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Accueil du site > Actualités > Economie > Comment pousse la monnaie ?

Comment pousse la monnaie ?

Vous pensez vraiment que c’est la Banque centrale européenne qui, comme vous l’avez peut être compris après avoir entendu dire ou lu, émet - au cours d’opérations qui semblent un peu ésotériques, opérations appelées « refinancement » ou « injection de liquidités » - la monnaie dont auraient besoin les banques commerciales pour prêter à leurs clients emprunteurs ?

Eh bien, non, il va falloir que vous revoyiez totalement votre point de vue, et je vais essayer de vous y aider le plus clairement possible.

De part la loi - leurs statuts - les Banques centrales sont les « banques des banques », les garants du système monétaire et disposent du droit d’émission des billets et pièces. Dans la zone euro, par exemple, cette monnaie, dite fiduciaire, représente 16 % de la masse monétaire dite M1 (et 7 % de la masse monétaire dite M3 qui représentait 7 782 milliards d’euros à fin décembre 2006). Aucune banque commerciale ne peut faire cela. Par contre les banques commerciales, celles que vous connaissez bien, mais aussi toutes les banques d’affaires qui restent très discrètes, se sont vu accorder le droit exclusif d’émettre du crédit, de « faire crédit » et, par la même occasion, nous allons voir comment, de créer de la monnaie. Ce droit dont ne disposent pas d’autres établissements financiers (certains assureurs par exemple) qui n’ont pas le « label banque » et qui se contentent de collecter l’épargne et de la re-prêter en bénéficiant de la différence de taux.

Autre idée fausse : les banques prêtent l’argent que leur ont confié les déposants et qu’on retrouve sur les « dépôts à vue » (votre compte bancaire).

Eh bien, non, pas plus !

Précisons que le terme « dépôt » signifie la provision d’un compte soit par une remise de billets, soit par un virement d’un autre compte, soit grâce à un crédit accordé par la banque et que la monnaie scripturale correspond aux dépôts à vue (DaV) inscrits au passifs des banques et détenus par les agents non bancaires. Le solde (positif) d’un compte bancaire est la représentation d’une dette de la banque envers vous... à ce titre, elle ne peut évidemment prêter à qui que ce soit de l’argent qui ne lui appartient pas et sur lequel vous ne lui avez pas donné un accord précis l’autorisant à en disposer. Ce sont bien les crédits qui « font » les dépôts et non l’inverse.

Bien, me direz-vous, mais alors quel est donc le processus de création monétaire par les banques commerciales, et de croissance de la masse monétaire ?

Comme disait Napoléon, un cours croquis vaut mieux qu’un long discours, alors prenez un stylo et un bout de papier, tracez deux rectangles l’un à côté de l’autre. En haut du premier écrivez « Banque », en haut du second, écrivez « Emprunteur »... et tracez un trait vertical au centre de chaque rectangle. A gauche de ce trait vous écrivez « actif » et à droite « passif ».

Supposons une entreprise ou un particulier qui veut emprunter 100 000 € auprès d’une banque. Bien sûr, les « règles prudentielles » imposent au banquier de prendre ses précaution, car s’il émet, nous allons voir comment, de la monnaie qui va se retrouver dans le circuit économique ou financier, c’est-à-dire augmenter la masse monétaire, il faut qu’il puisse « détruire » à un moment ou un autre cette monnaie pour rééquilibrer son bilan. Le banquier va donc demander à l’emprunteur une hypothèque, un nantissement, une assurance, la caution d’une personne solvable, etc., tout ce qui lui permet d’éviter qu’il ne puisse pas « effacer » la dette à cause d’un défaut de remboursement. Accessoirement (mais c’est le plus important de l’histoire), il va vous demander en plus des intérêts qu’il ne va pas vous prêter lui-même (ça n’aurait pas de sens pour lui) et que l’emprunteur va donc devoir trouver par d’autres moyens (vente, épargne, salaires, etc.) auprès d’autres détenteurs de monnaie.

Le mécanisme de la création monétaire se réalise par un accroissement simultané de l’actif et du passif de la banque que vous allez représenter sur votre croquis :

Dans le premier rectangle, celui de la banque, à l’actif de votre bilan de banque vous écrivez le crédit (100 000 €) et au passif vous écrivez 100 000 € en « dépôt à vue » (c’est le compte courant de votre emprunteur).

Sur le compte de l’emprunteur dans votre établissement (écrivez-le dans le second rectangle) vous aurez en actif « avoir à la banque » 100 000 €, et en passif sa dette de 100 000 €

Vous devriez maintenant obtenir quelque chose comme cela...

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Votre comptabilité de banquier est équilibrée : la monnaie ainsi créée est donc concrétisée par une inscription au compte (dépôts à vue) du client emprunteur et figure au passif de votre bilan bancaire. La contrepartie correspond à l’actif de votre banque par la création d’une créance sur le client emprunteur (l’acte de prêt). Le remboursement du crédit aboutira, de façon symétrique, à une destruction de monnaie en diminuant à la fois l’actif et le passif du bilan bancaire. La masse monétaire, constitué essentiellement par la monnaie scripturale, s’accroît donc lorsque les flux de remboursement (un « écoulement ») sont inférieurs aux flux des crédits nouveaux (un « remplissage »), et l’inverse.

Dès que le crédit est inscrit au passif de la banque et crédité au nom de l’emprunteur, celui-ci pourra bien évidemment s’en servir comme il l’entend, payer ses fournisseurs, émettre des chèques ou des virements et sortir des espèces que ce soit directement au guichet ou dans un distributeur de cartes de crédits (très mal nommées ; il s’agit de cartes de paiement électroniques, même si les débits peuvent n’être effectifs qu’en fin de mois). Le dépôt à vue diminuera d’autant et de la même manière que « l’avoir à la banque », par contre l’actif de la banque restera identique au passif de l’emprunteur.

Très vite une partie de cette monnaie se retrouvera sur d’autres comptes dans d’autres banques.

Au vu de ce qui précède on pourrait penser que le pouvoir de création monétaire d’une banque spécifique est illimité, si elle a de la « demande de crédit solvable ».

Mais le système bancaire est composé d’une multiplicité d’établissements, ce qui a pour conséquence que le pouvoir de création monétaire d’une banque spécifique n’est pas illimité car les banques doivent répondre aux demandes de retrait de billets et assurer la conversion de monnaie scripturale en billets, suivant la demande de ses propres clients, mais également des clients des autres banques. Cette conversion a reçu un nom : ce sont les « fuites ».

C’est quoi « les fuites », pourrez-vous me demander de préciser ?

Supposons qu’une banque crée de la monnaie scripturale à hauteur de 1 000 € à la suite d’un crédit accordé à un particulier et crédite donc le compte de celui-ci. Ce dernier décide ensuite de convertir ce nouvel avoir sur son compte, en billets pour un montant de 200 €. La banque subit une « fuite » de 200 € correspondant aux billets qu’elle doit se procurer soit auprès de ses collègues, soit auprès de la Banque centrale. Dans les deux cas, c’est son compte à la Banque centrale qui est débité d’autant. Parenthèse : les « refinancements » dont on vous a tellement parlé en août et septembre, ce sont simplement des prêts (en général à court terme) de la Banque centrale aux banquiers commerciaux qui ont quelques difficultés à trouver cette monnaie centrale sur le marché monétaire par manque de confiance de leurs collègues (« ce cher ami n’aurait-il pas proposé trop de crédits à des sociétés devenant insolvables ? »). Bien évidemment la Banque centrale fait payer un intérêt aux banques commerciales et prends des escomptes en garanties... tant que la banque commerciale peut offrir ces garanties, tout va bien !

Reprenons : à la suite de ces opérations, la création de monnaie scripturale inscrite au passif de la banque n’est plus que de 800 €, mais la masse monétaire dans son ensemble (billets et dépôts à vue) a bien augmenté de 1 000 €.

En résumé, la monnaie fiduciaire est émise par la Banque centrale (parfois qualifiée d’institut d’émission) : cette monnaie centrale est émise principalement sous la forme de billets. Les banques commerciales ont le monopole de la création de monnaie scripturale sous forme d’avoirs matérialisés par une inscription dans les comptes bancaires (dont les principaux instruments de circulation sont des chèques et les cartes bancaires). Ce privilège est accordé aux établissements qui ont reçu un agrément des autorités et les banques commerciales, pour régler leurs dettes entre elles, sont tenues à l’utilisation de la monnaie centrale, celle de leurs comptes auprès de la Banque centrale.

Bien, j’espère que vous avez compris le principe de la création monétaire... et je suis prêt à répondre à toutes vos questions...

Ce « principe » de la création monétaire selon les besoins est génial, et nous garantit que jamais nous ne manquerons de monnaie tant qu’il y aura de la demande, contrairement à l’époque où la monnaie était gagée sur l’or, évidemment en quantité limitée. Mais, car il y a un « mais », ce système présente un inconvénient majeur ; les emprunteurs vont devoir rembourser non seulement le capital emprunté (afin que les banques puissent solder l’opération sur leurs bilans), mais aussi payer des intérêts supplémentaires qui, il n’y a pas d’autre solution, représente de la monnaie qui à son tour va devoir être créée suivant ce « système », monnaie des intérêts qui sera elle-même productive d’intérêts. Si « nous » voulons rembourser toutes les dettes aux différents créateurs de monnaie (banques centrales et banques commerciales), nous ne le pouvons pas... la spirale de l’endettement est sans fin.

Plusieurs économistes ont tenté de déterminer la part des intérêts cumulés dans tout ce que nous achetons... même si les estimations sont imprécises (suivant le volume de l’investissement nécessaire à telle ou telle production), elles s’établissent entre 25 % et 40 % et dépendent des taux auxquels les entreprises ont emprunté car ces intérêts, comme l’est la publicité, interviennent évidemment dans la détermination des prix de vente et se cumulent à tous les stades de la production.

Et nous sommes arrivés au fil des droits consentis aux banques commerciales depuis 1972, et en France particulièrement depuis la loi n° 93.980 du 4 août 1993 sur le statut de la Banque de France qui interdit depuis le 1er janvier 1994, « d’autoriser des découverts ou d’accorder tout autre type de crédit au Trésor public ou à tout autre organisme ou entreprise publics, de même que l’acquisition de titres de leur dette », à ce que la France n’a même plus le simple droit dont disposent les banques commerciales, à savoir celui d’émettre de la monnaie (de crédit) et n’a donc plus d’autre solution que de financer nos besoins (que l’on appelle « déficits » pour vous culpabiliser un peu plus) par l’emprunt auprès des « rentiers », ce qui, bon an mal an, nous coûte, en intérêts, près de 45 milliards par an, soit 120 millions par jour, les 2/3 d’un Airbus A380 par jour, et si on les cumule, un peu plus de 1 100 milliards d’euros d’intérêts payés depuis 1980 (tout en restant, évidemment, débiteur du principal, c’est-à-dire de 1 200 milliards d’euros).

Malgré les rodomontades de notre président vis-à-vis de la BCE, le nouveau Traité (soi-disant mini) en préparation ne revient aucunement sur l’article 104 du Traité de Maastricht qui spécifie «  Il est interdit à la BCE et aux banques centrales des états membres, ci-après dénommées "banques centrales nationales" d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions ou organes de la Communauté, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des Etats membres ; l’acquisition directe, auprès d’eux, par la BCE, ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite. »

Si vous m’avez suivi jusqu’ici, cher lecteur, peut-être vous demandez-vous ce que je propose en échange de ce système mortifère. Comme Allais en France, comme Robertson en Angleterre, comme Kennedy en Allemagne, et comme bien d’autres économistes hélas peu écoutés, je suggère que toute la monnaie, sous quelque forme que ce soit, soit émise par une Banque centrale politiquement indépendante, dont le mandat soit non seulement de limiter l’inflation, mais aussi celui de soutenir le financement des entreprises et des ménages avec des taux d’intérêts nominaux limités à l’inflation (taux d’intérêt nul), et un financement sans intérêt de l’équipement des collectivités publiques, ce qui signifie que le fonctionnement et les amortissements - les usures des biens - doivent être supportés par la solidarité nationale (recettes fiscales).

Les ménages y gagneront, les entreprises y gagneront, l’Etat et le pays y gagneront. Seules les banques commerciales, qui seraient rémunérées comme intermédiaires en simples honoraires y perdront, mais après tout est-il honnête de facturer 100 000 € (les intérêts sont les honoraires des banquiers) pour l’écriture d’un contrat de prêt de 100 000 € avec intérêts cumulés à 5 % sur quinze ans ?

Les dividendes étant versés aux États (même s’ils ont accepté d’abandonner tout pouvoir régalien sur l’émission monétaire), c’est la collectivité qui recevrait tous les intérêts « de base », soit, juste pour donner un exemple, à un taux de 5 %, c’est plus de 390 milliards d’euros d’intérêts qui reviendraient aux populations de la zone euro en 2007.

Alors, je sais, parce que cette objection est habituelle, ce que vous allez me dire : « l’Histoire est là pour nous rappeler que le fait de permettre aux gouvernements de créer de la monnaie (la « planche à billet ») est la recette de l’inflation. »

Il est vrai que les gouvernements féodaux et monarchiques du passé et certains gouvernements élus plus récemment, qui ont été chargés de la création monétaire, ont réveillé des tendances inflationnistes. Néanmoins, le fait de confier directement la responsabilité de toute la création monétaire à une Banque centrale indépendante (un 4e pouvoir) au lieu de laisser, comme maintenant, les banques commerciales influer indirectement sur le niveau de création monétaire, ne signifie nullement le retour de l’inflation.

En fait, depuis six ans la masse monétaire en circulation augmente de 8 à 10 % par an (M3 : Indice 100 au 01/01/01, indice 158 au 31/12/06) au lieu de l’objectif de 4,5 % sensé permettre le développement par une augmentation de PIB de 2,5 % et d’inflation de 2 % par an.

L’inflation étant « jugulée » à moins de 2 %, il ne semble pas que l’augmentation de la masse monétaire ait un effet très sensible sur celle-ci : le lien de causalité entre la masse monétaire et l’inflation n’est plus que théorique.

On trouve d’ailleurs la reconnaissance de cette réflexion dans l’éditorial du bulletin de février 2007 de la Banque de France : «  De nombreux observateurs soulignent aujourd’hui l’abondance de la "liquidité" dans le système financier international. [...] Malgré tout, la hausse des prix à la consommation est demeurée globalement maîtrisée et les anticipations d’inflation ancrées à un faible niveau. Seuls les prix des actifs immobiliers et financiers ont augmenté rapidement. Y a-t-il un lien de cause à effet avec l’expansion de la liquidité ? On ne dispose pas à ce stade d’un cadre complet d’analyse théorique. Néanmoins, de nombreux indicateurs permettent de le penser. »

François De Witt, dans un article sur « mieux vivre votre argent » http://www.mieuxvivre.fr/bourse/articles/chronique.asp?id=175331 , vendredi 13 juillet 2007, nous donne la réponse mieux que je ne pourrais le faire :

«  La masse d’argent en circulation dans le monde ne cesse d’augmenter. D’où les craintes inflationnistes des banques centrales. Pourtant, les prix de détail restent sages. Explications.

Il se produit depuis quelques années un étrange phénomène : la masse d’argent en circulation dans le monde, plus techniquement appelée masse monétaire, augmente de 20 % par an. Impressionnant. Inquiétant même. La théorie économique veut en effet que lorsque la masse monétaire s’emballe, elle crée tôt ou tard des pressions inflationnistes. Ce qui paraît tout à fait normal : un supplément d’argent provoque inévitablement une demande de produits et de services que l’offre n’est pas en mesure de servir autrement qu’en augmentant ses prix. L’inflation est apparue pour la première fois dans le monde lorsque les conquistadores retournèrent d’Amérique de Sud les poches pleines d’or. Ils voulaient et ils pouvaient tout acheter et les prix ont flambé.

Cette crainte hante désormais nos gouverneurs de banques centrales : ils voient partout le spectre de l’inflation et pour le confronter, ils relèvent leurs taux d’intérêt. Or, contre toute attente, le fantôme de l’inflation ne se manifeste pas, puisque les prix à la consommation évoluent de manière très raisonnable, surtout avec une masse monétaire qui galope à la vitesse que l’on sait.

La théorie de la masse monétaire débouchant sur l’inflation serait-elle fausse ? Partout dans le monde, les prix de détail sont désormais soumis à la dure loi de la mondialisation : la concurrence mondiale interdit de relever ses prix comme on le veut. On observe même une baisse continue des prix sur le segment très porteur des nouvelles technologies. Aussi les indices de prix sont-ils relativement sages. Mais alors, où va l’argent qui gonfle la masse monétaire ? Cet argent est pour l’essentiel entre les mains d’une poignée de gens immensément riches - cadres dirigeants, sportifs, artistes, rois du pétrole. Ces gens dépensent, mais pas comme tout le monde. Ils achètent des yachts, des propriétés, des bijoux, des peintures d’art contemporain et des parts de fonds de private equity. La loi de l’offre et de la demande fait flamber les prix de ce qu’ils achètent, qui grimpent autrement plus vite que les prix de détail. Il se crée ce que l’on appelle l’inflation par les actifs. Or, même si elle fait peur, cette inflation-là n’a jamais provoqué l’inflation de base que redoute aujourd’hui M. Trichet.  »

Et puis, en ce qui concerne le financement des déficits publics, je propose, comme certains candidats à l’élection présidentielle de 2007 l’ont aussi fait, que soient limités constitutionnellement les déficits publics à la réalité des investissements (le fonctionnement et les amortissements restant du financement des recettes publiques), les investissements qui vont « enrichir » nos enfants en termes de qualité de vie dans une France et une Europe entretenue et embellie, dans lesquelles, lorsque nous aurons décidé la création d’un bien ou d’un équipement d’utilité publique, nous ne nous dirons plus «  non, nous ne pouvons pas le faire, ça va coûter trop cher et augmenter la dette ! » car il s’agira d’une dette équilibrée par un avoir collectif dont, pour garder l’équilibre comptable, nous n’aurons que l’amortissement (prélevé celui-là sur les recettes fiscales) à rembourser à la Banque centrale de l’euro.

Je me permets enfin, au sujet de l’inflation des produits de consommation (inflation selon l’Insee) d’émettre une hypothèse. Comme l’ont calculé plusieurs économistes, l’intérêt cumulé dans les prix (à tous les stades de la chaîne de production et de distribution) - puisque la majorité des entreprises doivent se financer par l’emprunt - serait de l’ordre de 30 à 40 %. L’augmentation des taux du crédit que l’on voit poindre sous prétexte de risque d’inflation, loin de faire reculer celle-ci, aurait plutôt un effet contraire puisque les producteurs vont bien évidemment répercuter les augmentations des coûts du crédit sur leurs prix de revient ; attendons pour voir...


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57 réactions à cet article    


  • Jason Jason 24 octobre 2007 13:53

    Merci pour cet excellent article. Malheureusement, il vous faudra prendre votre bâton de pèlerin pour tenter de convaincre un état de suivre vos recommandations. Car en France, plus ça change, plus c’est la même chose. Les banquiers ayant le pouvoir (ou l’influençant fortement) sur la planète, la tâche va être rude.

    Cordialement


    • lasconic 24 octobre 2007 14:10

      Excellent article !!! J’ai 26 ans. Il me reste encore un peu de temps pour voir ce système changer. J’espère que de tel ecrit ouvriront les yeux des gens. Je profite du commentaire pour indiquer au lecteur intéressé le livre de Marie Louise Duboin Mais où va l’argent ? qui explique en détails les mécanismes de création monétaire résumé dans cet article. Elle propose aussi une nouvelle voie initié par son père Jacques.


      • Angelus 24 octobre 2007 14:41

        Bon article à un détail prêt.

        Les Banques prêtent certains dépots de clients. Je pense en particulier aux Livrets A, B et au CODEVI qui sont uniquement destiner à financer certains projets.


        • Brieuc Le Fèvre brieuclef 24 octobre 2007 20:39

          Bonjour,

          Les dépôts des différents livrets peuvent en effet être prêtés, comme tout dépôt finalement. Mais la monnaie de ces dépôts provient elle-même de crédits, à hauteur du taux observé par ailleurs dans le système financier (soit 95%, base M3, sauf erreur de ma part).

          Brieuclef


        • Armand 24 octobre 2007 21:25

          et pour la précision, le CODEVI s’appel maintenant LDD : Livret de Développement Durable.


        • xavier 24 octobre 2007 15:28

          Je vous remercie d’avoir éclairé ma lanterne sur un système que je connaissait pas bien du tout. Effectivement, les temps actuels suscitent un certain nombre d’inquiétudes et peut être vaut il mieux se tourner vers un système comme celui que vous présentez qui parait plus sûr, en terme d’indépendance et surtout plus avantageux pour les emprunteurs étatiques. smiley


          • Forest Ent Forest Ent 24 octobre 2007 23:36

            Ceci me semble un article tout à fait excellent.

            Il me semble toutefois légèrement surestimer le côté vicieux de la création monétaire actuelle, dont il laisse imaginer qu’elle s’exerce dans un monde à part, en dehors de la mondialisation et sans contact avec l’économie réelle, ce qui a été je pense l’illusion jusqu’en 2007 de nombre de dirigeants.

            « L’inflation par les actifs » touche d’abord l’immobilier, qui est un bien réel de consommation. Cela explique en partie les « subprimes », et surtout le fait que le pouvoir d’achat baisse considérablement alors que l’inflation reste faible, ce qui a introduit le débat récent sur les indicateurs.

            Elle touche également, comme vous le soulignez dans l’article, la propriété des entreprises, à travers la cotation, mais surtout le private equity. Cela fait que les entreprises sont valorisées dans un système différent de celui des consommateurs, chez qui elles ne peuvent plus trouver leur subsistance à long terme, ce qui entretient le cercle vicieux des pressions désinflationnistes à travers la mondialisation.

            Les arbres ne montent pas au ciel. Une inflation des actifs décorrélée avec celle de la consommation n’est pas durable. Nous approchons d’un krach historique, qui se manifestera dans un premier temps par un effondrement du dollar, qui commencera à rapprocher la finance du monde réel.


            • Gandalf Tzecoatl 25 octobre 2007 10:40

              Excellent article, je suis satisfait de retrouve votre critique sur Avox.

              Je pense que l’on peut trouver l’explication à l’accumulation des liquidités dans l’article suivant : http://www.mouvements.info/spip.php?article141

              A Forest Ent, j’aimerai tirer les même conclusions que vous, à savoir que l’ « effondrement du dollar, [..] commencera à rapprocher la finance du monde réel. » , mais permettez moi d’en douter, car la FED a fait ce choix de taux bas afin d’éviter la récession et d’équilibrer la balance commerciale américaine. Bref, la FED conserve l’arme des taux qui détermine la parité du dollar avec les autres monnaies. Et tout laisse à croire qu’un dollar faible sert l’économie américaine actuellement (à cause de la faiblesse du yuan par exemple), et que, même si la masse monétaire en dollars est gargantuesque ( et incontrolable, http://contreinfo.info/article.php3?id_article=1216 ), pouvoir augmenter les taux directeurs d’une monnaie permet d’affermir sa valeur sur les marchés monétaires.


            • Forest Ent Forest Ent 25 octobre 2007 13:32

              Il me semble que nous disons la même chose.

              La fed n’a pas d’autre choix que de baisser ses taux pour éviter une récession face à l’atonie de la consommation, le déficit commercial et budgétaire, l’augmentation du pétrole. Il n’existe plus aucune force pour soutenir le dollar.

              Ceci va déprécier significativement les actifs en dollars qui constituent une grande part de la bulle monétaire citée par l’article.


            • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 27 octobre 2007 04:11

              @L’Auteur : Heureux de voir que vous continuez toujours la croisade. Je pense, hélas, qu’il commence à se faire tard. Je partage l’opinion de Forest Ent que nous entrons en phase terminale, à cette distinction près que je crois que le système va répondre par une action politique. Un contrôle serré de l’économie américaine et le fin de la convertibilité du dollar ... « le temps de clarifier la situation ». Nous comprenons tous ce que cela signifie. Je ne pense pas qu’il faille chercher ailleurs les motifs de la marche forcée de l’Administration Bush vers un « gouvernement fort ». Je vous disais, il y a quelques années, que j’irais me planquer au soleil. C’est fait.

              Pierre JC Allard http://nouvellesociete.org/00.html


            • André-Jacques Holbecq André-Jacques Holbecq 27 octobre 2007 08:55

              @ P. Allard

              Le capitalisme (que je ne confonds pas avec le libéralisme) a en main toutes les manettes... la crise systémique (ou la guerre) est t’elle nécessaire pour changer totalement « le système » et aller vers de nouveaux (tels l’écosociétalisme, le distributisme ou le crédit social), où l’être passe avant l’avoir, ou bien un « atterrisage en douceur » est t’il possible ?

              Mais je pense aussi qu’il est trop tard... comme je l’avais écrit dans un article d’analyse du « rapport Meadows » il y a quelques temps : trente ans de perdus ! ( http://www.societal.org/docs/cdr1.pdf )


            • André-Jacques Holbecq André-Jacques Holbecq 27 octobre 2007 09:00

              Lien erroné sur message précédent .. le lien du « Mouvement Sociétal » est http://www.societal.org/


            • Reflex Reflex 25 octobre 2007 02:10

              Excellent article en effet. Hélas, comme toute oeuvre de vulgarisation, l’exercice comporte ses limites. Car, si les banques créent de la monnaie aussi simplement que le décrit l’auteur, voici belle lurette que l’imagination financière s’est installée au pouvoir. L’objectif de ces créateurs privés de monnaie consiste bien entendu à minimiser le risque au regard du profit escompté. Hommage du vice à la petite vertu, les fonds de « hedge funds » illustrent à merveille cet adage. Et, nous n’attendrons pas longtemps pour voir proposer au grand public - directive Mifid ou pas - de produits dérivés de dérivés de fonds de « hedge funds ». Nous assisterons alors à l’ébranlement systémique, hantise des banquiers centraux. En tel cas, la destruction de valeur dont Arnaud Lagardère a donné un remarquable démonstration au détriment de la CDC avec ses actions EADS se révélera une aimable plaisanterie.


              • Bigre Bigre 25 octobre 2007 04:57

                Et une raison de plus de rejeter ce « mini »traité !

                Merci pour cette ouverture sur un domaine que je ne connais pas !


                • Bigre Bigre 25 octobre 2007 05:21

                  Le lien avec le mini-traité ? Une constitution doit dire : « Le parlement fixe les modalités de fonctionnement de la BCE » et pas « La BCE doit fonctionner comme ça ! ».


                • sasapame sasapame 27 octobre 2007 19:21

                  A Bigre :

                  Une constitution doit dire : « Le parlement fixe les modalités de fonctionnement de la BCE » et pas « La BCE doit fonctionner comme ça ! ».

                  Je ne suis pas d’accord, et je pense que ce n’est pas l’avis de l’auteur.

                  Votre proposition est alléchante en plus d’être simple, parce qu’il semble qu’elle revient à dire : remettons cet instrument, le contrôle de la création monétaire (des règles du crédit, ...) sous le contrôle complet du Souverain. Avec cette idée je suis d’accord, mais ce n’est pas ainsi qu’il faut formuler la concrétisation constitutionnelle. Le Souverain, c’est la nation, pas le parlement. Une nation, c’est un peuple doté d’une constitution, donc de Pouvoirs séparés et d’un régime qui garantit la protection des droits fondamentaux de l’individu. Le Parlement, c’est supposé être le premier des Pouvoir constitués, le plus décisif, mais pas le despote qui a tous les pouvoirs, y compris celui de changer à discrétion les règles de la constitution.

                  Le parlement doit-il pouvoir décider lui-même, sans référendum (changement de constitution) de modifier les missions de la banque centrale, les grandes règles du contrôle bancaire, ... ? Non.

                  L’exemple des Etats-Unis est emblématique : la constitution (article I, section 8) lui donne le contrôle complet de la monnaie (de l’impôt, du crédit public, des changes, ...) mais en 1913 le parlement vota la création de la Federal Reserve, dont les statuts transfèrent à une instance indépendante (du Parlement) le contrôle de la création monétaire et des règles bancaires. Vous avez là un cas exemplaire d’un parlement qui, dans une ère ultra-libérale, et sous le gouvernement de types acquis à la haute finance, a changé la constitution et « libéralisé » la monnaie, bref, a entériné un coup d’Etat. En douce. La constitution américaine est-elle violée ? Non, si on, considère que le Parlement de demain peut abroger la loi (organique) sur laquelle repose la Fed... Mais après ce coup, rares sont ceux qui, parmi les politiques susceptibles d’être entendus ou élus, ont seulement osé annoncer leur volonté de revenir là-dessus (certains sont morts par balles ; on ne saura pas s’il existe un lien, les morts ne parlent pas...) On notera qu’en France, la constitution ne nous protégeait même pas puisque rien n’y fait référence au contrôle de la création monétaire, du Trésor, au crédit bancaire. En outre, je ne sache pas qu’avant 1913 une loi américaine imposait aux banques que les crédits en dollars soient couverts à 100% par des dépôts immobilisés... On en était, comme toujours, vers 10% ou moins de réserve. Et puis, la Fed n’est pas arrivée d’un coup dans cette histoire, il y eu d’abord les « banques à chartes » (le concept me fait un peu penser aux « compagnies de gouvernement » de l’empire britanique...) Donc on peut se demander si le Parlement contrôlait la monnaie, donc appliquer la constitution. Autre élément : lorsque les eurodollars se mirent à pousser, que fit le Parlement américain pour remplir son devoir de « fixer la valeur du dollar par rapport aux autres monnaies » ?

                  La constitution doit, au contraire, organiser suffisamment le fonctionnement de la BC(E), définir les grandes lignes de ses missions, et plus encore, s’agissant de ses devoirs, définir ses liens de contrôle, de contre pouvoir avec le Parlement ou autres pouvoirs (la Cour des comptes, ...)

                  Pour autant, il faut évidemment remettre la BC sous contrôle, le plus démocratique possible. AJ Holbecq propose que la Banque centrale soit « politiquement indépendante » : le terme me semble un peu ambigu. Il parle aussi de « 4e pouvoir » : celui-là me convient mieux.

                  Doit-il appartenir à la BC de décider elle-même, si elle accorde un prêt à telle ou telle collectivité publique, et à quel taux ? Comme c’est le cas aux USA : la Fed est évidemment une banque privée, elle a ses actionnaires, qui se servent en dividendes jusqu’à hauteur de 6%... (on peut imaginer que son directoire lésine sur l’octroi de prêts qui menaceraient à court ou moyen terme d’amputer ce résidu...) Evidemment non.

                  Est-ce que, pour autant, le Parlement seul, soit quelques centaines d’élus parmi les candidats présélectionnés par un duo de partis, machines à élire intrinsèquement très peu démocratiques, quelques associations de notables et autre presse entièrement dépendante des lois du marché (je parle de ce qui est - je pose l’idée que la question renvoit à d’autres problèmes constitutionnel)... peut disposer directement et faire ce qu’il veut avec la planche à billet ?

                  AJH semble en tous cas nous dire que : 1. la BC doit posséder une « indépendance politique » au sens de la séparation des pouvoirs ; 2. mais c’est à des instances démocratiques non inféodées à la BC de décider des investissements publics ; 3. mais ces dernières doivent présenter (au Parlement ?) un plan d’amortissement. Et au bilan, la Cour des comptes ou je ne sais quel autre Pouvoir peut et doit arbitrer, et cela doit se faire en tenant compte de la politique fiscale, nationale et locale, de plans se développement.

                  Il faut admettre que cette réflexion institutionnelle est en chantier. Mais plus en détail, tel que je vois les choses, il faut absolument démocratiser le contrôle de la monnaie et de l’investissement public. En un mot, il faut rendre à l’État le contrôle de la monnaie et des missions de service public, mais dès lors, poser clairement la question : c’est quoi, l’État ? ...

                  Il faut imaginer un ensemble de processus ouverts, en partie locaux, de décision portant à la fois sur la mise en oeuvre du (des) « plan(s) » et sur l’expression des besoins : référendums, conférences de citoyens et autres moyens de décision permettant d’établir démocratiquement les priorités en matière de besoins sociaux, locaux et nationaux - le principe de l’économie écosociétale me semble aussi pouvoir introduire dans ces plans « l’offre de travail », d’entreprises privées proposant de réaliser des missions de « service public », et pouvant être financées en conséquence, donc comme des investissements publics.


                • sasapame sasapame 27 octobre 2007 20:51

                  Quelques informations tirées du livre de François Morin, Le Nouveau mur de l’argent :

                  Base : échelle mondiale, année 2002 (sauf indication contraire). Unités : T$ (milliers de dollars).

                  * Transactions :
                  - biens (PIB mondial) : 32.3
                  - financières (actions + obligations) : 39.3
                  - de change : 384.4 (dont seulement 8 pour les transactions commerciales internationales)
                  - sur produits dérivés (produits d’assurances) : 699.0

                  * Taux de rotation = rapport flux / stocks :

                  Produits financiers :
                  - obligations : 0.38 = 5.7 / 15.2
                  - actions : 1.47 = 33.6 / 22.8
                  - devises : 167.1 = 2.3 / 384.4

                  Produits de couverture (dérivés) :
                  - marchés organisés (options, futures, ...) : 29.1 = 23.8 / 693.5
                  - marchés OTC, de gré à gré (swaps) : 0.04 = 122.5 / 5.5

                  * Gestionnaires de fonds (montant des actifs gérés) :
                  - 10 premiers : 6.03 (15.8% de la capitalisation boursière mondiale)
                  - 100 premiers : 17.54 (40.0% de la capitalisation boursière mondiale)
                  - sur les 10 premiers, 8 (pour 4.54) sont la propriété de banques, dont les plus grandes (point suivant). Exceptions : Fidelity investments, Vanguard group.

                  * Actifs gérés (source : Les Échos) et capitalisation de quelques-unes des plus grandes banques ; ratio actifs / capitalisation (sachant que les valeurs de capitalisation sont celles de 2005, le reste est relevé en 2002) :
                  - JP Morgan Chase & Co : 5.798 = 0.759 / 0.127
                  - City group : 4.44 = 1.097 / 0.247
                  - HSBC holdings PLC : 4.23 = 0.757 / 0.179

                  et surtout :
                  - Mizuho holdings : > 18.3 = 1.141 / ? (< 0.062)
                  - Sumitomu Mitsui Financial : > 14.1 = 0.873 / ? (< 0.062)
                  - Allianz : = > 13.7 = 0.850 / ? (< 0.062)
                  - Deutch Bank : > 12.8 = 0.792 / ? (< 0.062)
                  - BNP Paribas : 12.2 = 0.745 / ? (< 0.062)

                  * Actifs gérés par les plus grandes banques :
                  - 10 premières : 8.61
                  - 100 premières : 29.69

                  En comparaison :
                  - pour rappel : PIB mondial = 32.3
                  - chiffre d’affaire des principales firmes : Wall Mart (la plus grosse) : 0.22 ; les 10 premières : 1.15 ; les 100 premières : 5.63

                  « A la puissance d’allocation des banques, qui est déjà considérable, il faut ajouter désormais celle des « money managers », dont les société de gestion sont, pour les plus importantes, sous le contrôle des principaux groupes bancaires internationaux. Si ces société entre ben dan le périmètre de consolidation des groupes bancaires, il est tout aussi clair que les fonds qu’elles gèrent, pour le compte de tiers, n’entrent pas, eux, dans leur bilan consolidé. Mais, au total, ces capitaux restent bien à additionner en termes de puissance d’allocation des banques. [...] La puissance allocative n’est pas tout, il faut aussi évaluer le pouvoir de marché que ces grands groupes sont susceptibles de mobiliser. [...] deux marchés méritent une attention particulière : le marché des changes et celui des swaps.

                  [D’après une] enquête réalisée par le magazine Euromoney auprès de 4 676 investisseurs dans le monde, les cinq banques les plus actives sur [le] marché [des devises] s’en assurent presque 50%, avec notamment ces parts de marché : Deutsche Bank, 16.72% ; UBS, 12.47% ; Citygroup, 7.5%. [enquête : 2005]. [...]

                  Cette tendance [vers la formation d’un oligopole bancaire] est encore plus nette avec le marché de gré à gré des swaps. Rappelons que les produits négociés sur ce marché n’apparaissent jamais dans les bilans de sociétés et sont échangés en dehors des structures ou il existe un minimum de surveillance [...] Les flux spéculatifs les plus dévastateurs et les moins contrôlables sont, par conséquent, opérés hors Bourses et hors bilans [...] et on s’interroge toujours sur l’impact des « positions » (investissements pour leur compte propre) par des établissements dont les dépôts sont garantis par les États.

                  [...] la tenue du marché de gré à gré est fortement concentrée entre les mains de quelques banques internationales classées au moins double A. Grâce aux travaux de la BRI [rapport de mars 2003], on sait que pendant l’année 2000, avec la fusion Chase / JP Morgan, le nouvel ensemble détenait 25% du segment des dérivés de taux. De plus, les cinq premiers opérateurs en euros s’adjugeaient 48% du volume des contrats Eonia [le taux de référence quotidien des dépôts interbancaires en blanc (c.à.d. non gagés par des titres) effectués au jour le jour dans la zone euro] au deuxième trimestre 2001. »


                • sasapame sasapame 28 octobre 2007 08:40

                  Correction : 1 T$ (téra-dollar) vaut un millier de MILLIARDS DE dollars.


                • Internaute Internaute 25 octobre 2007 08:25

                  Voilà une belle présentation qui explique beaucoup de phénomènes en termes clairs.

                  La création de monnaie n’est pas inflationiste lorsqu’elle correspond à l’accroissement de la richesse. L’accroissement de la masse monétaire en Euros dépasse largement l’augmentation du PIB européen, donc elle est inflationniste. Pour les US c’est 10 fois pire. On devait avoir une forte inflation. Comme vous le dites, le prix de l’inflation s’est payé par la désindustrialisation de nos pays en faisant jouer artificiellement la concurrence avec le tiers-monde. Ceux-ci ont pris nos emplois, grignoté nos économies et tiennent nos dettes. Franchement, c’est cher payé. Le jour où la Chine vendra ses bons du trésor les USA s’écrouleront.

                  Sur la question des intérêts. Avec une telle masse on pourrait croire que les banques sont des cavernes d’AliBaba. Ils n’en n’est rien. Elles tournent, souvent bien, mais pas de manière ostentatoire. Il semble qu’elles ont des frais assez élevés.

                  Le système est quand-même pervers. N’importe quelle banque peut s’octroyer à elle-même au travers d’une société écran les crédit qu’elle souhaite pour acheter ce qu’elle veut ou placer en Bourse.

                  Les particuliers sont gardés en dehors du dispositif. Essayez d’emprunter au Japon pour placer aux US et verrez que vous n’avez pas le droit. Pourtant des centaines de milliards de crédits servent à cela mais seuls quelques financiers ont le droit de le faire. La démocratisation du crédit est un leurre.

                  L’anti-américanisme primaire veut qu’on critique à tout bout de champ les hedge-funds. Parmis les 6 plus gros hedge-fund du monde (et ils sont tous proches en taille) il y a le Crédit-Agricole Asset Management et la Société-Générale.

                  La seule vraie valeur c’est le travail. C’est la raison pour laquelle la Chine monte et les US descendent. L’Europe suit la même pente descendante.


                  • Guilhem 25 octobre 2007 14:13

                    ’Elles tournent, souvent bien, mais pas de manière ostentatoire. Il semble qu’elles ont des frais assez élevés.’

                     smiley  smiley  smiley  smiley  smiley  smiley  smiley  smiley

                    Si vous voulez des sources sur le net il suffit de regarder leur bilan des trois dernières années...

                    Pôvres banquiers....


                  • Forest Ent Forest Ent 26 octobre 2007 04:16

                    « Le jour où la Chine vendra ses bons du trésor, les USA s’écrouleront. »

                    Je ne crois pas. Je pense plutôt que le jour où le dollar s’écroulera la Chine regardera ses bons du trésor avec consternation et son régime vacillera.


                  • Internaute Internaute 26 octobre 2007 08:18

                    @Guilhem

                    L’auteur parle d’une part de 25 à 40% d’intérêt dans les prix. Cela signifie en gros 30% du PIB soit 540 milliards d’euros.

                    Le résultat de la BNP pour 2006 est de 7 milliards 308 millions. Multiplez par 5 pour tenir compte des autres et on arrive péniblement à 35 milliards. Ce n’est pas en rapport avec le chiffre précédent. Soit le pourcentage est faux, soit il y a autre chose qu’on n’a pas vu.

                    @Forest Ent

                    Les chinois n’attendrons pas le dernier moment. Dans le commerce mondial les US ne représentent pour les chinois que 20% de leurs exportations. C’est important mais une chute de la consommations US n’aura pas de répercussions catastrophiques chez eux.

                    October 17 - Bloomberg (David Yong and Wes Goodman) : « Japan, China and Taiwan sold U.S. Treasuries at the fastest pace in at least five years in August as losses linked to U.S. subprime mortgages sparked a slump in the dollar. Japan cut its holdings by 4 percent to $586 billion, the most since a new benchmark for the data was created in March 2000, Treasury Department figures...showed. China’s ownership of U.S. government bonds fell by 2.2% to $400 billion, the fastest pace since April 2002. Taiwan’s slid 8.9% to $52 billion, the most since October 2000. »


                  • André-Jacques Holbecq André-Jacques Holbecq 26 octobre 2007 09:15

                    Bonjour

                    Merci à tous pour vos observations... je vais tenter de répondre à quelques unes, dans l’ordre.

                    @Angelus Oui, les banques prêtent certains dépôts, avec l’accord des clients qui ont effectué ces dépôts sur épargne préalable. Les banques jouent dans ce cas un autre « rôle » qui est celui d’établissement financier... Comme dit très justement Reflex « voici belle lurette que l’imagination financière s’est installée au pouvoir. »

                    D’un certain coté, les banques sont des cavernes d’AliBaba car elles ne se contentent pas de distribuer de gros dividendes, elles amassent également des actifs non financier (parts de sociétés, immobilier commercial, résidentiel ou d’entreprise, agences, etc)

                    @Guilhem. Attention de ne pas confondre résultats (bénéfices) et chiffre d’affaire ; les intérêts que perçoivent les banques sur la création monétaire sont bien du CA ( et les banques payent comme toute entreprise des salaires, des charges, des loyers, des frais généraux, etc). De plus, mon raisonnement s’appliquait au niveau de la zone euro, sur une masse monétaire M3 en circulation de 7782 milliards d’euros (donc sur laquelle s’applique nécessairement des intérêts que j’ai moyennés à 5%).

                    Les 30 à 40% d’intérêts cumulés dans les prix de vente ont été calculés par trois économistes allemands (Ralf Becker , Margrit Kennedy et Helmut Creutz) ... mais attention, le chiffre sur lequel ils s’appliquent n’est pas le PIB mais la production marchande « hors intérêts » (puisqu’ils s’ajoutent).


                  • Guilhem 26 octobre 2007 09:46

                    @Internaute

                    ’L’auteur parle d’une part de 25 à 40% d’intérêt dans les prix. Cela signifie en gros 30% du PIB soit 540 milliards d’euros.

                    Le résultat de la BNP pour 2006 est de 7 milliards 308 millions. Multiplez par 5 pour tenir compte des autres et on arrive péniblement à 35 milliards. Ce n’est pas en rapport avec le chiffre précédent. Soit le pourcentage est faux, soit il y a autre chose qu’on n’a pas vu.’

                     :)) :)) :)) :)) :)) :)) :))

                    Drôle de calcul...

                    Quel rapport entre le % d’intérêts dans le prix final d’un produit industriel et le résultat net des banques il faut absolument m’expliquer votre calcul... smiley


                  • Forest Ent Forest Ent 26 octobre 2007 15:46

                    @ Internaute

                    C’est trop tard. Le dollar vient de commencer le plongeon. On ne peut plus en vendre significativement sans le tuer tout à fait. Il n’y a pas d’acheteur.


                  • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 27 octobre 2007 22:21

                    @ Internaute et Forest Ent. Je pense à une pièce en trois actes. 1. La Chine demande paiement et les USA ne payent pas (ou, plus probablement, les USA annoncent les premiers un contrôle des marchés financiers, impriment un tirage special de billets de 1M$ et en envoient quelques caisses à Beijing où l’on pourra en faire des cerfs-volants). 2. La Chine « apaise » les malaises sur son territoire avec des distributions de riz et des coups de crosse, fusille quelques profiteurs et se sert de sa structure encore parfaitement monolithique pour réorienter RAPIDEMENT sa récente capacité industrielle afin qu’elle réponde à sa demande intérieure... incluant la production d’armements. 3. Les USA - parfaitement fascisés pour les besoins du contrôle de leur économie qu’exige la gestion de cette crise - et la Chine, qui renonce simplement à faire semblant de ne pas l’être, se regardent dans les yeux et grognent.. Si la Russie se joint à l’Europe, il y a une troisième force et une chance d’arbitrage. Sinon, dommage qu’on ne puisse pas aller se cacher sur une autre planète...

                    Pierre JC Allard

                    http://nouvellesociete.org/713F2.html


                  • sasapame sasapame 28 octobre 2007 09:58

                    @ Internaute, Guillem :

                    Bien sûr ce calcul est abusif, déjà parce que les bénéfices des banques « domiciliées » en France sont, sans doute moins que ceux de tout autre agent financier français réalisés sur la production française. Et inversement, songez par exemple à la part des fonds de pension (étrangers) dans les boites du CAC40.

                    Si je me permets aussi de comparer des choux et des patates (mais flux contre flux) :
                    - 35 milliards (estimation grossière des bénéfices nets avant impôt des banques « françaises » ?), ça fait 2% du PIB... c.à.d. en gros toute la croissance.
                    - ça fait aussi 80% du montant des seuls intérêts annuels versés au titre de la dette publique française. Signe que c’est énorme, oui.

                    Mais ce sont des proportions qui illustrent peu la force de frappe, la puissance financière, de marché, des banques.

                    J’ai posté hier quelques chiffres concernant le pouvoir des banques. On y voit notamment que :
                    - pour la BNP, le montant des actifs qu’elle gérait en 2002 était de 745 milliards de $, soit de l’ordre de 70 fois plus que le résultat de 2006 que vous annoncez et, pour comparer stock contre stock (virtuel), environ 9 fois sa capitalisation boursière (81.5 milliards) en 2007 (à même année, je suppose que c’est plus de 10).
                    - les 100 premières banques au monde gèrent ensemble un montant d’actifs qui équivaut au PIB mondial...
                    - ceci notamment parce qu’elles possèdent la plupart des fonds, qui eux possèdent en grande part (40% pour les 100 plus gros) la capitalisation boursière, donc les entreprises donneuses d’ordre (et ainsi, en gros, les bénéfices et les manettes) de toute l’industrie, ... mais aussi qui gèrent un tas de produits financiers, dont la valeur moyenne est en forte inflation ; elles possèdent aussi beaucoup d’obligations
                    - par ailleurs, elles spéculent massivement sur les devises, et par leur oligopole des swaps elles ont une puissance énorme sur la détermination des taux d’intérêts (thèse de Morin), ... or elles brassent elles-mêmes un tas de produits d’assurance... contre les risques qu’elles provoquent. Bref, elles mènent la danse et la course folle du capitalisme financier.

                    Ajoutez à ça qu’elles sont celles qui captent de la monnaie par les intérêts du crédit (ce qui concerne directement et massivement la quasi-totalité les entreprises non côtées en Bourse), et tout simplement que dans le système monétaire désormais entièrement lié au crédit bancaire, ce sont elles qui d’une manière ou d’une autre, fixe les taux « directeurs », le plancher, pour tous les agents financiers, les entreprises, ...

                    Et dans le prix final d’un produit, il faut compter plusieurs fois, à différents niveaux, des versement d’intérêts. Mais je pense que par cette comparaison, l’auteur voulait donner une image du poids du système de la monnaie de crédit. Evidemment, les « 25 à 40% » c’est ce que capte l’ensemble des rentiers. On vient de rappeler que beaucoup parmi les plus gros d’entre eux sont sous le contrôle des banques elles-mêmes. Contrôle, pas propriété : les actifs gérés sont la possession des épargnants, et seul une partie des bénéfices des fonds deviennent propriété des banques.


                  • sasapame sasapame 28 octobre 2007 10:49

                    @ AJ Holbecq :

                    Deux problèmes pratiques :

                    - Si j’ai bonne mémoire, nous avions échangé sur l’idée que l’usage public de la création monétaire doit exclure les dépenses de fonctionnement des pouvoirs publics et se limiter exclusivement aux dépenses d’investissement (l’amortissement étant l’occasion de récupérer, par la voie de l’impôt, la monnaie injectée, et de la détruire ou de la recycler). Pourquoi prévoir une clause de 3/5e (ou autre seuil) permettant de déroger à ce principe ? Faut-il imaginer une situation de crise grave où il n’y a même pas de quoi payer les fonctionnaires, les magistrats, les députés, ... le temps que l’activité économique du pays reparte ?

                    - le pouvoir du Parlement (ou du gouvernement, c’est un autre débat) de révoquer et de nommer le directoire de la BC, c’est déjà en bonne part le signe d’une dépendance, potentiellement politique de la BC. Mais le problème ne se situe plus tant à ce niveau si on encadre complètement la création monétaire, d’une part en la retirant aux banques, d’autre part en limitant strictement son usage public aux dépenses d’investissement.

                    L’institut d’émission n’étant pas nécessairement l’équivalent de la BC, on peut aussi imaginer que le contrôle de la règlementation et des pratiques bancaires, celui du taux d’intérêt, celui d’autres « leviers » monétaires (lié à la maitrise des changes par exemple) reviennent à d’autres institutions, séparés de celle-ci (qui a la main sur la planche à billet). Ce qui supposera encore des problèmes de séparation et de contrôle entre pouvoirs, mais là encore il s’agit de régler ça en fixant dans la constitution elle même les grandes règles, à l’image de celle qui ôte au parlement aussi bien qu’à la BC la possibilité de redonner des privilèges aux banques privées. Et la déclinaison de ces grandes règles n’est pas tant une affaire de constitutionnaliste que d’économiste...

                    Ainsi on fait de l’institut d’émission (idem pour d’autres institutions liées à la monnaie, à la fiscalité, ...) un organe purement exécutif, privé de toute prérogative en matière de création monétaire et de choix de son affectation. Le Parlement lui-même n’a plus de raisons d’employer le chantage ou les manoeuvres électoralistes dans sa relation avec la BC (l’IEM) et donc son contrôle n’est plus « politique » mais administratif, portant sur la qualité de la gestion, la corruption, ...

                    Le problème principal se situera donc ailleurs, dans la question de la mise en place d’autres instances de contre pouvoirs, de contrôle, jugeant du caractère raisonnable, soutenable, ... mais aussi de la conformité aux revendications des citoyens, des politiques d’investissement public, et des plans d’amortissement, donc des projections fiscales, liés.


                  • André-Jacques Holbecq André-Jacques Holbecq 28 octobre 2007 17:51

                    @Sasapame écrit « Pourquoi prévoir une clause de 3/5e (ou autre seuil) permettant de déroger à ce principe ? Faut-il imaginer une situation de crise grave où il n’y a même pas de quoi payer les fonctionnaires, les magistrats, les députés, ... le temps que l’activité économique du pays reparte ? »

                    Dans ma réflexion, oui, c’est tout à fait cela ... avoir une régle (constitutionnelle) claire concernant l’émission monétaire publique limitée aux investissements, mais ne pas totalement « se » bloquer en cas de besoins autres ou nouveaux (doit-on par exemple inclure les équipements de recherche - i.e. ITER, avec tous les salaires qui sont la conséquence de ce choix - dans les investissements ?). Ceci dit, les 3/5° est juste une suggestion de ma part.. ce peut être une majorité simple ou tout autre choix...


                  • Max 25 octobre 2007 10:36

                    Excellent article, merci


                    • brieli67 25 octobre 2007 17:52

                      C’est grâce à l’euro stable et même soutenu par rapport au dollar que la France supporte mieux son déficit commercial.

                      Si çà avait été le franc, mais on souffrirait là, et vraiment !

                      Et puis on a coutume de dire que l’euro est responsable de la hausse des prix. Certainement pas ! L’euro, c’est 6,55957 francs français, ni plus, ni moins.

                      C’est comme 1 kilogramme, celà reste un kilogramme.

                      Tout dépends de celui qui pèse un kilogramme et des spéculations que les industriels, fournisseurs, distributeurs font subir à nos produits.

                      Vous ne vous en souvenez peut-être pas mais à l’annonce de l’euro au moins 1 an plus tôt, les prix avaient déjà commencé à grimper... Le prix du kilo de sucre ( par exemple ) avait pris en moyenne 1 franc de plus alors que la marge pour le commerçant ne bougeait pas : 5 centimes de francs ( en moyenne ) !

                      Il y a eu un gel de hausse des prix les 4 premiers mois de l’euro dans la grande distribution. Après, ils s’en sont donnés à coeur joie.

                      Il y l’euro et ses manipulateurs économiques et commerciaux. Ne nous méprenons pas que nous soyons européen convaincu ou eurosceptique depuis toujours.

                      A justes raisons les sciences économiques ne sont pas des sciences et Auguste Comte avait bien raison !

                      Ah oui ! Personne n’en parle. Des réserves d’or de nos banques nationales. Le métal or fraîchement extrait au Canada ou en URSS ça vaut rien du tout.

                      Nos gouvernements ont relâché doucement et en catimini leurs stocks. Sans cet or remis en circulation le dollar serait bien plus bas !


                      • André-Jacques Holbecq André-Jacques Holbecq 26 octobre 2007 11:47

                        Bonjour

                        Merci à tous pour vos observations... je vais tenter de répondre à quelques unes, dans l’ordre.

                        @Angelus

                        Oui, les banques prêtent certains dépôts, avec l’accord des clients qui ont effectué ces dépôts sur épargne préalable. Les banques jouent dans ce cas un autre « rôle » qui est celui d’établissement financier... Comme dit très justement Reflex « voici belle lurette que l’imagination financière s’est installée au pouvoir. »

                        D’un certain coté, les banques sont des cavernes d’AliBaba car elles ne se contentent pas de distribuer de gros dividendes, elles amassent également des actifs non financier (parts de sociétés, immobilier commercial, résidentiel ou d’entreprise, agences, etc)

                        @Internaute

                        Attention de ne pas confondre résultats (bénéfices) et chiffre d’affaire ; les intérêts que perçoivent les banques sur la création monétaire sont bien du CA ( et les banques payent comme toute entreprise des salaires, des charges, des loyers, des frais généraux, etc). De plus, mon raisonnement s’appliquait au niveau de la zone euro, sur une masse monétaire M3 en circulation de 7782 milliards d’euros (donc sur laquelle s’applique nécessairement des intérêts que j’ai moyennés à 5%). Les 30 à 40% d’intérêts cumulés dans les prix de vente ont été calculés par trois économistes allemands (Ralf Becker , Margrit Kennedy et Helmut Creutz) ... mais attention, le chiffre sur lequel ils s’appliquent n’est pas le PIB mais la production marchande « hors intérêts » (puisqu’ils s’ajoutent).


                        • JL JL 26 octobre 2007 16:52

                          Quelqu’un peut-il dire ici où sont passées les réserves d’or de la Banque de France ?


                          • André-Jacques Holbecq André-Jacques Holbecq 26 octobre 2007 18:48

                            Un peu plus de 3000 tonnes d’or...

                            - 20% de nos réserves en or (et en devises) sont déposés auprès de la Banque Centrale Européenne. Jointes à celles des autres pays, elles constituent les réserves officielles de la BCE : nous ne pouvons y toucher.

                            - Selon le traité de Maastricht, nous devons garder cet or -comme les devises- à la disposition de la BCE, qui peut les appeler en cas de nécessité. Nos engagements internationaux sont clairs : nous ne pouvons pas disposer de cet or à notre guise. En effet, si une banque centrale vendait tout son stock d’or, les cours s’effondreraient et la valeur -théorique- des stocks d’or des autres banques centrales partirait en fumée. C’est pour cela que des accords limitent les ventes d’or, qui ne peuvent être que marginales et selon l’accord de Bâle de 1999, la France a le droit de vendre 100 tonnes par an.

                            - l’État ( et le gouvernement) ne peut disposer du montant des ventes d’or. En toute rigueur, il appartient à la Banque de France et celle-ci est indépendante du gouvernement.

                            - L’intérêt de cette vente serait très minime... Au prix actuel de l’or 100 tonnes représenteraient à peu près un milliard d’euros ( à comparer aux intérêts de la dette publique, de plus de 40 milliards d’euros par an)


                          • JL JL 27 octobre 2007 10:15

                            Merci de cette précision. Veuillez excuser mon inculture : qui appartient la Banque de France ?


                          • André-Jacques Holbecq André-Jacques Holbecq 27 octobre 2007 12:36

                            Bonne question smiley

                            Art. L. 142-1. - La Banque de France est une institution dont le capital appartient à l’État.

                            C’est la raison pour laquelle si toute la monnaie (euros) était créée par la Banque Centrale Européenne (dont fait partie la Banque de France), les intérêts de toute cette monnaie seraient (proportionnellement à la part de la BdF dans la BCE) reversés sous forme de dividendes à la BdF, donc à l’Etat français...

                            Vous trouvez les statuts complets sur cette adresse

                            http://www.banque-france.fr/fr/instit/telechar/histoire/cmf.pdf

                            Un historique sur

                            http://www.fauxmonnayeurs.org/articles.php?lng=fr&pg=4


                          • En.marge 27 octobre 2007 13:27

                            Merci et bravo pour cet article !

                            Que pensez-vous de l’open money ?


                            • sasapame sasapame 27 octobre 2007 20:54

                              Avec mes excuses, car j’ai d’abord posté ces deux messages en réponse à un commentaire.

                              A Bigre :

                              Une constitution doit dire : « Le parlement fixe les modalités de fonctionnement de la BCE » et pas « La BCE doit fonctionner comme ça ! ».

                              Je ne suis pas d’accord, et je pense que ce n’est pas l’avis de l’auteur.

                              Votre proposition est alléchante en plus d’être simple, parce qu’il semble qu’elle revient à dire : remettons cet instrument, le contrôle de la création monétaire (des règles du crédit, ...) sous le contrôle complet du Souverain. Avec cette idée je suis d’accord, mais ce n’est pas ainsi qu’il faut formuler la concrétisation constitutionnelle. Le Souverain, c’est la nation, pas le parlement. Une nation, c’est un peuple doté d’une constitution, donc de Pouvoirs séparés et d’un régime qui garantit la protection des droits fondamentaux de l’individu. Le Parlement, c’est supposé être le premier des Pouvoir constitués, le plus décisif, mais pas le despote qui a tous les pouvoirs, y compris celui de changer à discrétion les règles de la constitution.

                              Le parlement doit-il pouvoir décider lui-même, sans référendum (changement de constitution) de modifier les missions de la banque centrale, les grandes règles du contrôle bancaire, ... ? Non.

                              L’exemple des Etats-Unis est emblématique : la constitution (article I, section 8) lui donne le contrôle complet de la monnaie (de l’impôt, du crédit public, des changes, ...) mais en 1913 le parlement vota la création de la Federal Reserve, dont les statuts transfèrent à une instance indépendante (du Parlement) le contrôle de la création monétaire et des règles bancaires. Vous avez là un cas exemplaire d’un parlement qui, dans une ère ultra-libérale, et sous le gouvernement de types acquis à la haute finance, a changé la constitution et « libéralisé » la monnaie, bref, a entériné un coup d’Etat. En douce. La constitution américaine est-elle violée ? Non, si on, considère que le Parlement de demain peut abroger la loi (organique) sur laquelle repose la Fed... Mais après ce coup, rares sont ceux qui, parmi les politiques susceptibles d’être entendus ou élus, ont seulement osé annoncer leur volonté de revenir là-dessus (certains sont morts par balles ; on ne saura pas s’il existe un lien, les morts ne parlent pas...) On notera qu’en France, la constitution ne nous protégeait même pas puisque rien n’y fait référence au contrôle de la création monétaire, du Trésor, au crédit bancaire. En outre, je ne sache pas qu’avant 1913 une loi américaine imposait aux banques que les crédits en dollars soient couverts à 100% par des dépôts immobilisés... On en était, comme toujours, vers 10% ou moins de réserve. Et puis, la Fed n’est pas arrivée d’un coup dans cette histoire, il y eu d’abord les « banques à chartes » (le concept me fait un peu penser aux « compagnies de gouvernement » de l’empire britanique...) Donc on peut se demander si le Parlement contrôlait la monnaie, donc appliquer la constitution. Autre élément : lorsque les eurodollars se mirent à pousser, que fit le Parlement américain pour remplir son devoir de « fixer la valeur du dollar par rapport aux autres monnaies » ?

                              La constitution doit, au contraire, organiser suffisamment le fonctionnement de la BC(E), définir les grandes lignes de ses missions, et plus encore, s’agissant de ses devoirs, définir ses liens de contrôle, de contre pouvoir avec le Parlement ou autres pouvoirs (la Cour des comptes, ...)

                              Pour autant, il faut évidemment remettre la BC sous contrôle, le plus démocratique possible. AJ Holbecq propose que la Banque centrale soit « politiquement indépendante » : le terme me semble un peu ambigu. Il parle aussi de « 4e pouvoir » : celui-là me convient mieux.

                              Doit-il appartenir à la BC de décider elle-même, si elle accorde un prêt à telle ou telle collectivité publique, et à quel taux ? Comme c’est le cas aux USA : la Fed est évidemment une banque privée, elle a ses actionnaires, qui se servent en dividendes jusqu’à hauteur de 6%... (on peut imaginer que son directoire lésine sur l’octroi de prêts qui menaceraient à court ou moyen terme d’amputer ce résidu...) Evidemment non.

                              Est-ce que, pour autant, le Parlement seul, soit quelques centaines d’élus parmi les candidats présélectionnés par un duo de partis, machines à élire intrinsèquement très peu démocratiques, quelques associations de notables et autre presse entièrement dépendante des lois du marché (je parle de ce qui est - je pose l’idée que la question renvoit à d’autres problèmes constitutionnel)... peut disposer directement et faire ce qu’il veut avec la planche à billet ?

                              AJH semble en tous cas nous dire que : 1. la BC doit posséder une « indépendance politique » au sens de la séparation des pouvoirs ; 2. mais c’est à des instances démocratiques non inféodées à la BC de décider des investissements publics ; 3. mais ces dernières doivent présenter (au Parlement ?) un plan d’amortissement. Et au bilan, la Cour des comptes ou je ne sais quel autre Pouvoir peut et doit arbitrer, et cela doit se faire en tenant compte de la politique fiscale, nationale et locale, de plans se développement.

                              Il faut admettre que cette réflexion institutionnelle est en chantier. Mais plus en détail, tel que je vois les choses, il faut absolument démocratiser le contrôle de la monnaie et de l’investissement public. En un mot, il faut rendre à l’État le contrôle de la monnaie et des missions de service public, mais dès lors, poser clairement la question : c’est quoi, l’État ? ...

                              Il faut imaginer un ensemble de processus ouverts, en partie locaux, de décision portant à la fois sur la mise en oeuvre du (des) « plan(s) » et sur l’expression des besoins : référendums, conférences de citoyens et autres moyens de décision permettant d’établir démocratiquement les priorités en matière de besoins sociaux, locaux et nationaux - le principe de l’économie écosociétale me semble aussi pouvoir introduire dans ces plans « l’offre de travail », d’entreprises privées proposant de réaliser des missions de « service public », et pouvant être financées en conséquence, donc comme des investissements publics.


                              • sasapame sasapame 27 octobre 2007 20:55

                                Concernant le pouvoir des banques, quelques informations tirées du livre de François Morin, Le Nouveau mur de l’argent :

                                Base : échelle mondiale, 2002 (sauf indication contraire). Unités : T$ (milliers de dollars).

                                * Transactions :
                                - biens (PIB mondial) : 32.3
                                - financières (actions + obligations) : 39.3
                                - de change : 384.4 (dont seulement 8 pour les transactions commerciales internationales)
                                - sur produits dérivés (produits d’assurances) : 699.0

                                * Taux de rotation = rapport flux / stocks :

                                Produits financiers :
                                - obligations : 0.38 = 5.7 / 15.2
                                - actions : 1.47 = 33.6 / 22.8
                                - devises : 167.1 = 2.3 / 384.4

                                Produits de couverture (dérivés) :
                                - marchés organisés (options, futures, ...) : 29.1 = 23.8 / 693.5
                                - marchés OTC, de gré à gré (swaps) : 0.04 = 122.5 / 5.5

                                * Gestionnaires de fonds (montant des actifs gérés) :
                                - 10 premiers : 6.03 (15.8% de la capitalisation boursière mondiale)
                                - 100 premiers : 17.54 (40.0% de la capitalisation boursière mondiale)
                                - sur les 10 premiers, 8 (pour 4.54) sont la propriété de banques, dont les plus grandes (point suivant). Exceptions : Fidelity investments, Vanguard group.

                                * Actifs gérés (source : Les Échos) et capitalisation de quelques-unes des plus grandes banques ; ratio actifs / capitalisation (sachant que les valeurs de capitalisation sont celles de 2005, le reste est relevé en 2002) :
                                - JP Morgan Chase & Co : 5.798 = 0.759 / 0.127
                                - City group : 4.44 = 1.097 / 0.247
                                - HSBC holdings PLC : 4.23 = 0.757 / 0.179

                                et surtout :
                                - Mizuho holdings : > 18.3 = 1.141 / ? (< 0.062)
                                - Sumitomu Mitsui Financial : > 14.1 = 0.873 / ? (< 0.062)
                                - Allianz : = > 13.7 = 0.850 / ? (< 0.062)
                                - Deutch Bank : > 12.8 = 0.792 / ? (< 0.062)
                                - BNP Paribas : 12.2 = 0.745 / ? (< 0.062)

                                * Actifs gérés par les plus grandes banques :
                                - 10 premières : 8.61
                                - 100 premières : 29.69

                                En comparaison :
                                - pour rappel : PIB mondial = 32.3
                                - chiffre d’affaire des principales firmes : Wall Mart (la plus grosse) : 0.22 ; les 10 premières : 1.15 ; les 100 premières : 5.63

                                « A la puissance d’allocation des banques, qui est déjà considérable, il faut ajouter désormais celle des « money managers », dont les société de gestion sont, pour les plus importantes, sous le contrôle des principaux groupes bancaires internationaux. Si ces société entre ben dan le périmètre de consolidation des groupes bancaires, il est tout aussi clair que les fonds qu’elles gèrent, pour le compte de tiers, n’entrent pas, eux, dans leur bilan consolidé. Mais, au total, ces capitaux restent bien à additionner en termes de puissance d’allocation des banques. [...] La puissance allocative n’est pas tout, il faut aussi évaluer le pouvoir de marché que ces grands groupes sont susceptibles de mobiliser. [...] deux marchés méritent une attention particulière : le marché des changes et celui des swaps.

                                [D’après une] enquête réalisée par le magazine Euromoney auprès de 4 676 investisseurs dans le monde, les cinq banques les plus actives sur [le] marché [des devises] s’en assurent presque 50%, avec notamment ces parts de marché : Deutsche Bank, 16.72% ; UBS, 12.47% ; Citygroup, 7.5%. [enquête : 2005]. [...]

                                Cette tendance [vers la formation d’un oligopole bancaire] est encore plus nette avec le marché de gré à gré des swaps. Rappelons que les produits négociés sur ce marché n’apparaissent jamais dans les bilans de sociétés et sont échangés en dehors des structures ou il existe un minimum de surveillance [...] Les flux spéculatifs les plus dévastateurs et les moins contrôlables sont, par conséquent, opérés hors Bourses et hors bilans [...] et on s’interroge toujours sur l’impact des « positions » (investissements pour leur compte propre) par des établissements dont les dépôts sont garantis par les États.

                                [...] la tenue du marché de gré à gré est fortement concentrée entre les mains de quelques banques internationales classées au moins double A. Grace aux travaux de la BRI [rapport de mars 2003], on sait que pendant l’année 2000, avec la fusion Chase / JP Morgan, le nouvel ensemble détenait 25% du segment des dérivés de taux. De plus, les cinq premiers opérateurs en euros s’adjugeaient 48% du volume des contrats Eonia [le taux de référence quotidien des dépôts interbancaires en blanc (c.à.d. non gagés par des titres) effectués au jour le jour dans la zone euro] au deuxième trimestre 2001. »


                              • sasapame sasapame 28 octobre 2007 08:38

                                Correction : vous l’aurez sans doute compris, 1 T$ (téra-dollar) vaut un millier DE MILLIARDS de dollars.

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