotions et cela passait merveilleusement bien, il savait vivre et faire vivre un texte, se mettre au service de la musique, pour nous toucher au plus profond, comme Piaf ou Reggianni


            • Robert Lavigue Robert Lavigue 7 décembre 15:53

              B’jour le cowboy parpaillot !

              Vous voilà donc raccord avec J.L. Mélenchon qui a dit :
              Et puis, ils l’aiment surtout par rapport à eux parce que celui qui a été amoureux une seule fois sur la musique de Johnny, il ne l’oublie pas plus qu’il oubliera son Amour.

              Je vous taquine, mais votre billet est bien tourné.
              Et pour une fois que Mélenchon dit quelque chose d’intelligent...


              • Pale Rider Pale Rider 7 décembre 16:29

                @Robert Lavigue
                Oui, Mélenchon n’a pas tort. Johnny avait une sorte de charme qui fait qu’on lui pardonnait tout ce qu’on ne passait pas aux autres. Il m’a exaspéré plus d’une fois. Mais ce que j’admire chez lui, c’est qu’il n’avait jamais oublié d’où il venait ni les gens de milieux populaires. Là dessus, il n’y a aucun doute. Le luxe ne l’avait pas isolé dans une caste à part.


              • Le Comtois 7 décembre 18:02

                @Pale Rider


                pourtant sa tombe l’isolera de ses fans, loin sur une île de nantis

              • Le421 Le421 7 décembre 18:23

                Autant d’articles que pour le massacre du Bataclan !!

                Défilé des Chefs d’Etat avec des banderoles « On est tous Johnny » ce Samedi ?
                A voir...

                La France adore ses exilés fiscaux.
                Bien.
                Très bien.

                Marrant, personne n’en parle !!
                C’est grave docteur ?

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