Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > Les storytellings comme méthode de gouvernement

Les storytellings comme méthode de gouvernement

Dites-le avec des histoires...

Raconter des histoires est sans doute une très ancienne pratique humaine. Mettre la vie, les événements en récit permet de leur donner une cohérence, un sens, même si l’homme y met toujours une part de lui-même, de son époque, de ses préjugés. Mais il y a une différence entre expliquer et raconter, entre fournir des arguments, rechercher les causes et faire état du simple déroulement des événements, les enjoliver parfois, voire les créer de toute pièces.

Les historiens se méfient des histoires qui viennent brouiller la recherche historique, des récits qui ont parfois un fond mythique, souvent construits a posteriori pour conforter une thèse ou une croyance, justifier une idéologie, légitimer les pouvoirs établis. Les chefs croisés ont eu leur Geoffroy de Villardouin pour célébrer leurs aventures, Louis XIV a bénéficié de l’appui de Racine pour magnifier ses campagnes militaires. En établissant l’enseignement obligatoire de l’histoire, Jules Ferry pensait qu’elle pouvait être plus attractive pour de jeunes écoliers si elle était "enveloppée de légendes". Il est vrai qu’il était alors question de former le citoyen au sein d’une République à conforter, de préparer le futur soldat, de souder les hommes autour de l’idée de Nation, par le biais d’une histoire particulièrement simplifiée, enjolivée, idéalisée, telle que Lavisse a pu la formuler à cette époque dans ses fameux manuels à l’usage de nos pères. Tout récit est équivoque, comme le langage lui-même.

On reconnaît à celui-ci plusieurs fonctions : signification, expression, communication. Sur cette dernière fonction se greffe ce qu’on appelle l’aspect performatif du langage, visant à produire des effets sur le comportement, de manière directe (par ex. un ordre, une injonction, un conseil...) ou indirecte (le mensonge, le leurre, la séduction, tous les moyens que la rhétorique peut offrir pour faire du langage humain un instrument de persuasion, de séduction, de pouvoir... pour le meilleur ou pour le pire). Esope avait déjà parfaitement énoncé cette ambivalence. De Platon (Gorgias) à Bourdieu (Langage et pouvoir symbolique), les réflexions ne manquent pas, qui se sont employées à démystifier les discours qui font le jeu des pouvoirs en place, de l’ordre établi, sous l’apparence de la neutralité et de l’objectivité.

Il existe des manières tout à fait contemporaines de créer des histoires pour donner une légitimité au pouvoir, à ses entreprises et à ses décisions. Aujourd’hui, les storytellings, récits élaborés et formatés dans des officines proches des pouvoirs, tiennent un peu le rôle des légendes d’autrefois, mais en temps réel et de manière moins innocente. Nés dans les années 80, dans les mondes de la communication, de la publicité et du management, malmenés par les critiques montantes de leur mode de fonctionnement et de la dictature des marques, il s’agissait de trouver un moyen de réenchanter la publicité en construisant des histoires édifiantes autour des produits. Edward Bernays a été le théoricien de ces nouvelles méthodes de captation de l’attention et du désir d’achat. Des agences promeuvent de nouveaux mots d’ordre : « Dites-le avec des histoires » ou « Les gens n’achètent pas des produits, mais les histoires que ces produits représentent. » Il s’agissait de trouver des formes nouvelles de persuasion pour influencer l’opinion, détourner l’attention, servir d’instrument de contrôle, battre en brèche les critiques antipublicitaires (Naomi Klein), faire un « hold up sur l’imaginaire ».

Ce que nous montre le récent livre de Christian SALMON : La Machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits (La Découverte), c’est que ces procédés ont été repris au sommet de l’Etat, entraînant une manipulation de l’information, par la production d’histoires entièrement fabriquées (fake stories). Le pouvoir US, par exemple, s’entoure d’experts en communication, chargés de mettre en scène l’actualité de la Maison Blanche . Il s’agit de « trousser une histoire », puis de la vendre à la presse avec une « ligne du jour » (line of day) avec « quelques petites phrases » (sound bites) adéquates. Depuis R. Reagan, cette pratique devient courante. Bill Clinton ne s’est pas privé d’y avoir recours. Un de ses conseillers disait : « Nous pourrions élire n’importe quel acteur d’Hollywood à condition qu’il ait une histoire à raconter. »

Bush a lui aussi ses spin doctors, qu’il réunit régulièrement dans son bureau ovale, pour construire de nouveaux scénarios, surtout en période de revers politiques. Dick Cheney disait dès 1992 : « Pour avoir une présidence efficace, la Maison Blanche doit contrôler l’agenda...Vous ne devez pas laisser la presse fixer les priorités... » On se souvient de l’histoire édifiante construite autour de la personne du président (le dévoyé converti, born again, tel un nouveau st Augustin), le montage grossier sur « les armes de destruction massive », présenté par l’acteur-général Powell. Il y a toujours les récits invérifiables que l’on fournit en Irak aux journalistes « embedded », pris en charge totalement par l’armée... Il y a le récit officiel des événements du 11/09, dont on montrera certainement dans quelques années combien il a été fabriqué (au moins partiellement) pour justifier la « Croisade contre l’empire du Mal ». Bush a eu son Rove, Tony Blair, son Campbell...

Bref, comme dit Evan Cornog, professeur de journalisme à l’université Columbia, « la clé du leadership américain est, dans une grande mesure, le storytelling ». Reagan affirmait : « Vos vies nous rappellent qu’une de nos plus anciennes expressions reste toujours aussi nouvelle : tout est possible en Amérique si nous avons la foi, la volonté et le cœur. L’histoire nous demande à nouveau d’être une force au service du bien sur cette planète. » Bush fait souvent allusion à la « great american story  », celle qui fonde toutes les autres. Tout peut donc devenir histoire. L’ important n’est pas de comprendre ce qui se passe, mais d’adhérer aux histoires fabriquées sur ce qui se passe. Selon Nahum Gershon, chercheur chez Mitre, « le cerveau humain a une capacité prodigieuse de synthèse multisensorielle de l’information quand celle-ci lui est présentée sous une forme narrative ».

Donc, la narration, c’est l’information. Toute bonne information doit être une bonne histoire. Il s’agit de séduire, non d’informer. C’est la défaite de l’intelligence dans le domaine de la politique, celui où l’analyse et la clairvoyance s’imposent plus que dans d’autres, car notre destin y est en jeu. Edward Bernays (Propaganda. Comment manipuler l’opinion en démocratie), ancien conseiller en communication d’entreprise, constatait dès 1928 que les classes dominantes sont obligées de trouver des formes nouvelles de persuasion afin d’influencer l’opinion. Guy Hermet (L’Hiver de la démocratie ou le nouveau régime) évoque une censure intériorisée par ce type nouveau de conditionnement, qui garantit une pensée de plus en plus contrôlée, comme dans le monde décrit par Orwell.

En conclusion, si l’on en croit le scénariste Mc Kee : « Motiver les employés, c’est le travail essentiel du chef d’entreprise. Pour cela, il faut mobiliser leurs émotions. Et la clé pour ouvrir le cœur, c’est une histoire » (on songe au mythe que Rockefeller entretenait sur sa réussite), si l’on en croit aussi l’ancien dirigeant de la Banque mondiale Stephen Denning : « Quand je vois comment les histoires bien ficelées peuvent entrer facilement dans les esprits, je m’étonne moi-même devant cette propension du cerveau humain à absorber les histoires », on peut se demander en quoi s’enracine la crédulité de la majorité des hommes qui y adhèrent, d’où vient cette « servitude volontaire » qui les pousse à les adopter.

Mais élucider ce problème nécessiterait un autre article...

http://www.monde-diplomatique.fr/2006/11/SALMON/14124

http://www.fabula.org/actualites/article20511.php

http://fr.wikipedia.org/wiki/Spin_doctor

http://www.voltairenet.org/article14980.html

Nouvel Obs

Jean Birnbaum : Le Monde du 26/10/07

Christian Salmon : La Machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits (La Découverte)


Moyenne des avis sur cet article :  4.38/5   (26 votes)




Réagissez à l'article

66 réactions à cet article    


  • ZEN ZEN 29 octobre 2007 11:02

    @ La rédaction

    Pour une meilleure lisibilité, serait-il possible de rétablir les italiques (citations, ouvrages...) Merci !


    • Ceri Ceri 29 octobre 2007 11:12

      Merci pour ce rappel !

      oui ca me rappelle ce qu’a dit un prof le 1er jour de la 1ere année de fac d’histoire : « oubliez tout ce que vous avez appris au lycée, c’est faux ». Et de fait, tout était faux tellement c’était enjolivé. Et le pire, c’est qu’en creusant encore après on s’apercoit qu’une fois encore ce qu’on a appris à la fac était tellement simplifié que c’était pas vraiment la réalité des choses non plus.

      Simplifier c’est choisir une manièrer de présenter les choses, donc trahir les faits.

      Sarko aussi a sa clique d’une douzaine de personnes, qui le coachent, qui réécrivent l’histoire quand ca les arrange, comme mai 68 ou la colonisation, ou Guy Moquet. Alors que la réalité est toujours si complexe, avec les tractations dans les coulisses qui déterminent vraiment la suite des évènements.

      On mise sur l’émotion car le public s’il est dans ce registre émotionnel, perd 90% de son esprit critique. C’est fait pour ça. Quand Sarko vilipende les racailles, encore une fois il fait appel à l’émotioàn, même aux pulsions primaire du Blanc qui a peur que la race ne s’éteigne. Ca fait tilt dans le cerveau des gens. Appel aux pulsions, aux passions, et plus aucun recul, ni esprit critique.

      Et pour l’histoire, si les gens connaissaient réellement la révolution, ou comment se sont faites les 2 guerres mondiales, ou même l’Europe, ca fait longtemps que tout le monde serait dans la rue, enfin j’espère...


      • alberto alberto 29 octobre 2007 11:36

        Bravo, Zen, pour ce rappel comme l’écrit Ceri ci-dessus ;

        Mais, enjoliver la réalité, c’est vieux comme le monde et surtout le monde du commerce : faire rêver le client !

        Que les marketteurs embauchent des poètes pour libeller leurs réclames afin de louer les vertus des camenberts ou du pinard ça ne me gêne pas trop, ça devient encombrant quand il y a pour plus cher de poèmes que de marchandise !

        Evidemment, quand c’est sur le plan politique, attention la vigilence est de rigueur : les prophètes des lendemains qui chantent, les annonceurs du rasage gratis, les Cassandre promettant la fin du monde, n’ont pour but que de rallier l’opinion en faisant peur ou rêver !

        Merci de nous avoir rappelé que l’« information » doit être ramassée avec des pincettes !

        Bien à toi.


        • Alpo47 Alpo47 29 octobre 2007 11:49

          Contrôler l’information est, plus que jamais, le souci des dirigeants de tous pays.

          L’utilisation des métaphores, afin de faire passer un message, comme vous l’indiquez, déjà très utilisée par les communicants et les thérapeutes, se généralise aux politiques. Les dirigeants Américains y excellent, Blair était un « maître », Chirac bien conseillé, Sarko très bon également.

          Celles ci doivent amener des images mentales, qui seront mieux mémorisées et provoqueront des émotions. Ceci pour court-circuiter le cortex (intellect) et atteindre le cerveau primitif, qui fonctionne plus émotionnellement. Lequel va immédiatement réagir de manière « automatique ».

          Atteint par la forme de la communication, la « cible » oublie le fond du message. Facile manipulation.

          N’oublions cependant pas la deuxième partie, facile et complémentaire pour un pouvoir, qui consiste à s’emparer des médias, afin de sélectionner les messages qui doivent passer.

          Aujoud’hui, encore plus qu’auparavant, « ce qui ne passe pas au JT de 13H ou de 20H, n’existe pas » pour nos politiques.


          • Paul Villach Paul Villach 29 octobre 2007 11:54

            Très intéressante synthèse sur « la manipulation des esprits ».

            Un reproche, cependant, si je puis me permettre : le sabir américain « Storytelling » ! Pourquoi ne pas traduire ? « l’art de raconter des histoires ». Du coup, cette tactique perd de son mystère. Car cette technique est vieile comme le monde : « Nul être sain ne livre volontairement une information susceptible de lui nuire ».

            Qui ne se souvient pas de la nouvelle de Daudet tirée des « Contes du lundi » (1873) ? « Le pape est mort », s’écrie le gamin de retour de l’école buissonnière pour échapper à la réprimande de sa mère ! Et ça marche !

            Cet art de raconter des histoires - dans tous les sens de l’expression - commence par le non-respect du principe qu’énonce Guillaume d’Occam au 13ème siècle : il ne faut pas multiplier les catégories sans nécessité.

            Or je relève, cher Zen, dans votre texte, ceci :« Donc, la narration , c’est l’information. Toute bonne information doit être une bonne histoire. Il s’agit de séduire, non d’informer. »

            Nous retrouvons dans cette opposition ce que je considère comme une carence majeure de l’École : l’adoption par son enseignement de « la définition promotionnelle de l’information » que diffuse les médias avec constance pour acquérir un crédit à peu de frais auprès des naïfs.

            Car l’École, si prodigue en instructions (voyez l’épaisseur du RLR), se garde de livrer une définition de l’information, comme si elle était évidente ; celle-ci ne se déduit que des mises en série dont elle fait usage. Ainsi, selon vous, « séduire » n’est pas « informer » et inversement. Désolé ! « Informer » n’est pas porter à la connaissance d’autrui « un fait », mais « la représentation d’un fait », donc le commencement d’une histoire.

            Par nos médias interposés (pardonnez le pléonasme ! ) nous n’accédons qu’à des « cartes », donc à des histoires ou des commentaires, comme on veut, et jamais au « terrain » qu’elles représentent.

            Un grand nettoyage s’impose dans la critique des médias, si, pour finir, on veut « ne pas se raconter d’histoires ». Cordialement. Paul VILLACH


            • ZEN ZEN 29 octobre 2007 12:18

              @ Paul

              Merci pour cette critique amicale, mais sans concession. Parfois, on écrit trop vite et l’on oublie quelques distinctions. Celle que vous rappelez, entre « faits » et « narration des faits » m’était implicite, mais vous avez raison, on insiste jamais sur cette distiction pourtant simple , mais si peu appliquée, même dans l’enseigenment, comme vous le soulignez. Votre distinction entre « carte » et terrain« est une bonne image, mais elle est efficace, assez proche de celle que faisait Spinoza entre le »chien« et l’ »idée de chien", qui, elle, ne mort pas...

              Mon propos visait surtout, grâce au livre de Salmon, à mettre en évidence les terrifiantes manipulations sciemment organisées au plus haut niveau, à l’aide de spécialistes de la com , dans la confusion la plus grande entre l’univers du business et celle de la gestion des choses humaines...A très petite échelle par rapport à ce qui se passe à la Maison Blanche, Mr Séguela représente en France les deux aspects associés de cette inquiètante dérive. Amicalement


            • Gazi BORAT 29 octobre 2007 13:52

              @ zen

              « La carte n’est pas le terrain.. »

              C’est vrai.. mais le storytelling va plus loin et procède souvent, d’un problème complexe, par « reductio ad personam », une simplification réductrice à une petite histoire individuelle, où chacun peut s’identifier et qui porte en elle une morale édifiante et un bon sens rassurant propre à fédérer..

              Pas loin du mécanisme du « culte de la personnalité », qui réduit un discours politique aux injonctions d’un Pêre infaillible, à la fois bienveillant et sévère..

              gAZi bORAt


            • La Taverne des Poètes 29 octobre 2007 12:29

              « Il était une fois » : c’est par cette formule que toute histoire devrait commencer. Comme cela, on saurait tout de suite à quoi s’en tenir. « Il était une fois un homme qui voulait diriger son peuple en décidant de tout parce qu’il disait avoir le pouvoir d’arrêter tous les brigands et d’enrichir le pays. Personne ne pensa qu’il était orgueilleux et tout le monde ou presque le suivit comme le messie. Pour que le peuple n’ait d’yeux que pour lui, les raconteurs d’histoire les plus talenteux se mirent à son service et n’avaient qu’un seul devoir : ne parler que de lui.. » Etc. La formule de départ indique clairement que le récit est purement imaginaire non ?


              • Gazi BORAT 29 octobre 2007 13:16

                « L’art de raconter les histoires »

                Un livre clé pour le formatage des esprits durant la III° république, le manuel d’Histoire d’Ernest Lavisse au programme pendant plus de trente ans..

                Il porte en exergue et en couverture la phrase de l’historien :

                « L’enseignement de l’histoire doit être une suite d’histoires comme en racontent les grands-pères à leurs petits enfants.. »

                Toute la complexité des évènements est réduite à des anecdotes édifiantes sur les personnages repères de notre histoire.

                C’est de là que nous viennent ces images de Charlemagne plaçant les bons élèves à sa droite et les mauvais à sa gauche, de Saint Louis rendant la justice sous son chêne, etc..

                gAZi bORAt


                • ZEN ZEN 29 octobre 2007 14:04

                  @ G.Borat

                  J’ai encore chez moi un vieux Lavisse d’école primaire de 1945, « modernisé ». Quand je m’y replonge, je pars de nouveau dans le royaume de mes rêves d’enfant. Ah ! Bayard, Dugueslin, le « bon roi Henri IV, etc... »

                  Marc Ferro, dans un livre décapant, décrit bien « Comment on apprend l’histoire aux enfants », en faisant le tour de l’apprentissage de l’histoire dans différents pays,selon leurs points de vue et leurs préjugés... Passionnant !

                  On attend un Marc Ferro pour écrire : comment on fait l’histoire aujourd’hui à la Maison Blanche..Qui veut se lancer ?


                • Gazi BORAT 29 octobre 2007 14:17

                  @ zen

                  L’ouvrage de Marc Ferro est excellent et surprenant sur la fabrication de ce qui, dans chaque pays, deviendra par la suite « évidences »..

                  Ce qui m’a toujours posé question, c’est la vision forcément positive en son temps de la colonisation, omniprésente dans les manuels d’histoire français, et qui disparait d’un seul coup à partir des années soixante.. refoulée dans notre inconscient collectif !

                  .. pour réapparaitre en 2007 avec l’amendement que l’on connait.

                  Comme quoi , pour les peuples comme pour les individus, attention au retour du refoulé !

                  gAZi bORat


                • CAMBRONNE CAMBRONNE 29 octobre 2007 14:45

                  SALUT GAZI

                  LAVISSE est un cas écôle et il est surtout intéressant de reprendre les différentes éditions de son histoire de france .

                  Relativement clément envers la royauté il devient de plus en plus manichéen avec le temps et les pressions de la jeune république encore mal assise. Il a fallu attendre Furet pour avoir une histoire de la révolution dépoussiérée de l’héritage de Lavisse et de ses succédanés .

                  Quant à FERRO , pour moi c’est un historien autoproclamé qui n’a de leçon à donner à personne .

                  Salut et fraternité .


                • ZEN ZEN 29 octobre 2007 15:58

                  @ Cambronne, bonjour

                  Ferro, un historien « autoproclamé » ?...

                  "Marc Ferro participe pendant l’Occupation à la Résistance dans le maquis du Vercors. Après la guerre, il enseigne en Algérie. Il se spécialise à partir du début des années 1960 dans l’histoire soviétique (sa thèse de doctorat porte sur la Révolution russe de 1917), domaine dans lequel il a tenté de porter un discours non idéologique. Ses études dans le domaine de l’histoire sociale tranchent avec les analyses alors dominantes de l’« école » du totalitarisme. Il montre que l’insurrection d’Octobre ne se réduit pas au coup d’État bolchevique, car elle est indissociable du mouvement révolutionnaire et populaire en cours[1]. Il analyse également le processus de bureaucratisation-absolutisation du pouvoir à partir du sommet, mais aussi de la base.

                  Après avoir enseigné à l’École polytechnique, il est directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (groupe de recherches Cinéma et Histoire), président de l’Association pour la recherche à l’EHESS et co-directeur des Annales, où il est nommé par Fernand Braudel" (wiki)

                  Pas mal pour un « autoproclamé », critique du stalinisme, auteur d’une intéressante histoire de la colonisation et de multiples ouvrages très érudits.


                • Gazi BORAT 29 octobre 2007 15:59

                  à CAMBRONNE

                  Lavisse est un cas d’école, c’est vrai et un bel exemple d’instrumentalisation du passé au service des nécessités du présent..

                  Je vous trouve bien sévère envers Marc Ferro.. Pourquoi ?

                  gAZi bORAt


                • CAMBRONNE CAMBRONNE 29 octobre 2007 16:20

                  ZEN ET GAZI

                  Désolé pour mon attitude négative à l’égard de Marc FERRO qui ne repose en fait que sur l’irritation qu’il me provoque quand je le vois à la Télé .

                  D’autre part le résistant qu’il fut dit parfois des conneries sur la période de la deuxième guerre mondiale et je le trouve politiquement beaucoup trop engagé pour un historien .

                  Il est fort possible que je sois passé à coté d’un grand historien de la révolution russe . J’ai lu par contre la roue rouge de soljenitsine qui est une somme (trente centimetres d’épaisseur) qui couvre la période d’Aout 14 à Novembre 1917 et qui est un chef d’oeuvre de la littérature et une référence historique exceptionnelle .

                  Salut et fraternité .


                • Gazi BORAT 29 octobre 2007 16:58

                  @ CAMBRONNE

                  « Marc FERRO »

                  La télévision est sans pitié..

                  C’est parait-il elle qui mit fin au maccartysme car le sénateur MacCarty passait extrèmement mal à l’écran.. et appremment, elle ne rend pas justice à Marc Ferro.

                  L’homme est honnête. Je l’ai entendu un jour sur France Culture raconter comment, alors qu’il était professeur d’histoire en Algérie et membre du « Mouvement pour la Paix » (il était hostile à la C.E.D. et à la reconstitution de l’armée allemande qui faisait débat à l’époque) on lui proposa d’en devenir le responsable pour l’Algérie.

                  Le fin mot de l’histoire, qu’il découvrit plus tard était que l’association était une émanation du Parti Communiste et que Marc Ferro avait été choisi comme vitrine car non inscrit au Parti.

                  Ferro refusa la responsabilité car il s’estimait trop jeune..

                  Le jour du congrès, on annonça à la tribune le nom du nouveau responsable : Mr Marc Ferro.

                  Ferro, furieux, monta à la tribune, démentit, et quitta le mouvement..

                  Son « Comment on apprend l’histoire aux enfants », où, pays par pays il met face à face les différentes versions nationales de faits historiques, est à lire.

                  On y découvre des faits surprenants, par exemple les tableaux de comptabilisation des victimes dans les livres d’histoire allemands actuels où les victimes allemandes d’Hitler (dont les juifs) et certaines catégories bien formatées permettent à l’Allemagne de devenir le pays martyr de la deuxième guerre mondiale... sans donner de chiffres falsifiés..

                  gAZi bORAt


                • CAMBRONNE CAMBRONNE 29 octobre 2007 17:36

                  GAZI

                  Merci pour Marc FERRO qui a trouvé en vous un bon avocat .

                  Je vais commander son bouquin .

                  Je lis en ce moment la bataille de Salamine que vous ou Emile m’avait recommandé à propos de guerre d’espagne .

                  Salut et fraternité .


                • JL JL 29 octobre 2007 14:11

                  Bonjour Zen. Très bon article, très bons liens.

                  L’une des plus belles histoires de l’oncle Sam : la conquête de la Lune.

                  La bataille de Little Big Horn évoquée ce jour par custerwest, pas mal non plus.

                  http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=30890


                  • Gazi BORAT 29 octobre 2007 14:35

                    Derrière ces techniques se profile une certaine vision de la démocratie reposant sur l’infantilisation des électeurs par la classe dirigeante..

                    Ces techniques en appellent à l’émotion beaucoup plus qu’à la raison et à la réflexion et reposent sur une savante mise en scène de la réalité..

                    C’est contre ces effets de « mise en scène » que Bertold Brecht avait théorisé sa « distanciation » où l’on voyait l’acteur sortir de son rôle et discourir devant le public d’une sorte de « making off » du spectacle qui se déroulait devant lui..

                    « Making off » appelé à dessiller ses yeux des effets de mise en scène tout en étant de même mise en scène à effets..

                    L’objectivité est ainsi un idéal inatteignable..

                    gAZi bORAt


                    • CAMBRONNE CAMBRONNE 29 octobre 2007 15:05

                      GAZI

                      Parlons justement de Brecht . Avez vous lu« la maitresse de Brecht »

                      Pour les béotiens Brecht a été l’idole de (la gauche)l’intelligentia française pendant les années cinquante et soixante . Pas une maison de la jeunesse et de la culture sans une pièce de Brecht .

                      Brecht a eu le tort de s’éxiler aux états unis pendant la guerre et quand il est revenu dans son pays : L’Allemagne de l’est il était considéré comme un traitre à surveiller de près tout en l’utilisant pour son talent et son aura internationale . La RDA n’avait pas trop de cerveaux à exposer .

                      Cette fameuse maitresse actrice de son état lui avait été mise dans les pattes ou plutot dans le lit pour répéter tout ce qu’il pouvait dire .

                      Je viens de voir« la vie des autres »film allemand remarquable sur la vie en RDA et le rôle de la STASI en particulier dans le contrôle de ses élites intellectuelles.

                      Remarquable film qui n’a pas volé son oscar du meilleur film étranger .

                      Alors ces« bienveillantes » , vous avez commencé ?

                      Salut et fraternité .


                    • Gazi BORAT 29 octobre 2007 15:36

                      @ CAMBRONNE

                      Bonjour,

                      Je ne suis pas un inconditionnel de Berthold Brecht mais j’aime bien « L’opera de quat’sous », la Mêre Courage, et son surprenant livre « L’ABC de la Guerre ».

                      Désoeuvré au début de son exil américain, il s’était mis à découper des photographies de guerre dans « Life » avec leurs légendes et à rajouter en dessous sa propre légende, souvent en vers, et légèrement décalée.

                      L’une d’elle lui avait valu des ennuis : au moment de la bataille de Stalingrad, Life avait publié face-à-face deux portraits de soldats, casqués et de profil, l’un allemand, l’autre russe..

                      La légende originale disait : « A german landsehr and his russian counterpart »

                      Et celle de Brecht : « Nul n’est plus féroce envers l’éléphant , que l’éléphant dressé son jumeau »

                      Les Russes l’ont très mal pris..

                      Une autre représentait des casques allemands jonchant le sol d’une route en 1945..

                      - "Les voilà ces fiers casques de vainqueurs répandus sur la route..

                      - Ce n’est pas lorsqu’ils furent délogés de nos têtes..

                      - Que sonna pour nous l’heure d’une amère défaite..

                      - Mais quand, docilement, nous les avons coiffés.."

                      Les Bienveillantes : je l’attend impatiemment, il est en commande chez mon libraire..

                      gAzi bORAt


                    • CAMBRONNE CAMBRONNE 29 octobre 2007 16:05

                      GAZI

                      Décidemment votre érudition me ravit . Excellents ces petits poèmes de Brecht .

                      A bientot .


                    • Gazi BORAT 29 octobre 2007 18:10

                      @ CAMBRONNE

                      « Brecht » (suite)

                      Comme vous l’évoquez avec l’histoire de sa Maîtresse, Brecht fut ensuite sous surveillance constante quand il résida en RDA.

                      « L’ABC de la guerre » est intéressant car c’est ce qu’il écrivit à un moment où il jouissait d’une totale liberté.

                      Certaines de ces historiettes tiennent de l’humour noir.

                      Je cite :

                      L’illustration : deux photos d’ouvriers, chacun posté sur une chaine d’usine d’armement :

                      - « Que faites-vous ici ? »
                      - « Je découpe des plaques de métal pour des autos blindées »
                      - « Et vous »
                      - « Je fabrique des obus qui percent les cuirasses des autos blindées »
                      - « Et pourquoi faites-vous cela ? »
                      - « Pour vivre ! »

                      Hors sujet (mais proche des récents débats sur Guy Môquet et l’engagement de la jeunesse), je viens de lire un ouvrage étonnant sur la guerre du Liban, écrit par un ex-enfant soldat aujourd’hui poête et journaliste :

                      « Yasser Arafat m’a regardé et m’a souri » De Yussef Bazzi.

                      Récit brut, qui m’a évoqué « Putain de mort » de Michael Herr sur la guerre du Vietnam. Le chaos d’une guerre civile et le quotidien de jeunes miliciens chair à canon, entre ruines, massacres, alcool et virées dans les cabarets..

                      http://www.editions-verticales.com/fiche_ouvrage.php?rubrique=3&id=271

                      @ ZEN

                      Promis, je reviens à notre sujet..

                      gAZi bORAt


                    • Gazi BORAT 29 octobre 2007 18:18

                      @ Zen

                      Ce « storytelling » est partie intégrante de la culture américaine au-delà même d’une technique de comm’ dont on peut trouver des équivalents en d’autres parties du monde.

                      Il est d’ailleurs toujours conseillé à toute personne intervenant dans une conférence ou débutant un discours de quelque nature qu’il soit devant un auditoire américain, d’introduire son sujet par une anecdote tirée souvent d’une expérience personnelle.

                      Ainsi un président (chose impensable en France) peut commencer un discours public par :

                      « Mon oncle Bob, vieux fermier du Middle West, avait une mule qui s’appelait Susie.. » prenant ainsi à témoin de ses idées le bon sens populaire grâce à un récit bien calibré..

                      gAZi bORAt


                    • ZEN ZEN 29 octobre 2007 18:29

                      @ Gazi

                      « Ce »storytelling« est partie intégrante de la culture américaine »

                      Bien vu. J’ai souvent constaté que même dans les ouvrages de vulgarisation scientifique de bonne tenue, le récit est souvent privilègié par rapport aux idées, à l’approche conceptuelle.Dans les traités de psychologie et même dans les livres concernant les sciences dures. Par ex. , l’excellent J.Gould, regretté biologiste paléontologue , avait l’habitude de commencer chaque chapitre par une anecdote avant d’aborder les questions théoriques. Cette manière de procéder agace un peu nos esprits cartésiens...


                    • custerwest custerwest 29 octobre 2007 15:10

                      sources : le réseau Voltaire, celui qui prétend qu’un missile est tombé sur le Pentagone... Je vais vomir


                      • ZEN ZEN 29 octobre 2007 15:49

                        @custerwest

                        Vomissez, vomissez !

                        C’est UNE (!) des sources, pas LA source..Je suis prudent avec Voltaire, ce n’est pas vous qui allez me l’apprendre...Il faut trier, et on ne peut le faire que par recoupement d’autres sources, et en vérifiant QUI signe...Ce lien, pour le sous-problème que je traitais, m’a paru fiable. Démontrez- moi le contraire au lieu de salir la moquette... smiley


                        • custerwest custerwest 29 octobre 2007 21:21

                          Hello Zen, désolé si je n’ai pas respecté ton travail, mais quand j’ai vu le Réseau Voltaire, ça ma rebuté. A ta place, je l’enlèverai. Le réseau Voltaire ne vaut guère plus que l’organe de presse d’Al Qaida.


                        • ZEN ZEN 29 octobre 2007 16:22

                          On peut écouter une chronique de France-Info , par l’auteur Christian Salmon, qui parle de son livre :

                          http://www.france-info.com/spip.php?article19979&theme=81&sous_theme=132#


                          • ZEN ZEN 29 octobre 2007 16:35

                            Une singulière storytelling, entre mystère et voyeurisme, où l’auteur est aussi son propre spin doctor :

                            « A force de rêver sa vie, Nicolas Sarkozy a voulu en faire un roman, moderne et populaire, autrement dit un feuilleton télévisé doublé, si nécessaire, d’un reality show. Il a mis en scène sa propre histoire comme une véritable saga, au centre de laquelle son épouse, son couple et sa famille occupaient une place décisive. »Vous avez aimé Jackie Kennedy, vous adorerez Cécilia Sarkozy", lâchait-il encore le soir de sa victoire, devant ses amis réunis au Fouquet’s.

                            A l’instar des vedettes du show-biz qui le fascinent et selon les mécanismes d’identification du bon peuple aux « people », la réussite du feuilleton supposait épisodes, rebondissements, drames. Et il y en eut assez depuis des années pour entretenir la curiosité et le suspense, jusqu’à ce divorce au sommet. Assez aussi pour que l’histoire soit bonne et que les médias et l’opinion l’« achètent ». Assez pour que les couvertures de magazines se multiplient et se vendent comme du bon pain. Assez enfin pour que la presse se laisse prendre en otage.

                            Car le metteur en scène n’entendait pas perdre un instant le contrôle de son scénario. In fine, Cécilia en a décidé autrement. Mais, depuis des mois, des années même, la schizophrénie est totale. Ayant choisi de mettre son histoire d’amour au service de son ambition politique, Nicolas Sarkozy a joué à sa guise de la frontière entre vie privée et vie publique : décidant sans vergogne la transparence quand la photo était bonne, mais refermant la porte sans ménagement dès qu’elle risquait de n’être plus assez flatteuse. Et n’hésitant pas à menacer quiconque ne respecterait pas cette règle du jeu, au motif, soudain commode, qu’il avait droit au respect de son intimité. Il était inévitable que, après en avoir été l’organisateur, il soit aujourd’hui la victime de cette curiosité malsaine.

                            En l’espace de quelques mois, nous sommes donc passés du mystère au voyeurisme, du monarque républicain au prince du show-biz politique, des convenances hypocrites aux transparences fabriquées, du reflux des grands récits collectifs au miroitement des petites histoires individuelles. Signe des temps, diront les blasés. Mais il n’est pas certain que nous ayons gagné au change. C’est un euphémisme." (Gérard Courtois : Le MOnde du 29/10/07)


                            • Pierre R. Chantelois Pierre R. - Montréal 29 octobre 2007 18:40

                              @ Zen

                              Il vous revient le mérite, par la qualité de votre article, d’avoir suscité ici même des réponses intelligentes et un débat instructif. Ignorons l’exception. Ne serait-ce que pour cela - et si c’était toujours le cas - un forum citoyen a son utilité.

                              Pierre R. Montréal (Québec)


                              • Marsupilami Marsupilami 29 octobre 2007 18:55

                                @ Zen

                                Bon article mais... le bourrage de crâne avec des historiettes séductrices et réductrices est aussi vieux que les armées de mercenaire. J’ajouterai que le storytelling n’est pas un problème en soi tant qu’il n’est qu’un emballage permettant de faire passer d’authentiques mais indigestes réalités, tant qu’il ne masque pas, ou ne travestit pas ces réalités pour devenir pur mensonge et propagande comme l’a fait un petit roi du boniment à talonnettes à propos d’une pathologique manipulation du cas Guy Môquet.

                                Si tout le monde était réaliste, lucide et rationnel, les storytellers disparaîtraient rapidement de la circulation. Mais l’étude de l’Histoire et de la psychologie des masses et des foules a amplement démontré que c’était faux.

                                Donc les storytellers ont encore de longs siècles devant eux, surtout dans l’ère de bourrage de crânes multimédiatique dans laquelle nous entrons...


                                • Gazi BORAT 30 octobre 2007 07:14

                                  @ marsupilami

                                  « ...Si tout le monde était réaliste, lucide et rationnel, les storytellers disparaîtraient rapidement de la circulation... »

                                  Les sociétés « communistes » furent confrontées à ce problème..

                                  Lorsque les régimes issus de la Révolution d’Octobre (l’Union Soviétique et ses satellites) eurent dépassé le stade de le conquête du pouvoir, ils durent, pour pouvoir fonctionner, affronter le problème de l’adhésion des masses au système.

                                  L’idéal était évidemment d’éduquer le population et de susciter l’apparition d’un « homme nouveau », qui spontanément s’identifie au collectif et abandonne son « individualisme petit-bourgeois » hérité de l’ancien régime.

                                  On tenta au départ de faire appel à la rationnalité de « l’homo sovieticus » puis rapidement, on trouva plus efficace que l’ingestion des classiques du marxisme : le culte du chef, infaillible et tout à la fois indulgent et sévère...

                                  Toute une mise en scène fut élaborée et des petites histoires diffusées : ainsi, une fenêtre du Kremlin, visible par tous de la Place Rouge, était allumée jour et nuit.

                                  Cette fenêtre était censée être le bureau de Staline et les citoyens russe qui la voyaient se répétaient : « il ne s’arrête jamais de travailler »..

                                  Mille petites historiettes étaient colportées : lors d’une viste dans un kokhoze, Staline avait réparé un tracteur, etc, etc..

                                  On ajouta ensuite à ce nouveau dieu des demi-dieu, héros offerts à l’adoration des masses et modèles de comportement : les oudarniks (« travailleurs de choc ») qui dépassaient les consignes des plans quinquennaux.. Tout le monde les connaissaient à l’aide de multiples historiettes bien composées diffusées dans les organes de presse..

                                  La Grande Guerre Patriotique ajouta son lot de héros, accompagnant le virage nationaliste du régime..

                                  Lorsque, à partir de 1956, le régime tenta de se réformer, on accusa peu à peu, non pas une perversité intrinsèque du système, qui aurait été trop destabilisatrice et aurait obligé à une remise en cause des fondements de la société soviétique et à une implosion inévitable (Gorbachev en fit les frais plus tard avec l’échec de sa perestroïka) ; mais le : « Culte de la personnalité »

                                  Khroutchev, l’artisan de cette réforme et du passage à la « coexistence pacifique » se fit ainsi peut représenter dans le paysage soviétique et les gigantesques panneaux à l’effigie du leader disparurent comme vestiges du passé..

                                  Ils réapparurent avec la période dite de la « glaciation brejnevienne » et, modernité oblige, de nouveaux héros et leur cortège d’historiettes : cosmonautes et scientifiques..

                                  Moralité : l’aliénation serait-elle toujours plus efficace que l’éducation ?

                                  gAZi bORAt


                                • Marsupilami Marsupilami 30 octobre 2007 09:20

                                  @ Gazi Borat

                                  Il est effectivement plus simple, plus efficace et somme toute plus rationnel, de la part du pouvoir quel qu’il soit, de s’adresser à l’émotionnel et à la tripe en aliénant qu’à la pensée et à la raison en éduquant. Par ailleurs, je trouve assez réjouissant le nombre finalement peu élevé de dictateurs-bonimenteurs par rapport au désir de soumission des masses qui adorent qu’on leur raconte de belles histoires édifiantes (et dix fientes de pigeon pigeonné !).

                                  L’humour permet de résister aux bourrages de crânes. Ton commentaire m’a fait penser à une histoire drôle russe du temps de l’URSS (il y en avait plein d’excellentes, forcément, sous une telle dictature) :

                                  « Une longue limousine vide s’arrête devant la porte d’entrée du Kremlin. Brejnev en descend ».

                                  On pouvait remplacer Brejnev par n’importe lequel des cacochymes qui ont succédé à Kroutchev. Très commode.


                                • Gazi BORAT 30 octobre 2007 09:38

                                  @ marsupilami

                                  Il fallait effectivement plutôt endormir les masses par de belles histoires que la faire réfléchir..

                                  Et ne surtout pas l’éduquer, même par les classiques du marxisme dont il fallait éviter la lecture, tout comme l’Eglise Catholique écarta les fidèles de la lecture individuelle des anciens et nouveaux testaments.

                                  Il existait dans les classiques du marxisme un concept que les masses soviétiques ne devaient absolument pas connaitre et sur lequel reposait un tabou : le mode de production asiatique ou impérial.

                                  Celui-ci décrivait une société ou n’existait pas de prpriété privée mais ou tout appartenait à l’empereur qui s’appuyait pour son pouvoir sur une caste de bureaucrates. Le modèle de Marx et Engels s’appuyait sur l’histoire des empires égyptiens, chinois et byzantin.

                                  Il ne décrivait pas le communisme mais un fonctionnement impérial qui ressemblait trop à ce que connaissait l’URSS, les cadres du Parti remplaçant les mandarins et Staline l’Empereur de Chine.. Ce type de lecture aurait pu donner de mauvaises pensées à l’Homo Sovieticus et une lecture de la société dans laquelle il vivait.

                                  Lui était donc réservé l’histoire des autres modes de production (esclavagiste, féodal, capitaliste) qui posaient moins problèmes... et les historiettes sur le génie de ses dirigeants..

                                  gAZi bORAt


                                • Jason Jason 29 octobre 2007 21:10

                                  L’usage du « storytelling » dans le discours politique est très intéressant car il montre un rapport particulier, étroit, univoque du locuteur à l’audience. Un rapport de force d’abord, celui qui énonce l’histoire est auréolé de l’attribut du diseur de récit, contant à une audience captive, une fable, une scène, une situation qui enserrent l’auditeur dans le cercle de la morale et de l’émotion. Et de cela seulement. Pas question d’analyse logique ni de recours à des faits extrinsèques. Le « storytelling » est le système fermé par excellence et doté d’un code univoque malgré son aspect protéiforme. Comme le souligne excellemment l’auteur de l’article il vise à l’émotion, et à elle seule. Entre "storytelling, langue de bois et discours théatral ou technocratique, où est le juste milieu ?

                                  Tout cela est très bien vu. Merci pour cet article.

                                  Cordialement, Jason.

                                  PS. Zen, vous citez J Gould ; prenez le livre d’enseignement de l’économie de Phelps (prix de la banque de Suède, etc.) il est truffé d’histoires pour les « ânes et les petits enfants ». Tendance US, certainement, où le citoyen lambda est traité comme un « minus habens ».


                                  • ZEN ZEN 29 octobre 2007 21:16

                                    @ Jason

                                    Très intéressant et vraiment bien vu.


                                    • Le péripate Le péripate 29 octobre 2007 22:33

                                      Tout celà est vrai, et amène un éclairage extrémement interressant sur les techniques de manipulation. Cependant, il ne faudrait pas trop vite opposer intelligence et émotion. Je veux dire par là qu’une bonne intelligence a besoin d’être mu par des affects. Séparer l’intelligence de l’émotion, c’est réifier un objet jaillissant et sans cesse changeant, et toujours insaisissable. Ou, pour faire court, ce sont les mêmes outils qui nous élèvent et qui nous abaissent.

                                      Donc, on peut manipuler tout autant avec un langage qui aurait les apparences du langage scientifique qu’avec des contes de fées. Et il y a bien des vérités dans les contes de fées. Etudier, croiser, comparer, oui, mais ne jamais oublier les élans du coeur...


                                      • Gazi BORAT 30 octobre 2007 07:28

                                        @ le Péripate

                                        « Il y a bien des vérités dans les contes de fée.. »

                                        D’accord avec vous, je ne peux résister à cet extrait de l’essentiel « Psychanalyse des contes de fée » de Bruno Bettelheim..

                                        CITATION

                                        "Les contes de fées ont pour caractéristique de poser des problèmes existentiels en termes brefs et précis. L’enfant peut ainsi affronter ces problèmes dans leur forme essentielle, alors qu’une intrigue plus élaborée lui compliquerait les choses. Le conte de fées simplifie toutes les situations. Ses personnages sont nettement dessinés ; et les détails, à moins qu’ils ne soient très importants sont laissés de côté. Tous les personnages correspondent à un type ; ils n’ont rien d’unique.

                                        (...)

                                        Les personnages des contes de fées ne sont pas ambivalents ; ils ne sont pas à la fois bons et méchants, comme nous le sommes tous dans la réalité. De même qu’une polarisation domine l’esprit de l’enfant, elle domine le conte de fées. Chaque personnage est tout bon ou tout méchant. Un frère est idiot, l’autre intelligent. Une sœur est vertueuse et active, les autres infâmes et indolentes. L’une est belle, les autres sont laides. L’un des parents est tout bon, l’autre tout méchant. La juxtaposition de ces personnages opposés n’a pas pour but de souligner le comportement le plus louable, comme ce serait vrai pour les contes de mise en garde .

                                        (...)

                                        Ce contraste des personnages permet à l’enfant de comprendre facilement leurs différences, ce qu’il serait incapable de faire aussi facilement si les protagonistes, comme dans la vie réelle, se présentaient avec toute leur complexité. Pour comprendre les ambiguïtés, l’enfant doit attendre d’avoir solidement établi sa propre personnalité sur la base d’identifications positives."

                                        FIN DE CITATION

                                        Voilà tout le problème : les historiettes sont simplificatrices et manichéennes mais nécessaires jusqu’à un certain stade du développement qui permettra la compréhension des ambiguïtés..

                                        Les classe dirigeantes en tout temps n’ont jamais souhaité que les peuples accèdent à un esprit critique potentiellement dangereux et ont toujours fait le choix d’un maintien de celui-ci dans l’infantilisation..

                                        Le « storytelling » a encore de beaux jours devant lui..

                                        gAZi bORAt


                                      • Le péripate Le péripate 30 octobre 2007 08:10

                                        Nous avons aussi un grand nombre d’histoires où le héros, affrontant un désordre, le rétablit en se changeant lui-même. Pas le temps avant de partir au travail de trouver un exemple, mais ils sont pléthores.

                                        Mais, bien sûr, pas question de confondre un récit de fondation du monde (un mythe) avec l’utilisation frauduleuse d’un mémoriel de pacotille (pauvre Guy Moquet).

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès