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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > Morts de Bastien et de Aylan : la victoire de l’impéritie et les (...)

Morts de Bastien et de Aylan : la victoire de l’impéritie et les ramifications de la « banalité du mal »

Les cas de Bastien et d'Aylan, dont les médias nous ont donné récemment la mort en pâture, sont certes très dissemblables mais ils ont en commun, outre différents niveaux de défaillance parentale, l’impuissance honteuse des administrations en charge de la protection de l’enfance d’un côté, de la lutte contre le « business » de la migration, de l’autre. Où l'on voit poindre la " banalité du mal ", le concept créé et défendu par Hannah Arendt.

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Les médias nous ont donné récemment en pâture la mort de deux enfants âgés de 3 ans, Bastien et Aylan.

Certes, le rapprochement est très osé car les circonstances et le contexte sociopolitique des deux décès sont dissemblables.

Bastien, bébé martyr depuis sa naissance non désirée, a été assassiné le 25 novembre 2011 d’une manière barbare par son géniteur, jeté et enfermé comme un paquet de sales oripeaux dans un lave-linge programmé sur l’essorage.

Aylan est ce bout-de-chou échoué le 2 septembre sur une plage de Bodrum aux côtés de son frère Ghalib (5 ans) et de leur mère, Rehan. Devenu, sitôt post-mortem, mondialement célèbre et nouvel étendard du drame des réfugiés, du fait de la précipitation des médias à s’emparer de faits émotionnellement et politiquement vendeurs.

Je ne suis ni journaliste, ni politologue, ni sociologue, et je ne fais pas partie de la caste des artistes ou intellectuels « engagés » (ou plutôt qui s’engagent à s’engager comme disait Jankélévitch). Je suis seulement une observatrice bouleversée par ces tragédies et en quête de la vérité suite à l’analyse que j’ai pu faire des faits avérés à ce jour, tels que les médias de tous bords nous les ont livrés. J’insiste sur le « tous bords » car le pire aveuglement consiste à se contenter de la vision d’un seul journal et du dogmatisme de la doxa.

Ce que je perçois comme commun aux destins dramatiques de Bastien et de Aylan, outre différents niveaux de défaillance parentale, c’est l’impuissance honteuse des administrations en charge de la protection de l’enfance d’un côté, de la lutte contre le « business » de la migration, de l’autre.

Concernant Bastien, l’enquête et le procès ont scruté les faits, horrifiques. Reste le sombre mystère du comportement diabolique des parents que ni la misère ni la drogue ni l’alcool ne peuvent élucider totalement. Ce que le calvaire de tels enfants a à nous dire réside dans un trou noir stellaire au fond duquel gît peut-être une réponse imperceptible à nos consciences humaines.

Le scandale administratif et juridique de cette affaire, c’est la dizaine de signalements faits en vain aux services sociaux par des proches, dont un par l’école, et des appels au 119 par des voisins et deux éducateurs.

Quid des suites données à ces appels au 119 ? Je serais curieuse de lire les actes du procès. Rappelons que l’écoutant qui évalue un risque de danger pour un enfant doit rédiger un compte rendu, lequel doit être transmis à un coordonnateur chargé de le valider puis de le transmettre dans les plus brefs délais à la CRIP (Cellule de Recueil, de traitement et d’évaluation des Informations Préoccupantes) du département concerné.

Et quelles furent les actions des services sociaux en réponse aux divers signalements qui leur ont été faits ? Un atelier de maquillage et de coiffure proposé à madame Cotte, « et puis, dans le même temps, on a acheté des lits pour les enfants, on a fait les courses au marché avec madame Cotte", a expliqué Christine Boubet, directrice des services sociaux de Seine-et-Marne, dont le reste de la défense est inconséquent : « Le Département et les professionnels ne sont pas responsables de l'acte qui a conduit le petit Bastien à la mort. Nous ne sommes pas acteurs de cet acte." Etc.

L’avocat de l'association L'Enfant bleu, partie civile, surenchérit : "Il n'y a pas lieu de mettre en cause des individus, c'est le système qui a failli".

Je vois poindre ici la " banalité du mal ", le concept créé et défendu par Hannah Arendt. Et cela me fait mal, d’autant plus que ces arguments de défense sont désormais récurrents (cf. comment le conseil général de la Sarthe a soutenu ses agents en 2012 dans le cas du meurtre de Marina Sabatier).

Je souhaite à ces professionnels de l’aide sociale et de la protection de l’enfance de bien dormir sur leurs deux oreilles le restant de leurs jours. Je trouve insensée l’absence de condamnation à leur encontre, même symbolique, pour non assistance à enfant en danger, pas même un blâme.

Concernant Aylan, on sait maintenant que Abdallah Kurdi, son père rescapé, vivait depuis trois ans en Turquie avec sa femme et ses deux fils et qu’il avait décidé de rejoindre l’Europe dans l’espoir d’une vie plus aisée, également pour des raisons de soins bucco-dentaires dont il avait besoin.

Je ne m’autorise pas à juger les motivations de leur départ de la Turquie. Tous les parents ont le droit d’avoir des rêves et de souhaiter une vie meilleure pour eux et leurs enfants. Ce que je retiens c’est que :

- cette famille n’était pas acculée à quitter la Turquie. Aucun danger grave et imminent n’y pesait sur elle ;

- le père et la mère n’ont pas pensé à sécuriser leurs deux fils pour effectuer la traversée.

D’aucuns diront que le port d’un gilet de sauvetage est un détail dans de tels moments et que des migrants ont d’autres préoccupations en tête que des plaisanciers.

Mais je regarde la photo de Daniel Etter, publiée par le New York Times et qui a, elle aussi, fait le tour du monde en août dernier, celle d'une famille syrienne de Deir Ezzor arrivée saine et sauve en Grèce depuis Bodrum. La petite fille dans les bras de son père est bien équipée d’un gilet de sauvetage. De toute évidence, Aylan et Ghalib, eux, n’en avaient pas (un gilet de sauvetage enfilé correctement ne se perd pas facilement). Même s’ils avaient su nager, leur bas âge obligeait de les sécuriser avec un gilet assurant le retournement en mer par mauvais temps. On trouve de tels gilets en Turquie, particulièrement dans une station balnéaire telle que Bodrum.

Alors oui, n’en déplaise à celles et ceux qui ont agoni d’injures Arno Klarsfeld à cause de son tweet du 4 septembre, c’est une folie d’embarquer deux garçonnets ne sachant pas nager sur une mer agitée, dans une petite embarcation surchargée, sans équipement adapté ! 

La mort du petit Aylan m’apparaît tristement surtout comme l’emblème d’une irresponsabilité, même si celle-ci fut passagère (sans jeu de mots). Et la compassion envers son père s’émousse à la découverte du témoignage accablant de Zainab Abbas. Abdallah Kurdi était-il passeur ou non ? On attend de connaître la vérité sur cette sinistre affaire.

Tant mieux si la diffusion de la photo d’Aylan a permis de franchir un palier dans la prise de conscience internationale sur la situation des Syriens depuis 4 ans.

Mais la photo des 71 Syriens retrouvés morts asphyxiés dans un camion en Autriche me semble plus appropriée pour symboliser le drame des migrants fuyant la guerre et victimes des passeurs criminels contre lesquels les chefs d’État européens ne parviennent pas à s’organiser. Cette effroyable photo évoque, on ne peut le nier, les camps de concentration qui furent à la source de la réflexion de Hannah Arendt sur le mal.

Les citoyens ont plus que jamais besoin d’une information précise et probe, d’éléments factuels et vérifiés, afin de pouvoir penser par eux-mêmes.

Qu’à l’irresponsabilité de certains individus et à l’impéritie de diverses administrations françaises et européennes ne viennent pas s’ajouter celles des médias.

Pascale Mottura

14 septembre 2015

 

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AFP PHOTO / DOGAN NEWS AGENCY

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35 réactions à cet article    


  • Piere CHALORY Piere Chalory 16 septembre 2015 08:51

    Bonjour et bienvenue sur Agoravox,



    Dans votre article, vous soulignez l’incapacité réelle des services dits sociaux à éviter des drames allant jusqu’à générer la mort d’innocents en tt genre. C’est vrai, mais ces gens n’ont tout simplement pas les moyens de gérer un nombre croissant de cas ingérables. Dans des cas particuliers éminemment atroces, un blâme serait, certes, bienvenu, au moins pour prévenir la profession des assistants sociaux de faire ce pour quoi ils sont payés.

    J’ignorais que le ’concept’ de ’banalité du mal’ avait été ’créé’ et en plus ’défendu’ par Hannah Arendt. 

    Je parlais hier dans un article de la m^me chose :

    ’’La motivation d’1 meurtre, le mobile d’un acte extrême, semble se diluer aujourd’hui dans la banalité criminelle à motif insignifiant.’’

    cette banalité criminelle me semble une évidence, un concept qu’on doit ’défendre ? c’est moins sûr.


    • Piere CHALORY Piere Chalory 16 septembre 2015 12:28

      @Piere Chalory


      Après quelques recherches sur cette ’banalité du mal’, il semble qu’au départ ce n’était rien d’autre qu’un adjectif pour qualifier Eichmann lors de son retentissant procès en Israël, ultra médiatisé et couvert par Hannah Arendt en 1961/62

      Lors de ce procès interminable, étalé sur 2 ans ! Arendt déclara un jour :

      ’’Eichmann est un homme tristement banal, un petit fonctionnaire ambitieux et zélé, entièrement soumis à l’autorité.’’

      Peut être Hannah Arendt pensait-elle découvrir un dragon couvert d’écailles, sentant le souffre & crachant des flammes ? Ben-non, Eichmann n’était qu’1 pôvre petit-homme, obéissant aux ordres. 

      Suite à ce mot, elle a été accusée de vouloir dédouaner les crimes des responsables nazis, ce qu’elle ne pensait évidemment pas, et pour s’en défendre, elle a écrit ensuite un ouvrage intitulé, ’’Eichmann à Jérusalem, rapport sur la banalité du mal’’, d’où la notion justificative de concept de ’banalité du mal’.

      Pour rebondir avec l’actualité morbide de 2015, il semble que la grande différence actuelle est qu’il n’est plus question aujourd’hui de cadres particuliers tels que les camps de concentration pour que la criminalité se banalise. 

      Aujourd’hui, en France et ailleurs des gens libres de leurs actes décident, pour des ’raisons qui leurs sont propres, d’éliminer homme, femme ou enfant par ce qu’ils sont simplement contrariés. 

      Dans une absurdité sans nom, dans un geste irréversible et gratuit, ils accomplissent alors un meurtre, et trouvent ça nor-mal, logique, habituel, courant...

      En un mot banal.


    • Pascale Mottura Pascale Mottura 16 septembre 2015 15:44

      @Piere Chalory merci pour vos remarques.

      L’aspect ordinaire de Eichmann n’est pas central dans ce concept...
      Le concept de banalité du mal aide à comprendre comment :
      « Les caractéristiques de notre civilisation de masse (bureaucratie, toute-puissance de l’État, individu ravalé au rang de moyen) contribuent en effet à annihiler la conscience de l’homme comme principe de réflexion sur la distinction entre le bien et le mal ». Damien Theillier
      « tel système ou telle institution immunise ses membres contre la réalité de ce qui est commis et contre l’inhumanité de ses codes » (article sur le Mal Dictionnaire des concepts philosophiques)
      L’important est d’arrêter de couvrir l’irresponsabilité dans notre société .



    • Piere CHALORY Piere Chalory 16 septembre 2015 16:40

      @Pascale Mottura


      tout à fait d’accord avec votre conclusion :

      ’’L’important est d’arrêter de couvrir l’irresponsabilité dans notre société’’ 

      Le problème étant que tout est fait, et de plus en plus, pour déresponsabiliser la personne ; main mise totale de l’état dans nos moindres faits et gestes, abrutissement généralisé des masses par médias décérébrants. Injection de valeurs fausses quand ce n’est pas inversées par rapport au sens commun séculaire. 

      Toute cette entreprise pénible, véritable guerre ouverte au bon-sens, tout ce story-telling Tv-hébétant distillé à l’âme simple, non seulement l’éloigne de la réalité, mais la canalise dans des fausses directions, faux problèmes, faux combats, faux idéaux...

      Quant à la distinction entre le ’bien & le ’mal, ces pôles antagonistes sont devenus variables d’un jour à un autre, en fonction de la subjectivité langagière décidée par on ne sait qui, mais dont on nous rebat les oreilles jusqu’à ce que nous trouvions logique l’insane. Beau le laid, & réciproquement.

      Toutes ces choses annihilent en effet totalement toute forme de réflexion pouvant conduire à une prise de conscience éventuelle de la foule à Qi de moule, qui sous l’effet de l’intelligence, à laquelle elle est étrangère car privée depuis trop longtemps, pourrait alors se réveiller plus que prévu, et alors...

    • bakerstreet bakerstreet 17 septembre 2015 00:13

      @Piere Chalory
      Au delà du concept de la banalité du mal on peut tout aussi découvrir à travers Hannah Arendt, la triste banalité de certains intellectuels. 

      Beaucoup, et j’en suis pensent qu’elle s’est tout simplement laissé avoir. Voilà un criminel qui a tout fait pour paraître justement « banal », et exécutant benoîtement les ordres. 
      Eichman qui n’était pas un imbécile avait compris là que c’était la seule chance pour lui de salut. Mais quand on regarde de près la carrière de ce type, il n’y a aucun doute à avoir sur sa culpabilité. La machine nazie n’était pas une machine ordinaire, banale, et imposait des chefs qui n’avaient rien de simples exécutants zélés, mais des doctrinaires.  il est responsable de la logistique de la solution finale, et a organisé l’extermination raciale prônée par le NSDAP ! ...Comment peut on banaliser l’auteur d’un tel programme ?....
      Arendt en fait ne verra pas grand chose du procés, et arrivera à Tel aviv avec déjà ses conclusions...Clémente et compréhensive, presque fascinée finalement avec Eichman, à travers cette curieuse tentative de banalisation, elle le sera beaucoup moins avec les juifs d’Europe,auquelle elle reprochera curieusement d’avoir été trop passifs, autant,d’accuser les membres des Judenräte, les Conseils Juifs mis en place par les nazis, d’avoir, par leur collaboration, amplifié le nombre des victimes au point de faire endosser aux juifs les crimes des nazis.
      Pour rappel, elle fut la maîtresse de Heidegger, avant et après guerre. Pas une banale histoire de coucherie, puisque ce « grand philosophe », s’inscrivit très tôt au parti nazi. Pas une lâcheté circonstancielle, car on a retrouvé dernièrement ses carnet noirs qui ne laissent aucun doute sur une part d’ombre vert de gris, de sa pensée.
      C’est un peu la partie sombre d’Arendt, qui compensent sans doute certains écrit plus lumineux.
      Le mal n’est jamais banal, ou s’il l’est, il ne faut jamais oublier son pendant, le bien, montrant par là que tout individu à le choix, et est libre. 
      Enfin un moment, car il lui faudra rendre des comptes un jour. 
      Enfin, j’ose penser qu’il faut se battre pour ce genre de société, qui n’oublie pas non plus d’honorer les justes.


    • bakerstreet bakerstreet 17 septembre 2015 00:36

      @Pascale Mottura

      « ....Alors oui, n’en déplaise à celles et ceux qui ont agoni d’injures Arno Klarsfeld à cause de son tweet du 4 septembre, c’est une folie d’embarquer deux garçonnets ne sachant pas nager sur une mer agitée, dans une petite embarcation surchargée, sans équipement adapté ! »
      Curieuse considération qui m’avait échappée. Après un drame pareil, je ne me vois mal, dans mon fauteuil, à l’abri dans ma maison, faire la morale à ces pauvres parents. Il y a là une indignité qui n’a d’égale que l’irrespect lié au deuil, et à la compassion. Nous sommes c’est vrai dans une société tétanisée par le moindre risque, pleine de codes, de procédures, où l’on met un casque sur la tête des gamins quand ils montent sur un vélo, qui ferait rire un habitant du tiers monde (il faut dire pays émergeant) ; mais le parallèle avec une situation d’urgence, de fuite, et de panique, avec tous les éléments psychologiques et de pertes des repères ordinaires qui s’y greffent n’est en rien comparable avec la gestion simple de la vie ordinaire. 
      Ces propos m’aparaîssent même obscènes. Cela a peut être à voir avec la banalité de la bêtise ordinaire, celle des bons conseils qu’on donne après un drame. 
      « Ah ! Si vous n’aviez pas fait ça.... »
      Si la Syrie avait été la Suisse, et la méditérranée le lac léman !
      C’est sûr aussi que si le yatch de Bernard Tapie ou celui de Bolloré avaient été à disposition, un tel drame ne serait pas arrivé. 
      Mais pourquoi donc ne l’ont ils pas attendu ?

    • Pascale Mottura Pascale Mottura 17 septembre 2015 00:42

      @bakerstreet Bien sûr qu’Adolf Eichmann fut l’un des hauts responsables du Troisième Reich chargés de la solution finale, c’est largement prouvé, qui en doute ? Mais, grand Malin, il a axé toute sa défense sur le fait qu’il n’aurait été qu’un exécutant.

      Bien sûr que le mal n’est jamais banal. Ce concept de « banalité du mal » est une figure de rhétorique, c’est une antiphrase.
      Et justement, quand le mal cherche à se cacher derrière la banalité, il faut le dénoncer.

    • Pascale Mottura Pascale Mottura 17 septembre 2015 00:58

      @bakerstreet Vous dites « mais le parallèle avec une situation d’urgence, de fuite, et de panique, avec tous les éléments psychologiques et de pertes des repères ordinaires qui s’y greffent n’est en rien comparable avec la gestion simple de la vie ordinaire. » Pouvez-vous préciser ce qui aurait causé cet état de panique et d’urgence ? Il y a la guerre dans ce coin de la Turquie ? Vous ne devez pas bien connaître la vie à Bodrum notamment ! Renseignez-vous un peu Bakerstreet avant d’écrire de telles inepties. Et si personne ne souligne l’importance des gilets de sauvetage auxquels tous les parents devraient penser au moins pour leurs enfants si ce n’est pour eux-mêmes, c’est de nombreux autres Aylan et Ghalib que l’on retrouvera noyés. C’est ce que vous voulez ?


    • bakerstreet bakerstreet 17 septembre 2015 11:48

      @Pascale Mottura


      Ce n’est pas moi qui ai parlé de ce concept, mais vous , par Arendt, ! Cette banalité correspond bien à une violence d’acceptation par échelon, sans problème de morale s’y rattachant, car rattachée à une fonction et à une soumission aveugle. Pour moi, elle est liée surtout aux subalternes, qui se dédouanent en disant qu’ils exécutent les ordres, mais évidemment pas à ceux qui les donnent, comme ce chef SS...
      En dehors de cette histoire, Arendt d’ailleurs n’a pas tort dans son analyse conceptuelle ; la banalisation de l’horreur existe, et les soupapes de protection et de déni qui vont avec. Exemple type, cette triste affaire de gilet de sauvetage, où l’on va montrer la responsabilité des parents, en oubliant que derrière on peut trouver la notre, par le biais des apprentis sorciers qui ont déstabilisé tout le moyen orient, en se moquant des conséquences.
       Les discutions de salon anticipant une gestion aussi calamiteuse, comme un chirurgien qui s’arrêterait à la moitié de son intervention, bien qu’auréolée « des meilleures intentions du monde », et révélatrices d’une pensée politique à courte vue, participent bien elles aussi bien plus à une banalité du mal, que cette pauvre affaire de gilet de sauvetage. 
      Car dans cette triste affaire, c’est bien tout un peuple qu’on envoie à l’eau, sans brassières, où qu’on choisit même de crever, pour ceux qui en réchappent, comme cette triste affaire de migrants, dont le bateau de survie a été observé par des pêcheurs turques, crevé par des gardes maritimes grecs
      VIDEO. Des garde-côtes grecs ont-ils coulé un bateau de ...
      Une banalité du mal qui ne fait pas dans le détail, et ne travaille pas qu’au gilet de sauvetage ; mais les Hongrois et bien d’autres travaillent d’ailleurs en ce moment dans le même sens, tout en se lavant les mains, tel Pilate..... 

    • Pascale Mottura Pascale Mottura 17 septembre 2015 12:04

      @bakerstreet Tout ce que vous écrivez n’est pas faux et j’y souscris en partie. Puisque le sujet vous passionne et que vous extrapolez à partir de mon article, je vous suggère d’écrire un article sur votre vision de la banalité du mal eu égard à l’état actuel du monde.


    • Garance 16 septembre 2015 09:41

      Excellent article


      Emouvant aussi car comment rester insensibles à la mort tragique de ces deux chérubins qui ne demandaient qu’à vivre

      Broyés par la folie des hommes

      «  Cœur léger cœur changeant cœur lourd
      Le temps de rêver est bien court
      Que faut-il faire de mes jours
      Que faut-il faire de mes nuits
      Je n’avais amour ni demeure
      Nulle part où je vive ou meure
      Je passais comme la rumeur
      Je m’endormais comme le bruit » 
      ( Léo Ferré )

      • lermontov lermontov 16 septembre 2015 10:05

        @ Garance

        C’est un poème d’Aragon mis en musique par Ferré, ’est-ce ainsi que les hommes vivent ?’.

        ’C’était un temps déraisonnable,
        on avait mis les morts à table...’

        Puis... les seins de Lola, quoi !


      • Jade 16 septembre 2015 10:01
        Non Madame !! Monsieur KURDI n’était pas en toute sécurité en Turquie..
        la Famille KURDI était originaire de DAMAS (chassée par la milice de bachaar car Abdullah avait eu le malheur d’aider à l’achat de médicaments pour soigner des opposants au régime
        Ils ont fuit à Alep puis Kobané (ville de naissance de Rehan mère des 2 enfants)..
        Le père est ensuite parti en Turquie pour faire vivre sa famille. Et quand la ville de Kobané a été prise par les bouchers du DAECH ils a du faire venir sa femme et ses enfants en Turquie..
        Mais la situation n’était pas tenable contrairement à ce que vous dites car son travail ne pouvait assurer le loyer et il devait se faire aider de sa soeur Tima qui habite au Canada
        Ils ont du revenir à Kobané lorsque la cité a été libérée mais sans eau ni électricité croyez-vous qu’il est vraiment raisonnable de penser qu’ils pouvaient y vivre correctement avec 2 enfants en bas age ?
        Quant aux gilets de sauvetage c’est toujours aussi simple de critiquer.. On ne saura jamais s’ils en avaient vraiment mais n’était ce pas aux passeurs de les fournir au vue du prix demandé pour cette traversée ? (4000€)
        Enfin sur le fait qu’il ait été passeur il a été mainte et mainte fois dit qu’aucun passeur ne fait la traversée.. encore moins avec ses enfants.. Au pire il a bénéficié de sa propre place gratuite et pilotait le bateau mais pour moi ça ne change en rien le fait que le destin de cette famille n’a été qu’une douce descente aux enfers
        De personnes de la classe moyenne syrienne (voire peut-être aisée) avec une situation (coiffeur) et des propriétés ils ont été successivement chassés, pourchassés puis naufragés... 

        • Jelena 16 septembre 2015 11:46

          @Jade >> (...) aux passeurs de les fournir au vue du prix demandé pour cette traversée ? (4000€)
           
          4.000€... A ce tarif là, tous les turcs, serbes et grecs se battraient entre eux pour faire passer ces migrants, migrants qui seraient reçus en Hongrie avec champagne et caviar.


        • Jade 16 septembre 2015 12:00

          @Jelena
          Réveillez-vous !! Pour 4 personnes c’est un tarif « normal »...

          C’est sa soeur au Canada qui lui avait envoyé la somme..


        • Jelena 16 septembre 2015 13:07

          @Jade >> c’est un tarif « normal ».
           
          Bigre, ce sont des émirs saoudiens ces migrants. ^^
           
          Plus sérieusement, c’est sa soeur en personne qui vous l’a dit ? Ou c’est David Pujadas qui vous a dit que la soeur du père du petit a dit que..... Entre vous et la soeur, il y a un intermédiaire qui est payé pour dire des conneries du 1er janvier au 31 décembre.
           
          Franchir illégalement une frontière dans les Balkans, c’est de 20 à 50€ suivant le pays.


        • Jelena 16 septembre 2015 16:49

          @njama Si cela peut vous soulager la conscience, en prévision de votre mort à venir, j’ai préparé une pancarte ou il est écrit « Je suis njama ». ^^


        • njama njama 16 septembre 2015 17:25

          @Jelena
          merci c’est trop gentil ...
           smiley


        • berry 16 septembre 2015 18:09

          @njama
          La Belgique n’est pas trop dure avec ses djihadistes de retour de Syrie.
          http://www.20minutes.fr/societe/1688179-20150916-video-temoignage-djihadiste-belge-rentre-syrie-regrette-rien
          2 mois de prison, c’est pas cher payé.
           
          Ils n’ont pas osé lui donner une médaille pour services rendus à Israël et à l’Otan, l’opinion publique n’aurait pas compris.


        • krapom.deviantart.com krapom.deviantart.com 16 septembre 2015 18:49

          @Jade
          Juste une petite note en passant : la consule honoraire de France en Turquie a été virée de son poste car elle vendait des bateaux gonflables et des gilets de sauvetage à ceux qui voulaient se rendre à Kos ou Lesbos. Il a dû faire fortune !

          C’est vrai, d’une manière générale, les passeurs sautent des bateaux à cent mètres du rivage.

        • Phalanx Phalanx 16 septembre 2015 23:16

          @Jade

          "Mais la situation n’était pas tenable contrairement à ce que vous dites car son travail ne pouvait assurer le loyer et il devait se faire aider de sa soeur Tima qui habite au Canada"

           

          Il y’a plein de Français qui n’ont pas assez pour payer leur loyer et n’ont même pas de soeur au Canada pour les aider.

           

          Les Kurdi ne fuyaient pas la guerre, ils étaient en sécurité à Bodrum (très jolie station balnéaire) et ils venaient juste profiter des largesses sociales des européens (le père kurdi avait posté sur sa page Facebook, entre autres dessins comiques, un récapitulatif des aides sociales disponibles en Allemagne). 

          Je conçois que vous vouliez les accueillir tous, mais des gens comme ça, il y’en a plusieurs centaines de millions sur terre. 

          Plus vous les accueillerez, plus ils viendront. Plus ils viendront, plus ils mourront. Plus ils viendront, plus nous mourrons.

           

          Je ne sais pas d’où vient cette idée nauséabonde largement répandue que le seul salut de l’homme du Sud soit de venir s’installer chez les européens.


        • Jade 17 septembre 2015 09:53

          @Jelena
          « Bigre, ce sont des émirs saoudiens ces migrants. ^^
          Plus sérieusement, c’est sa soeur en personne qui vous l’a dit ? »


          Non j’ai juste écouté l’interview que sa soeur a mené en anglais devant les journalistes canadiens....
          Et de 20 à 50€ pour une traversée par la méditerranée c’est vraiment donné comme prix ! Je pense que vos données sont erronnées

        • Jade 17 septembre 2015 10:01

          @Phalanx
          Je ne parle pas de tous les accueillir... et oui y’a plein de malheureux dans le monde et en France ca je le conçois (cela dit il ne faudrait pas que ca devienne une excuse pour rester les bras ballants)

          Maintenant Je ne fais que donner des faits et surtout rétablir la vérité car beaucoup de stupidités ont été dit sur ce sujet
          Je maintiens que les Kurdi avait une bonne situation en Syrie avant d’etre successivement pourchassé par Bachaar, le daesh, les rebelles d’al Nusra etc.. Cela reste des victimes de guerre même si certains essaient de les faire passer pour des profiteurs (assistés ? c’est un mot à la mode)
          N’empêche même si Bodrum est une chouette cité balnéaire, leur pays d’origine était bien la Syrie.. Leurs derniere ville était Kobané où il ne reste qu’un tas de pierre et où il n’y a ni eau ni electricité..
          Je pense qu’il était donc légitime qu’ils cherchent à rejoindre sa famille au Canada (l’Allemagne n’étant qu’une étape) 




        • Jelena 17 septembre 2015 10:34

          @Jade « 30€ par tête » c’est le prix moyen du franchissement de la frontière Serbie-Hongrie (du moins quand c’était possible, depuis 2-3 jours, plus personne ne passe...). Concernant Turquie-Grèce ou Turquie-Albanie par mer, j’ignore la moyenne des prix pratiqués, mais vu l’état de pauvreté de la majorité de ces migrants, 4.000€ me parait surréaliste.


        • Jade 17 septembre 2015 13:37

          @Jelena
          30€ pour une traversée par la terre là je comprends mieux

          Sinon ce n’est pas 4000€ / personne mais c’était le prix total payé par la famille KURDI pour les 2 parents et les deux enfants
          En fait, et la je parle encore de la traversée par mer et non voie terrestre, le prix varie de 1000 à 3000€ par personne... et ce n’est pas forcément les personnes les plus pauvres du pays qui passent par ces chemins..
          Concernant la Syrie les plus pauvres sont dans les camps de réfugiés répartis entre Cisjordanie, Liban et Turquie... Ceux qui tentent de passer sont la classe moyenne syrienne qui s’est retrouvée coincée entre le pouvoir répressif de bachaar et les cinglés du DAECH..
          Une famille irakienne avait notamment témoigné avoir tout vendu pour avoir les 11 000€ nécessaires pour faire son exil

        • Jelena 17 septembre 2015 15:33

          @Jade Il est vrai que j’ai exagéré en disant que « la majorité » sont pauvres, car je ne doute pas que les plus pauvres restent sur place ou vont dans des pays voisins.
           
          Sinon vu qu’actuellement c’est le barrage en Hongrie, ils prennent la direction Croatie. Pour l’heure, il n’y a pas de protestation en provenance de Zagreb (à suivre...).


        • leypanou 16 septembre 2015 10:04

          Les citoyens ont plus que jamais besoin d’une information précise et probe, d’éléments factuels et vérifiés, afin de pouvoir penser par eux-mêmes.

          Qu’à l’irresponsabilité de certains individus et à l’impéritie de diverses administrations françaises et européennes ne viennent pas s’ajouter celles des médias. : on peut donc compter sur vous pour dénoncer avec tout ce qui vous est possible de faire les émissions, chaînes, journaux tels que : c dans l’air, BFM-TV, i-télé, FranceTélévision, 28 mn, çà vous regarde, TF1, Le Monde, Libération, L’Express, France Culture, etc, etc. Bref, la quasi-totalité des médias en fait.

          La liste serait trop longue.

          Quant à la Consul honoraire de France à Bodrum qui apparemment a préféré démissionner après avoir été suspendue parce qu’elle vendait des canots pneumatiques aux candidats réfugiés est l’exemple même des profiteurs de tout poil, prêts à abuser des misères d’autrui.


          • philippe baron-abrioux 17 septembre 2015 17:48

            @leypanou

            BONJOUR , vous parlez du « besoin d’une information précise et PROBE » .

            belle exigence certes mais qui m’apparait bien dépassée car ce qui fait l’information c’est le taux d’écoute ou de personnes ayant regardé telle ou telle émission par rapport aux concurrents .

            il existe une A.F.P ,d’habitude procédant comme vous l’indiquez ,relatant des éléments factuels et VERIFIES .

            c’est bien elle qui a annoncé la mort de Martin Bouyghes si je ne m’abuse ?

            les nouveaux canaux d’information répètent en boucle les mêmes FLASHES ,un succédant à l’autre dans un empilement sans fin ,avec des effets sonores abrutissants ,des experts en tout ,apportant un concours EXCLUSIF (pas tant que ça ) pour appuyer et donner une caution technique ou morale à un journaliste regardant son PROMPTEUR qui défile devant ses yeux .

            et vous voudriez que l’on puisse penser par soi même ?

            l’immédiateté ,le mitraillage du débit ,le saut du coq à l’âne permanent , sont ils des éléments qui aident à penser par soi même ?

            l’information est devenu un marché comme un autre ,lié le plus souvent à des groupes financiers (au moins maintenant cela est dit !) qui n’ont cure de ce que déversent leurs journalistes et ont oublié dans leur logique que l’informé est quand même celui qui les fait vivre .

            les informations captées ici ou là sont BALANCEES , le plus souvent sans aucune analyse préalable et surtout le minimum qui permette d’entamer une réflexion .

            la déontologie des journalistes me semble bien mise à mal par manque de l’exigence de vérification et le peu de cas qui est fait de celui à qui on s’adresse .

            LA LANGUE elle- même est farcie d’anglicismes ,de néologismes ,d’argot et de vulgarités pour « faire djeun » .

            certains deviennent des STARS , des étoiles qui feraient sans doute mieux de nous éblouir par leur professionnalisme que par leur suffisance à peine voilée qui n’est en fait que la preuve de leur insuffisance réelle .

            LES PROFITEURS DE TOUT POIL :bien sûr ,on ne peut qu’être choqué par un tel comportement mais , de tous temps ,quand de la misère pointe ,il y a TOUJOURS ET PARTOUT des prédateurs aux aguets . souvenez vous des « marchands de sommeil » ,ici en France qui agissaient au vu et au su de tout le monde !

            des noms de journalistes sont cités à propos de cet article sur ce site . celui là ,un autre ,peu importe en somme mais il est temps que tous ces pros de l’info (je parle en abrégé puisque c’est "djeun) , accordent un peu de respect à ceux qui les écoutent encore .

            il y a du travail de ce côté là !
             
            P.B.A


          • krapom.deviantart.com krapom.deviantart.com 16 septembre 2015 18:52

            Sans vouloir faire de pub, le journaliste Wassim Nasr sur France 24 vaut le coup d’être écouté, en particulier sur la Syrie (ce qu’il a osé dire lundi ou mardi était remarquable d’audace - je parle d’audace par rapport aux autres chaînes servant la propagande officielle). Si tous les journalistes de cette chaîne était comme lui, ce serait la seule chaîne au monde qui vaudrait le coup. 


            • elpepe elpepe 17 septembre 2015 02:08

              Bonjour aucun rapport entre ces deux drames, excercise scabreux et vain, ma foi
              cdlt


              • Pomme de Reinette 17 septembre 2015 12:22

                « banalité du mal », l’expression est impropre, et même fausse.
                C’est de banalisation du mal qu’il s’agit.
                Le mal n’est jamais banal.
                C’est l’indifférence, l’insensibilisation progressive, l’absence de réaction, l’accoutumance à l’intolérable et l’inacceptable qui fait qu’il s’étend.


                • Pascale Mottura Pascale Mottura 17 septembre 2015 13:26

                  De mieux en mieux ! « notre objectif est votre sécurité » » cf. article de Libé ce jour : 

                  Sur Facebook, les passeurs s’improvisent voyagistes  : 

                  • krapom.deviantart.com krapom.deviantart.com 17 septembre 2015 14:05

                    @Pascale Mottura
                    Tu n’as pas encore été visiter le site Facebook des passeurs ? Il y a tous les prix et même des photos des cabines de luxe et tout le tralala. 10.000 euros pour un voyage Turquie-Pologne en avion privé. Plus de 5700 « j’aime » !


                  • Pascale Mottura Pascale Mottura 6 octobre 2015 18:11

                    5 octobre 2015, Lesbos, Grèce : Un migrant tient un bébé au moment de leur arrivée sur l’île de Lesbos après avoir traversé la mer Egée depuis la Turquie.
                    © AFP PHOTO / Aris Messinis : http://www.afp.com/fr/professionnels/partenaires/le-grand-soir3

                    Gilet de sauvetage pour bébé, bravo !!!
                    Eh oui, on trouve facilement en Turquie des gilets de sauvetage de toutes les tailles, même pour bébé et même pour femme enceinte. Et c’est ce qui rend la mort du petit Aylan et celles de tous les autres enfants morts noyés si intolérables de bêtise. 
                    Des ONG auraient dû depuis lontemps faire une campagne massive d’information sur ce point crucial car, on le sait bien, les migrants dans leur grande majorité ne savent pas nager et ne connaissent pas la mer et la navigation.


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