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Accueil du site > Tribune Libre > Une, deux, trois histoires ...

Une, deux, trois histoires ...

Chacune de ces histoires est très connue, ce qui les rassemble, c'est qu'elles ont toutes la même moralité. Mais permettez-moi de vous les raconter à ma façon.

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L'intuition de l'artiste
Il était une fois un peintre qui avait pleinement compris que la seule manière de réaliser des oeuvres d'art remarquables était de laisser libre cours à son intuition. Et ses tableaux étaient à la fois magnifiques et déroutants, comme peuvent l'être certains de nos rêves. Son époque était propice à la nouveauté artistique et il devint rapidement célèbre, s'enrichissant des trouvailles d'autres peintres qu'il rencontrait régulièrement dans les galeries d'art des grandes métropoles, la vie était passionnante.
Au bout de quelques années, il ressentit un certain sentiment de malaise, sans pouvoir mettre exactement le doigt dessus. Et puis progressivement ce sentiment se mua en une certitude choquante, l'art pictural était mort. Tout ce à quoi il s'était passionné, avait travaillé sans relçache, n'existait plus. Les mécènes et amateurs d'art d'autrefois avaient cédé la place à des milliardaires qui considéraient les toiles comme un placement financier permettant d'échapper aux taxes. Pour eux, la valeur d'une oeuvre est égale à la cote attribuée par le marché.
Partout autour de lui, il constatait les conséquences de ce bouleversement, son meilleur rival mettait désormais moins de soin dans son travail, car il vendait aussi cher, sinon plus, des croquis à peine ébauchés. Il ne pouvait pas lutter contre ces puissances d'argent, alors que faire ?
Il eut alors l'idée d'utiliser sa célébrité pour construire une parodie grandiloquante de lui-même, il devint un clown artistique. Et il le fit avec un tel talent qu'il fit rire les gens de leur propre bêtise sans qu'ils s'en aperçoivent et amassa ainsi une grande fortune, dans un dernier pied de nez au monde de l'argent qui avait détruit son art.

Les plans de Dieu
Le second récit est celui d'un mathématicien doté d'une imagination sans égale. Le travail d'un chercheur en mathématiques est un peu analogue à celui d'un archéologue. Ce dernier essaie de ressusciter le passé en recoupant les vestiges qu'il a réussi à déterrer, le mathématicien essaie de retrouver les plans de la nature, en supposant qu'ils existent, et de les traduire sous forme de symboles sur une page.
Personne d'autre que lui n'était aussi capable de dresser des constructions aussi abstraites que prodigieuses, et seul un petit nombre de gens appartenent à la communauté mathématique arrivait à suivre le fil de sa pensée. Dans son sillage suivait une brillante école des mathématiques, encore renommée aujourd'hui.
Les bouleversements sociaux de l'époque avec le début de la conscience écologique eurent un grand retentissement sur son esprit tourmenté. Le second élément déclencheur fut la connaissance que ses travaux étaient financés par la Défense. Il voyait partout la main-mise d'un complexe militaro-industriel et tout autour de lui, des collègues qui n'étaient que des personnalités serviles prêtes à se vendre pour un bout de notoriété.
Comme il était d'un caractère entier et sans concessions, il se retira comme un ermite dans un petit village des Pyrénées, interdisant que ses papiers soient publiés, parfois tellement plongé dans ses réflexions qu'il négligeait de s'alimenter, et finit par s'y éteindre. Aujourd'hui, des milliers de pages dorment encore dans des cartons, attendent d'être étudiées par les experts.

L'extinction des grands animaux
Notre dernier récit est celui d'un acteur qui eut la chance de jouer un rôle en s'occupant d'animaux sensibles et intelligents, des dauphins. Cotoyant quotidiennement ces animaux, il vivait une complicité totale avec eux, un simple regard ou un mouvement était suffisant pour qu'ils les comprenne. La série avait du succès auprès de tous les publics et l'argent gagné lui permettait de mener une vie confortable et de changer de Porsche chaque année.
Mais le public finit par se lasser et la production décida d'arrêter la série. Les responsables assurèrent l'acteur que les dauphins seraient bien traités et qu'il pourrait leur rendre visite dans leur bassin quand il voudrait. Ce qu'il fit, mais il perçut très vite que les animaux souffraient, et un jour, après un dernier regard, la femelle dauphin mourut dans ses bras.
Le voile se déchira brusquement devant ses yeux, il comprit que ces animaux n'étaient pas fait pour servir d'amusement en captivité, le bruit des foules les stressaient et ils étaient malheureux. Mais ces parcs d'attractions drainaient des masses d'argent colossales. A partir de là, il commence une croisade pour essayer de sauver ces animaux.
On le retrouve au Japon où il filme clandestinement des massacres de dauphins dans une baie, puis montre les images dans des organisations internationales. Seulement, le Japon est un pays riche et peut se permettre d'acheter les votes de nombreux pays pauvres en leur fournissant des infrastructures gratuites.
Il essaie alors de sensibiliser la population en se postant dans les rues de New York, silhouette d'un vieillard pathétique avec un écran télé sur le ventre...

Moralité
Dans ces trois récits, les personnages sont tous confrontés à un mur qu'ils ne peuvent franchir, celui de l'argent roi qui détruit et corrompt ce qui leur est le plus cher.
Il ne fait aucun doute que dans les organisations internationales comme l'ONU, l'UNESCO ou d'autres les votes sont achetés, faussant complètement leur but déclaré. Il est très probable que les pays fragiles économiquement ou très endettés soient profondément corrompus et leurs élites vendues. Le Vatican lui-même, ayant de grosses difficultés financières, a probablement cédé à la tentation.
Un jour peut-être, comme le peintre Salvador Dali, le mathématicien Alexandre Grothendieck, ou l'acteur Richard O'Barry, vous vous réveillerez en pensant que ce pour quoi vous vous êtes passionné, avez peiné, lutté, a été détruit par les puissances de l'argent.
Et ce jour-là, le monde ne sera plus jamais le même.

 

(1) Livre : Récoltes et semailles (Alexandre Grothendieck)
(2) Film : The Cove (2009)

 


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7 réactions à cet article    


  • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 16 octobre 13:43

    Un simple prolo du bâtiment peut se rendre compte de cela , obligé de ravaler son amour du travail bien fait.


    • Gilles Mérivac Gilles Mérivac 17 octobre 09:03

      @Aita Pea Pea

      Bien sûr, tout le monde peut faire ce constat. Par exemple, chacun de nous a pu remarquer quand un militant « grande gueule » a obtenu un mandat d’élu, subitement on ne l’entend presque plus.
      Peut-on penser une seconde que ce qui se pratique en bas de l’échelle ne se reproduise pas à l’identique au sommet ?
      Et plus il y a d’argent disponible, plus il y a de corruption.

    • sls0 sls0 16 octobre 14:27

      C’est depuis les années 90 que le financier a pris le dessus. L’amour du travail bien fait le respect de l’autre c’est passé de mode.

      Une simple spéculation sur les céréales suffit à faire des milliers de morts, on ne s’arrête pas à ces détails dans le financier.
      On va franchement dans le mur mais comme le financier travaille en haute fréquence et que ses projections sont à trois maxi, pas de problèmes de leur points de vu.
      Si ils s’intéresse au réchauffement climatique c’est simplement pour éviter des pertes et faire des bénéfices.

      • Gilles Mérivac Gilles Mérivac 17 octobre 11:50

        @sls0

        Que voulez-vous dire par « ses projections sont à trois maxi » ?

        « Si ils s’intéresse au réchauffement climatique c’est simplement pour éviter des pertes et faire des bénéfices. »
        Certes, mais c’est toujours çà de gagné.

      • Très proche du milieu artistique, certains ne se soucient guère de l’évolution du monde et reste dans leur caverne pour peaufiner leur oeuvre. Exemple : Le peintre arménien Gabriel Manoukian. https://www.google.be/search?q=Gabriel+Manoukian&num=20&newwindow=1&source=lnms&tbm=isch&sa=X&ved=0ahUKEwjtxNmUh4veAhWKnoMKHWdgCigQ_AUIDigB&biw=1280&bih=664&nbsp ; Aussi Catherine Alexandre et bien d’autres. Ejectée du gouvernement, Acte Sud a toujours repris les peintures d’artistes méconnus pour ses couvertures.


        • leypanou 17 octobre 10:35

          Les plans de Dieu

          Le second récit est celui d’un mathématicien doté d’une imagination sans égale. Le travail d’un chercheur en mathématiques est un peu analogue à celui d’un archéologue ...  : je pense qu’il n’est pas correct d’associer Alexander Grothendiek avec Dieu car à ma connaissance il a été fondamentalement athée.

          Par contre, il a été resté égal à lui-même même si beaucoup lui ont reproché son geste, étant entendu que tout le monde savait que l’IHES (Institut des Hautes Études Scientifiques de Bures-sur-Yvette) était en partie financé par l’OTAN.

          • Gilles Mérivac Gilles Mérivac 17 octobre 11:47
            « à ma connaissance il a été fondamentalement athée. »

            A la fin de sa vie, il était persuadé de l’existence de Dieu, du moins si l’on en croit ses derniers écrits (on peut lire l’article de wikipédia à ce sujet). J’aurais pu écrire « Les plans de la nature », mais c’est moins frappant comme formule. Vous pouvez cependant interpréter à votre guise.

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