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Accueil du site > Tribune Libre > Vive les esprits forts !

Vive les esprits forts !

Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur, a déploré que la délinquance ait cessé de baisser au premier semestre 2009 et a adressé une mise en garde aux préfets. Le plus préoccupant, à mon sens, concerne l’augmentation de 4% des violences "non crapuleuses", donc gratuites (Le Figaro). Dans la vie quotidienne, rares sont ceux qui, à un moment ou à un autre, n’ont pas ressenti ce risque nouveau de l’imprévisibilité susceptible de devenir agressive, devant certaines personnalités capables de s’adonner au pire sans l’ombre d’une motivation autre que la pulsion les animant. La société devient peu ou prou un champ de mines.

Ce constat chiffré n’est pas sans rapport avec une page du Monde des Livres consacrée à un philosophe, Ruwen Ogien. Celui-ci, auteur de "La Vie, la Mort, l’Etat", propose une morale minimaliste excluant les devoirs envers soi-même et dont le seul principe, qu’il qualifie lui-même de "pauvre", est le suivant : "ne pas nuire aux autres, rien de plus". Il ajoute que "de ce point de vue, les torts qu’on se cause à soi-même, qu’on cause aux choses abstraites ou à des adultes consentants n’ont pas d’importance morale". On voit bien ce qu’une telle éthique, même réduite au plus élémentaire, pourrait avoir de décisif pour dissuader de l’offense à autrui les tempéraments n’ayant pas besoin de justifier leurs actes.

A écouter Ruwen Ogien, on est pris par un grand vent salubre et provocant. Il y a quelque chose de revigorant dans ces pensées sociales radicales qui n’hésitent pas, pour nous désengluer de la gangue d’une morale publique devenue ingérable à force de complexité, à trancher dans le vif et à battre en brèche ce qui n’avait jamais vraiment été discuté jusqu’à maintenant : l’assimilation entre soi-même et autrui, la nécessité de ne pas se permettre ce qu’on interdit aux autres, l’obligation de sauvegarder son être, son corps, sa santé et de respecter des valeurs générales ayant une incidence sur ses choix de vie de la même manière qu’on impose des prescriptions à autrui. C’est ce téléscopage entre les droits et les devoirs pour soi et ceux à appliquer aux autres que Ruwen Ogien cherche à réduire à néant en mettant en évidence le seul impératif qui lui semble adapté à notre existence collective d’aujourd’hui : ne pas porter atteinte à d’autres que soi en se laissant la plus grande autonomie et liberté possible. Tout ce qui ne relève que de soi est permis. C’est bien d’un grand "décapage" qu’il s’agit et qui incite ce philosophe à dénier l’identité "du suicide et du meurtre, de l’automutilation et de la torture, de l’absence de souci de sa propre perfection et de l’abaissement délibéré d’autrui".

Favorable aux mères porteuses et à l’euthanasie, défenseur de toutes les inventions que la modernité est susceptible de secréter dans l’espace intime et individuel, Ruwen Ogien ne peut être rejeté d’un revers de l’esprit. Certes, si on perçoit ce qu’une telle éthique sociale apporte de salvateur pour une humanité de plus en plus égarée dans d’insolubles contradictions, on a le droit de s’interroger sur le type de monde que cette philosophie appliquée à la lettre ferait surgir dans la mesure où la distinction nette et intangible entre soi et autrui est infiniment rare. Ne ferait-on pas apparaître une société de l’abandon et de l’indifférence, la théorisation d’un "chacun pour soi", avec la bonne conscience en plus, qui ne serait guère tempérée par une abstention positive à l’égard d’autrui ?

Quelles que soient les réserves que, dans l’instant, on croit pouvoir opposer à cette vision si neuve, je sens que le signe le plus éclatant de la force de celle-ci consiste précisément dans le fait qu’elle vous contraint à différer votre réponse, à faire halte pour réfléchir, à appréhender lucidement les bouleversements qu’elle opère dans l’ordre des idées et dans la conception de l’existence collective, à retenir son opinion et à admirer l’esprit de subversion. Le grand philosophe est celui qui projette un brûlot dans le champ intellectuel et qui ne laisse pas d’autre choix que de s’enfouir sous les couvertures classiques et tièdes ou de se colleter avec cette flamme inconnue qui vient surprendre, stimuler ou indigner.

Un autre esprit fort, pour me faire mieux comprendre, est comparable à Ruwen Ogien. Raoul Vaneigem, pour la liberté d’expression, a déstabilisé d’une manière aussi bienfaisante le ronron conformiste et l’hémiplégie des bonnes consciences en affirmant que les écrits et les paroles devaient demeurer intouchables mais que seuls les actes transgressifs suscités par les uns et par les autres appelaient la judiciarisation et la sanction. Comme Ruwen Ogien, dans un univers qui n’en finissait de cultiver le doute et l’incertitude, ce situationniste d’origine a ouvert une piste sans frémir ni trembler et on est obligé de compter avec elle.

Je ne sais si les violences gratuites diminueront grâce à Ruwen Ogien. A ce sujet j’ai plus que jamais besoin de mes lecteurs qui enrichiront un point de vue qui ne sait vers quelle conclusion se tourner. L’indécision est un luxe de l’intelligence. Mais demeure qu’avec provocation Ogien a énoncé un principe qui, aussi minimal qu’il soit, aujourd’hui fait sens : ne pas nuire aux autres, rien de plus.


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28 réactions à cet article    


  • Francis, agnotologue JL 20 juillet 2009 10:42

    Ne pas nuire aux autres, et mieux si possible.

    La formule qui consite à dire : « Ne pas faire aux autres ce qu’on ne voudrait pas qu’on nous fasse », dérivée du fameux : « la liberté s’arrête où commence celle d’autrui », pêche selon moi par ceci :

    Les autres n’ont pas nécessairement les mêmes goûts que moi, et réciproquement. De sorte que cette formule est bancale.

    Ruwen Ogien a probablement raison. Mais c’est quoi, ne pas nuire aux autre ? Cela est très subjectif. Et quelle est la part de la volonté, dans les circonstances qui amènent à nuire aux autres ?

    Vous le dites favorable aux mères porteuses. A ce sujet, je ferais remarquer que l’enfant à venir est un « autre ».


    • Walden Walden 20 juillet 2009 11:27

      D’après ce qu’en dit l’auteur, n’ayant pas lu M. Ruwen Ogien, celui-ci remet simplement au goût du jour l’immémoriale règle d’or, principe transulturel qui est en quelque sorte le fondement même de l’éthique humaniste :
      http://atheisme.free.fr/Religion/Regle_or.htm

      Et certes ce principe demeure une indépassable formulation de la notion de respect de l’autre, préalable nécessaire pour tendre vers un idéal social de vie collective harmonieuse, partagée « en bonne intelligence ».

      Ne pas nuire aux autres implique se poser la question de ce qui peut nuire, et quel meilleur étalon que soi-même ? => Si je sais que tel acte commis envers moi me ferait du tort, je peux (je dois) présumer qu’il en ferait tout autant à autrui, et je dois donc impérativement m’abstenir.

      Le fait que « les autres n’ont pas forcément le même goût » n’entre pas en ligne de compte, puisquil s’agit d’abord de ne pas, autant que possible, risquer de nuire. Or il est plus légitime de supposer de ce point de vue l’autre mon semblable (plutôt que radicalement différent). Car en matière de nuisance, s’il est certes question de subjectivité, il n’est pour autant pas question de goût personnel (comme préférer le rouge au bleu), mais de sensation liée à la perception (voir le rouge ET le bleu), selon quoi nous sommes a priori tous appareillés à l’identique.

      Autrement dit encore, le feu brûle tout le monde. Et si, par extraordinaire, il arrivait que quelqu’un aime la sensation de brûlure, tout ce qu’on risquerait en ne le brûlant pas serait de ne pas lui donner ce plaisir improbable. Or ne pas donner l’occasion d’un plaisir, ce n’est aucunement nuire. Donc dans tous les cas, il vaut mieux (il faut, selon l’axiome de la règle d’or) s’abstenir de brûler autrui, pour ne pas lui nuire...


    • hgo04 hgo04 21 juillet 2009 08:42

      «  »"Ruwen Ogien a probablement raison. Mais c’est quoi, ne pas nuire aux autre ? Cela est très subjectif. Et quelle est la part de la volonté, dans les circonstances qui amènent à nuire aux autres ? «  »"

      Un exemple tout simple : vous travaillez dans les transports, par exemple et voulez faire grève. C’est votre droit et pouvez le faire même si cela crée une gène pour ceux qui utilisent ces transport et exercent leur droit de travailler...

      Quand vous faite grève et QU’EN PLUS vous faites des actes pour empêcher les autres d’aller au boulot, la vous sortez de votre droit et nuisez les autres...

      Vous pouvez adapter cela à beaucoup de choses, mais vos droits et vos libertés ne sont pas sans limites.... et quand vous faites une action volontaire qui ne découle pas d’un de vos droits pour nuire à d’autres, vous êtes en faute...


    • Sandro Ferretti SANDRO 20 juillet 2009 10:54

      Bonjour,
      Je devine que votre appell à « étre éclairé » n’est sans doute qu’une pose littéraire au milieu d’une pause judiciaire, ou une clause de style, mais bon, j’y répond, ou je tente.

      =1/ Sur la forme : relisez « La chute » de Camus, cette petite Bible paienne. Presque tout y est dit, sur le sujet comme sur d’autres. Je pense notamment à ce passage ( je cite de mémoire) :
      « je connaissais un homme d’une qualité rare. Un âme pure, celui-là, à n’en pas douter, qui aimait d’un seul élan hommes, bétes et plantes. Il vivait retiré dans une bergerie de montagne à l’entrée de laquelle il avait écrit : »qui que vous soyez, entrez et soyez les bienvenus« . Qui croyez-vous qui obtempéra ? Des brigands, qui entrèrent comme chez eux, le dépouillèrent et le découpèrent en morceaux ».

      =2/ Sur le fond : la flambée des violences dites gratuites est peut étre isomorphes à la part croissante des maladies mentales dans le population générale. Celles-ci peuvent étre endogènes à l’individu et aux divers traumatismes de sa vie, et/ ou exogène , c’est à dire catalysées par les divers narcotiques, drogues de synthèse en association avec l’alcool.
      Il semble clair que jusqu’il y a peu, quand les maladies mentales ne confinaient pas à la prostration, la violence était concentrée pour ces malades au jugement obscurci ou aboli, définitivement ou temporairement, contre eux-mémes. C’est à dire le suicide, le seul moyen de « trouver l’interrupteur » de leurs souffrances.

      Il semble à présent que la tendance lourde soit à l’externalisation de la violence comme acte gratuit . Se regarder faire, comme au spectacle : car la plupart des schizophrènes « se regardent passer dans la rue et n’aiment pas ce qu’ils sont devenus ».

      Il me semble que les affaires « à la limite de l’art. 64 du CP » sont en croissance nette.

      A l’inverse (et sans doute pour cette raison), il me semble qu’il y a depuis 15/20 ans une diminution des crimes et délits imputables à de sprofessionnels, répondant à une logique claire et raisonnée, qui vise à la réalisation de l’infraction, et pour lesquelles tuer quelqu’un doit étre envisagé à l’aune du bilan / cout -avantage pour la bonne réalisation de l’affaire. Pas plus, pas moins. Le contraire de la violence gratuite, une sorte « d’économie de la violence » , programmée comme la décision de vendre ou non une action.
      Ces « pros » (grand banditisme) ne représentent à mon sens plus que 5 à 8% des crimes et délits.
      Vous avez donc là un premier élément de réponse.
      Méme des faits graves dans leur qualification sont à présent commis par des « amateurs non-controlés », la dernière affaire où vous avez du requérir le prouve assez (il n’était nul besoin de torturer).


      • Lisa SION 2 Lisa SION 2 20 juillet 2009 11:21

        " Je ne sais si les violences gratuites diminueront grâce à Ruwen Ogien. A ce sujet j’ai plus que jamais besoin de mes lecteurs qui enrichiront un point de vue qui ne sait vers quelle conclusion se tourner. " Vous semblez terriblement secoué par l’expérience que vous venez de vivre et je n’ai pas grand chose à rajouter vu l’excellent commentaire de Sandro. Juste une chose, pour bien comprendre le climat social, il serait utile de prendre des drogues de certains marchés et écouter la musique de certains médias, il ne serait pas surprenant que cela fasse de chacun d’entre nous des brutes incontrôlables.


        • Fergus fergus 20 juillet 2009 11:27

          La « morale » de Ruwen Ogien, telle que vous la présentez, s’exonère de toute référence légale et souffre, à l’évidence, de la disparité grandissante des pensées individuelles, des usages locaux, des héritages culturels et des modes de vie véhiculés par les médias commerciaux.

          Elle est par conséquent nulle et non avenue car porteuse de conflits intellectuels insolubles. En outre, l’approbation par Ruwen Ogien de pratiques comme les mères porteuses ouvre de facto la porte à des dérives commerciales inacceptables et dont nul ne peut prévoir jusqu’à quelles extrémités elle pourront conduire.

          Bien que très attaché aux libertés individuelles, je suis pour le maintien d’un cadre légal suffisamment tolérant pour ne pas être une entrave à la vie en communauté et suffisamment contraignant pour que chacun ait une vision claire et sans ambiguïté des limites de sa liberté personnelle relativement aux autres.


          • Philippe Bilger Philippe Bilger 20 juillet 2009 12:09

            Merci pour ce commentaire à la fois dense et éclairant. Puis-je profiter de votre entremise pour soutenir que mon envie de la réflexion des autres sur ce sujet n’est pas du tout feinte.J’ai en effet l’impression d’une pensée à prendre en considération mais tout de même limitée, malgré le minimalisme qu’elle accepte.


          • Sandro Ferretti SANDRO 20 juillet 2009 12:35

            Je doute méme que la question soit celle de savoir si cette pensée est « limitée » ou minimaliste.
            Je pense qu’elle vise à s’affranchir ( ce qui est le début de toute démarche « philosophique ») des canons des prescriptions religieuses, et méme de la morale laique ( estimant sans doute que les « fidèles » des deux sus-nommées sont et seront en regression, et qu’il faut donc trouver quelque chose de fédérateur « à minima », pour ceux qui ne croient en rien, ni aux choses de l’esprit, ni à celles de la cité).

            En revanche, le point faible est que les violences gratuites participent souvent (pas toujours, certes) d’une aliènation . Au sens philosophique de « rendu autre ». C’est à dire des gens qui, temporairement ou non, avec divers degrés d’accuité, « se regardent faire, regardent le spectacle de »l’autre« .
            Dans ce cas, toute règle , (méme à minima,)de coexistence pacifique, reste extérieure et »imperméable« à la conduite du sujet le moment considéré. Cette théorie/ règle est donc , dans ce cas, inefficace.

            En revanche, je conviens qu’il est des cas où ces actes gratuits participent d’une sorte de »jeu« , d’un spectacle ludique commis par des gens dont le jugement n’est pas obscurci ou aboli. Ce que les jeunes appellent »pour le fun". Mais c’est à mon sens assez rare.


          • Walden Walden 20 juillet 2009 12:25

            Si la morale proposée par monsieur Ogien semble sur la question du « respect d’autrui » considéré comme garant de l’harmonie des relations sociales, elle pêche par défaut sur celle de la dignité humaine : la notion de dignité renvoie à celle de tout être humain comme référence universelle de l’humanité, comme une « image de soi » inaliénable intrinsèquement présente en tout Homme.

            C’est ce que (à mon sens) revendique la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme en son article premier : « Tous les Hommes naissent libres et égaux en dignité et en droit  » => manière d’affirmer qu’il ne suffit pas de se respecter mutuellement en droit (comme le propose lapidairement la formule « ne pas nuire, rien de plus ») mais aussi en dignité. En effet, si autrui est mon semblable, c’est aussi, par réversibilité, que je suis comme lui (= le semblable de mon semblable).

            Or si tous sont égaux en droit et en dignité, non seulement ce qui serait préjudiciable au droit d’autrui me serait également dommageable, et inversement, mais ce qui porterait atteinte à la dignité d’autrui me serait également cause d’indignité, et réciproquement : autrement dit, dans l’hypothèse selon laquelle je commettrais un acte n’impliquant que moi, mais dégradant pour ma personne, l’indignité ainsi provoquée rejaillirait sur tout un chacun. Puisqu’à l’égal de chacun, je porte sur mes épaules, de par ma naissance, la dignité de chaque Homme.

            Il m’apparaît que, si elle répond effectivement à un idéal social en matière de libertés individuelles, l’éthique prônée par M. ogien méconnaît ce principe humaniste, selon lequel l’harmonie sociale ne dépendrait pas uniquement du respect du droit de chacun, mais de sa dignité. Car chaque être humain renvoie individuellement une image de l’humanité toute entière. Chacun porte donc idéalement à travers lui une part de responsabilité de ce qu’il représente envers la communauté humaine.

            A titre d’exemple, un poivrot au dernier stade de l’éthylisme ne fait du tort qu’à lui-même (sauf dégâts collatéraux de violence induite, et pour choisir délibérément, dans le sens du propos, un cas de toxicomanie légale). Or par l’image de dégradation humaine qu’il donne, il nuit implicitement à l’harmonie sociale. Non pas qu’il faille lui dénier le droit de se saoûler, du strict point de vue libéral (libertaire). Mais sur le plan philosophiquement humaniste, il me semble qu’on peut légitimement, sinon contester, à tout le moins remettre en cause cette attitude aliénante d’avilissement volontaire. Sauf à feindre d’ignorer le sentiment intime de désolation que la vision d’un tel comportement provoque chez la plupart d’entre nous ? Sentiment de malaise que l’on traduit habituellement par l’expression « avoir honte pour lui », qui révèle, s’il était besoin, notre indissoluble solidarité hulmaine en matière de dignité.
             
            Solidaire dignité, indispensable à la cohésion de la communauté humaine, que paraît négliger, à tort, cet esprit fort : car la dimension constitutivement collective de l’humanité est indissociable de son aspiration à l’émancipation individuelle. Et l’être humain, pour ce que nous en connaissons, ne saurait s’épanouir exclusivement par lui-même. C’est pourquoi une éthique strictement individualiste, pour satisfaisante qu’elle soit pour l’esprit libéral (et j’en suis) restera toujours insuffisante.


            • Walden Walden 20 juillet 2009 12:28

              Erratum : lire « Si la morale proposée par monsieur Ogien semble pertinente sur la question du « respect d’autrui »... »


            • Walden Walden 20 juillet 2009 12:41

              Enfin, il est sans doute (volontairement ?) naïf de supposer que « les violences gratuites diminueront grâce à Ruwen Ogien ». En effet, il ne suffit pas qu’une éthique sociale du respect soit pensée puis explicitée par un esprit fort, pour qu’elle se voie ensuite appropriée par la communauté (sourire). Sans quoi, depuis Bouddha et Jésus, qui prêchaient respectivement par l’exemple ces formes encore plus abouties que sont la compassion et l’amour du prochain (caritas), nous connaitrions sans doute déja le paradis sur terre !

              Pardon d’avoir été si prolixe sur le sujet, mais cet excellent article fut un remarquable stimulant...


              • Le péripate Le péripate 20 juillet 2009 14:04

                Merci de me (nous ?) faire découvrir ce philosophe libéral. Incidemment, cela démontre que le libéralisme n’a pas fuit la France et que on y trouve encore de beaux esprits.

                Tout est permis qui ne nuit pas à autrui : voilà une formulation simple et pourtant riche, de quoi remplacer des milliers de kilomètres de textes abscons, incompréhensibles et parfois contradictoires.

                Je commande le livre immédiatement.


                • Francis, agnotologue JL 20 juillet 2009 15:12

                  Entre « Ne pas nuire » et « Tout est permis qui ne nuit pas à autrui » il y a une marge que le périmillepattes franchit allègrement. Voyons ça :

                  Depuis que « Dieu est mort », beaucoup parmi ceux qui pensaient que s’il n’existait pas tout était permis s’en sont donnés à coeur joie. Or dieu c’est notre conscience qui nous dit qu’est-ce qui nuit à autrui. Et cette conscience fait terriblement défaut chez ceux qui s’en remettent à des intermédiaires qui leur servent des taux d’intérêts diaboliques.

                  Sans compter les imbéciles : « Quand un imbécile fait une action dont il a honte, il prétend toujours que c’est par devoir. » George Bernard Shaw


                • Le péripate Le péripate 20 juillet 2009 15:40

                  Ceux qui parlent le plus des imbéciles ont de bonnes raisons de le faire.

                  Un article sur ce philosophe
                  , d’où est extraite la phrase « tout est permis qui ne nuit pas à autrui. »


                • Francis, agnotologue JL 20 juillet 2009 18:49

                  Ce que je voulais dire Péripate, c’est qu’il ne se trouvera que les bigots pour rejeter une telle maxime. Mais à l’autre extrême, les libertariens n’ont pas attendu ce monsieur pour appliquer cette jolie maxime qu’ils ont, je n’en doute pas, écrit depuis longtemps en lettres d’or au dessus de leur lit.

                  Cette jolie phrase plait aux esprits binaires, comprenez les intégristes de tous bords, puisque d’une apparence définitive. Mais elle est est tout simplement creuse, puisque ce qui compte c’est de savoir ce qui nuit à autrui. Et ça c’est pas binaire.


                • Le péripate Le péripate 20 juillet 2009 18:52

                  Je crois que je suis assez grand pour m’exprimer sans votre assistance, JL.

                  Dites-moi, j’ai noté dans vos posts ces derniers temps les mots dieu, satan, bigots... Que se passe-t-il ? Une crise mystique ?


                • Cristophe Cristophe 20 juillet 2009 17:25

                  Je ne pourrai réagir aux statisques de Brice Hortefeux que je connais pas en profondeur et je me limiterai à rappeler que malgré une palanquée de lois et de promesses électorales, la situation ne s’améliore pas, mis à part pour les vols d’autoradio et de voitures dans la cause semble technique. J’ai du mal à imaginer le lien direct entre les propos de Ruwen Ogien et ces chiffres, tout simplement parce que la « trangression » des lois liberticides dont parle Ruwen Ogien ne me semble pas « produire » des chiffres significatifs en matière de délits. Mais il y a peut-être des relations plus complexes que d’autres mettront au jour.

                  Cela dit, les propos de Ruwen Ogien sont salvateurs au sens où ils décapent la couche d’intégrisme religieux qui se dépose sur nos démocraties. Pourquoi parler d’intégrisme religieux ? Car c’est une démarche prosélyte qui tend à imposer comme des normes sociales des interdits dont la transgression ne porte préjudice ni aux autres, ni à soi-même. Exemple  : la sexualité avant le mariage, le recours à l’Assistance Médicale à la Procréation, le choix de mourir dans la dignité. Trois domaines où l’intégrisme nous parle d’un pêché gravissime, alors que la seule « chose » offensée est l’intolérance d’empêcheurs de vivre en rond. Autre exemple, la gestation pour autrui que certains ont voulu circonvenir à la mère porteuse. Peut-on un seul instant croire que dans un état de droit une femme ne puisse pas prendre une décision libre et éclairée de porter par altruisme l’enfant d’une famille qu’elle souhaite aider ? Ne sommes-nous pas en face d’un despotisme (et d’une misère intellectuelle) quand l’égérie de la fraternelle Pie X, Sylviane Agacinski, nous dit que c’est à des personnes comme elle de définir ce qui est humain et ce qui ne l’est pas ? Le concept de ne pas faire de mal à autrui impose de vérifier que toutes les conditions d’un consentement libre et éclairé sont respectées, mais qui ne peut se permettre de se substituer à l’autonomie d’une personne. La loi ne peut interdire des actes dont les risques ne sont qu’une probabilité faible au regard des bénéfices attendus par les protagonistes. Mais elle est dans son rôle quand elle pousse à vérifier que toutes les protections possibles et existantes ont été prises en compte. Si nous fermons les yeux sur ces principes, S. Agacinski et consorts nous proposeront d’interdire le mariage, la contraception et l’avortement comme concepts immoraux car portant en eux le risque d’une appropriation par la domination masculine des capacités sexuelles et procréatives de la femme.

                  Alors oui, les propos de Ruwen Ogien sont salutaires pour nos libertés individuelles et pour un rappel des valeurs laïques, seules à même de faire bien vivre nos différences.


                  • french_car 20 juillet 2009 17:27

                     Monsieur le procureur je souhaite réagir sur 2 points :

                    - la délinquance ne baisse pas, mais elle est vue au travers du prisme des fameuses statistiques à partir desquelles les représentants des forces de l’ordre sont notés. On peut établir un parallèle avec ce que l’IDH est au PIB. La police n’est pas évaluée en fonction du bien-être de la population qu’elle protège mais en fonction du nombre de plaintes engrangées. Il nous serait d’ailleurs utile à l’occasion que vous nous exposiez sur quels critères sont évalués les procureurs de la république et comment vous aimeriez qu’ils le soient.
                    Dans les quartiers calmes et cossus on va chercher la délinquance avec les dents tandis qu’elle vient naturellement à vous dans les banlieues défavorisées. Reste à savoir ce que l’on entend par violence gratuite.
                    - J’avoue volontiers découvrir Raoul Vaneigem, et j’en suis fort aise dans la mesure où l’on voit que puisque les policiers dorénavant reçoivent avec gourmandise les plaintes en diffamation via blogs ou autres Facebook - et pourquoi pas Agoravox ? - les procureurs n’en décident pas moins de poursuivre et sanctionner.


                    • armand armand 20 juillet 2009 20:56

                      « Rappelons-nous qu’il y a seulement un siècle, criminalité et délinquance étaient proportionnellement beaucoup plus élevées qu’à notre époque et qu’il était exclu pour le brave citoyen de se risquer la nuit dans bien des villes ou campagnes. »

                      Maintenant, il semble bien qu’en termes d’« âge d’or » d’une société moins violente que maintenant, on songe plus volontiers aux années ’50 et non à 1900. Dans le Bronx aussi, en 1950, on ne fermait pas les portes à clé, on dormait sur les toits quand il faisait chaud, et on allait d’un bout à l’autre de NY en metro à pas d’heures sans le moins du monde s’inquiéter.

                      Pour 1900, c’est néanmoins très discutable. Il y avait déjà toute une presse qui criait à la menace de l’« Armée du Crime ». De plus, la police était désorganisée avant les réformes de Clemenceau (les Brigades du Tigre). Si l’on en croit des hommes de droite comme Léon Daudet, Paris était à feu et à sang, tandis que le préfet de police Lépine considérait que toutes ces histoires étaient largement exagérées, et servaient surtout à faire gagner de l’argent aux officines de police pivée.

                      La violence c’est une chose, la façon dont elle est vécue en est une autre. Dans ce sens, c’est le jour et la nuit. D’abord la violence était localisée - si on se promenait dans le Montmartre des apaches on risquait gros ; en revanche les quartiers bourgeois étaient on ne peu plus sûrs. Les ’incivilités’ que l’on cite comme source principale d’anxiété étaient inconnues. Et à l’époque pas de codes de sécurité à chaque immeuble.
                      Surtout, la violence n’étai pas aussi crainte que maintenant - les étudiants en médecine faisaient volontiers le coup de poing contre les apaches, on se battait volontiers en duel, le port d’armes était légal jusqu’en 1911. Sans parler des violences extrêmes qui ont scandé l’histoire de France jusqu’en 1945 : tous les vingt ou trente ans une guerre, une révolution violente. Chaque génération, en somme, depuis le bas jusqu’en haut de la société, a eu à connaître la violence extrême.


                      • Claude Simon Tzecoatl 20 juillet 2009 23:11

                        Le corollaire à « Ne pas nuire à autrui », est certainement « nier mes intérêts ».


                        • Francis, agnotologue JL 21 juillet 2009 07:54

                          Tzecoatl, vous ête-vous déjà trouvé sur un petit bateau en haute mer ?

                          Essayez donc de nuire aux autres afin de préserver vos intérêts, vous m’en direz des nouvelles !


                        • Claude Simon Tzecoatl 21 juillet 2009 08:47

                          Votre exemple parle d’une action qui n’a pas d’incidence sur autrui, donc ne rentre pas dans le cadre.

                          Mais je reconnais que mes intérêts peuvent être également d’améliorer le sort d’autrui.
                          Je ne crois pas que l’on puisse être parfaitement neutre dans nos interactions avec d’autres.

                          Je crois plutôt que nos actes ont plusieurs conséquences, et dans une optique manichéenne, engendre des effets positifs et négatifs ou pervers, que l’on ne maitrise pas complètement évidemment.

                          Il me semble également juste que de ce fait, certains en profitent pour se dédouaner à bon compte.


                        • Francis, agnotologue JL 21 juillet 2009 10:46

                          Quand je dis petit bateau en haute mer, je parle de bateau de croisière et les autres sont les coéquipiers.

                          Les autres ça commencent par « le plus proche ». La bible dit : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».  : Contrairement à ce que dit la religion chrétienne qui interprète « ton prochain » comme étant l’autre quel qu’il soit, cette injonction n’a de sens que si et seulement si notre prochain c’est notre plus proche : « passe à ton voisin ». On ne saurait être le voisin de toute l’humanité à la fois. Pas davantage le prochain.

                          Et c’est là que cette discussion prend tout son sens, et cette phrase proposée par Mr Bilger son son non sens : en effet, nous agissons à l’égard des autres en fonction de ce qu’ils sont pour nous. Il existe à ce sujet une mathématique de la confiance très bien analysée par les sociologue.

                          Nul n’est tenu de prévoir les conséquences de ses actes en vertu de la théorie du papillon. En revanche, chacun doit faire de son mieux. La mondialisation libérale le permet de moins en moins.


                        • Bois-Guisbert 21 juillet 2009 09:31

                          Ogien a énoncé un principe qui, aussi minimal qu’il soit, aujourd’hui fait sens : ne pas nuire aux autres, rien de plus.

                          Principe rédhibitoirement indéfendable, puisqu’il permet à chacun de déterminer souverainement ce qui nuit ou ne nuit pas.

                          L’homme n’étant pas un être de raison, mais de raisons, il y trouvera un moyen supplémentaire de se bricoler une petite morale « Do it yourself » lui permettant de s’absoudre de ses pires penchants et agissements.


                          • Claude Simon Tzecoatl 21 juillet 2009 10:54

                            Malgré que l’auteur de ce post soit sujet à caution, c’est effectivement une excellente analyse.


                          • Sandro Ferretti SANDRO 21 juillet 2009 10:08

                            Bon, mais tout cela (pour en revenir à Camus et à l’acte gratuit) ne nous dit pas comment classer le meurtre de Meursault dans « l’Etranger ».

                            Souvenons-nous, lorsqu’il passe en Cour d’Assise, interrogé sur ses motivations quant à l’acte sur la plage, les fameux « trois coups frappés à la porte du malheur ». Et sa réponse superbe :
                            « C’est à cause du soleil, M. le Président. J’étais aveuglé ».

                            Alors ?


                            • french_car 28 juillet 2009 10:58

                               L’actualité éclaire l’article et aussi le précédent qui soulignait l’inconséquence de Nadine Morano : peut-on se laisser insulter quand on est un personnage public ?
                               Un avocat général peut-il se laisser traiter de « traître génétique » si tant est que cela ait un sens sans porter plainte auprès de quelque juridiction ?
                               A mon sens oui, peu importe que le propos soit insultant ou non, l’acte n’était pas gratuit, il visait à disqualifier l’avocat général qui n’avait sans-doute pas requis suffisament contre des accusés et celui-ci saura parfaitement faire savoir ce qui a motivé ces requêtes.
                               Mon propos n’est bien-sûr pas de prendre position sur une affaire dont je ne connais quasiment rien.


                              • french_car 28 juillet 2009 11:06

                                M’étant documenté un peu plus, je reviens vers vous Mr l’avocat général pour vous dire mon écoeurement devant ce déchainement de haine conduisant Me Szpiner à fouiller dans le passé de votre famille pour justifier son emportement.

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