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Théâtre et handicap, ou comment améliorer la prise en charge des handicapés

Une rencontre avec le vice-président de l’association Autre théâtre, présent à la manifestation de remise du prix Europe pour le théâtre, qui se déroule à Turin du 8 au 12 mars.

La manifestation de remise du prix Europe pour le théâtre qui se déroule actuellement à Turin est, bien entendu, un lieu d’échanges et de rencontres pour les professionnels du monde entier, mais il ne faudrait pas s’arrêter aux colloques, représentations, entretiens réservés à un public averti, car ce prix, financé largement par l’Union européenne, n’est pas qu’un événement pour « happy few » du théâtre international. Les organisateurs ont voulu témoigner de l’ouverture du théâtre à d’autres manières d’être présent au-delà de la seule scène mais aussi d’être actif dans la vie sociale et de jouer un rôle en matière de citoyenneté (prisons, hôpitaux psychiatriques, cités, etc.)
La présence de M. Patrice Barret, vice-président de l’association l’Autre théâtre, et par ailleurs psychologue clinicien, psychanalyste et directeur du Centre médico-psycho-pédagogique de Montpellier, témoigne de cette volonté qu’ont les organisateurs de donner une place aux institutions qui oeuvrent auprès des plus fragiles avec le théâtre comme outil au service de l’épanouissement personnel. L’association monte deux spectacles par an avec des personnes handicapées, dont un spectacle français joué dans le cadre du festival « Le printemps des comédiens » à Montpellier, et un spectacle international rassemblant des handicapés et des personnes en difficulté sociale venant de sept à huit pays du pourtour méditerranéen et des Balkans.

M. Barret, quels sont les objectifs poursuivis par l’Autre théâtre ?
Notre ambition, depuis 1997, est de favoriser l’ouverture et la rencontre avec l’autre dans sa différence, mais aussi d’aider les personnes handicapées à trouver leur place dans la société et de favoriser l’épanouissement global des personnes. Notre pratique est bien celle du métissage des handicaps et des cultures.

Comment avez-vous composé l’équipe qui accompagne les handicapés ?
Bien entendu, nous avons une équipe médico-sociale complète : personnel soignant, éducateurs spécialisés, psychologues et de vrais professionnels du théâtre. Notre propos est de permettre la rencontre entre le monde du théâtre et le monde du soin. Cette rencontre crée la possibilité pour les handicapés d’une véritable expression artistique. Nous pratiquons un théâtre d’amateur, je tiens à préciser que notre troupe n’est pas une troupe de comédiens professionnels, et pourtant il nous paraît essentiel de travailler dans une démarche professionnelle, avec des professionnels du théâtre, à commencer par le metteur en scène.

Pouvez-vous préciser la nature des handicaps, et également nous dire quelles sont les problématiques particulières auxquelles vous êtes confrontés pendant la durée de la création ?
La plupart des handicapés sont des handicapés mentaux, mais au-delà du handicap, il y a sept ou huit langues différentes sur le plateau, nous avons un traducteur pour chaque langue, et il faut que la volonté du metteur en scène traverse toutes ces difficultés. Ainsi nous allons à l’universel. Quand on a un handicap mélangé à des langues différentes, on ne sait plus très bien si c’est le handicap ou la différence de langues qui pose problème. La langue étrangère permet de relativiser le handicap. En tant que personnes valides, nous sommes nous-mêmes inadaptées lorsque nous nous trouvons face à une personne qui ne parle pas notre langue.

Est-ce que la pratique du théâtre joue un rôle particulier dans la prise en charge des handicapés, et qu’apporte-elle aux personnes handicapées elles-mêmes ?
Nous recherchons avant tout l’épanouissement de la personne. Les handicapés révèlent dans cette situation particulière leur personnalité, et le regard des autres s’en trouve modifié, notamment celui des proches, de la famille et des parents. Les personnes valides envisagent le handicapé sous une autre forme.
Alors que les personnes handicapées sont souvent aidées, assistées, là ce sont elles qui donnent quelque chose.

Les pouvoirs publics sont-ils attentifs à l’intérêt que représente cette activité dans la prise en charge du handicap ?
Tout le monde est convaincu aujourd’hui de l’importance de l’épanouissement des personnes handicapées dans leur prise en charge à travers des activités comme celles-ci. Nous sommes soutenus par l’Union européenne et l’association Adage. Les gens se rendent compte que l’on peut être handicapé et avoir du talent. Lors d’une précédente édition de notre création, Roméo et Juliette, Roméo était myopathe en fauteuil, mais sa force était contenue dans l’expression artistique qu’il portait sur le visage, dans sa capacité à représenter l’amour.

Quelles sont, pour l’Autre théâtre, les retombées de votre participation à la remise du prix Europe pour le théâtre ?
Je m’attendais à voir plus d’acteurs et davantage de troupes, mais il y a surtout des critiques et des journalistes ; cependant, les spectacles de très haute qualité que j’ai eu l’occasion de voir ici me donnent une idée du niveau des spectacles que nous produisons, et ceci me donne l’envie d’aller plus loin dans nos réalisations, de prendre davantage de risques.

Comment ne pas créer de désillusion chez les handicapés qui, après cette expérience, pourraient souhaiter devenir des comédiens professionnels ?
Tout d’abord, il faut savoir qu’il existe des troupes de comédiens handicapés professionnels, il existe des centres d’aide par le travail spécialisés dans le théâtre, c’est par conséquent un débouché possible. Nous devons, bien entendu, prendre des précautions, même si ce type de difficulté reste rare. J’ai connu une femme d’une cinquantaine d’années qui était psychotique.
Elle vivait dans un foyer et elle a été comédienne pendant le temps d’une pièce. Durant la création, son état s’est singulièrement amélioré, ses troubles se sont atténués, et puis, à l’issue du spectacle, une fois le rideau tombé, elle a fait une décompensation psychique. Ce sont des choses qui peuvent arriver, nous avons, en tant que personnel soignant, cela à gérer. Mais, pour autant, on ne peut pas empêcher des personnes de tenter cette expérience unique au prétexte qu’elles seraient trop fragiles. Au contraire, nous allons essayer, mais en aidant la personne à prendre la bonne distance, à ne pas s’identifier trop à cette position de comédien qu’elle peut avoir un moment, mais qui est éphémère, et cela même si le spectacle s’étale sur un an, car chez nous les répétitions durent une année entière.

Vous pourrez retrouver cette année les créations de l’Autre théâtre à Tunis, en mai, et lors du festival Le printemps des comédiens, à Montpellier.
www.printempsdescomediens.com


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1 réactions à cet article    


  • éolienne (---.---.243.10) 30 avril 2006 18:29

    Je suis scandalisée par cet article ! C’est un rejet de la différence ! Et tout particulièrement par la dernière question : « Comment ne pas créer de désillusion chez les handicapés qui, après cette expérience, pourraient souhaiter devenir des comédiens professionnels ? »

    Étant moi-même personne à mobilité réduite et active dans la comédie et le théâtre, je ne peux accepter de tels propos visant la discrimination à l’égard des personnes handicapées qui souhaiteraient devenir comédiennes professionnelles ! Le milieu du théâtre est accessible à et pour tous ! D’ailleurs Mimi Mathy en est l’exemple, Frédéric Zitoun, le journaliste de france2 également. Le monde de l’audiovisuel et du théâtre doit intégrer les différences !!

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