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Accueil du site > Tribune Libre > Walther Rathenau : une des plus fortes incarnations de la puissance (...)

Walther Rathenau : une des plus fortes incarnations de la puissance allemande…

Pour sa part, le conseiller spécial du maréchal Foch, Paul Tirard, s’efforce de définir, dans son rapport du 31 janvier 1919, la direction qu’il serait désormais possible de prendre en ne faisant que suivre tranquillement la logique de ce qui est déjà entré dans les faits :

« La question économique et le statut douanier consentis par les Alliés aux Pays de la rive gauche du Rhin en compensation pour eux des charges d’occupation et au bénéfice pour les Alliés de la constitution d’un État plus ou moins indépendant de l’Allemagne, apparaissent donc comme les facteurs déterminants qui commandent l’ensemble de la situation politique future. » (Jacques Bariéty, op. cit., page 42)

Cependant la région concernée est sans doute un élément déterminant de l’avenir économique de l’Allemagne. S’efforcer d’en capter l’essentiel au profit de la France ne pourrait pas rester sans conséquence pour l’ennemi héréditaire. C’est ce que Paul Tirard prend le parti de souligner dans le document qu’il remet trois mois plus tard, c’est-à-dire le 24 avril 1919 :
« En résumé, il est nécessaire de déterminer s’il est de la politique du Gouvernement français de rechercher la constitution d’une Allemagne forte et unifiée, comprenant les territoires occupés, à l’effet de se trouver en présence d’un débiteur solide au point de vue économique et financier, ou si, à l’inverse, le Gouvernement français entend utiliser le fait de l’occupation militaire pour favoriser le développement d’un rapprochement politique et économique avec la population des territoires occupés. » (page 47)
… et affaiblir l’Allemagne en usant d’une force qui n’a désormais plus besoin de dire son nom… À moins qu’il ne faille réaliser une petite piqûre de rappel en brandissant à nouveau les fusils de la troupe qui est bien toujours là…

Mais il y a peut-être mieux à faire, et c’est ce que pense le général Mangin qui a décidé d’accompagner de tous ses vœux, et de toutes les attentions possibles, le coup d’Etat monté par les séparatistes allemands de Rhénanie, emmenés par un certain Hans Adam Dorten. C’est Jacques Bariéty qui nous rapporte la suite :
« Mangin, de son côté, tient Foch au courant. Le 29 mai, Foch adresse aux généraux commandants les troupes alliées en Rhénanie un télégramme sur l’attitude à adopter dans le cas de « mouvements politiques en faveur de la constitution d’une république autonome dans les territoires occupés  ». » (Idem, page 50)

Dans son numéro de juillet 1937, La Revue des deux mondes devait publier un récit dû à la plume du Dr Dorten. En voici les premières lignes :
« En décembre 1918, j’assistai, en ma qualité de membre du Club des Industriels rhénans, à une réunion tenue à Dusseldorf d’une demi-douzaine d’industriels venus d’Aix-la-Chapelle, de Cologne et de la Ruhr. Ces industriels redoutaient à la fois l’annexion par la France de la rive gauche du Rhin et la bolchevisation du reste de l’Allemagne. Aussi se montraient-ils favorables au mouvement séparatiste rhénan qui, même avant l’armistice du 11 novembre, s’était manifesté tout d’abord à Cologne et dont les promoteurs appartenaient presque tous au parti du centre catholique.  »

Quelques lignes plus bas, Dorten nous montre bien l’imprécision du projet d’ensemble :
« Au début de 1919, l’idée séparatiste avait fait de grands progrès et le peuple rhénan était unanime à vouloir l’indépendance. Mais quelle forme donnerait-on à l’Etat ? Serait-il compris dans le cadre du Reich ou formerait-il une « République rhénane » ? Là-dessus l’unanimité n’était nullement faite.  »

Quoi qu’il en soit, l’affaire avait assez rapidement capoté, ainsi que Jacques Bariéty nous le dit :
« Le 1er juin, c’est la tentative de coup d’État de Dorten à Wiesbaden et son échec. » (Jacques Bariéty, op. cit., page 50)

Vingt-sept jours plus tard, le traité de paix de Versailles est signé (28 juin 1919). C’en est fini des pouvoirs militaires du maréchal Foch et des manœuvres plus ou moins rudimentaires du général Mangin… Mais il y a beaucoup mieux, et cela s’appelle la Haute Commission Interalliée des Territoires Rhénans (H.C.I.T.R.). Elle est elle-même née de l’Arrangement rhénan signé en même temps que le traité de paix. Précisant son rôle, Jacques Bariéty nous montre que cet instrument vaut tous les coups d’Etat du monde :
« En fonctionnement normal, la H.C.I.T.R. n’est qu’un organisme civil interallié destiné à assurer la liaison administrative et technique avec les autorités allemandes qui conservent tous pouvoirs. En fonctionnement exceptionnel, la H.C.I.T.R. est capable de se substituer entièrement aux autorités, voire au pouvoir politique allemand dans les territoires occupés, et de devenir une sorte d’État de fait de ses territoires. » (Idem, page 60)

Or, cet instrument est décidément à portée de la main de l’ancien collaborateur de Lyautey au Maroc :
« Pratiquement il suffit que Tirard soit assuré de l’accord de son collègue belge au Haut Commissariat pour que la France puisse prendre dans les territoires occupés des initiatives pouvant avoir une portée politique, même contre l’avis de Londres. » (Idem, page 60)

Cependant, mieux vaut n’agir qu’en parfaite synergie avec les Britanniques… qui, au début du mois de mars 1921, et par la voix de leur Premier ministre, Lloyd George, acceptent d’appliquer des sanctions contre cette mauvaise payeuse qu’est alors l’Allemagne… Selon Jacques Bariéty :
« C’est le 8 mars, l’occupation de Düsseldorf, Duisbourg et Ruhrort, accompagnée de l’établissement d’une frontière douanière entre les territoires occupés et le reste de l’Allemagne. » (Idem, page 72)

Mais rien n’y fait, de sorte que la voix du président du Conseil et ministre des Affaires étrangères français ne tarde pas à retentir :
« Le 5 avril, Briand, au Sénat, menace « d’abattre la main de la France sur le collet de l’Allemagne » en accord avec les Alliés.  » (Idem, page 72)

Pas sûr que, cette fois-ci, les Alliés – et notamment les Britanniques – soient vraiment d’accord… Jacques Bariéty nous présente en effet un nouvel intervenant du côté allemand :
« Le 28 mai 1921, Walther Rathenau entre dans le gouvernement Wirth comme ministre de la Reconstruction. Immensément riche d’argent, d’imagination, de ressources et de relations, fils du fondateur et unique propriétaire de la puissante Allgemeine Elektrizitätsgesellschaft (A.E.G.), célibataire craintif de déplaire à sa mère mais siégeant dans cent conseils d’administration, Rathenau occupe désormais un poste décisif à la charnière de l’économie, des finances, des réparations et de la politique internationale. » (Idem, page 75)

Ayant enfin trouvé à qui parler, les Britanniques, que le gouvernement socialiste allemand ne rassurait pas du tout, engagent décidément le futur en plein accord avec l’industrie allemande :
«  Fin novembre-début décembre 1921, Rathenau est à Londres ; Lloyd George lui dit le 2 décembre : « L’Angleterre veut une Allemagne forte, solide, florissante. Ce serait un malheur pour l’Europe que l’Allemagne soit brisée. Je vais engager toutes mes forces pour que l’Allemagne guérisse.  » » (Idem, page 89)

Or, chacun sait que la véritable guérison allemande passe par le rétablissement d’une monnaie forte… À suivre…

NB. Cet article est le cent-douzième d'une série...
« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? »
Pour revenir au document n° 1, cliquer ici


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1 réactions à cet article    


  • Jean S 18 juillet 07:45

    Monsieur Rathenau ce Juif Allemand, ami d’Albert Einstein, assassiné par l’extrême droite allemande qui à porté Hitler aux pouvoirs.

    Un Homme compétent qui cherchait des solutions pour son pays bafoué par l’intransigeance d’une France une fois de plus vaincue comme en 1870.

    La faillite des extrêmes droites françaises et allemandes aura conduit les enfants de novembre 19 à la mobilisation de 39 pour une fois de plus se vautrer devant la puissance de l’industrie allemande.

    Et voir de nouveau l’allemagne anéantie et la france vaincue !

    Un must quoi ! Et si nous essayions une fois de plus ?

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