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Ordinateurs de vote : quelle sécurité ?

À en croire les municipalités, les ordinateurs de vote (souvent improprement nommés machine à voter) sont absolument sûrs. La preuve, ou plutôt les preuves les voici :

1 - ils ne sont pas connectés à Internet

2 - il y a deux clés

3 - le paramétrage est réalisé publiquement devant un huissier

4 - il y a des scellés, posés après paramétrage de la machine

5 - il y a des tests

Regardons-y de plus près.

1 - ils ne sont pas connectés à internet

Il s’agit d’une bonne nouvelle car un virus circulant sur internet peut facilement infecter un ordinateur. Ne pas être connecté à Internet est donc une mesure nécessaire, mais elle n’est pas suffisante. En effet, un programme fraudé peut être introduit dans l’ordinateur de diverses manières. Puisqu’il n’est pas connecté à Internet, il faut approcher physiquement l’ordinateur visé. Selon les modèles, on peut changer le programme en faisant un échange standard des deux puces sur lesquelles il est stocké (sur les machines NEDAP il faut deux minutes, y compris le temps d’ôter et remettre les vis du capot, et c’est la très officielle commission irlandaise CEV qui l’affirme), sur les machines iVotronic il faut connaître les mots de passe nécessaires pour pouvoir changer le programme original et en installer un qui frauderait. À noter qu’il suffit de deux mots de passe de trois caractères chacun seulement, et qu’il est impossible de les changer, ce qui contredit les principes les plus élémentaires de sécurité informatique.

2 - il y a deux clés

Il y a deux clés car le législateur l’a exigé, mais la présence de ces deux clés ne garantit rien du tout. Sur une urne transparente, bien tangible, la présence de deux serrures différentes dont les clés sont détenues, pour l’une par le président du bureau de vote, pour l’autre par un assesseur, garantit qu’une personne seule ne peut pas ouvrir l’urne et en changer le contenu. Les deux serrures et les deux clés garantissent l’intégrité de l’urne.

Au contraire, un ordinateur de vote peut contenir un programme qui vole des suffrages de-ci de-là pour un candidat préférentiel, tout en étant « contrôlé » par deux clés qui ne le gêneront en rien.

On retrouve le même genre de situation dans la vie si l’on essaie de sécuriser une maison avec une porte blindée et plusieurs serrures tout en laissant les fenêtres ouvertes.

3 - le paramétrage est réalisé publiquement devant un huissier

Le paramétrage et la programmation sont deux concepts totalement différents (voir article ). Qu’un huissier soit présent afin de vérifier que le paramétrage est réalisé sans erreur n’est peut-être pas inutile, mais cela ne garantit en rien que le programme de vote n’est pas fraudé. Il s’agit simplement de deux éléments indépendants.

4 - il y a des scellés, posés après paramétrage de la machine

Les scellés vont empêcher de changer le paramétrage de l’ordinateur de vote, ce qui est plutôt une bonne idée. Mais en aucun cas, la présence de scellés ne peut garantir que le programme de vote est intègre. D’ailleurs la pose de scellés n’est pas prévue dans le code électoral.

Le programme a pu être fraudé des semaines, des mois avant l’élection. La fraude peut rester dormante en attendant d’être activée. Qu’il y ait des scellés ou non n’y change rien.

5 - il y a des tests

Certes, il y a des tests. Ils sont nécessaires, chez le fabricant, pour détecter des erreurs de programmation. Ils sont nécessaires aussi dans les mairies pour vérifier qu’il n’y a pas eu d’erreur dans le paramétrage. Mais, d’une manière générale, on ne peut pas déceler une fraude en effectuant des tests car un programme fraudé se comportera correctement pendant les tests.

De nombreux traits distinguent une vraie journée de vote d’un test : le moment du vote, la durée du vote, le comportement des votants, le temps entre deux votes, etc. Ces indices peuvent être mis à profit par l’ordinateur de vote pour savoir s’il s’agit d’un vrai vote ou d’un test, et éventuellement modifier son comportement au moment opportun : frauder le jour du vote, et pas pendant les tests.

Déceler une fraude dans un programme nécessite une expertise très poussée, et cette démarche peut ne pas être suffisante ; en tout cas, on ne peut en garantir les résultats : une fraude informatique bien réalisée est quasiment indétectable. Autrement dit, même si l’expertise n’a rien trouvé, on ne peut être certain que le programme est honnête.

Les preuves examinées ne tiennent donc pas : elles ne sont pas suffisantes pour garantir la sécurité d’un ordinateur de vote. Certaines, comme la pose de scellés, ne sont pas exigées par le code électoral. Elles ont été ajoutées afin de produire un sentiment de confiance dans l’électeur.

C’est-à-dire qu’il y a eu une réflexion importante pour accroître la confiance des électeurs. J’aurais préféré que cette énergie soit occupée à faire en sorte que cette confiance soit fondée.

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Aujourd’hui 17 avril, plus de 66 000 signatures.



par Chantal Enguehard (son site) mercredi 18 avril 2007 - 26 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Jean-Philippe Immarigeon (xxx.xxx.xxx.29) 18 avril 2007 11:21
    Jean-Philippe Immarigeon

    Bonjour,

    Nous sommes bien d’accord encore une fois sur les problèmes techniques, mais au risque de me répéter, ce n’est pas ainsi que le problème doit être abordé pour faire censurer ces machines.

    Le Tribunal administratif de Versailles a été saisi, et un des points soulevés par les requérants, électeurs d’Issy les Moulineaux, est l’impossibilité matérielle de recompter. Or ce droit donné à tout électeur de demander au juge de l’élection une vérification est dans le Code électoral, et est partie intégrante du processus électoral. J’en ai exploré toutes les arcanes il y a dix ans lorsque je me suis occupé des fraudes dans le 5ème arrondissement.

    Ce sont aux machines électroniques à satisfaire à la loi républicaine, et non la loi à se plier aux mirages d’une technologie pseudo-progressiste. Pour saisir le juge, il faut qu’il y ait incident de vote (il y a plusieurs manières très simples d’en créer un), inscription immédiate au procès verbal du bureau, de la propre main de l’électeur si celui-ci en fait la demande, et demande de vérification par le juge de ce que le processeur a fait durant cet incident. Si le juge ne peut vérifier, ce qui semble être le cas, dans le doute, il annule le vote. En l’espèce, il retire une voix au candidat arrivé en tête dans le bureau. S’il y a plusieurs incidents, ou que le processeur est mis en cause, ce sont tous les votes du bureau qui sont annulés. Si les recours sont nationaux, ce sont tous les bureaux électroniques qui sont annulés.

    Mais si le juge capitule devant la technologie, il n’y a plus de Code électoral, plus de loi républicaine.

    La question avec laquelle il faut piéger le Conseil Constitutionnel au lendemain de l’élection n’est pas la fiabilité des machines, mais la vérifiabilité des processeurs. Et il ne faut pas soi-même se laisser piéger par cette question de l’efficience des machines, la question n’est pas là. Il est indifférent que celles-ci soient parfaites, le problème est celui d’un droit républicain, il faut pouvoir vérifier le scrutin a posteriori conformément au Code électoral.

    Question indicente à l’auteure : qu’est-ce qu’une liste d’émargement pour une machine à voter ? Tout électeur a le droit de consulter cette liste pendant 10 jours après le scrutin. Sans signature, je comprends que les électeurs qui auront voté seront "cochés". Mais si le processeur garde cette information en mémoire (et il y est obligé), pourquoi ne garderait-il pas également le nom du candidat pour lequel chaque électeur a voté ?

  • Par Jean-Philippe Immarigeon (xxx.xxx.xxx.29) 18 avril 2007 11:49
    Jean-Philippe Immarigeon

    Mais justement, si la fraude électorale existe encore à la marge malgré les nombreuses affaires rendues publiques et jugées, tous ses moyens sont précisément identifiés et identifiables. Cela n’empêche effectivement pas que les listes électorales soient encore plombées, ni du bourrage d’urnes par ci par là, mais ceci est controlable par le juge, et sanctionné. Le problème encore une fois n’est pas celui de la fiabilité réciproque du vote papier et du vote électronique que du droit citoyen de vérifier après le vote que celui-ci s’est déroulé correctement. Enfin quoi, nos ancêtres ont pris la Bastille non pas pour un monde parfait mais pour un monde où les libertés et les droits primeraient sur les ukases de curés, des rois et des économistes, et où la souveraineté sortirait des urnes. Et voilà qu’on veut nous priver des fruits de ce combat. J’ai un lointain parent qui a fait 18 mois de Bastille en 1780 pour que je puisse voter librement aujourd’hui, s’il avait su, il se serait pas gelé les couilles pour rien.

  • Par maxim (xxx.xxx.xxx.211) 18 avril 2007 12:12
    maxim

    c’est le symbole meme du geste citoyen qui est remis en cause ....

    dans l’isoloir ,ce petit coin de liberté qui vous met seul à seul avec vous meme est la clé meme de la democratie vous choisissez librement et intimement ,celui ou celle à qui vous accordez votre confiance ...

    et le geste de mettre dans l’urne votre enveloppe est le geste fort du citoyen qui a accompli son devoir .....

    une machine n’est qu’une machine et on ne va pas voter pour etre confronté à un appareil qui s’assimile à un vulgaire distributeur de boissons....

    quand à l’intégrité de l’appareil ,permettez moi d’avoir des doutes ...

  • Par Chantal Enguehard (xxx.xxx.xxx.131) 18 avril 2007 13:15
    Chantal Enguehard

    Il y a toujours eu des tentatives de fraude lors des élections, et il y en aura toujours.

    Le problème, sur les ordinateurs de vote, c’est que les fraudes peuvent être mises en place AVANT le scrutin, qu’elles peuvent être massives (affecter plusieurs milliers de vote) et qu’elles sont absolument indétectables puisqu’il est impossible de vérifier les résultats (voir http://www.agoravox.fr/article.php3...).

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