Avant de revenir au Ruralitor, le comparateur/simulateur de vie rurale et de vie urbaine, je souhaiterais que nous nous penchions sur la notion d’autosuffisance alimentaire.
Fixons d’emblée le cadre de réflexion, et parlons d’autosuffisance ou d’autosubsistance alimentaire plutôt que d’autarcie. Qu’on le veuille ou non, nous vivons tous en interdépendance dans un système de plus en plus mondialisé. Il y a peu de chances qu’un processus de démondialisation s’enclenche à court terme, même si cette hypothèse n’est pas tout à fait à exclure. On n’est jamais à l’abri d’une modification brusque de l’évolution du monde (changement climatique, situation géo-politique, ressources énergétiques, crises économiques ou sanitaires). Celui qui sait jardiner pourrait avoir un léger avantage.
Même si étymologiquement autarcie signifie autosuffisance [du grec autos (soi-même) et arkein (suffire)], ce terme connote une société repliée sur soi et développant des échanges limités avec l’extérieur. Pour éviter tout débat idéologique, car là n’est pas l’objectif de cette note, nous nous demanderons s’il est possible, sous certaines conditions, de tendre vers l’autosuffisance alimentaire grâce à la mise en oeuvre d’un potager et d’un verger. Le propos n’est donc pas, rappelons-le, de promouvoir un mode de vie autarcique, mode de vie difficilement envisageable de nos jours en France.
L’objectif de cette note et des suivantes est de porter une réflexion sur les principes qui permettraient à des populations vivant en milieu rural de tirer le maximum d’avantages de leur lopin de terre. De ce point de vue, la note s’attache à passer en revue les différents critères à prendre en compte pour tirer opportunément parti d’une surface de terre disponible, telle qu’une prairie ou une pelouse. Bien sûr, le prérequis est de posséder ou d’avoir à disposition une surface de terre cultivable et présentant une qualité, une exposition et une surface suffisantes.
Il n’est pas toujours simple de savoir si cultiver un potager coûte ou rapporte. Jardiner implique un certain nombre d’intrants. Un intrant (ici au sens large) correspond à l’adjonction d’éléments externes à son jardin pouvant se traduire par un coût : matériaux d’aménagement, semences, fertilisants, pesticides, eau du réseau servant à l’arrosage, équipements de jardinage, énergie (carburant, courant électrique), etc. Certaines formes de jardinage naturelles permettent de limiter les intrants et donc de diminuer la partie coût du jardin. Certains lecteurs de ce blog sont jardiniers. Ils pourront fournir un éclairage sur les différentes techniques de jardinage (biodynamie, permaculture, agriculture biologique, culture naturelle...).
Jardiner a un coût ! Pour savoir si réellement votre jardin potager et votre verger contribuent à votre autosuffisance alimentaire, il faudra veiller à bien prendre en compte les intrants.
Il ne faut pas oublier que le jardinage n’a pas pour unique rôle de nourrir. Il peut aussi avoir un rôle social permettant l’insertion de populations en difficultés dans la société, un rôle pédagogique, et aussi un rôle de loisir. On voit donc se développer, même au coeur des cités de banlieue, un système complet de jardins. Ces jardins ont différentes dénominations, selon les contextes : jardin familial, jardin vivrier, jardin ouvrier, jardin urbain, jardin de balcon.
Distinguons également le jardinage du maraîchage. Le jardinage n’a pas nécessairement pour vocation la revente des produits cultivés. Les produits du jardin sont en général autoconsommés ou donnés à des proches (par exemple, les parents ou grands-parents qui donnent un panier à leurs enfants en fin de week-end). Le maraîchage consiste à produire dans le but de tirer des revenus. Nous n’aborderons pas ce type d’activité dans ce cycle de notes sur le jardinage d’autosubsistance.
Outre les aspects sociaux, de loisir et de divertissement, nous allons tenter ici de nous faire une opinion du gain (ou de la perte !) généré par l’introduction du paramètre jardinage vivrier dans son mode de vie.
L’un des lecteurs de ce blog, Philippe, que je remercie, nous transmet une donnée chiffrée trouvée dans un ancien manuel de jardinage. Un potager de 100 m2 permettrait une économie annuelle de 5000 francs (env. 760 euros).
Je ne puis me baser sur ma propre expérience pour vous fournir des repères chiffrés, car mon potager ne ressemble à rien pour le moment. Hormis quelques minuscules radis, roquette, courgettes, tomates, épinards, fraises, pommes de terre, les résultats que j’obtiens sont plutôt symboliques. Ce que je peux vous dire, c’est que pour réussir son potager, une présence quotidienne est nécessaire. Vous avez droit à quelques jours d’absence tout de même, je vous rassure. Mais il faut être impérativement présent à des étapes clés du cycle végétal, telles la levée des semis, étape cruciale pour le développement des plants, à moins que vous n’ayez un système d’arrosage automatique (ou goutte-à-goutte). Si vous ne vous en occupez que le week-end, la production sera aléatoire. Je dis cela en particulier pour les néo-ruraux qui font la navette le week-end. Il vous sera très difficile d’obtenir un maximum de rendement de votre jardin si vous en êtes éloigné cinq jours par semaine. Il n’y a qu’à voir les ravages que quelques jours de sécheresse en juin 2005 ont pu causer. Et il faut être présent également lors de la cueillette !
Par conséquent, je me suis documenté sur Internet et dans des ouvrages spécialisés pour tenter de voir si jardiner utilement pourrait générer un gain financier. Je vous avoue que je n’ai pas trouvé grand-chose. Voici les indications assez minimalistes trouvées.
Consommation des fruits et légumes par personne et par an en France
Il n’y a pas de liste détaillée et synthétique indiquant la consommation annuelle par habitant de fruits et légumes. J’ai réussi à constituer une liste incomplète à partir de différentes sources. Je vous livrerai mes résultats dans une prochaine note, qui proposera en même temps un nouvel outil de type "simulateur".
Les Français ont consommé (plutôt "acheté"), en moyenne, en 2004 :
- Légumes : 72 kg (hors pommes de terre)
- Fruits : 75 kg
Source : Portail http://www.fruits-et-legumes.net. Document ’Achats de fruits et légumes frais par les ménages français (Panel Sécodip CONSOSCAN, avril 2005) ’. Lien fourni par l’IAMM
Comme l’a indiqué ici même François Pelatan, l’un des facteurs clés de réussite de votre projet de jardin vivrier est de connaître vos besoins annuels en fruits et légumes. Pour vous aider à suivre vos besoins, je vous fournirai très prochainement un outil de type Excel.
Combien cela rapporte ?
Comme dit plus haut, jardiner ne rapporte pas. Il faudrait plutôt dire : Combien cela permet d’économiser ? Contrairement au maraîchage, le jardinage n’est pas une activité professionnelle. Je n’ai aucune donnée chiffrée sur les éventuels gains des jardiniers qui vendraient leurs surplus au marché ou bien à des voisins. Ce type d’activité se fait soit au black, soit de façon réglementée. Il faudra se renseigner. En revanche, un jardin peut contribuer à diminuer le budget d’achat de fruits et légumes à condition que :
- le jardinier connaisse ce qu’il autoconsomme pour comparer son prix de revient avec les tarifs des mêmes produits dans le commerce qu’il n’aura donc pas eu besoin d’acheter
- il connaisse le prix des intrants.
Ce qui est intéressant également avec le jardin, c’est la possibilité de conserver les produits en trop en les surgelant, séchant, stérilisant ou sous forme de confitures et de compotes. Voir le site de Supertoinette.
Trouvé sur le Net :
- Un jardin peut représenter un ’13e mois’ pour des allocataires du RMI, (p 11)
- Des ’micro-potagers’ peuvent procurer jusqu’à 3 dollars de revenu par jour aux familles pauvres, selon la FAO.
- Sur les coûts d’un jardin lire l’étude de l’INRA Sciences sociales ’Jardin, jardinage et autoconsommation alimentaire’. Cette étude date un peu (Avril 1995) mais on peut supposer que les données n’ont pas évolué de façon drastique.
Alors l’autosuffisance alimentaire grâce à un potager et un verger est-elle une utopie ? Une utopie peut-être pas, mais il faudra alors produire 72 kilos de légumes, 75 kilos de fruits et quelque 35 kilos de pommes de terre par an et par personne composant votre foyer, si on se base sur les statistiques de consommation disponibles. Est-ce accessible en dilettante, ou bien faut-il y consacrer 100% de son temps ? Avis aux jardiniers.

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Bonjour ! Votre article est vraiment très intéressant. Nous sommes étudiants et nous (...)
05/12 09:29 - Iaoranamoanamerci bcp pr cet article ! on a choisi exactement ce sujet pr notre TPE et les données stats (...)
19/09 20:21 - charlineJ’ajouterai juste « Il faut cultiver notre jardin » Le Candide de Voltaire
03/03 11:21 - pepetteakiki
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