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Une expression délétère parmi d’autres : « chef de l’État »

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Cette expression est imprécise constitutionnellement, façonne les esprits, légitimise la Ve République dans ce quelle a de plus « démocratie minimale ».

Qui utilise cette expression ? Les commentateurs, dans les bistrots médiatiques, ces piliers de bistrot qui ont une expertise tranchée sur tout, qui tiennent le crachoir tant qu'ils complaisent, en tout cas, ne nuisent pas trop à leur employeur.

Ces commentateurs, ces « éditorialistes » (nouvelle fonction : être capable d'écrire 20 lignes, la taille d'un édito et savoir causer, l'air sérieux et inspiré..) ont un rôle de prescripteurs performatifs qui tiennent le crachoir, leurs employeurs tiennent et orientent les projecteurs sans même avoir à le dire.

« chef de l’État » approximation langagière, imprécision lexicale

Dans cela se love, est niché un sous-entendu diffus mais non dit :

le « peuple », tel un troupeau, nécessite un berger et le mépris des potentialités démocratiques, de délibérations collectives suinte de cette expression, entre mépris, crainte et défiance envers les citoyens.

cette expression perdure car, à mon avis, elle est dans un halo d'acceptabilité.

définition du Larousse de « chef » : 1-Personne qui commande, qui exerce une autorité, une influence déterminante et 2- Personne qui détient le pouvoir de décision dans un groupe ; leader.

 

Dans cette penaude Ve République, l'expression ne fait pas ou plus sursauter.

un pompon est atteint lorsque, sur une chaîne appartenant à un milliardaire, est 'interviewée' une enfant qui dit, sur un ton d'évidence : « un chef, c'est fait pour cheffer », voyez, même une gosse le dit.

un risque est qu'un vocable descriptif amène ou façonne, prépare les esprits à modifier la structure pour coller au mot utilisé.. ici, ça conforte le Ve République.

cette traînée de poudre mimétique (sur les plateaux télé) va peut-être disparaître, remplacée par d'autres éclipses lexicales. Sauf erreur, « chef de l'état » n'est pas employé dans les conversations courantes

 

le pouvoir Exécutif exécute ce qu'a décidé au préalable le pouvoir Législatif, pilier porteur dans une République 'saine' d'où la prédominance de revenir sur l'inversion du calendrier électoral..une constituante, pour une mise à jour, serait encore mieux..

 

La glorieuse CNDP (Commission Nationale du Débat Public) est l'acte, la réponse, le processus magnifique. À fortifier et à développer (saisine à faciliter et périmètre à étendre)

 

l'acceptation de cette expression « chef de l’État » réduit le processus démocratique à la portion congrue d'un lambeau de méthode collective de prise de décision : le choix quinquennal d'une personne qui a ensuite carte blanche et ouvre la voie à l’anesthésie du choix entre les options programmatiques pour la réduire, par une sorte de distraction attentionnelle, à un choix, un pari, sur la psychologie escomptée d'une seule personne.

 

il y aurait d'autres vocables néfastes à remettre d'aplomb : par exemple, « cadavre dépecé d'animal » à la place de « viande » et « mon épouse » à la place de « ma femme » qui contiennent intrinsèquement leurs lots d'immondices... ok, il n'aurait pas fallu conclure sur un mot négatif.. qui contiennent intrinsèquement leurs lots de conséquences pratiques.

Ah si, d'autres expressions aux effets hautement délétères : « Force de l'ordre » à la place de « gardiens de la paix », « migrant » à la place de « réfugié »

c'est inventer l'eau tiède qu'est cette tentative d'article, le lien de causalité entre réalité décrite et vocabulaire attenant est peut-être une danse perpétuelle, un questionnement du genre : la poule et l’œuf.

 

(La définition du mot « délétère » est intéressante, j'en avais une image plus sommaire, pour le Larousse : Qui corrompt l'esprit ; nuisible, corrupteur, néfaste)

 

un processus probable dans les évolutions sémantiques est la métaphore de la grenouille jetée dans une marmite d'eau chaude Vs une grenouille dans une marmite d'eau portée lentement à ébullition : la où l'une aura le réflexe probable de sauter, l'autre se laissera cuire...et bien, certaines expressions dans le langage font pareil.

 

Sachant qu'il n'y a pas de réponse certaine et indubitable, quel serait votre explication privilégiée de ce tic langagier « chef de l'état » ?

 

A – une facilité sémantique, un raccourci utilisé pour éviter les répétitions

B – une sorte de ticket d'entrée dans le sérail des commentateurs en utilisant une expression qui participe à façonner le réel et l'opinion

C – un panachage de raisons

D – autre :


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22 réactions à cet article    


  • jocelyne 25 août 10:57

    Bonjour, je répondrais B, mais panachage me convient aussi.


    • citoyenrené citoyenrené 25 août 11:03

      @jocelyne

      B et panachage, merci bien


    • samy Levrai samy Levrai 25 août 11:22

      Qu’on l’appelle chef, président, roi, empereur , le boulot est le même.

      Pour Macron le probleme est qu’il n’est pas un chef et qu’il n’y a plus d’Etat.

      La Veme n’est vraiment pas un problème, le problème est qu’elle est bafouée par des traités ( UE, euro, OTAN ) qui lui sont supérieures en droit.


      • Francis, agnotologue Francis, agnotologue 25 août 11:23

        Moi c’est le mot « gouvernant » qui ne me plait pas. Et le pire du pire, le mot « gouvernés ».


        • samy Levrai samy Levrai 25 août 11:31

          @Francis, agnotologue
          Rendre le pouvoir au peuple n’est pas du tout ce que cherche cet auteur, son truc c’est de servir la finance le plus longtemps possible, il attaque la Veme republique et ne dit rien sur les marionnettes sans pouvoir qui se succèdent depuis une vingtaine d’année ( depuis que nous avons dit non en 2005...).


        • citoyenrené citoyenrené 25 août 11:43

          @samy Levrai
          ah là, tu te plantes comme un presque bourrin
          "Rendre le pouvoir au peuple n’est pas du tout ce que cherche cet auteur,

          "

          regardes vite fait mes autres tentatives d’articles et tu verras qu’il y a de la sincérité, maladroite peut-être mais constante


        • samy Levrai samy Levrai 25 août 11:51

          @citoyenrené
          Bon, je suis habitué à voir des empapaouteurs de peuple sans vergogne, si tu es sincère désolé.
          Qu’est ce qui fait que ton peuple n’est plus souverain ( libre, indépendant ) ? 
          qu’est ce qui empêche l’indépendance de ton peuple ? 
          Est ce qu’un pays non souverain peut être en democratie ?
          Que faut il faire en premier ( préalable ) pour rendre le pouvoir à la nation ?


        • citoyenrené citoyenrené 25 août 11:56

          @Francis, agnotologue
          oui, c’est sûr que c’est pas top..là comme ça, j’ai pas d’idée pour un mot plus fertile

          un autre truc presque souriant est la quasi disparition du mot « mandant »..là où il y a un mandataire, un élu, il y a un (des) mandants


        • citoyenrené citoyenrené 25 août 12:34

          @samy Levrai

          désolé aussi pour le ton vexé

          pour la souveraineté du peuple, la rétablir pleinement, il y a débat..perso, j’mise mon espoir sur une force ascendante (la volonté populaire, nationale) qui balaiera les obstacles comme les traités, intérêts particuliers, et autres, c’est peut-être de la rêverie mais s’il faut croire dans la démocratie (à renforcer)


        • Schrek Lampion 25 août 11:48

          Historiquement, la formulation « chef de l’état » est apparu pour désigner le personnage qui était à la tête du régime collaborateur de Vichy et dont les pièces de monnaie portaien la mention « état français », ornée d’une francisque.

          Après, les mots ne sont que des mots. Le signifiant est arbitraire et n’entretient qu’une relation changeante avec le signifié. Tour le monde n’a pas non plus la même représentation du mot « libéral », mais beaucoup évitent ld’avoir recours au mot « égalité », à part les juristes qui voudraient nous faire croire que nous sommes tous égaux devant la loi.


          • Schrek Lampion 25 août 11:50

            @Lampion

            Sinon, « les commentateurs, dans les bistrots médiatiques, ces piliers de bistrot qui ont une expertise tranchée sur tout, qui tiennent le crachoir tant qu’ils complaisent… » ne font que gloser sur des textes fournis par leurs semblables ! 


          • citoyenrené citoyenrené 25 août 12:24

            @Lampion
            ah grand merci, me posant la question et ne sachant dans quels archives chercher (je ne l’aurais peut-être pas fait)

            "Historiquement, la formulation « chef de l’état » est apparu pour désigner le personnage qui était à la tête du régime collaborateur de Vichy et dont les pièces de monnaie portaien la mention « état français », ornée d’une francisque.

            "


          • Francis, agnotologue Francis, agnotologue 25 août 12:28

            R@Lampion
             
             ’’les juristes qui voudraient nous faire croire que nous sommes tous égaux devant la loi.’’
             

            La loi est une chose, les cours de justice une autre. La fin de l’ancien Régime a vu la fin des privilèges héréditaires. C’est ça et rien de plus que je comprends dans l’expression « égalité devant la loi. »


          • Schrek Lampion 25 août 13:32

            @Francis, agnotologue

            Si la nuit du 4 Août 1789 est bien la séance de l’Assemblée nationale constituante au cours de laquelle a été votée la suppression des privilèges féodaux, ce terme de « privilèges » fait souvent l’objet d’un contresens. En fait, il s’agissait de mettre fin au système féodal qui perdurait à l’âge classique malgré de nombreuses réformes sous l’ancien régime lui-même et de conforter le pouvoir central en supprimant les particularités et les droits seigneuriaux (c’est cela qui s’intitulait « privilèges »), pour rendre tous les hommes directement sujets du roi (mais pas encore citoyens). Le servage et les corvées étaient rendus responsables de la mauvaise exploitation des terres et de divers désordres. Le roi avait déjà aboli ces droits dans ses propres domaines, mais il fallait exiger les mêmes réformes chez les grands seigneurs et sur les terres des abbayes. Ce que Turgot avait échoué à faire, la bourgeoisie « révolutionnaire » l’a fait. Mais ne s’agissait pas de l’ »égalité » prônée par Babeuf dans la « conjuration des égaux », épisode durement réprimé par les Jacobins. L’égalité devant la loi, c’est simplement les fait que les jugements se réfèrent à un seul code qui a été finalisé sous le premier empire d’où le nom de « code Napoléon ».

            Les affaires genre Cahuzac ou Balkany illustrent s’il était besoin cette illusion d’une « justice égalitaire ».


          • citoyenrené citoyenrené 26 août 07:35

            @Lampion
            à propos de la nuit du 4 Août 1789, « au denier trente » la fin immédiate des privilèges

            si les gars rachetaient, le pouvaient, 30 annuités d’un coup
            non ?


          • Francis, agnotologue Francis, agnotologue 26 août 07:36

            @Lampion
             
             merci pour ces précisions


          • babelouest babelouest 25 août 15:14

            En droit il ne peut y avoir de « chef de l’État », vu que l’État ce sont TOUS les citoyens sans distinction, et ensemble : une partie ne compte pas, sauf pour régler les affaires courantes après avoir été désignée d’une façon ou une autre, sachant que les grandes options NE PEUVENT VENIR QUE du Peuple tout entier.

            C’est bien pourquoi, dans ma revue de la Constitution, j’avais proposé une version plus explicite, plus précise, mais qui respectait l’esprit initial. C’est nécessaire, car certains vissés à leur Code, ne voient que la lettre. Un clin d’œil à certains qui se disent réformateurs.....

            https://ti1ca.com/zf0u51p2-2020-12-20-2020-12-20.pdf.html

            Dix ans de travail.... par un non-juriste. Il a fallu peser à la fois chaque mot, et la place de celui-ci.


            • citoyenrené citoyenrené 26 août 10:27

              "Cette expression est imprécise constitutionnellement, façonne les esprits, légitimise la Ve République dans ce qu’elle a de plus « démocratie minimale »

              "

              commencer, dès la première phrase, par une faute grossière d’orthographe, ruine, diminue fortement le truc

              bisque


              • Effondré remonté Effondré remonté 26 août 13:02

                ...mm... j’ai bien peur que l’auteur n’ait qu’une connaissance approximative de sa langue natale, de l’étymologie en particulier... le mot « chef » vient du latin « caput », avec comme 1ère attestation en vieux français (IXe siècle, s’il vous plaît), « chieef » pour... « tête ». 

                On continue de garder ce sens premier dans des expressions comme « couvre-chef », « dans le chef de », etc.

                Ce qui est évident en anglais : « head of State ».

                Ou dans les langues orientales, comme le chinois ou le japonais, utilisant l’idéogramme : 首 signifiant bien « tête »...

                Entre autres...

                Il est bien normale que l’Etat ait un représentant physique agréé par la communauté sous la forme d’une personne, d’une tête...

                Par conséquent, branlette et excitation intellectuelles nulles et non avenues partant d’une fausse prémisse...


                • Effondré remonté Effondré remonté 26 août 13:17

                  @Effondré remonté
                  D’autant plus que le « chef de l’Etat », représentant de l’Etat, n’est le plus souvent pas le dépositaire du pouvoir exécutif, ayant fort peu de pouvoirs (Allemagne, présidents de la IIIe et IVe Républiques, etc.) voire aucun (Roi ou Reine du Royaume-Uni)...
                  Les pouvoirs importants dévolus au chef de l’Etat dans la Constitution de la Ve République sont plutôt une rareté dans le monde. Et pourtant, l’on a vu lors des cohabitations désormais à peu près interdites au grand dam de la démocratie française  à quel point la Constitution de la Ve limite néanmoins ses pouvoirs quand il n’y a pas coïncidence de la majorité présidentielle et de la majorité parlementaire... le pouvoir de « dictateur » (au sens antique) que donne la Constitution de la Ve n’est que le résultat de la trahison de l’esprit et de la pratique première de la Constitution : de Gaulle démissionna à l’occasion du référendum de 1969 qui ne portait pourtant pas sur sa personne mais qui ne recueillit que 47,6% des voix ; il s’estimait désavoué par le peuple, plus légitime... Mitterrand et Chirac continuèrent imperturbablement leur mandat pourtant désavoué ! ...et l’ignominie fut atteinte par la synchronisation des mandats présidentiel et parlementaire (inique réforme Jospin-Chirac).
                  Il est vrai qu’il existe des exemples où le chef de gouvernement et le chef de l’Etat sont réunis sous un même « chef » (ex. 1er ministre du Japon, l’empereur n’étant constitutionnellement qu’un « symbole » du peuple japonais) mais on distinguera toujours les deux fonctions...


                • Effondré remonté Effondré remonté 26 août 13:57

                  @Effondré remonté ...pardon à Mamzelle Laure Tograff : « normal » et non pas « normale »...


                • citoyenrené citoyenrené 27 août 07:46

                  @Effondré remonté

                  bof, partir de la définition du Larousse, y a pire comme approximation

                  "Il est bien normale que l’Etat ait un représentant physique agréé par la communauté sous la forme d’une personne, d’une tête...

                  « 

                  normal, normal...des mandataires oui, avaliser ainsi la personnification du pouvoir collectif souverain (délégation-représentation) à une seule personne n’est pas une évidence »normale", c’est un choix

                  ses magnifiques présentations t’intéresseront peut-être

                  https://www.college-de-france.fr/site/pierre-rosanvallon/course-2012-01-11-10h00.htm


                  cela dit, merci d’avoir répondu, commenté « vocabulaire »

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