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Accueil du site > Tribune Libre > Victoire du referendum d’autodétermination de la Catalogne

Victoire du referendum d’autodétermination de la Catalogne

En amont d'une hypothétique victoire au referendum catalan, on peut déjà parler d'une victoire du referendum.

Dès le 9 juin, et plus largement encore le 10, la presse internationale a annoncé la date du referendum d'autodétermination, qui venait d'être dévoilée par le gouvernement catalan. Après leur revue de la presse mondiale, certains médias catalans ont même ensuite fait état de leur surprise d'en avoir trouvé mention dans des journaux africains ou bengalis peu friands de nouvelles européennnes. Ils ignoraient l'énorme travail de communication déployé, déjà du temps du gouvernement précédent, par le service de relations extérieures aujourd'hui dirigé par Raül Romeva. Et la tonalité générale de cette moisson d'articles du 10 juin montre d'une part que les grandes agences de presse de l'OTAN (AFP, Reuters et AP) qui dictent la priorité de l'information du jour dans le monde ont couvert et diffusé l'événement, même si en Europe elles ont émis des consignes d'articles prenant en compte le facteur espagnol, et d'autre part que l'information était bien née à Barcelone (et en anglais), pas à Madrid. Dans le monde, une minorité de journaux ont mentionné que la tenue du referendum n'était pas autorisée par le gouvernement espagnol, et une portion de cette minorité ont mentionné la possibilité qu'il puisse ne pas avoir lieu. Mais l'écrasante majorité a simplement annoncé que les Catalans étaient appelés à voter le 1er octobre pour ou contre l'indépendance de la Catalogne.

C'est dans les jours suivants que la presse états-unienne, toujours encline à donner des leçons à des pays qu'elle ne sait pas situer sur une carte (le reste du monde moins le Mexique et le Canada), a lancé la campagne d'intimation au gouvernement espagnol. Le premier article qui a fait du bruit a été celui, au titre très peu diplomatique, du Washington Post du 13 juin selon lequel l'Espagne devait s'écarter du chemin de la Catalogne ("Catalonia’s time has come and Spain needs to get out of the way"). Cette voix écoutée du parti "républicain" au gouvernement aux Etats-Unis d'Amérique accuse l'Espagne de déni de démocratie, et rappelle que "on connaissait les défauts de l'Espagne mais on pouvait encore croire que ce pays se dirigeait vers les standards démocratiques ouest-européens". Le Washington Post accuse bien sûr le gouvernement espagnol d'avoir commandité au plus haut niveau la campagne "opération Catalogne" de discrédit calomnieux des politiciens catalans et décrit un régime autoritaire héritier du franquisme, mais surtout intime l'Union européenne de prouver qu'au XXI° siècle elle défend la démocratie. Pour qui connaît les intérêts non avoués du gouvernement états-unien, cette prise de position dans ce que les pays européens (France en tête) qualifient d'affaire interne à l'Espagne n'est pas surprenante, mais le ton utilisé rappelle celui de la même presse après la déclaration de guerre des Etats-Unis à la France en 2003. Le deuxième article qui a fait du bruit, en dépit de sa brièveté, est l'éditorial du New York Times du 23 juin, qui mentionne le caractère illicite du referendum, reprend l'argument espagnol fallacieux selon lequel l'indépendance signifierait la sortie de l'Union européenne, met les errements espagnols sur le compte circonstanciel d'un gouvernement mal élu, divisé et miné par les scandales de corruption, et pense qu'une plus grande justice fiscale envers la Catalogne, avec un accompagnement politique non précisé, résoudrait la question. Cette voix majeure du parti "démocrate" encore largement au pouvoir aux Etats-Unis malgré l'alternance de façade semble avoir parcouru la presse récente, non pas catalane mais exclusivement espagnole, donc unioniste et focalisée sur des détails par déni ou incompréhension du problème profond. En particulier une explication économique est toujours bienvenue aux Etats-Unis, car simpliste (comme la solution militaire), pour un pays qui a volontairement ignoré la Déclaration Islamiste d'Izetbegović afin de s'expliquer la guerre de Bosnie et Herzégovine par des facteurs économiques. En conclusion le journal démocrate intime à l'Espagne d'autoriser le referendum, et recommande aux Catalans de voter contre l'indépendance. Evidemment les Etats-Unis ont plus de moyens de pression sur le gouvernement espagnol que sur l'électorat catalan, mais il est peut-être plus facile d'obliger le gouvernement espagnol à la démocratie en l'aidant à croire que l'indépendantisme y serait défait. Ces articles de journaux majeurs ont donné le ton (surtout le premier) à toute une pressorragie anglophone exigeant tardivement de l'Espagne l'autorisation du referendum. On ne reviendra pas ici sur le flaccide rapport spécial de Stratfor, catalogue d'idées générales déconnectées compilées en chambre (après lecture sans compréhension des derniers sondages) par un stagiaire qui n'aura qu'à en changer le titre le jour où on commandera une évaluation sur un autre pays à cette officine qui vend aux politiciens états-uniens l'alibi de s'être informés. Donc les Etats-Unis entendent faire pression sur l'Espagne, directement ou en invoquant l'Union européenne (qui restera silencieuse), pour l'autorisation du referendum, sans même prendre la peine de lire la constitution espagnole pour savoir si elle l'autorise ou pas.

Mais pour le reste du monde la question ne se pose pas, la presse rapporte simplement qu'un referendum d'indépendance aura lieu le 1er octobre. Quant à la Commission européenne pour la démocratie par le droit (dite Commission de Venise) du Conseil de l'Europe, elle a répondu dès le 1er juin au président du gouvernement catalan qu'elle prenait note de la résolution du parlement catalan d'organiser le referendum et de coopérer avec ladite Commission pour en définir les modalités, et lui rappelait que cette coopération se ferait sous couvert des autorités espagnoles puisque la Commission avait toujours insisté pour que les referenda soient conduits dans le cadre de la constitution et de la législation... "applicable". La Commission de Venise a envoyé une copie de cette réponse au représentant de l'Espagne auprès du Conseil de l'Europe.

Il est difficile de prédire le résultat du scrutin, car plusieurs facteurs déterminants pour des fractions importantes de l'électorat ne sont pas encore entrés en jeu. Mais l'écoute et l'écho qu'a trouvés le gouvernement catalan dans le monde à l'occasion de l'annonce de la date sont un résultat très appréciable.

La victoire de l'indépendantisme au referendum n'est pas assurée, mais les indépendantistes ont déjà obtenu la victoire du referendum.


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9 réactions à cet article    


  • Leonard Leonard 28 juin 11:14

    Et voilà des tentatives de dementelement des états composant l’UE.


    Aujourd’hui la Catalogne, demain la Corse...

    • Olivier Perriet Olivier Perriet 28 juin 13:02

      @Leonard

      Oui mais en France on fonctionne différemment :

      ce ne sont pas les régions riches qui veulent partir, mais des régions pauvres qui veulent partir tout en bénéficiant des subventions (Antilles, Corse).

      Même la Bretagne des « bénêts rouges » est avide du pognon de Paris, c’est dire smiley


    • Ouallonsnous ? 28 juin 18:46

      @Leonard

      Amis espagnols, sortez d’abord de l’UE/OTAN, vous y verrez plus clair.

      Actuellement l’UE/OTAN manipule vos populations pour les diviser et faire éclater votre pays !


    • L'enfoiré L’enfoiré 28 juin 12:22

      J’étais en Catalogne en septembre 2015.
      On sentait du mouvement indépendantiste dans l’air.
      On sentait quelques poussées de fièvre, vite retombée.

      Il y a 3 jours, j’étais encore en Catalogne à Tossa de Mar et à Barcelone
      Des affiches informaient d’une réunion prévue .le dimanche 18.
      « Si, si, si a l’indepencia »
      Confidentielles.
      Le mouvement s’essouffle même si les drapeaux catalans se retrouvent aux devantures.
      Oui, bien sûr, la Catalogne est la région la plus riche.
      Mais sa richesse se retrouve dans les hôtels où les serveurs ne parlent même pas catalan parce qu’ils proviennent de l’Andalousie pour travailler en Catalogne
      Désirs et réalités sont des points de ruptures permanentes. .


      • Olivier Perriet Olivier Perriet 28 juin 13:03

        Où l’on apprend que les indépendantistes catalans sont, en fait, des grands rebelles du système .

        Mort de rire smiley


        • François Vesin François Vesin 28 juin 17:42

          Le droit des peuples à disposer d’eux mêmes ne fait pas 

          débat lorsqu’il est abordé par des démocrates...ce qui n’est 

          ni le cas des USA qui ont tout intérêt
          à la déconstruction des états-nations
          au profit de petites constellations d’états
          « indépendants » sous leur « protection »

          ni de l’union européenne qui, sous l’impulsion
          allemande d’une part et, de ses commissaires d’autre part,
          à tout intérêt à mettre en oeuvre une entité faite de Landers
          assujettis à leur pouvoir central technocratique !

          Par ailleurs, tant en Espagne qu’en France,
          le modèle jacobin centralisateur s’essouffle :
          en témoigne le taux d’abstention aux élections
          où les girouettes parachutées et les parrains locaux
          ne font plus recette pour aller se pavaner à Paris




          • benyx 28 juin 18:49

            Nous sommes en présence d’une opération pilotée. L’objectif et de constituer des grandes régions transfrontalières afin de faire disparaître les pays. Diviser pour mieux régner, avec à la clé l’impossibilité de revenir en arrière. La catalogne indépendante doit fusionner avec la nouvelle région Occitanie, il n’y a pas de coïncidence, c’est choses là sont savamment orchestrées.


            • TeoNordistaCat Catnord 28 juillet 15:03

              @benyx
              Toutez opînion est légitime et criticable... facile d’afirmer, snas démontrer, ses convictions :
              La catalogne indépendante doit fusionner avec la nouvelle région Occitanie, il n’y a pas de coïncidence, c’est choses là sont savamment orchestrées’

              Opinion (ou plus) Perso :
              aucun indépendantiste actif et encore moins représentant le mouvement ou élu j’écris bien AUCUN, ne défend cette thèse
              , ni même des oposants d’ailleurs ! Sauf toi. Pourquoi pas, C’est ton droit mais restons conscients que ce n’est QUE ça
              Eclaire moi par des noms et des dates et lieux de publications STP


            • Stratediplo 30 juin 15:54

              Chacun peut avoir sa lecture particulière des luttes que se livrent aujourd’hui les différents pouvoirs politiques du jour au niveau régional, national, européen et mondial... mais il ne faut pas ignorer l’existence des peuples, parfois manipulés y compris par leurs propres autorités indigènes, mais qui n’en restent pas moins une réalité millénaire (du moins en Europe) plus durable que ces pouvoirs politiques de tous niveaux. La Catalogne, comme d’autres terres, a vu s’affronter Rome et les Barbares, la Chrétienté et l’Arianisme, les Carolingiens et les Omeyyades, le monde roman et le monde ibérique, le Royaume et l’Empire, la révolution et la tradition, l’Etat-nation et les peuples, le communisme et le libéralisme, le christianisme et le matérialisme, l’idéologie et la réalité, voire la supranation uniopéenne et l’hyperpuissance nord-américaine. Les pouvoirs en lutte aujourd’hui passeront comme ceux qui les ont précédés, mais les peuples plus ou moins meurtris par toutes ces luttes, resteront.

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