• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Tribune Libre > Une fin tragique pour la mondialisation

Une fin tragique pour la mondialisation

Peu après le débat croissant dans la recherche sur l’impact de la pandémie de coronavirus sur le phénomène de la mondialisation, incarné par le petit village global, comme l’a appelé l’intellectuel canadien Marshall McLuhan il y a des décennies, la crise en Ukraine a conduit à une recherche sur le destin du phénomène, du moins dans sa dimension commerciale et économique.

Il est bien connu que le concept ou le phénomène de la mondialisation se manifeste dans différents domaines de la vie. Il est étroitement lié au nouvel ordre mondial qui a vu le jour après l’effondrement de l’ex-Union soviétique et l’unilatéralisme des États-Unis au sommet de la pyramide sous l’ancien président américain George HW Bush.

Le concept a également été associé à l’ouverture des frontières et des marchés.

Cependant, ces dernières années, le monde a connu de nombreux développements qui ont marqué le destin de la mondialisation, de la crise financière de 2008 à la montée des leaders isolationnistes en Occident, berceau de la mondialisation, en passant par l’apparition de la pandémie du coronavirus, qui a ouvert la porte aux gouvernements et aux leaders isolationnistes.

Elle a montré à quel point les règles et les pratiques de la mondialisation sont fragiles. La guerre commerciale menée par l’administration Trump contre la Chine en 2018 a remis en question les règles de la mondialisation. Puis la crise en Ukraine est venue ouvrir le dernier chapitre de l’étude sur le phénomène de la mondialisation et son destin.

La déclaration la plus marquante dans ce contexte est peut-être celle du secrétaire américain au Trésor, Wally Adeyemo, qui a donné aux entreprises internationales le choix d’investir en Russie ou dans des pays occidentaux alliés.

Adeyemo a déclaré que ces entreprises devaient “soit aider la Russie” à envahir l’Ukraine, soit “continuer à faire des affaires avec les 30 pays” qui ont infligé des sanctions.

Ces déclarations sont une preuve importante de la division du monde en deux camps économiques et commerciaux, quelles que soient les raisons et les justifications de cette division et sa légitimité, qu’elle soit politique, morale ou humanitaire. Le monde est revenu à son état d’avant la mondialisation, après avoir changé de camp dans le conflit entre le camp communiste et le camp capitaliste.

Le monde est désormais, du moins jusqu’à la fin de la crise ukrainienne, remarquablement divisé. Le conflit entre la Russie et l’Occident, mené par les États-Unis, est de retour.

On ne peut objectivement plus parler de dérégulation et des applications de la révolution numérique qui permettaient l’échange sans entrave de marchandises et de capitaux, le libre-échange et les investissements transfrontaliers. Le sort de la mondialisation est en jeu, alors qu’elle n’est pas encore arrivée à maturité et qu’elle ne s’est pas répandue et imposée au monde entier comme prévu.

Cependant, de nombreux espaces géographiques se sont récemment révélés inattaquables par les justifications idéologiques, nationales, politiques et religieuses. Je crois que la mondialisation est soumise depuis ses débuts à une interprétation américaine de ses règles, de ses limites et de ses normes d’application.

Les États-Unis ont continué à exercer un monopole sur l’interprétation et la mise en œuvre du concept, en exigeant l’ouverture des frontières commerciales. Mais ils appliquent également des restrictions et des sanctions à leurs concurrents stratégiques, comme la Chine, dans d’autres cas et circonstances.

La rivalité exacerbée entre les deux pays a conduit les États-Unis à s’opposer à la mondialisation, tandis que la Chine est devenue sa locomotive. Certains chercheurs occidentaux voient ce qui se passe comme une nouvelle mondialisation émergente ou fragmentée. En d’autres termes, le monde est devenu de petites régions globalisées entre elles.

Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un phénomène nouveau, car il existe déjà sous la forme de blocs institutionnels et d’intégration comme l’UE et d’autres. Ce qui est nouveau, c’est que les blocs régionaux et continentaux deviennent un modèle semblable à l’UE, de sorte qu’ils ont une politique économique, financière et monétaire commune.

Il est toutefois difficile de le vérifier dans les circonstances géopolitiques actuelles. Il est clair pour tout le monde que le discours sur la fin de la mondialisation n’est plus l’apanage des cercles de chercheurs.

Larry Fink, patron du conglomérat financier BlackRock, a écrit à ses actionnaires que l’invasion russe de l’Ukraine avait “mis fin à la mondialisation que nous avons connue au cours des trois dernières décennies,” et les politiciens et les partis politiques occidentaux en sont venus à l’idée d’une autonomie stratégique pour éviter les états de guerre et les crises qui entraînent des pénuries de marchandises et d’approvisionnement, comme dans le cas de l’Europe avec le gaz russe.

En d’autres termes, l’émergence de la “régionalisation” comme tendance antimondialisation. Avec tout cela, la mondialisation, ou sa forme traditionnelle et habituelle, est passée ou en voie de disparition. Des sanctions économiques importantes contre un pays comme la Russie auront un impact profond sur l’économie mondiale.

Elles contribuent aux conflits monétaires et à l’autarcie. Dans le meilleur des cas, une mondialisation alternative ou un nouveau modèle de mondialisation a vu le jour, le découplage entre les économies occidentales d’une part et la Chine et la Russie d’autre part devenant de plus en plus évident.

En fin de compte, la mondialisation sous sa forme actuelle est liée à un ordre mondial qui s’effrite, voire se désagrège. On assiste donc à l’émergence d’un nouvel ordre mondial, au sein duquel se développent de nouveaux phénomènes politiques, économiques et commerciaux, dont les règles sont déterminées par les puissances dominantes de ce système.

La mondialisation et les autres phénomènes et concepts intellectuels associés aux trois dernières décennies vont évoluer dans une mesure déterminée par les nouvelles règles du jeu.


Moyenne des avis sur cet article :  2.33/5   (9 votes)




Réagissez à l'article

16 réactions à cet article    


  • sophie 9 avril 11:43

    je ne dirais pas « tragique » mais « bienvenue »


    • Séraphin Lampion Kaa 9 avril 11:46

      « Mondialisation » est le nom mis à la mode pour éviter d’employer le gros mot d’« impérialisme ».

      Que l’aigle américain batte de l’aile semble évident, mais d’autres rapaces tournent autour des cadavres qu’il a dédaignés et eux, ce sont des charognards. La suite du feuilleton risque d’’être pire que ce qui a précédé. Et il n’ay aps que les vautours, il y a surtout les chacals et les hyènes.


      • chantecler chantecler 9 avril 11:51

        @Kaa
        C’est à dire que la mondialisation est une joyeuse plaisanterie , qui ne peut durer qu’un temps , comme le néolibéralisme .
        Quand un pays est devenu exsangue vaut mieux changer de système .
        Nous y sommes presque .
        Les classes moyennes n’ont pas encore toutes saisi .


      • Séraphin Lampion Kaa 9 avril 12:08

        @chantecler

        Et pour cause, puisque la notion-même de classe moyenne est ambiguë sur sa composition et se base sur des revenus selon des critères très larges, et non pas sur des rapports sociaux liés à la possession des moyens de production. Le groupe en question agglomère des classes aux intérêts divergents regroupant des salariés, des artisans, des cadres et des professions libérales. Le sociologue Accardo considère que « la classe moyenne » n’existe pas : « Elle n’est qu’une notion classificatoire commode pour désigner une nébuleuse de positions empiriques gravitant dans l’espace social intermédiaire ».


      • Seth 9 avril 17:23

        @Kaa

        Dès que je vois le mot gentiment idéaliste de « mondialisme », je ne vais pas plus loin dans ma lecture.

        Invention délirante et redoutable du capitalisme américain et des hippies peace and love complétement givrés des 70’s qui allaient avec mine de rien.

        Ca fait frémir....


      • amiaplacidus amiaplacidus 9 avril 18:57

        @Kaa
        J’abonde dans votre sens.

        La notion de classe moyenne n’est qu’une escroquerie intellectuelle de la bourgeoisie pour faire croire à certains prolétaires qu’ils ne sont pas des prolétaires et que les intérêts de la soi-disant « classe moyenne » sont proches de ceux de la bourgeoisie.

        La vraie pierre de touche, c’est de savoir qui possède les moyens de production.

        En fait on distingue 3 classes :

        Les prolétaires, qui ne possèdent aucun moyen de production et qui sont obligé de vendre leur force de travail, que cette force de travail soit physique ou intellectuelle importe peu, tout comme le niveau de rétribution. Point important à constater, le prolétaire est en situation de dépendance quasi absolue.

        La petite bourgeoisie, qui possède les moyens de production nécessaires pour son activité et qui n’emploie pas ou très peu de prolétaires : médecins, avocats, petits commerçants, etc. La petite bourgeoisie n’a qu’un pouvoir limité et uniquement sur son environnement proche. Au fur et à mesure de la concentration du capital, la petite bourgeoisie se prolétarise (sans en être consciente). Par exemple, le nombre de médecins salariés, donc prolétaires, dépasse celui des médecins libéraux.

        La bourgeoisie possède pratiquement tous les moyens de production, soit directement, soit indirectement par le truchement d’un État qu’elle contrôle étroitement. Elle a un pouvoir quasi absolu sur tous les aspects de la vie sociale, soit directement, en tant qu’employeur, soit indirectement au travers d’un État dont elle tient le manettes.

        J’expose simplement les faits. Comment sortir de cette situation ? Cela nous entraînerait trop loin pour une simple remarque dans un article.


      • voxa 9 avril 19:04

        @Kaa

        Des nouvelles fraiches en dehors de la censure :

        https://lecourrierdesstrateges.fr/2022/04/09/guerre-dukraine-jour-44/


      • Attila Attila 9 avril 11:56

        « le découplage entre les économies occidentales d’une part et la Chine et la Russie d’autre part devenant de plus en plus évident. »

        Heuheue . . . plutôt l’Occident d’un côté et le reste du Monde de l’autre côté : vous oubliez l’Inde,le Pakistan, l’Iran, le Kazakhstan, le Brésil, le Venezuela, Cuba, le Moyen-Orient, l’Afrique, etc.

        .


        • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 9 avril 12:05

          Non pas du tout, on change la tapisserie, le plan est juste machiavélique en confondant le processus de la mondialisation et l’idéologie du mondialisme ^^


          • sylvain sylvain 9 avril 12:35

            Contrairement a ce qui est souvent dit ici, la mondialisation ne sera nullement remise en cause même si l’empire américain venait a s’effondrer . La mondialisation est une nécessité industrielle .

            Un mécanisme évident maintient l’évolution de ce système, du progrès .C’est une forme de sélection par l’accumulation de puissance . Si l’empire américain tombe, son successeurs est déja prêt, et il a déja largement entamé son processus de mondialisation a travers notamment les routres de la soie .

            Ce n’est même pas dit que la chute de l’empire américain ne précipite pas le phénomène de mondialisation, il aura juste une autre teinte que celui que nous connaissons, et nous y aurons une place beaucoup moins centrale


            • chantecler chantecler 9 avril 13:02

              @sylvain
              T’as raison .
              J’espère que tu t’es renseigné auprès des restaux du coeur pour tes vieux jours .... ?
              Pass que je suis pas certain que ceux qui la ramènent ici et maintenant n’auront pas d’autre choix un jour que de s’y pointer .
              Bonne mondialisation .


            • Séraphin Lampion Kaa 9 avril 13:12

              @sylvain

              J’ai choisi le pseudo de Kaa par dérision, en référence au livre de la jungle parce que je crois que c’est la loi de la jungle qui régit l’humanité, comme tu l’expliques, malgré le vernis littéraire qui sert de packaging à un produit frelaté. Pas dérision, et pas par plaisir.


            • sylvain sylvain 9 avril 15:54

              @Kaa
              parce que je crois que c’est la loi de la jungle qui régit l’humanité

              si on regarde l’histoire, la geopolitique pas de doute .Si je regarde mes potes, mes voisins, les gens que je croise dans la rue, c’est beaucoup moins évident .

              Ici se trouve la principale source de ma méfiance envers le système .Que fait il pour que ces gens qui ont globalement les mêmes aspirations, bien souvent humanistes, se retrouvent régulièrement a s’étriper et a se hair .C’est patent avec cette crise russe, on fait tout pour nous faire nous détester, et c’est une création artificielle, consciente .


            • sylvain sylvain 9 avril 15:56

              @chantecler
              les resto du coeur sont une institution de société excedentaire .ils ne survivront pas a la moindre pénurie .


            • titi titi 11 avril 09:45

              @L’auteur

              La mondialisation elle n’a jamais vraiment existé.

              Les pays comme la Chine, sont extrêmement protectionnistes.

              Des pays comme l’Indes font du transfert de technologies un préalable à toute vente.

              Je ne parle des ces pays car ce sont bien eux la cible de la mondialisation : des marchés énormes, et solvables.

              La fin de la mondialisation signifiera...

              Une hausse des prix en occident avec la fin des produits peu chers induits par une relocalisation des fabrications.

              La fin des transferts de fonds de l’occident vers l’orient, et la nécessité pour les pays « usine » de se recentrer sur leur marché domestique et leur classe moyenne.

              Pas sûr que ce soit l’occident le plus à plaindre.


              • jjwaDal jjwaDal 11 avril 13:00

                La mondialisation pilotée selon les intérêts des USA va subir un coup d’arrêt significatif, mais les intérêts des transnationales et celles des citoyens du « monde démocratique » vont en limiter la portée. Les premières ont besoin d’un accès aux matières premières qui ne sont plus dans les pays « démocratiques » et il leur faut la main d’oeuvre très mal payée des pays émergeants pour revendre avec marge bénéficiaire très confortable à des individus dont le pouvoir d’achat par personne n’a cessé de baisser et va continuer (avec l’inflation déjà) à le faire.
                Elle a été très largement favorisée par le statut du dollar (monnaie « mondiale ») qui a permis de maintenir sinon un niveau de vie (discutable), du moins un niveau de dépenses (8000 milliards de $ cramés en guerres inutiles en 20 ans).
                Vu la montagne de dettes non remboursables des USA et le rôle d’arme économique mis en pleine lumière de cette monnaie, beaucoup de pays vont hésiter à se faire payer en potentielle « monnaie de singe » et chercheront à placer leur épargne sous une autre forme non vaporisable sur décision de la Maison Blanche.
                C’est bien là la vraie bifurcation de la « mondialisation ». Beaucoup ne croient plus à ce conte de fée, vu qu’il est patent depuis peu pour beaucoup de gouvernement qu’on leur a joué de la flûte...

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON



Publicité



Les thématiques de l'article


Palmarès



Publicité