Une grande partie de la presse se faisait hier, 1er février, l’écho du rapport interne de l’Inspection générale des services judiciaires remis au Garde des sceaux, Pascal Clément, qui épinglerait les méthodes de Renaud Van Ruymbeke (RVR), magistrat instructeur dans l’affaire Clearstream. Hier, avant de connaître la décision du ministre de la Justice, le juge contre-attaquait en dénonçant une présentation tendancieuse d’extraits choisis. Depuis, le Garde des sceaux a indiqué que sur la base du rapport il saisissait, à des fins disciplinaires, le Conseil supérieur de la magistrature (CSM). Renaud Van Ruymbeke se déclare non surpris par une décision qu’il qualifie de politique et directement liée à son différend avec Nicolas Sarkozy dans le dossier Clearstream.
A 54 ans, Renaud Van Ruymbeke est considéré en France et à l’étranger comme l’un des meilleurs de sa profession, incorruptible et tenace, insensible aux pressions et aux embûches. Des qualités révélées très tôt par un dossier déjà médiatique mettant en cause classe politique et milieux financiers : l’affaire Robert Boulin, demeurée non élucidée. Autre affaire toute aussi mystérieuse à ce jour, Clearstream. Seule certitude dans le dossier, la tentative d’instrumentalisation de la justice pour des règlements de compte au sommet de l’Etat. Après l’avoir mise en route, les principaux protagonistes ont tout fait pour tenter d’arrêter une machine devenue folle. Comme souvent, le meilleur moyen pour étouffer une affaire devenue gênante consiste à désigner des lampistes et à retourner les accusations contre ceux qui les ont initialement lancées. Ce n’est donc pas un hasard si hier un journaliste, Denis Robert, et aujourd’hui un juge, RVR, se trouvent voués aux gémonies.
Dans le cas de RVR, le rapport annoncé comme le mettant en cause avait été commandé en juin 2006 par le ministre de la Justice après que le magistrat ait reconnu dans la presse avoir rencontré en avril 2004 Jean-Louis Gergorin, le corbeau de l’affaire Clearstream.Trois reproches seraient formulés à RVR : l’accomplissement d’auditions hors procédure, la non-révélation d’informations utiles à des procédures pénales et la transmission d’éléments d’instruction à une personne extérieure.
Si le magistrat est bien parvenu à démontrer que les listings de Clearstream sont des faux, on préfère lui reprocher la façon dont il y est parvenu. A l’évidence, la culture du résultat prônée par le ministre de l’Intérieur à ses troupes ne saurait s’appliquer au ministère de la Justice quand elle risque de l’égratigner. En vérité, les éléments fournis anonymement à la presse et repris par une partie de cette dernière sont des extraits choisis sortis de leur contexte et qui omettent sciemment de préciser que l’Inspection contrebalance ses observations en estimant que le juge “a agi dans le souci exclusif de la recherche de la vérité” et que “les manquements, au demeurant isolés dans le déroulement de sa carrière, doivent également être envisagés en considérant les appréciations particulièrement élogieuses dont M. Van Ruymbeke fait l’objet”.
Pour sa part, le quotidien gratuit 20 Minutes rappelait dans son édition du 1er février que Nicolas Sarkozy avait peu apprécié les commissions rogatoires internationales, lancées à son encontre par RVR pour vérifier si le ministre disposait de comptes à l’étranger, ainsi que l’audition de l’un de ses proches, Jacques Heyer, fin 2005. Nicolas Sarkozy n’avait pas hésité alors à attaquer publiquement sur TF1 le magistrat.
Personne donc ne s’étonne aujourd’hui, surtout pas l’intéressé, que le ministre de la Justice, Pascal Clément, inféodé au président de l’UMP, ait décidé de renvoyer le juge devant le Conseil supérieur de la magistrature (CSM). La manœuvre était cousue de fil blanc, la décision opportunément fondée sur le principal grief du rapport de l’Inspection générale des services judiciaires (IGSJ), à savoir la non-révélation d’informations utiles à des procédures pénales en cours ainsi que la transmission d’éléments d’instruction à une personne extérieure. Renaud Van Ruymbeke, considéré par beaucoup comme un exemple, encourt une sanction pouvant aller du blâme à

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