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Une misérable affiche du Centre Pompidou : d’Arman au Mans…

Une affiche publicitaire vise, on le suppose, à stimuler un réflexe inné d’attirance pour vendre le produit qu’elle promeut. Que dire de celle choisie par le Centre Georges-Pompidou à Paris pour inciter les visiteurs à venir voir l’exposition Arman qu’il propose du 22 septembre 2010 au 10 janvier 2011 ?

 Un réflexe inné de répulsion
 
Ce n’est pas le réflexe inné d’attirance qui est stimulé par cette affiche, mais le réflexe de répulsion  : on a envie de s’enfuir à toutes jambes ou, ce qui revient au même, on lève les épaules, consterné, et on passe son chemin. Un fauteuil de style probablement Louis XV remplit le champ en plan d’ensemble sur un fond blanc de totale mise hors-contexte. Il en ressort par contraste d’autant mieux qu’il est noir puisqu’il est calciné.
 
La métonymie qui vient à l’esprit est que pour être dans cet état, ce doit être à la suite de l’incendie de la demeure dont il ornait un salon, celui peut-être de « Madame la Marquise », à qui, dans la chanson, son valet James assure que « tout va très bien ». Si le cadre de bois a à peu près tenu à l’exception d’un accoudoir, la tapisserie du dossier descellée n’est plus que texture de charbon et les ressorts du siège crevé gisent au sol emmêlés. 
 
Une indignation réfléchie
 
En fait, plus que le réflexe de répulsion, c’est une indignation réfléchie que suscite bientôt pareille effronterie. On remarquera que « l’œuvre » en elle-même est si indigente qu’on a éprouvé le besoin de l’habiller, de l’enrichir en le couvrant de lettres. Le Centre Pompidou bégaie même : le nom de « l’auteur », Arman, apparaît deux fois par incrustation en petites et énormes majuscules. Sans doute, comme le serveur en terrasse crie pour être compris de son collègue du bar : « Un café, un ! », le musée craint-il que, sans une répétition de la signature de « l’artiste » pour être bien identifiée, « l’œuvre » soit confondue avec ce qu’elle est réellement : une œuvre d’ébénisterie raffinée détruite par le feu sans qu’on en connaisse la raison, et bonne, cette fois, pour ce qui en reste, à finir en cendres.
 
Le leurre de l’argument d’autorité
 
Pourquoi d’ailleurs s’arrêter en si bon chemin et n’avoir pas répété davantage sur toute l’affiche « Arman, Arman, Arman » ? On ne saurait mieux avouer que ce qui est montré ici n’est pas une œuvre qui existerait par elle-même, mais un nom, rien qu’un nom , devenu un argument d’autorité qu’une coterie, une écurie, un réseau idéologique, un marché ont imposé en en faisant un talisman qui transforme la carcasse calcinée d’un fauteuil Louis XV en œuvre d’art et surtout en espèces sonnantes et trébuchantes pour ses promoteurs ! Joli travail !
 
 Imagine-t-on qu’il soit besoin de répéter ainsi le nom de Gian Lorenzo Bernini sur son groupe sculpté « Apollon et Daphné » ou celui de Michel-Ange sur la coupole de Saint Pierre de Rome ? C’est que leurs œuvres font connaître à leur spectateur les quatre états qui signent une œuvre d’art : le saisissement, l’enchantement, l’admiration devant la prouesse de la réalisation et la réceptivité maximale au message de l’artiste.
 
La loi de la surprise, cette chose morte
 
Que suscite d’autre ce malheureux fauteuil carbonisé sinon la surprise de le voir ainsi récupéré et exhibé dans un musée ? Or, dit si justement Marc à son ami Serge dans « Art  » de Yasmina Réza, « je ne crois pas aux valeurs qui régissent l’Art d’aujourd’hui... La loi du nouveau. La loi de la surprise... La surprise est une chose morte. Morte, à peine conçue, Serge…  » Sinon, tant qu’à faire, on conseille aux partisans de cette conception paresseuse et mystificatrice de l’art, de se précipiter au Mans où il verront encore mieux qu’Arman : le collège Val d’Huisne a été incendié dans la nuit du 18 au 19 octobre dernier sans faire heureusement de victime : estrades, bureaux de maîtres et tables d’élèves doivent composer de superbes tableaux. Et pourquoi, tant qu’on y est, ne pas demander le classement en musée à ciel ouvert de ce collège calciné de type Pailleron (voir photo ci-dessous) ? 
 
Dans un article précédent publié sur AgoraVox le 21 octobre, on a montré comme les publicitaires aiment encore avec plus ou moins de bonheur détourner vers leurs produits à promouvoir le rayonnement d’une œuvre de Michel-Ange 5 siècles après ! Qu’en sera-t-il de ce fauteuil d’Arman dans cinq siècles. Paul Villach

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15 réactions à cet article    


  • biendeschoses 22 octobre 2010 10:26

    Bref, c’est vilain.

    Que de mots pompeux pour une si simple chose.


    • pierrarnard 22 octobre 2010 10:34

      Emphase terminale ????


      • LE CHAT LE CHAT 22 octobre 2010 10:42

        J’ai visité ce musée Georges Pompidou , et perso , j’en foutrai les trois quarts à la décharge !

        je suis rarement d’accord avec Fabius , mais l’autre jour quand il a parlé d’art snobo -spéculatif pour qualifier ce genre de chose , j’ai approuvé !


        • ZEN ZEN 22 octobre 2010 10:51

          L’art trash devrait séduire l’artiste attitré de ces lieux
          Il ne devrait pas tarder à se manifester... smiley


          • Paul Villach Paul Villach 22 octobre 2010 11:13

            @ Zen

            Méfiez-vous, Zen ! Quand on parle du loup, on voit la queue. Mais c’est peut-être tout ce qui lui reste ! Paul Villach


          • djanel Le viking- djanel Le viking- 22 octobre 2010 11:51

            Comment qui donc qui s’appelle celui de qui que vous causez ? Amand West ? Daman West ? Un truc comme ça.


          • biendeschoses 22 octobre 2010 10:57

            M. Zen, Ne lui tendez pas le pot de chambre : il est bien capable de l’utiliser séance tenante.


            • Pierre de Vienne Pierre de Vienne 22 octobre 2010 12:40

              Misérable commentaire d’une oeuvre que visiblement vous ne connaissez pas, acharnement quasi pathologique contre tout ce qui dépasse de votre vision étriquée de l’art, et ceci au nom de valeurs qui serait celles d’un notaire de province, mais du 19 em siècle !

              Comme vous je fais souvent ce voyage salutaire en Italie, voir et revoir ces chefs d’oeuvres qui constituent un socle de notre culture et de notre sensibilité artistique., A votre différence je n’instaure pas au nom de cette expérience ce diktat idiot et réducteur qui repousse toutes ces oeuvres plus récentes dans une dégoûtation éplorée d’esthète.
              Allez, je laisse la cohorte des « Savonarole » qui vous plusse m’étriller...... 

               

              • ZEN ZEN 22 octobre 2010 14:00

                Que dire face au désert esthétique et mercantile contemporain ?
                Les générations futures feront le tri...


                • Paul Villach Paul Villach 22 octobre 2010 15:50

                  @ Zen

                  Je partage évidemment le point de vue de Jean-Philippe Domecq, développé dans son livre « Misère de l’art : essai sur le demi siècle de création. »

                  Voyez le milicien de service qui n’a pas manqué de rappliquer pour venir porter des accusations de lepénisme parce qu’on ne s’extasie pas devant un sinistre : je ne suis pas plus transporté par un fauteuil que par un collège carbonisé ! Cela me scandalise. 

                   Mais sachant d’où ça vient, on se marre ! Ce milicien suit les prescriptions de son psy ! Paul Villach
                   



                  • Bibimoimême 22 octobre 2010 18:03

                    Heu... Jour,

                    Placer ’accoudoir’, il fallait oser...

                    Sinon j’aime bien : « Il en ressort par contraste d’autant mieux qu’il est noir puisqu’il est calciné. »

                    Et pan sur les becs de ceux qu’en ont un smiley


                    • docdory docdory 22 octobre 2010 18:34

                      Cher Paul Villach

                      Il ne manquerait plus que les incendiaires du collège du Mans , s’ils sont retrouvés, ce dont je doute, trouvent un avocat qui aurait l’idée de génie de plaider devant le tribunal l’expression d’une pulsion artistique juvénile irrépressible, et dirait au tribunal « mettrez-vous en prison les Léonard de Vinci de notre temps ? » 
                      Au train où vont les choses, une telle plaidoirie existera probablement un jour, qui sait ?...
                      On se demande si le centre Pompidou se décidera un jour à exposer les plus grands artistes du XX ème siècle : Giger et Escher ( pour Giger, le plus grand maître de l’aérographe et du fantastique, il reste le plus grand artiste du XXI ème siècle )


                      Sans oublier Dali, qui n’a guère eu les honneurs du centre Pompidou, bien qu’il ait été un artiste d’une toute autre envergure que Arman !



                      • Paul Villach Paul Villach 22 octobre 2010 19:20

                        @ Cher Docdory

                        Je crois que vous avez raison ! On peut tout apprendre à une cervelle humaine.
                        Le leurre de l’argument d’autorité et le leurre de la pression du groupe l’ont montré au cours du 20 ème siècle : on peut lui faire prendre des vessies pour des lanternes.

                        Avouez que cette affiche est la signature d’un sinistre, celui de l’art contemporain officiel. Il est temps d’appeler les pompiers ! Paul Villach


                      • Halman Halman 23 octobre 2010 10:06

                        Il fait un ciel magnifique ce matin.

                        Avec des stratus, nimbo stratus, alto stratus sublimes.

                        Alors les affiches moches qui vous fascinent, désolé, je ne les vois pas et je m’en fous comme il n’y a pas de mot pour le dire.

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