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Voter n’est pas acheter

Texte spécialement dédié à Christine Ockrent, avec mon respect le plus sincère.

Ces dernières années ont vu une évolution considérable de l’usage d’internet dans les foyers. De confidentiel en 1990, ce moyen de communication est devenu très courant en 2007 et a changé la perception des ordinateurs. Les internautes réalisent de plus en plus d’actions via internet : consultation d’informations, achats, dialogues publics ou privés à travers les forums, les chats et les échanges d’e-mails, publications d’informations dans des sites web ou des blogs, gestion de comptes en banque, déclaration d’impôts, etc.

Ces transactions présentent une caractéristique commune : leur bon fonctionnement est sans cesse vérifié et tout dysfonctionnement est facilement diagnostiqué par l’usager : une page inaccessible est remplacée par un message d’erreur ; il arrive que l’on doive réexpédier un message non parvenu à son destinataire ; tout achat d’un bien est normalement suivi de la réception effective de ce bien et du débit de la somme dépensée du compte bancaire de l’acheteur, débit inscrit sur les relevés de compte, etc. Les dysfonctionnements sont nombreux et si habituels que les internautes les ont intégrés dans leurs usages, qu’il s’agisse de personnes, de banques ou de compagnies de commerce. Il y a également quelques cas de fraude, souvent peu connus car les commerçants ou les banques qui en sont victimes communiquent peu sur ce sujet (il ne faut pas saper le potentiel du commerce électronique) et préfèrent dédommager leurs clients.

Les militaires, ou l’industrie aéronautique, utilisent également de nombreux programmes informatiques dont la sûreté est particulièrement élevée. Mais, même dans cet environnement de haute technologie, il arrive que des programmes ne se comportent pas comme ils le devraient. Par exemple, en 1995, la fusée Ariane tombe à cause d’un bug informatique. De nouveau, c’est parce que la réalité constatée (la fusée dévie de sa trajectoire) ne correspond pas avec ce qui était prévu (la fusée suit la trajectoire prévue) que le problème est détecté.

Le vote ne peut pas être assimilé à ces activités car le vote n’a pas d’effet direct dans la réalité qui pourrait révéler un dysfonctionnement ou une fraude.

Il est facile de le démontrer. Imaginons une procédure de vote qui présente un dysfonctionnement majeur : les votes pour le candidat A sont attribués au candidat B et inversement. Cette erreur ne peut être détectée puisque :

  • le nombre de suffrages correspond au nombre d’émargements, ;

  • il est impossible à chaque électeur de vérifier a posteriori si son vote a été correctement compté (anonymat du vote) ;

  • la lecture des résultats ne peut prouver le dysfonctionnement : un résultat peut être surprenant sans être faux.

Alors que le commerce par internet peut donner satisfaction même s’il y a des erreurs (car ces erreurs seront diagnostiquées et les conséquences réparées), le vote ne peut tolérer aucune erreur puisqu’un dysfonctionnement peut passer inaperçu.

Le vote exige donc un niveau de sécurité très supérieur au commerce.

En fait, le vote est une activité qui n’a pas d’équivalent dans notre environnement car cette activité supporte deux contraintes très particulières.

D’abord, le secret de la procédure de vote interdit d’en suivre le fonctionnement de bout en bout tout au long de la journée. Si l’on observe précisément le vote de chaque votant pour être certain qu’il va bien être compté au candidat choisi, alors il n’y a plus de confidentialité. Or la procédure de vote doit être confidentielle.

Ensuite, le vote doit résister à des pressions importantes en ce qui concerne la fraude. Depuis que le vote existe, il y a des tentatives de fraude, et si une possibilité de fraude existe, elle sera mise en oeuvre.

Aucune autre activité informatisée ne supporte ces contraintes : pression de la fraude et confidentialité à la fois. C’est en cela que le vote électronique représente un défi. Et il faut bien se résoudre à avouer que, pour l’instant, il n’y a pas de solution satisfaisante à ce problème.


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8 réactions à cet article    


  • flop flop 20 avril 2007 08:18

    voila une nouvelle raison de s’enerver et vu comment s’est parti, je crois que là encore il ne faudra pas trop compter sur les radio, télé et journaux pour être informé .


    • Christophe Christophe 20 avril 2007 08:28

      Selon des experts SSI américains, ayant étudiés la possibilité de vote à distance des forces armées déplacées sur les champs d’opération : la sécurité des élections doit être regardée comme une composante de la sécurité nationale, puisque la légitimité même du gouvernement démocratique repose sur des élections qui sont justes, ouvertes, dignes de confiance, et considérées ainsi. ([ http://www.servesecurityreport.org/French.pdf ] pp 35) en appliquant cela aussi bien à leur objet d’étude (SERVE) qu’aux DRE (enregistrement direct électronique) que nous appliquerons en France.


      • alberto alberto 20 avril 2007 09:32

        Très belle démonstration qui n’a pas paru convaincre les juges de Versailles : décidément, ces gens en robes noires sont vraiment par trop indépendants du bon sens !

        Bien à vous !


        • Marie Pierre 20 avril 2007 10:00

          Bonjour Chantal,

          Pourquoi « texte dédié à Christine Ockrent » ?


          • JL JL 20 avril 2007 10:01

            Le Marché n’a besoin que de consommateurs, et n’a que faire des citoyens.

            Ruine des états et corruption de la démocratie sont un seul et même combat des prédateurs financiers contre les hommes industrieux.

            La mise en place des machines à voter est un casus belli contre la démocratie.


            • aurelien 20 avril 2007 15:43

              Merci pour cet article Madame Enguehard

              Nous ne sommes pas loin du Heisenbug médiatique, bravo !

              Cependant, Christine Ockrent semble refuser de s’intéresser à ce qui n’entre pas dans son cadre idéologique ou ses convictions personnelles...


              • Marie Pierre 20 avril 2007 16:53

                Article paru dans Ouest-France : des communes font marche arrière !


                • Chantal Enguehard Chantal Enguehard 21 avril 2007 19:20

                  suite au passage de Christine Ockrent dans l’émission de Laurent Ruquier sur Europe 1 lundi 16 avril ou mardi 17 (je ne sais plus exactement, désolée).

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