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35 heures : Manuel Valls (PS) propose de « déverrouiller » et provoque un débat contradictoire...

Positionnement médiatique opportuniste dans le calendrier de ce début d’année et/ou la volonté de provoquer un débat fort peu actuel ?

Etait-ce un positionnement médiatique opportuniste dans le calendrier de ce début d'année et/ou la volonté de provoquer un débat fort peu actuel selon les nombreuses réactions ?

Telle est sans doute la question majeure provoquée par la proposition du député-maire socialiste d'Evry, Manuel VALLS (classé "à droite" du parti) qui a indiqué la nécessité de "déverrouiller les heures". Il a ajouté défendre l'idée "d'augmenter de 2 ou de 3 heures la durée légale du travail et donc le salaire d'autant, en supprimant également le dispositif sur les heures supplémentaires, en tout cas une partie".

Les réactions n'ont pas manqué. D'abord côté gouvernemental, plusieurs ministres (M. BAROIN, BERTRAND...) n'ont pas manqué d'indiquer que les 35 heures ("façon AUBRY") étaient déjà mortes et enterrées avec les nombreux assouplissements contenus dans les nouvelles lois depuis 2007 (notamment la loi TEPA) qui encouragent les heures supplémentaires en subventionnant à un niveau élevé les entreprises (par suppression de cotisations sociales patronales).

Le ministre du travail, Xavier BERTRAND n'a pas manqué de souligner qu'avec un relèvement de la durée légale du travail au-delà de 35 heures, les salariés y perdraient "dans la minute sur leur fiche de paie", jugeant que le "vrai débat" devait plutôt porter sur le coût du travail.

Il se met ainsi en opposition avec le dirigeant de l'UMP, Jean-François COPE qui prône la mort des 35 heures sans préciser les moyens d'y parvenir.

Car force est de reconnaitre que le débat très iconoclaste posé par Manuel VALLS n'est demandé par personne, en tout cas chez les partenaires sociaux (patronat et syndicats).

Côté syndicats, la réplique a été à la hauteur de l'attaque et probablement amplifiée par le récent conflit long sur les retraites.

François CHEREQUE, secrétaire de la CFDT, conseille ni plus ni moins à Manuel VALLS, qui « voudrait faire en sorte que les gens puissent travailler plus longtemps sans faire d'heures supplémentaires, pour une fois dans sa vie, de passer quelque temps dans les entreprises et d'en parler avec les salariés ».

Et il complète en précisant que "quand une bêtise est abordée par un homme politique de droite, elle reste une bêtise quand elle est abordée par un homme politique de gauche". Puis conclut que "ces propositions (étaient) celles d'apprentis sorciers, ambitieux pour eux, mais dangereux pour le pays et l'économie".

"Augmenter le temps de travail dans un pays qui compte quatre millions de chômeurs, dans une Europe où la croissance est atone, c'est provoquer une explosion du chômage, accroître l'exclusion sociale, éloigner les jeunes de l'emploi", selon lui.

La CGT n'est pas en reste en répondant au parlementaire socialiste (par ailleurs candidat déclaré aux primaires pour l'élection présidentielle) en dénonçant "avec la plus grande fermeté cette offensive visant une fois encore à culpabiliser les salariés en arguant des coûts excessifs du travail" et appelé "à résister à toute velléité d'aggravation des conditions de vie et de travail qu'entraînerait la remise en cause des 35 heures".

Pour la CGT, il faut "revoir les politiques de l'emploi, de conditions de travail et du temps de travail", ainsi que "les exonérations de cotisations dont bénéficient les entreprises", plutôt que de lancer "une attaque en règle sur le temps de travail et les salaires".

Quant à FO, son secrétaire général Jean-Claude MAILLY, s'est également élevé contre la remise en cause de la durée légale de 35 heures, "déjà détricotées", en défendant une révision de la politique d'allègements de cotisations sociales et en affirmant son opposition à une éventuelle suppression de la durée légale au profit de négociations syndicats-patronat.

Côté patronat, un silence domine compte-tenu des subventions que les entreprises perçoivent. Une situation évoquée sans détour par le président (libéral) du groupe UMP au Sénat qui dévoile un silence car la situation actuelle "les arrange d'avoir des subventions".

Et de poursuivre son raisonnement ..."le contribuable peut-il indéfiniment payer en lieu et place des entreprises, (...) les exonérations concédées soit par Mme Aubry entre 2000 et 2002, soit en 2003 par le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, lorsque François FILLON était ministre du Travail ? C'est une somme difficile à évaluer, qui, selon les points de vue, varie entre 15 et 20 milliards d'euros".

Et de prendre date..."la question du temps de travail sera "forcément" au cœur des problématiques de 2012, "pratiquement 40% de l'impôt sur le revenu sert à payer les exonérations de charge liées aux 35 heures".

Pour les dirigeants socialistes et toute la gauche, cette sortie de M.VALLS est véritablement un affront caractérisé. Et de noter l'hommage "du vice à la vertu" (des 35 heures) concrétisé par les nombreuses félicitations des ministres du gouvernement SARKOZY-FILLON et des dirigeants politiques libéraux et conservateurs.

Ainsi, la liste des encouragements est un annuaire des principaux dirigeants de droite tels François BAROIN, porte-parole du gouvernement, qui voit en Manuel VALLS un "socialiste éclairé", ayant "bien compris l'évolution de la société", et qui "n'a fait que déposer un bouquet de roses sur la tombe des 35 heures qui sont mortes et enterrées depuis longtemps".

Il conclut en déclarant qu'il s'agit "d'une victoire idéologique pour Nicolas Sarkozy, pour la droite en général qui, dans l'opposition, a voté contre la loi imposée de manière doctrinale unilatérale...".

Il a été vite rejoint par Alain JUPPE, qui veut "abandonner purement et simplement" les 35H.

Quant à Nadine MORANO, ministre de l'Apprentissage et de la Formation professionnelle, celle-ci a déclaré "préférer l'autocritique de Manuel Valls à la mauvaise foi de Martine Aubry", estimant que le député-maire socialiste d'Evry faisait "preuve de lucidité".

Personne ne peut encore dire ce que deviendra ce débat. Côté salariés, ils seraient sans aucun doute les premiers perdants de la fin des 35 heures même « assouplies » par les récents textes.

Qu’adviendrait-il des réductions hebdomadaires du temps de travail et/ou des journées RTT obtenues, dans le collège ouvrier comme chez les cadres, qui par ce biais, ont retrouvé un peu plus de temps libre (et souvent choisi comme des congés payés par accord d’entreprise ou textes conventionnels) dans un temps de travail de plus en plus important au quotidien ?

Il ne faut pas oublier le contenu de la loi AUBRY sur les 35 heures.

D’abord en privilégiant la négociation de son application dans chaque entreprise avec la désignation de salarié mandaté par les organisations syndicales. Ces dernières ont souvent été contactées par les dirigeants d’entreprise pour mandater un de leur salarié pour négocier l’application des 35 heures (en l’absence de représentation syndicale).

On ne compte plus les demandes patronales surtout auprès des syndicats les « moins représentés » dans certains secteurs (comme la CFTC, la CFE-CGC et FO). Si FO avait été prudente en instaurant le double mandatement (négociation puis signature si accord), d’autres ont fait preuve d’une plus grande souplesse qui n’a pas été à l’avantage des salariés.

Car les salariés ont bien payé l’application de la loi AUBRY sur les 35 heures. D’abord par une plus grande flexibilité dans l’organisation du temps de travail avec la quasi généralisation de l’annualisation.

Ce qui a été longtemps en contradiction directe avec la revendication syndicale et progressiste d’une réduction hebdomadaire du temps de travail en faisant remarquer qu’ainsi la pénibilité physique et mentale du travail est réduite de facto.

Ensuite parce qu’une réduction hebdomadaire impliquait des créations plus nombreuses d’emplois même s’il est reconnu que la loi AUBRY a été créatrice de plus de 300 000 emplois nets.

La loi prévoyait aussi la « modération salariale » qui s’est souvent traduite dans les faits par un gel salarial sur une période allant de une à trois années.

Sans omettre la fin de nombreux accords d’entreprise sur l’organisation du temps de travail.

S’il est vrai que la loi des 35 heures a renchéri le coût du travail de près de 14% pour les entreprises, la productivité dégagée par les éléments de flexibilité et de « modération salariale » a gommée dans un temps très court « l’effet 35 heures » pour ensuite devenir un élément dynamique de la productivité française.

Ce n’est pas le moindre des paradoxes mais c’est une réalité qu’il convient de souligner.

Ainsi, les obsèques des 35 heures devraient être compensées par une augmentation salariale, puis une organisation plus rigide et plus favorable aux salariés du temps de travail pour ne pas sombrer dans un recul social et économique sans précédent. Sur ce sujet, la réaction syndicale et le silence prudent du patronat (qui perçoit aussi de larges aides publiques par réductions de cotisations sociales) est symptomatique du débat.

Quant à l’idée chère à la gauche (et aux syndicalistes), d’une plus juste répartition des profits en faveur des salariés, notamment par la réduction du temps de travail à 35 heures et en-deçà, par un mouvement qui s’est dessiné aussi chez certains de nos partenaires européens (Allemagne etc.…), Manuel VALLS vient d’en exprimer son rejet rejoignant sur ce point les dirigeants politiques les plus libéraux.

Il risque fort d’en payer le prix politique prochainement. A moins d’être un futur ministre de la majorité présidentielle actuelle.

Rémi AUFRERE


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9 réactions à cet article    


  • 2102kcnarF 7 janvier 2011 13:11

    En attendant de déverrouiller quoique ce soit, Walls dérouille, que cela soit à gauche ou à à droite. Je suis bien d’accord avec vous.

    Il y a de l’idéologie dans ce débat. Dans les faits les 35 heures ont été détricotés, ou adaptés, c’est selon. ;; En tout cas, au moment où le pays et donc les francais se débattent avec une crise systèmique sa sortie est simplement lamentable.

    Cet type est lamentable, il représente une gauche qui a détruit le pays quand elle était au pouvoir, et si on laissit faire en 2012 avec l’avénement d’un Strauss Khan, alors on savonnerait la planche ...


    • clostra 7 janvier 2011 13:30

      « Le pouvoir ça ne se prend pas, ça s’arrache »
      V’là t-y pas qu’il leur arrache le débat sur les 35 heures ! espionnage politique !


      • clostra 7 janvier 2011 13:38

        ça ma fait penser à Rantanplan, le chien idiot de Luky Luke qui lui saute dans les bras, ici c’est dans les bras de l’UMP !
        (la bonne question qu’il devrait se poser, c’est « zut ! j’ai pris le mauvais papier » avait-il la chouoix ?)


        •  C BARRATIER C BARRATIER 7 janvier 2011 15:49

          La tarte à la crème électorale, pauvre rigolo socialiste

          Les 35 heures ne coûtent rien aux entreprises (la part du produit intérieur brut de l’entreprise dévolue aux salariés a baissé de 10% depuis les 35 h, cependant que les dirigeants encaissaient 50% de plus.). Les 35 h ont un corollaire qui a apporté de la compétitivité : une importante flexibilité qui permet des adaptations en temps réel au carnet de commande. C’est une formidable modernisation. On n’a pas fait ce cinéma après l’évènement des 40h, puis des 39, ni lors de la mise en place des congés payés. Il s’agit d’un débat politicien dès que se profilent des élections.

          Certes, l’Etat dépense pour les 35 h, mais l’Elysée et ses ministères dépensent tellement plus en gaspillages. Le vrai problème est la concurrence des salariés du monde entre eux. Le vieux slogan « Prolétaires de tous les pays unissez vous » serait pour la première fois utile. Au lieu de cela les syndicats de salariés se font mutuellement la guerre cependant que les syndicats de patron sont unis et très efficaces contre les premiers, sans se soucier vraiment de leur pays et de sa prospérité économique.


          • pilhaouer 7 janvier 2011 16:58

            Rien à dire sur Valls, personnage sans intérêt dans la lignée de Besson dont le seul objectif est une petite gamelle dans un gouvernement de gauche de droite ou de droite de droite !

            Mais sur les 35 heures, la plupart de nos politiques y compris les Moscovici, Lang, Montebourg s’intéressent en fait si peu au monde du travail qu’ils ne savent même pas ce que c’est.
            Contrairement à ce que prétend Sarkozy, les 35 heures existent bien mais aucune entreprise n’est astreinte à une durée de travail limitée à la durée légale de 35 heures, les 35 heures étant uniquement un seuil de déclenchement pour le paiement majoré des heures supplémentaires.

            Pour mémoire la durée moyenne du travail en France est de l’ordre de 37 heures soit 1h de plus qu’en Allemagne, 1h1/2 de plus qu’au Danemark et dans les pays nordiques, 5 h de plus qu’en Hollande.

            Supprimer la durée légale hebdomadaire du travail, à contre-courant de l’évolution historique depuis 170 ans, c’est le rêve du Medef car c’est supprimer un repère dont beaucoup découle.
            Le MEDEF ne le chante pas trop parce qu’il tient à conserver ses subventions. (30 et 45 milliards d’exonérations de cotisations sociales de 1 à 1,3 fois le Smic au bénéfice des actionnaires de grandes entreprises)


            • remiaufrere remiaufrere 7 janvier 2011 17:30

              Votre raisonnement est tout à fait judicieux et je partage votre point de vue.

              Rémi AUFRERE


            • iris 8 janvier 2011 09:59

              travailler + pour gagner +
              le zpatrons vont vous dire qu’ils travaillent bcp bcp 70h /semaien-les^pauvres on les plaint !!
              juste qu’ils font ce qu’ils leur plait et quand ils partent en voyages d’affaire ce n’est pas décompté-
              et les heures travaillées par le salarié gonflent leurs marges -+ cela leur rapporte à eux-
              et pendant que les salarié travaillent ils ont - de temps pour avoir des idées et objectifs pour eux-mèmes-le temps c’est de l’argent pour le patron -
              et si on déverouille 35h cela entrainera de la discrémination et disputes entre salariés-
              mais diviser pour mieux régner c’es ce qbcp veulent -les umps en tete..


              • JL JL 8 janvier 2011 10:38

                @ Iris, oui, vous avez raison. Mais surtout, surtout, ces 70 heures c’est pour eux !

                Les patrons travaillent pour eux, et voudraient que leurs employés se dévouent autant qu’eux, mais pour leur patron !

                De fait, tout le monde travaille 70, 80 heures par semaine, et plus. La mère de famille qui vit seule travaille assurément plus que n’importe quel patron d’entreprise ! La question est de savoir pour qui l’on travaille, et en échange de quoi ! Je connais des marins pêcheurs qui travaillent du lever du jour au coucher, 7 jours sur 7 !

                La question du temps de travail est mal posée. Une meilleure formulation serait : quelle est la durée raisonnable ou plus exactement, la disponibilité qu’un employeur peut exiger en échange d’un salaire déterminé.

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