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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > Les non violents montent au front ! (acte 3)

Les non violents montent au front ! (acte 3)

De nombreuses personnes de conviction étaient réunies ce WE de Juin 2011 et au fil des communications on prenait conscience de la diversité des réponses qui se construisent face aux excès que notre monde connait. A aucun moment la capacité de dialoguer de chacun n'a été mise en difficulté. C'est un enseignement que nous pouvons tirer et ce n'est pas des moindres : les acteurs de la non violence savent s'écouter.

Ils savent marcher aussi et Gandhi ou Lanza del Vasto l'ont montré a de nombreuses reprises, la marche de 100 000 personnes qui se prépare pour 2012 en Inde, est un évènement considérable.

"La fraternité est en marche" comme à écrit philippe sur la photo.

Le dimanche de la Pentecôte nous étions au troisième jour de nos travaux, un participant a fait un petit laïus sur le sujet : « Ce n’est pas seulement avec la langue qu’on communique ». On s’est donné la main pour 5 minutes de silence. Moment très respectueux et sans doute même ressourçant, personne ne s’en est plaint. Pour ceux qui y était c’est à rapprocher du moment que nous avons vécu à Montréal en 1997 lors du Forum francophone Planet’ERE 1, sous la conduite d’un chaman indien. Nous étions mille ce jour la à nous donner la main… grosse impression.

 Nous allons prendre notre revanche 

 Jean Joseph, économiste, nous a vite ramené à la surface concrète de la planète Terre. « Il y a 25 ans de différence de moyenne d’âge entre l’Inde et la France ». En Inde la moyenne d’âge c’est 25 ans alors que c’est 50 en France. L’écart est encore plus marqué avec l’Afrique où la moyenne d’âge est de 18 ans. En 1950 la population de l’Europe, en dégringolade totale de ce point de vue aujourd’hui, était comparable à celle de la Chine. Ça ouvre un abysse sous nos pieds, comment cela ne pourrait-il pas bouger… aussi sûrement qu’entre une masse d’air chaud et une masse d’air froid il y a du vent ! Avec un certain sens de la formule il dira : « l’Europe a disparu de la planète jeune » ça marque et en plus c’est vrai ! Il parlera du « temps de la revanche du Tiers monde » glups ! « Ils ont tous dans la tête d’où ils viennent, ils ont été dominés pendant des siècles ». Ils ont dans leurs têtes : « nous allons prendre notre revanche ». Et je trouve dans la marge de mon bloc, ceci, écrit à propos de cette assemblée que je découvre encore : « où que je porte mon regard dans la salle, il y a une personne engagée », non violents certes, mais engagés sûrement.

 Les territoires sont des corps malades

 Avec l’intervention de Stéphane Linou, « locavore », nous passons sans transition de l’international au local. Stéphane qui habite Castelnaudary s’est nourri pendant une année entière avec des aliments produits dans un rayon de 150 km autour de chez lui. Histoire de montrer que c’était possible ! Il semble que sur le plan sanitaire il s’en soit beaucoup mieux sorti que cet américain qui avait mangé au Macdo pendant un an. Il créé la première AMAP de l’Aude en 2004, il lui faut un an pour trouver un producteur. Nous sommes là dans une curieuse situation par rapport à la théorie capitaliste, avec beaucoup de demandes et très peu d’offres. Il explique que 80% de notre alimentation vient des grandes surfaces qui ont 4 jours de stocks… Pour aller plus loin que 4 jours, il faut compter avec les camions « les stocks sont sur la route » ça coute moins cher que de construire des entrepôts. Il dit « les territoires sont des corps malades ».

 Si on ne prend pas le changement par la main, il nous prendra à la gorge

 Gérard Barras, fondateur avec quelques autres de l’écovillage du Viel Audon, a une très riche expérience du fonctionnement des groupes. Tous les ans avec les bénévoles impliqués dans le chantier de reconstruction du village en ruine, les groupes se font, se défont, se refont. Aussi au fil des ans, l’expérience a aujourd’hui plus de 30 ans, des constantes apparaissent : « Dans un groupe de 150 personnes les responsabilités se prennent » donc pas d’angoisse, inutile de vouloir, pour leur bien, leur imposer un encadrement. Autre constante « on ne peut pas revenir sans augmenter le sens de sa présence », Gérard reviendra à plusieurs reprises sur le sens : « à quoi aspirons-nous ? Nous aspirons à nous retrouver ». Homme de défis, il fera plusieurs fois référence à l’aventure Ardelaine à plus d’un titre exemplaire. Frédéric Jacquemard, président du Groupe International d’Etudes Transdisciplinaire GIET, milite aussi comme tous les présents pour le changement. Il nous a fait part de son approche qui lie sciences et art, il dit : « Quelque chose qui est produit par l’Homme et qui détruit la vie est faux » et aussi prônant une « métamorphose culturelle », il nous rappelle que si on ne prend pas le changement par la main, il nous prendra à la gorge. Comme on a été éduqué dans un moule qui a 1,5 millions d’années et que notre culture a 1,5 millions d’années, pour le changement il fait appel à l’expression artistique qui nous touche au fond.

 Le domaine du sensible

 Il y aura quelques échanges autour de l’idée de cohérence. Il ressort que si nous sommes tous à la recherche de cohérence, personne ne peut-être à 100% cohérent, il faut être dans la tolérance, sur la cohérence chacun est en chemin. Frédéric Jacquemart dit que « tout le monde sait qu’on va dans le mur » et que « si on ne passe pas par le domaine du sensible on ne passera pas au changement ». Le Lama Lhundrup responsable de l’université Rimay Nalanda de Karma Ling posera son discours sur la force spirituelle de l’Inde et mettra en balance les deux mots « avidité » et « responsabilité ». Alain Ginisty, philosophe, cofondateur d’ATTAC et ancien directeur de Témoignage Chrétien, s’appuyant sur le fait que le mot « crise » vient d’un mot grec qui veut dire « choix », nous invite à « traverser la crise comme un enseignement ». Avec Victor Grange de la NEF nous étions plongés dans le très concret de la finance, il nous a très vite conseillé d’aller voir je change de banque un site très utile pour faire du désir de changement une réalité. Patrice Sauvage énarque a participé à la fondation de « démocratie et spiritualité  » sa conviction c’est qu’« il y a partout des gens bien qu’on peut toucher », il évoque « l’extraordinaire potentiel de créativité de la fin du moyen-âge. ». Les deux dimensions de l’économie sont la production et l’échange, aujourd’hui l’échange a pris le dessus, nous devons retrouver une économie appropriée aux besoins de l’Homme. Il dit que « le don est le fondement du lien social » et qu’« on a besoin d’une économie réappropriée par le politique ».

 « Nous sommes les animaux de compagnie des machines »

 Dans la vie courante on fréquente peu d’homme en soutane et quand on en voit un débarquer, forcement on est interpellé. Le frère Samuel est un personnage assez époustouflant, prêtre et philosophe, il conseille les dirigeants de société et fréquente Davos ! Tout cela est compatible avec un discours dont le moins que nous puissions dire est qu’il est décapant ! Avec son propos nous sommes dans les profondeurs du sens : « La survie c’est l’efficience. Nous sommes sortis de la survie, bonne nouvelle, mais nous ne sommes pas sortis de l’efficience, mauvaise nouvelle », « on est tourné vers la satisfaction de besoins à court terme », « nous sommes les animaux de compagnie des machines ». Il voit « la France dans une dépression collective », alors la question se pose à chacun : « Qu’est-ce que je fais là-dedans ? ». Il donnera quelques pistes : « Revenir à des éléments de base de ce qui fait la colonne vertébrale de l’humain ». Il met en avant la nécessité d’apprendre un métier, « la confrontation à la matière », « le réel me saute à la figure si je lui résiste ». Ensuite il met en avant la relation, puis « la recherche de la vérité qui ne se découvre que par l’écoute du réel ». L’interdépendance entraîne la coresponsabilité : « nous sommes dans la même galère », « ou bien nous réapprenons à être humain ou alors nous ne survivrons pas ». « L’Homme est une cathédrale compliquée qui a perdu le mode d’emploi de ce qu’il est », il voit « la fragilité comme une grâce essentielle » et soulignera que « nos amis sont les seuls qui aiment nos fragilités ». Il dit qu’« il faut être encordé les uns aux autres » et qu’on est « obligé d’entrer dans une intelligence de réseau ». Il dit aussi que les jeunes sont entrain de se déshumaniser. Il voit la société civile comme le troisième pouvoir « lieu où l’on doit se ressourcer, lieu de création de sens ».

 Nous avons le choix entre avoir raison et être heureux

 José et Chantal Grévin nous ont présenté le mouvement Focolari une culture du don pour une économie de communion. Il est là question de « joie partagée dans le don ». Ensuite Françoise Keller centralienne et coach nous entretiendra de la résolution non violente des conflits et des travaux réalisés par Marshal B Rosenberg autour de la communication non violente . Nous avons le choix entre avoir raison et être heureux, nous devons nous demander ce qui nous rendrait la vie plus belle, « on doit accueillir nos émotions. Ce sont nos émotions qui nous aident à nous connecter à nos besoins », « quand nous sommes reliés à nos besoins, nous savons faire ». Le premier besoin c’est la reconnaissance, ensuite « nous avons besoin d’échanger, c’est fondamental ».

 (à suivre)


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4 réactions à cet article    


    • Le Yeti Le Yeti 21 août 2011 16:08

      Un ami m’a un jour décrit ainsi : « Toi tu es non-violent mais faut pas t’chercher ! ».
      J’avoue ...


      • amipb amipb 22 août 2011 07:58

        La non-violence est un combat difficile, car elle n’est pas immédiatement naturelle, et n’a d’effet immédiats qu’avec un adversaire « civilisé » : Gandhi n’aurait jamais pu faire sa révolution dans la Chine d’aujourd’hui, par exemple, le régime faisant bien peu de cas des pertes humaines.

        Elle est toutefois l’unique moyen d’arriver à ses fins, sur le long terme, à mon humble avis. Les révolutions pour lutter contre les exccès d’un système ne font souvent qu’apporter les excès inverses.

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