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Eloge de la lecture

Ou plutôt « mal de lire », pourrait-on dire, quand on connaît l’échec de l’enseignement et ses résultantes catastrophiques sur l’adéquation avec le monde du travail.

S’il existe un apprentissage qui conditionne non seulement toute la vie écolière et estudiantine, mais aussi celle qui nous suit jusqu’à nos derniers soupirs, c’est bien celui de la lecture et du plaisir qu’elle entraînera dans son sillage, jusqu’à la passion ou non.
Je ne parle pas uniquement de l’étude simpliste de l’accès à cette concaténation de lettres et de chiffres, qui se trouve en bonne place dans le programme des premières années de l’école primaire, mais aussi de l’assimilation des idées et des textes, et du temps nécessaire pour y arriver.
L’approche faite par les écoles lors de nos premières années scolaires est souvent considérée comme une étape importante du programme d’enseignement, mais pas essentielle, allant de soi automatiquement, par l’usure, et ne nécessitant pas nécessairement une obligation de perfection. Beaucoup de techniques différentes ont été tentées pour son enseignement de la meilleure manière. Le jeu a toujours été une bonne approche pour les plus petits, dès l’âge de trois ans. L’association des voyelles et des consonnes à des couleurs est également une manière de l’aborder visuellement.
Les réformes reprenant la méthode globale, active, naturelle, descriptive ou mixte (il y a de quoi s’y perdre, dans les concepts) ont été tentées mais restent empiriques. Elles sont défendues tour à tour par les corps enseignants successifs, mais les parents de ces bambins, eux, se plaignent en permanence de l’indigente qualité de l’apprentissage de la lecture aux enfants. Des débats récurrents sur l’école et ses méthodes alternatives ne permettent plus de dénier qu’il y ait un malaise et un manque de pertinence. Les enfants acquièrent le langage avant la lecture. Les méthodes de cette dernière ignorent la nature et le principe de fonctionnement d’une langue humaine. Passer alternativement des mots et des syllabes, en y associant les images ou les objets correspondants, à la phrase et à la lettre devrait aider les enfants à développer leurs capacités naturelles pour les conduire à déchiffrer de proche en proche les idées qui se cachent derrière un texte. La notation "alphabétique", particulièrement difficile à l’apprentissage par le nombre de règles à assimiler, supplante celle appelée "phonologique" qui, elle, met en relation univoque chaque symbole graphique et chaque son de la langue. Mais, la phonétique "absolue" (x par exemple) est confrontée à la "relative" (doux, six,sixième,soixante).
Le revers de la médaille de cette méthode se retrouve dans les SMS ou le chat sur PC que les jeunes ont tôt fait d’utiliser à tout va sans respecter la moindre règle apprise en classe. La confrontation de la langue française avec l’usage de mots déformés est devenue trop fréquente. Par sa nature de langue vivante, le français a été condamné à s’adapter et à accepter des orthographes différentes du même mot. Il faut bien l’admettre, notre langue cumule une foule d’irrégularités et d’exceptions, ce qui accentue la difficulté de son apprentissage, mal apprécié de notre jeunesse qui a du mal à s’y retrouver.
La méthode pédagogique appelée "globale", incriminée, est souvent qualifiée de "pratique en dépit du bon sens" qui conduit l’enfant à "lire" "bagnole" en place d’un mot "voiture".
Véritable méthode ? L’illettrisme n’est-il pas à la sortie ? Il y a de quoi se poser la question.
Une caractérisation, pour le moins, est obligatoire, pour mériter la qualification de "méthode".
Certains enseignants s’en sont rendu compte, et bâtissent leur enseignement autour de la linguistique de base.
Les défauts de chaque voie, globale ou non, prennent un caractère rédhibitoire, et les buts à atteindre sont à redéfinir complètement dans le cadre de la syntaxe en linguistique.
Chacune des méthodes est adaptée à une "gentille tête blonde" mais pas nécessairement à une autre. Nous ne sommes pas nés sous la même étoile. On l’oublie trop souvent.
Pourtant, la vie entière de l’élève dépendra de sa facilité à capter les idées et à les utiliser après l’assimilation. Aimer la lecture n’est pas inné ; ce goût n’en sera que plus stimulé et plus apprécié si on développe le suivi et le temps à lui consacrer.
Ce qui ne veut pas dire que l’effort de perfectionnement se poursuivra au cours de la vie étudiante ou d’adulte. Cette matière de base est considérée très vite comme acquise, et aucun programme n’y reviendra pour la perfectionner.
Apprendre reste une tâche qui s’associe au besoin de lire.

Poser la question à un adulte : comment lit-il et par quelle technique, n’apporte pas une réponse précise ni formulée de bonne grâce, par simple souci de la pudeur. Lire à voix haute fait découvrir souvent certaines imperfections et fait craindre un manque de coordination entre la lecture et sa propre compréhension en parallèle. L’intonation révélant l’assimilation du texte ne se ressent pas et la césure des mots ou des phrases ponctuées par les virgules et les points, qui devraient faciliter l’écoute de l’interlocuteur, n’est pas suivie telle une partition de musique. Donner une musicalité au texte, scander les mots au plus juste moment donnent de la vie et l’imagination nécessaire aux textes. Sans cet effort, la compréhension immédiate de part et d’autre ne sera pas au rendez-vous.
Cette lecture à haute voix impose une anticipation de la lecture du texte pendant son oralisation. Nous avons deux yeux, profitons-en pour faire le repérage anticipatif. Cet exercice apporte déjà plus de confort et minimise les césures qui hachent les mots et les phrases aux plus mauvais moments.
Si vous n’en avez pas l’habitude, faites-en l’expérience. L’exercice en vaut la peine.

Quant à la compréhension, combien de jeunes étudiants n’ont-ils pas raté leurs examens pour la simple et bonne raison qu’ils n’avaient pas compris la question posée ?
Les lecteurs de textes d’auteurs (ex. Michael Lonsdale) n’ont pas le succès d’écoute par la seule beauté de leur voix, mais aussi par l’excellence de leur interprétation, vivante et active, de ces textes.
Une lecture ratée ou sans assimilation d’un paragraphe sera souvent suivie d’une relecture pour permettre son résumé et la continuation bien comprise du livre. Ce processus de répétition, même si la complication du texte ne l’imposait pas de prime abord, n’est pas sans coût.

A la lecture d’un livre par manque de concentration, combien de fois n’avons-nous pas une réaction immédiate de nous demander : "Mais, qu’ai-je lu ?" et de perdre complètement le fil de l’histoire.

Les interférences multiples de la vie moderne sont souvent responsables mais n’expliquent pas tout. Nous avons perdu du temps et nous l’avouer nous imposera de nous mettre en conditions optimales lors de la reprise du bouquin dans nos mains.

L’analyse critique d’un texte de littérature ou de philosophie faisant partie des programmes est, elle, bien enseignée dans le secondaire, mais reste bien perfectible. Pouvoir "lire entre les lignes" forge l’esprit et apporte une vision précisée ou cachée du monde dans lequel l’écrivain a voulu plonger ses lecteurs. Cela permet également aux jeunes étudiants de se situer parmi les autres et de fixer sa ligne de vie entre les mouvements d’idées contemporaines en véritable citoyen.

Bien plus tard, passer à la vitesse supérieure s’impose. La recherche de la rapidité dans la prise en charge d’un texte, tout en gardant sa compréhension optimale et son assimilation simultanée, est l’aboutissement de ce travail d’éducation scolaire. Des techniques d’accélération de la lecture existent, mais ne sont pas prodiguées dans les programmes scolaires habituels. Elles peuvent être apprises bien plus (trop) tard, si seulement l’envie du candidat est suffisamment grande pour y consacrer le temps nécessaire.
Ce que l’on appelle communément la lecture en diagonale utilisée entre autres par le président Kennedy, du moins le dit-on, est une habitude adoptée par les gens qui doivent assimiler de manière journalière un grand nombre de pages dans un minimum de temps sans aller nécessairement dans trop de détails. Elle permet de détecter les mots-clés d’une phrase en sautant les mots qui n’ont pour but que de compléter une phrase bien faite linguistiquement.
Cette méthode n’apporte cependant pas une orthographe de bon niveau et n’assure pas toujours la captation de toutes les idées sous-jacentes et des finesses de la langue. Elle a pourtant le mérite de sauver l’étudiant devant de monticules de livres à appréhender. D’autre part, les traitements de textes sont de plus en plus sophistiqués pour se permettre quelques laxismes temporaires du côté de l’orthographe.
La vitesse de lecture est importante. Plus on lit vite et bien, plus l’envie d’en lire plus encore naîtra. Notre époque ne peut plus laisser le temps au temps. Tout doit aller vite.
A la vue d’un texte, on voudrait déjà en connaître la substantifique moelle résumée devant les yeux.
Tout mot a pourtant, en principe, sa raison d’être dans une phrase et n’a pas été choisi au hasard "entre deux portes". Celui qui écrit un texte passe parfois un temps infini à la recherche du bon mot, de la bonne tournure de phrase, pour assurer le maximum de précision, en pure perte apparemment.

L’apparition d’autres médias est une autre cause des lacunes actuelles. La télévision, par son attrait plus représentatif ou ludique, vole le temps disponible réservé à la lecture. Ils sont des plus, mais de là à oublier les sources écrites, il y a de la marge. La recherche par le journaliste de l’image qui apportera en un coup d’œil le flash résumé de l’idée à partager suffit souvent à notre manière de capter l’information.

Nous vivons une période où la prolifération des écrits augmente de jour en jour.
Toute idée s’écrit et se retrouve dans les livres ou ailleurs. Ce n’est peut-être pas une boutade que de dire qu’il y a plus d’écrivains que de lecteurs.
Le média citoyen que constituent les blogs, cette nouvelle approche de l’écriture faite par tout un chacun, a apporté une nouvelle couche bien plus importante, moins innocente dans ses prolongements qu’il n’y paraît. Les médias officiels se sentent attaqués dans leur fondement. Certains textes présentés génèrent parfois dix fois plus de commentaires en réaction. Et, c’est tant mieux. J’en arrive à me demander comment les lecteurs parviennent encore à ingurgiter -et à en tirer des conclusions- cette littérature qui provient de sources de tout horizon.
Internet stocke des bibliothèques entières, en des milliards de pages, de la connaissance humaine. Celle-ci est accessible avec les moyens de recherche les plus efficaces, mais il faudra garder cette efficacité par la lecture. Il est pourtant assez troublant de s’apercevoir que la lecture d’un livre, d’un texte plus long que celui d’un e-mail, par exemple, est beaucoup moins appréciée par les adultes sur écran d’ordinateur. Des e-books gratuits permettant de lire des éditions complètes de livres d’auteurs célèbres existent sur Internet, mais ils sont souvent délaissés. L’impression sur papier et le bon vieux livre auraient-ils donc toujours de l’avenir ?

Tout ce qui contribue donc à améliorer la compréhension, l’assimilation et la vitesse de la lecture de texte par chacun d’entre nous - que ce texte soit en langue maternelle ou dans une langue étrangère- doit être étudié et caractérisé d’une manière approfondie.

Jouer avec les jeunes écoliers, en cobayes, les balançant d’une méthode à l’autre sans en estimer les avantages et inconvénients au préalable entraîne des générations qui auront acquis le plaisir de lire ou, au contraire, auront été complètement retardées pour toute leur vie entière de citoyen dans la compréhension du monde qui les entoure.

"Un soir consacré à la lecture des grands livres est pour l’esprit ce qu’un séjour en montagne est pour l’âme" André Maurois

"La lecture d’un roman jette sur la vie une lumière" Louis Aragon

"Un des problèmes que l’on rencontre avec les techniques de lecture rapide c’est que le temps de se rendre compte qu’un livre est ennuyeux, on l’a déjà terminé" Franklin P. Johnes

"Je le jure. Une chose m’épate chez vous. C’est que vous arriviez à lire exactement à la vitesse à laquelle je parle" Philippe Geluck

"J’ai pris un cours de lecture rapide et j’ai pu lire "Guerre et Paix" en vingt minutes. Ca parle de la Russie." Woody Allen

"La vraie lecture commence quand on ne lit plus seulement pour se distraire et se fuir, mais pour se trouver" Jean Ghéhenno.


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4 réactions à cet article    


  • dom (---.---.203.224) 20 mars 2006 12:21

    très intéressant monsieur l’enfoiré. Il me semble aussi que la lecture de poésie facilite cet apprentissage de lecture à voix haute étant demandée par les textes poétiques où le déchiffrage fait découvrir ce que vous décrivez justement comme musique du texte.

    Ah si les écoliers pouvaient lire en classe le TITAN de Hugo ! Quel plaisir ! Quelles clartés recueilleraient-ils, que de compréhensions ! Spécialement ces temps où des thèmes si lourds que les religions et les batailles de pouvoir font rage. Quelle aide aussi que des poètes qui ont traversé les épreuves de leur vie en les conscientisant, c’est rappeler aux êtres aussi que ce qu’ils vivent est important, que leur pensée est irremplaçable !

    S’habituer à la lecture de poèmes offre une vision plus étendue de ce qu’est l’écriture et pemet aussi de se rendre compte assez facilement quand on se retrouve avec des textes insipides ou qui cherchent à confusioner les esprits, l’exigence sur le verbe écrit devient plus grande et qui n’empêche aucunement d’apprécier des « tournures » expressives en SMS ou des abréviations rigolotes. Après tout le vif d’une langue est aussi dans ses transformations et ce sont souvent les poètes qui ont reflété les « dérives constructives » de leur époque. Contourner les poètes serait synonime d’imposer à chaque individu toute l’exploration de l’évolution d’une langue par lui-même. Savent-ils, les ados, que parfois par grafiti ils font de l’Apolinaire ou du Vian et que l’humour dont s’imprègnent souvent les poètes tels Michaux ou et bien disons-le : Rimbaud, à garnir le réel de leur fantaisie ? Ce réel si gris quand l’esprit y est écarté ou livré au négativisme le plus obscur ou pire encore à la verve cynique et désabusée, prenant des airs cultivée mais livrant l’esprit aux gémonies... La liberté intérieure que peuvent vivre les individus sont reflétés chez les poètes essayant eux-mêmes de traduire leur mode de perception unique. Rien à voir avec l’habitude que nous avons de voir le verbe servir des intérêts inhumains ou économiques ou livré en pâture aux professionels de l’opinion. Que d’envergure les enfants peuvent y gagner, comprendre la richesse de l’expression est un vrais bonheur.

    Bien à vous.


    • L’enfoiré (---.---.68.100) 20 mars 2006 12:40

      Bonjour, Je dois avouer que vous avez touché une de mes lacunes. Vous avez très certainement raison de mettre en exergue la poésie. Je n’ai hélas jamais accroché à la poésie. A mes « petits » yeux, être accroché en permanance à un calcul de pieds à devoir s’arranger à terminer les phrases par un mot qui aura la rime adéquate m’a toujours paru lourd et superflu. Mon goût de la déclamation n’est jamais arrivé là. Je trouve que l’on peut être très poétique dans le fond sans devoir recourir à la forme. Les textes sont beaux parce que tout auteur qui se respecte a mis le temps nécessaire pour ajuster ses idées aux mots avec la souplesse de la prose. Ce temps est trop précieux pour s’y perdre dans un exercice me parraissant un peu « périmé ». Même un texte scientifique peut se retrouver plein de charme poétique mais je ne vois pas vraiment quoi faire rimer avec le « big bang ». La chanson, elle, a bien sûr ce besoin de rimes, mais les alexandrins sont devenus un peu plus laxiste. Evolution, évolution... Je fais amende honorable. Je me trompe et je suis que vous allez me le faire sentir. Je ne ne suis pas « poésie », mais je peux apprendre à me soigner... A+


    • éric (---.---.117.89) 21 mars 2006 21:14

      La lecture, la vraie, est celle qui permet de comprendre le sens d’un texte et toutes les subtilités, les non-dits qu’il contient. La perte de l’habitude et donc de l’envie de lire est grave pour nos sociétés. La mémoire se transmet par l’écrit. Sans lui le souvenir ne dépasse pas 4 générations. Quelle perte d’information, d’identité. Les enjeux de société sont ici énormes. Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir choisi. Il subira la domination de ceux qui savent. Mais comment réagir face aux autres médias plus simples (TV...) ? Comment aider nos jeunes à retrouver l’envie de lire et leur faire comprendre les enjeux de cet outil. Dans notre société où il faut avoir pour être il est bien difficile pour les enseignants et les autres de défendre la lecture. Qu’a-t-elle de valorisant face à un bel écran plat, à de belles images mouvantes accompagnées de son ? Pourtant la culture écrite existe à profusion, nous en sommes même des créateurs perpétuels. Se pose alors la difficle question du tri des informations et de leur mise en relation. Mais c’est là un autre débat.


      • L'enfoiré L’enfoiré 22 mars 2006 08:41

        Bonjour, Je vous suis cinq sur cinq. Enfin presque : 4,98 sur 5. En effet, ce que vous dites est parfaitement en ligne avec mon texte, mais, si vous avez pris le temps de jeter un coup d’oeil à mon « ego » dans l’à propos, vous avez pu lire que je suis informaticien. Ce métier, je le pratique près de 40 ans et j’ai pu apprécier les avantages indéniables que l’informatique à apporté aux études. Si cela n’avait pas été le cas, serions-nous allés si vite et si loin dans notre progrès à grande vitesse ? Ce bel écran plat avec le son et les images qui ne sont que la forme du phénomène, apporte une approche sans précédent par les outils de recherches d’une information dans tous les domaines de la connaissance et cela, c’est pour le fond. Cet outil magique, car il s’agit d’un outil, vient en surplus de la lecture pur et dur, pas en concurrence si l’on veut bien donner le temps au choses. La lecture, au rythme du « consommateur », apporte l’imagination, la pensée non frelatée ou « mijotée » par les médias. Rien que pour cela, tuer la lecture en la mettant au domaine de l’obsolete serait tuer le poussin dans l’oeuf.

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