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Une lecture dans le discours du leader des Talibans

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La première déclaration détaillée publiée par le chef des talibans afghans, Hibatullah Akhundzada, comportait de nombreuses implications sur les relations, les comportements et l’approche politique du mouvement, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

Au niveau externe, la déclaration parlait du désir du mouvement d’établir «  des relations positives et fortes avec nos voisins et tous les pays du monde, basées sur le principe du respect mutuel et de la bonne entente, et notre relation avec les pays sera basée sur les meilleurs intérêts de l’Afghanistan.  »

«  Nous respectons toutes ces lois, résolutions et conventions internationales qui ne sont pas en contradiction avec la charia, ni avec nos valeurs nationales.  »

Le chef taliban a noté que son mouvement souhaite à son tour que les autres pays coopèrent avec lui et établissent «  des relations constructives et solides et de bons liens politiques et diplomatiques,  » s’engageant à ne pas permettre l’utilisation du territoire afghan pour nuire à tout autre pays.

Ce dernier point est peut-être ce que beaucoup dans le monde attendent d’entendre de la part des dirigeants talibans.

«  Notre message à nos voisins, aux pays de la région et au monde est que la terre d’Afghanistan ne sera pas utilisée contre la sécurité d’un quelconque État. Nous assurons à tous qu’ils ne ressentent aucune inquiétude ou crainte pour l’Afghanistan, et nous leur demandons de faire de même.  » Le mouvement n’a pas changé en tant que mouvement interne sans ambitions extérieures.

Cependant, cette réassurance semble aussi viser à lier la non-ingérence dans les affaires des voisins à la réciprocité. Le mouvement qui ne contrôle pas l’ensemble du territoire afghan craint les interventions d’autres pays comme l’Iran en faveur des Hazaras, qui ont des liens étroits avec le régime iranien.

L’ancien ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif a déjà reconnu le soutien militaire de son pays à quelque 5 000 combattants afghans de l’ethnie hazara formés par les Gardiens de la révolution iraniens, et a engagé un grand nombre de réfugiés afghans de la même ethnie pour combattre en Syrie au sein de milices sectaires supervisées par les Gardiens de la révolution iraniens.

Mais il y a une chose qui attire l’attention sur la politique étrangère du mouvement. Il s’agit d’une déclaration de respect de toutes les lois, résolutions et conventions internationales qui ne sont pas en contradiction avec la charia, ni avec leurs valeurs nationales.

Il est bien connu que les lois concernant la gestion des relations des États entre eux ne sont généralement pas contraires aux religions et pas seulement à la charia.

La Charte des Nations unies, dans ses différentes dispositions ainsi que les lois internationales, parle de cadres généraux globaux qui assurent des relations positives visant à réaliser la sécurité et la stabilité internationales, et toutes les lois internationales ne sont pas en dehors du champ d’application des dispositions légitimes.

Par conséquent, la présentation de ces exceptions, en particulier la question des valeurs nationales, reflète souvent une volonté de tendre des pièges et d’anticiper des événements et des attitudes, toutes ces choses n’allant pas dans le sens de ceux qui cherchent à rassurer la communauté mondiale et à obtenir une légitimité et une reconnaissance internationales.

En interne, le mollah a parlé du nouveau gouvernement, promettant qu’il commencerait ses fonctions plus tôt. Toutes les personnes en charge «  feront tout leur possible pour appliquer les dispositions et les lois légitimes dans le pays. Ils travailleront dur pour préserver les frontières de l’Afghanistan, réaliser l’intérêt général, la prospérité et établir une sécurité et une paix durables.  »

Il s’est engagé à prendre des mesures qu’il a qualifiées de sérieuses et influentes en ce qui concerne les droits de l’homme, en particulier les minorités et les factions défavorisées, «  à la lumière des exigences de la religion islamique.  » Le discours du chef taliban sur les questions intérieures et extérieures a été étroitement lié à ce qu’il appelle les règles de la charia.

L’enseignement religieux et scientifique sera dispensé conformément aux règles de la charia, et l’indépendance des médias et la liberté de publication restent conditionnées au respect des «  règles religieuses et des intérêts nationaux et impartiaux.  »

Bien que les conditions, considérations ou restrictions, quelle que soit leur désignation, semblent suffisamment compréhensibles au niveau opérationnel dans l’atmosphère transitoire de l’afghanistan, mais elles restent aussi flexibles, interprétables et éventuellement mal interprétées de la part des éléments du mouvement.

En d’autres termes, la tendance des talibans est peut-être de donner le droit et son contraire en même temps, ou d’accorder un droit et de placer des exceptions qui l’abolissent quand il le faut et en cas de besoin. Ce sont toutes des choses dont le monde est bien conscient et met les actions des talibans sous le microscope pour mesurer la réalité du changement dont ils parlent.

Toutes les politiques deviendront progressivement claires dans l’application des instructions par les éléments du mouvement sur le terrain. La mise en œuvre reste le test le plus difficile, le plus délicat et peut-être le plus embarrassant pour le mouvement, étant donné l’ampleur du suivi médiatique international.

En tant qu’observateurs, nous ne sommes pas en mesure de soutenir ou de remettre en question les talibans. Mais nous surveillons et analysons ce que nous voyons. Nous pensons que notre région ne peut tolérer d’autres expériences qui se terminent par des erreurs que tout le monde paie.

Toutes les expériences disent que ces mouvements ne parviennent pas à passer de l’idéologie de l’organisation à l’idéologie de l’État s’il n’y a pas de grandes transformations qualitatives en leur sein qui absorbent tous les segments de la société et bénéficient de toutes ses énergies sans exclusion ou marginalisation.

 


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12 réactions à cet article    


  • eddofr eddofr 14 septembre 13:18

    Un mouvement fondé sur l’ignorance et l’obéissance absolu au chef, à fortiori si celui-ci « parle au nom de Dieu », aura toujours du mal à se convertir à la modération et au pragmatisme nécessaires à la conduite d’un état.

    En particulier, la base sera sans doute trop perméable à tout discours « extrêmiste » qui présenterai le pragmatisme et les concessions de la direction comme une trahison de la cause.


    • SilentArrow 14 septembre 16:07

      @eddofr

      Laissons-les montrer au monde entier la sale gueule d’Allah sans maquillage.


    • zygzornifle zygzornifle 14 septembre 16:50

      @eddofr

       Bonne description de LaREM 


    • benamri 16 septembre 15:35

      @eddofr
      Un mouvement fondé sur l’ignorance et l’obéissance absolu au chef, à fortiori si celui-ci « parle au nom de Dieu
      George bush qui pensait envahir l iraq sur ordre de dieu j(acques chirac l a cru totalement fou ) a ete aveuglement suivi tant par son armee que la majorité des americains 
      tout ca a cause d une fiole qui renfermsit de l urime a destruction massive !!!


    • SilentArrow 14 septembre 15:59

      @salem alketbi

      Il s’agit d’une déclaration de respect de toutes les lois, résolutions et conventions internationales qui ne sont pas en contradiction avec la charia, ni avec leurs valeurs nationales.

      En clair, quelles sont les lois, résolutions et conventions internationales qui sont en contradiction avec la charia ?


      • eddofr eddofr 14 septembre 16:30

        @SilentArrow

        euuuuh ?
         
        Le respect du droit des femmes ?


      • Aimable 14 septembre 17:38

        @eddofr
        Pour eux la femme est un animal et comme ils sont zoophile il copulent avec , sincèrement , a la naissance ils n’ont pas été livrés avec un cerveau , les pauvres .


      • SilentArrow 15 septembre 01:11

        @Aimable

        Pour eux la femme est un animal

        Et encore, il s’agit là d’un progrès récent, depuis que les « scientifiques saoudiens » ont reconnu que la femme est un mammifère au même titre que les brebis, les chèvres et les chamelles.

        Avant cela, la femme était considérée comme faisant partie du mobilier.

        Maintenant, si une femme tombe malade, son mari devra la montrer au vétérinaire et si elle est maltraitée, elle pourra se plaindre à la SPA.


      • SilentArrow 15 septembre 01:12

        @eddofr

        J’aurais aimé avoir une réponse de l’auteur.


      • zygzornifle zygzornifle 14 septembre 16:49

        Un taliban ça lis entre 2 exécutions ou lapidations ?

        On en apprend tous les jours ....



          • uleskiserge uleskiserge 15 septembre 07:26

            Un non-événement cette histoire de retour des Talibans qui n’ont pas cessé de contrôler la situation dans ce qui est LEUR pays !

             

            Les talibans sont les plus proches de la population, hors la capitale occupée par la bourgeoisie corrompue des milliards US ; une bourgeoisie qui n’a pas su ni voulu donner de bonnes raisons à la majorité des Afghans de ne pas soutenir les Talibans.

             

            E c’est cette même bourgeoisie qui aujourd’hui défile dans les rues de Kaboul avec le soutien des médias occidentaux qui ne manqueront pas de nous en rebattre et les oreilles et la vue des mois durant.

             

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